Et j’abattrai l’arrogance des tyrans


Mot de l’éditeur :

Johanna rêve d’une autre vie. En elle souffle un vent de révolte. De ceux qui embrasent un pays. Révolte contre les hommes, contre les lois, contre Dieu qui l’a enfermée dans un corps de femme. Alors, quand une rébellion passe sous ses fenêtres, elle rejoint l’aventure : si ces hommes veulent sauver les pauvres, les damnés de la Terre, peut-être sauveront-ils les vraies damnées de toute éternité : les femmes ? Dans ce premier roman de feu, Marie-Fleur Albecker invente une langue neuve pour une révolte ancienne, celle de la guerre sociale, du faible contre le fort, de la justice contre l’inique. Une langue qui mêle le sublime et le grotesque, le lyrique et le comique, une langue instruite de ce fait : il faut tenter de changer le monde – ce monde qui jamais ne change.

Notre avis :

Marie-Fleur Albecker tout comme son héroïne est une vrai meneuse, elle nous conduit en 1381 pour raconter une rébellion Anglaise peux connue en France : La révolte des Paysans.

Johanna qui voudrait guider le peuple vers  la liberté est aussi un moyen pour écrire sur le rôle de la femme hier et aujourd’hui.

Ce premier livre de l’auteur est une découverte, j’adore son style, sa verve subtile et irrévérencieuse.

Le lecteur sera pris par la contagion de l’envie de justice mais, l’existence ordinaire reprendra vite son cours.

Wittgenstein disait que “Le réel n’est qu’un cas particulier du possible”, ce livre d’une extraordinaire actualité est une invitation à la réflexion sur les manières de rendre des avancées  réalisables.

Amoureuses et amoureux du Moyen-Âge vous allez être également comblés par les descriptions de la vie à Londres et dans les contrées périphériques du Royaume.

Bonne lecture !

Aux Forges de Vulcain 

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Darwin au bord de l’eau

Jacques Damade :

Jacques Damade est un éditeur, chroniqueur, et écrivain. Fondateur des Éditions de la Bibliothèque, créées en 1992, il exerce également le métier de professeur de français au Cours Saint John Perse à Paris.

Ouvrages :

  • Jacques Henri-Lartigue, Paris, Actes Sud, coll. Photopoche n°3, 2010
  • Les Îles disparues de Paris, Paris, La Bibliothèque, 2011
  • Abattoirs de Chicago, le monde humain, Paris, La Bibliothèque, 2016
  • Darwin au bord de l’eau, le monde humain II, Paris, La Bibliothèque 2018


Darwin au bord de l’eau

La Bibliothèque, collection l’Ombre animale. 

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Isidore et les autres

Camille Bordas nous propose un tourbillonnant récit qui décrit la vie d’Isidore, âgé de 11 ans et cadet d’une fratrie de surdouées et surdoués.

Avec une façon d’écrire adaptée à l’âge mais aussi au milieu du protagoniste-narrateur ce livre est aussi attachant que profond, léger uniquement dans la forme.

Tout commence comme dans un ruisseau qui nous transporte avec douceur dans le fleuve pas si tranquille des interrogations de toute une famille.

C’est un crescendo qui accompagne deux années de la vie d’Isidore et des autres.

Une mystérieuse tache sur le canapé, Denise, Daphné doyenne de France, le Boucher, Rose, l’allemand, les livres, le Président, internet… : Tellement de choses qui nous font sourire, réfléchir, grandir.

Cette lecture évolue tout au long des pages, fait avancer le lecteur en citant Alexandra David-Néel « Sans peine et sans effort ».

Pour donner une idée que nous pouvons trouver dans cet ouvrage : l’amie suicidaire d’Isidore raconte, au moment de la mort de sa grand-mère, que sa mamie se sachant malade ne voulait pas commencer de nouveaux livres de peur de mourir avant d’en connaître la fin et donc elle ne relisait que les livres qu’elle avait aimé.

J’ai trouvé ça magnifique.

Isidore n’a pas sauté de classes alors que sa sœur Simone, à peine plus âgée que lui, se retrouvera vite en prépa à Paris rêvant d’intégrer l’ENS mais c’est bien ce petit garçon explorant la vie qui ouvrira par ses questions un dialogue avec une famille qui était anesthésié et avait bien besoin d’un autre point de vue surtout face aux difficultés bien réelles auxquelles la vie nous confronte.

Notre jeune protagoniste aime s’imaginer personnage des films qu’il aprecie et pour ce livre j’aurais adoré faire pareil et prolonger encore un peu l’histoire d’Isidore et de tous les autres car s’en détacher et se dire que c’est THE END est bien difficile.

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Inculte

Frankenstein 1918


L’année 2018 marque le bicentenaire de la parution du roman : Frankenstein, ou le Prométhée moderne. Les trois volumes sans nom d’auteur, avec préface tout aussi anonyme, paraissent à Londres le 11 mars 1818. Ils sont publiés par un éditeur spécialisé dans les ouvrages populaires et ésotériques.

Cette année nous a déjà offert un film sur la vie de l’auteure du Prométhée moderne, des coffrets avec les Frankenstein de 1931 avec Boris Karloff et 1994 avec De Niro, un Dictionnaire de Frankenstein de Claude Aziza et une superbe biographie de Mary Shelley écrite par Cathy Bernheim.

Frankenstein 1918 est le livre parfait pour continuer ce fantastique hommage à Mary Shelley, cette uchronie qui nous propose une réalité alternative à partir de la première guerre mondiale sort de l’ordinaire, ce récit est captivant et plein de surprises.
Le premier non-né viable sera appelé Victor et son parcours deviendra le fil conducteur de ce roman qui se lit avec grand plaisir page après page.
Une évolution plus qu’intéressante de Victor et une chute en enfer de Churchill.
Johan Heliot nous conduira aussi en 1958 avec les deux jeunes historiens qui verront leur vie bouleversée par la découverte d’une partie des écrits concernant les non-nés.
Ma partie préférée du roman et celle de la rencontre avec Victor et du récit de « son histoire » avec la famille Currie.
Winston Churchill ( le vrai ) disait :
“La grande leçon de la vie, c’est que parfois, ce sont les fous qui ont raison.”
Difficile aussi de définir avec certitude qui sont les fous dans ce livre qu’il faut absolument lire.
Les éditions L’Atlalante sont une valeur sure pour moi et suis ravie de la découverte de ce bel ouvrage, un grand merci !

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L’Atalante

Mot de l’éditeur :

Grande Guerre, 1914. Après un premier engagement désastreux, les Anglais décident l’opération Frankenstein : plutôt que de construire des chars, on créera de la chair à canon.
À partir des archives du fameux docteur et grâce à la production d’électricité à présent industrialisée, des unités de soldats pouvant être sacrifiés sans remords seront fabriquées – les champs de bataille du nord de la France fourniront la « matière première ». Winston Churchill est nommé responsable de l’unité de recherche sur la régénération.
Les « frankies » vont faire leurs preuves sur le terrain, mais la société se partage entre pro et anti. L’opération finalement interrompue, l’un d’eux, Victor, échappe au massacre puis est secouru par Marie Curie qui le rend à la vie consciente grâce aux radiations.
Réfugié dans les décombres de Londres, qui a été détruite et rendue inhabitable par un bombardement à l’arme chimique, Victor retrouve le laboratoire où il est né, y recueille Churchill et engage un combat pour l’émancipation des siens. C’est là qu’un jeune couple, elle, résistante à l’occupation, lui, historien, finit par le retrouver en 1958, dans l’espoir de lever le voile sur ce versant secret de l’Histoire que la censure en vigueur ne suffit pas à expliquer.

Johan Heliot entrecroise, tel un tisseur, des récits de Winston Churchill tirés de ses Mémoires secrets, les témoignages d’une Marie Curie désabusée par la folie des hommes, et le journal intime du personnage principal, Victor. Se dessine alors, au fil de la lecture, un panorama fascinant des conséquences d’une Grande Guerre qui n’aurait pas pris fin en 1918, dont le cœur est un hommage à Mary Shelley et sa fameuse créature.

J’ai eu le privilège et le malheur de vivre, mourir et puis renaître dans les premières décennies d’un siècle fou, autant créateur que dévastateur. Longtemps, j’ai hésité à témoigner. Ajouter ma voix à la cacophonie du monde me semblait vain. Mais je nourris aujourd’hui l’espoir de donner aux hommes d’après-demain une leçon profitable, si toutefois il advient suffisamment de nouvelles générations pour habiter l’avenir.
Manuscrit de Victor, premier des non-nés.

Fragments de la consolation

Il était une fois Neil Armstrong, la première partie du récit est un résumé très poétique de la vie de l’astronaute qui a fait rêver toute une génération.
« Un Ulysse jamais revenu à Ithaque » belle définition donnée par l’auteur et qui se retrouve parfaitement dans les biographies et dans le film « First Man : Le Premier Homme sur la Lune », drame biographique dédié à Armstrong qui vient de sortir en France et sera encore plus intéressant à voir après la lecture de « Fragments de la consolation », ce petit livre de 114 pages intelligent et captivant est accompagné par les dessins de Juliette Lemontey qui sont parfaits pour les portraits en mots que l’œuvre de Stéphane Padovani illustre.
Notre astronaute se transforme en passeur pour conduire et supporter les âmes, ainsi commencent les fragments, les brèves histoires d’hommes et de femmes si différents et toutes et tous liés par les rêves, les envies les deceptions.
Ce roman me fait penser à Spoon River de
Edgar Lee Masters.
Une lecture agréable à conseiller.

Le Réalgar

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Merci à Babelio et à l’éditeur pour cette découverte !

Une nuit avec Jean Seberg

Marie Charrel brillante journaliste et auteure talentueuse nous a déjà conquis avec ses précédents livres.

Personnellement j’apprécie cette écrivaine pour sa plume mais aussi pour sa personnalité et ses convictions.

Ce nouveau roman était pour moi attendu.

« Une nuit avec Jean Seberg » va au-delà de toutes mes attentes, c’est une perle rare.

Une fiction certes mais tellement bien documentée et captivante que la plongée dans l’histoire est totale, impossible d’en émerger.

Elisabeth et les quatre générations de sa famille sont le portrait d’un siècle, le portrait « des possibles ».

Marie Charrel nous fait voyager dans le temps, les époques changent mais le lecteur n’est jamais perdu, tout a un sens, tout se tient.

Lisa est métisse: son arbre généalogique inclus des origines algériennes par sa mère et afro-américaines par son père.

Après les bouleversants événements du 8 février 1962 à Paris et la mort de son jeune ami Daniel ( Inspiré par Daniel Fay militant communiste mort à 16 ans lors de la dramatique manifestation qui est décrite dans le livre ) une rage immense commence a envahir la jeune fille.

J’ai pensé en lisant cette partie du livre à la chanson italienne de Francesco Guccini La locomotive : « …peut être une rage ancienne, générations sans nom qui crièrent vengeance et lui aveuglèrent le cœur, il oublia la bonté et égara sa pitié … ».

Notre Elisabeth vivra dans cet ouvrage beaucoup d’épreuves dans ses années de jeunesse quand la force de l’âge se confond avec les certitudes et sera troublée et changée par sa rencontre avec Jean Seberg en 1970.

Un corps plus fragile mais toujours une force d’esprit hors du commun, elle est prête, quand son petit-fils Alexandre disparaît, à replonger dans le passé pour réparer le présent.

Elle s’éveille comme Paris ( magistrale description du Paris nocturne et matinal page 108 du livre qui fait écho à la chanson « Paris s’éveille » de Jacques Dutronc ).

J’ai eu, jeune étudiante, la chance de rencontrer Ethel Kennedy, femme de Bob Kennedy qui venait parler d’une biographie dédié à RFK «  Le rêve brisé ». Elle nous a expliqué que très souvent images du passé et événements du présent lui semblaient se superposer tout comme pour Elisabeth qui rue Charonne ne peut que se revoir à 15 ans lors de sa première participation à une manifestation. Ethel a continué le combat de Robert contre la peine de mort et soutenu Barack Obama. 

Paul Beatty auteur afro-américain vainqueur du Man Booker Prize en 2016 écrit dans Moi contre les États-Unis d’Amérique : « C’est le problème avec l’histoire, on se plaît à penser que c’est un livre – qu’on peut tourner cette page qui nous hante et passer à autre chose. Mais l’histoire n’est pas le papier sur lesquel on l’imprime. L’histoire c’est la mémoire, le temps, les émotions, une chanson. L’histoire c’est ce qui te colle à la peau ».

Son amie Jean, la confidente de quelques nuits, colle à la peau d’Elisabeth et l’accompagnera tendrement tout au long de sa vie.

J. est engagée politiquement mais sa fragilité la conduira dans une inexorable descente aux enfers.

Romain Gary le plus connus de ses époux et figure essentielle dans sa vie ne la sauvera pas, beaucoup profiterons de la belle actrice.

L’humanité qui vit toujours dans la peur de l’autre dans la crainte de la différence est aussi un fil conducteur de ce récit : éradiquer la bêtise n’est pas chose simple.

Le final que la plume de Marie Charrel nous offre est sublime mais évidemment je vous laisse le découvrir.

Une note de l’auteure nous propose des idées d’approfondissement sur les sujets traités et cela peut être un moyen d’aller plus loin avec, comme le ferait Elisabeth, une pensée pour J.

« Une nuit avec Jean Seberg » sortira le 20 septembre et je vous le conseille vivement, c’est un énorme coup de cœur.

Les madeleines après cette lecture ne vous feront plus penser uniquement à Proust.

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Fleuve 

Merci à Marie Charrel pour cette belle dédicace et à l’éditeur Fleuve pour ce livre incroyable.

 

Hôtel Waldheim

La carte postale a été pour plusieurs générations le souvenir d’un lieu, d’une histoire, d’une œuvre d’art, et personnellement, même dans notre ère digitale, j’adore ces rectangles en carton.

Tout commence avec une vieille carte postale anonyme d’un Hôtel Suisse bien connu dans sa jeunesse par Jeff Valdera, le protagoniste du livre.

Un voyage vers le passé, un chemin dans la mémoire.
D’abord les certitudes puis la construction d’un puzzle qui ouvre, en se remplissant, la porte au doute.

Jeff Valdera a-t-il involontairement été un espion ? Qu’est-il arrivé au père de Frida ?.
« L’espionnage serait peut-être tolérable s’il pouvait être exercé par d’honnêtes gens » disait Montesquieu dans « De l’esprit des lois »
François Vallejo nous fait connaître au fil des pages la face cachée de chaque personage et nous cherchons de plus en plus à découvrir qui sont les « honnêtes gens » dans la partie d’echecs qui se joue à l’Hôtel Waldheim.
J’ai aimé ce roman tout à fait original et surprenant.
Mention spéciale pour Frau Finkel obsédée par Thomas Mann.

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Viviane Amy