À la ligne, Feuillets d’usine

Mot de l’éditeur :

À la ligne est le premier roman de Joseph Ponthus. C’est l’histoire d’un ouvrier intérimaire qui embauche dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons. Jour après jour, il inventorie avec une infinie précision les gestes du travail à la ligne, le bruit, la fatigue, les rêves confisqués dans la répétition de rituels épuisants, la souffrance du corps. Ce qui le sauve, c’est qu’il a eu une autre vie. Il connaît les auteurs latins, il a vibré avec Dumas, il sait les poèmes d’Apollinaire et les chansons de Trenet. C’est sa victoire provisoire contre tout ce qui fait mal, tout ce qui aliène. Et, en allant à la ligne, on trouvera dans les blancs du texte la femme aimée, le bonheur dominical, le chien Pok Pok, l’odeur de la mer. 

Par la magie d’une écriture tour à tour distanciée, coléreuse, drôle, fraternelle, la vie ouvrière devient une odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes.

Notre avis :

L’auteur écrit « Ce n’est pas du Zola mais on pourrait y croire On aimerait l’écrire le XIXème l’époque des ouvrier héroïques On est au XXIème siècle ». Oui, mutatis mutandis, Joseph Ponthus narre avec une intensité remarquable qui pourrait bien s’apparenter aux écrits de Zola.

Le peintre Pellizza da Volpedo a créé pour le titre de son plus célèbre tableau une expression, « le Quart-État »,  en écho à celle de Tiers-État, pour désigner le prolétariat, les exclus, ceux qui n’ont rien dans les mains, rien à perdre. Dans cette longue poésie de 272 pages il est question d’un « Quart-État » contemporain.

Intérimaire par nécessité, la découverte de l’usine, des usines se pose sur le papier, devient un récit lucide et éloquent d’une situation subie qui pourtant permet de survivre et de demeurer là où son amour, son mariage l’ont conduit et où il veut être.

Jour après jour sa formation littéraire et les expériences vécues dans « sa vie d’avant » le soutiennent et l’accompagnent.

Pas possible de manifester pour des meilleures conditions de travail, l’auteur est conscient de tout ce qui se passe autour de lui mais l’immense fatigue, le besoin et l’instinct de survie qui rend individualiste prévalent.

Notre protagoniste montre une forme de gratitude envers son agence d’intérim et toutes celles et tous ceux qui peuvent lui proposer du travail, en se disant  je veux du boulot juste du boulot et mon chèque à la date convenue, c’est sa servitude volontaire.

Mais ne nous méprenons pas : l’esprit de révolte est toujours sous-jacent

Avec un journal intime en vers qui a une résonance de pamphlet cet intellectuel au pays de l’intérim trouve un moyen de transmission éclairé et intense, les citations littéraires ou musicales sont toujours ad hoc et enrichissent le récit.

Ce premier roman de Joseph Ponthus est un coup de cœur pour moi et nous rappelle, si nécessaire, le formidable pouvoir des mots.

❤️❤️❤️❤️❤️

Éditions de La Table Ronde 

le Quart-État Pellizza da Volpedo
Joseph Ponthus

L’Empreinte

Mot de l’éditeur :

Etudiante en droit à Harvard, Alexandria Marzano-Lesnevich est une farouche opposante à la peine de mort. Jusqu’au jour où son chemin croise celui d’un tueur emprisonné en Louisiane, Rick Langley, dont la confession l’épouvante et ébranle toutes ses convictions. Pour elle, cela ne fait aucun doute : cet homme doit être exécuté. Bouleversée par cette réaction viscérale, Alexandria ne va pas tarder à prendre conscience de son origine en découvrant un lien entre son passé, un secret de famille et cette terrible affaire qui réveille en elle des sentiments enfouis. Elle n’aura alors cesse d’enquêter inlassablement sur les raisons profondes qui ont conduit Langley à commettre ce crime épouvantable. 

Dans la lignée de séries documentaires comme Making a Murderer, ce récit au croisement du thriller, de l’autobiographie et du journalisme d’investigation, montre clairement combien la loi est quelque chose d’éminemment subjectif, la vérité étant toujours plus complexe et dérangeante que ce que l’on imagine. Aussi troublant que déchirant.

Notre avis :

Le livre d’Alexandria Marzano-Lesnevichûr  est certes l’histoire troublante d’un meurtre, mais le lecteur découvre vite que c’est beaucoup plus que cela. 

On pourrait, si une définition s’imposait, dire que c’est une biographie écrite dans un roman. C’est un récit douloureux et réfléchi d’un crime et de la façon dont il a affecté les personnes impliquées, mais il est question également de la façon dont cette histoire a changé la vie de l’auteure Alexandria Marzano-Lesnevich. 

L’auteure est la fille d’un avocat et, autant qu’elle s’en souvienne, elle se rappelle d’avoir été fascinée par la loi. 

À l’âge de vingt-cinq ans, elle a dû se rendre à la Nouvelle-Orléans pour lutter contre la peine de mort, en internant dans un cabinet d’avocats représentant des personnes accusées de meurtre.

L’auteure pensait que ses opinions étaient immuables, mais elle a ensuite rencontré Ricky Langley, qui risquait la peine de mort pour le meurtre de Jeremy Guillory, âgé de six ans. Jeremy était le fils d’une mère célibataire, Lorilei; qui était enceinte de son deuxième enfant lorsque Jeremy a disparu. Marzano-Lesnevich entremêle l’histoire de Lorilei et Jeremy, avec celle de Ricky Langley et celle de sa propre existence.

il s’agit d’un livre sur l’impact de nos actions passées sur le présent, sur les secrets de famille et sur la découverte que la vie n’est pas aussi claire que nous l’imaginons, les zones grises sont bien présentes.

Nos expériences définissent nos opinions façonnent notre présent et influencent notre avenir. 

Ce fascinant hybride littéraire est très subtil et soigné dans son écriture.

Je me réjouis de d’avoir lu cet ouvrage que je conseille pour son intelligence et son raffinement dans la façon de traiter des thématiques complexes.

❤️❤️❤️❤️❤️

Sonatine 

Alexandria Marzano-Lesnevichûr 

Alto Braco

Mot de l’éditeur :

Alto braco, «haut lieu» en occitan, l’ancien nom du plateau de l’Aubrac. Un nom mystérieux et âpre, à l’image des paysages que Brune traverse en venant y enterrer Douce, sa grand-mère. Du berceau familial, un petit village de l’Aveyron battu par les vents, elle ne reconnaît rien, ou a tout oublié. Après la mort de sa mère, elle a grandi à Paris, au-dessus du Catulle, le bistrot tenu par Douce et sa sœur Granita. Dures à la tâche, aimantes, fantasques, les deux femmes lui ont transmis le sens de l’humour et l’art d’esquiver le passé. Mais à mesure que Brune découvre ce pays d’élevage, à la fois ancestral et ultra-moderne, la vérité des origines affleure, et avec elle un sentiment qui ressemble à l’envie d’appartenance.

Vanessa Bamberger signe ici un roman sensible sur le lien à la terre, la transmission et les secrets à l’œuvre dans nos vies.

Notre avis :

C’est un beau roman, c’est une belle histoire j’ai envie de vous le dire un peu comme une chanson qui raconte l’Aubrac, les liens avec la terre, avec la famille.

De Paris à l’Aveyron un court séjour se transforme en un voyage long physiquement et mentalement, hauts et bas se succèdent.

Une fresque qui se découvre petit à petit.

La surprise des racines retrouvées qui racontent une histoire de famille différente.

Nous découvrons également le lien de cette terre avec la viande qu’elle produit et les difficultés et questionnements autant pratiques qu’éthiques qui sont liés à cette filière.

La viande dans la vie de Brune, la protagoniste de ce roman, est une véritable géhenne,  le voyage vers le passé qu’elle va accomplir permettra de remettre en place un puzzle émotif bien plus compliqué et bien ancré dans la terre de ses ancêtres.

Vanessa Bamberger écrit sur l’inné et l’acquis, thème inépuisable traversant toutes les disciplines. Est-ce qu’il existe une « grammaire universelle » à la Noam Chomsky ? Quelle place occupe l’acquis dans notre développement ? Tout ça se trouve en filigrane dans la fine dentelle que l’auteure tisse.

Comme pourraient le faire ses personnages Douce et Granita avec leur recettes, l’auteur nous nourrit d’une plume exquise.

Superbement construit ce récit offre des couches successives de lecture pour nous délecter.

❤️❤️❤️❤️❤️

Liana Levi 

Vanessa Bamberger
Aubrac

Virgile

Mot de l’éditeur :

Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque.
Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort.

Comment raconter l’urgence et la peur ? La douleur ? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale ? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont

L’Auteure :

Comédienne, Hyam Zaytoun joue régulièrement pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Elle collabore par ailleurs à l’écriture de scénarios. Elle est aussi l’auteur d’un feuilleton radiophonique – « J’apprends l’arabe » – diffusé sur France Culture en 2017. Vigile est son premier texte. 

Notre avis :

Ce roman se dévoile et se découvre comme une pièce de théâtre posée sur le papier par une comédienne qui allume le projecteur sur sa propre histoire, sur son propre drame loin d’etre écrit de façon ordinaire.

J’ai eu l’impression de rentrer dans cette famille, de vivre avec toutes et tous 128 pages de soupirs et d’espoirs.

C’est un texte émouvant, esquissé avec tendresse et pudeur. Hyam Zaytoun dévoile les moments intimes qu’elle a décidé de partager avec son nouveau public : le lecteur.

Le massage cardiaque que la protagoniste prodigue à son compagnon est interminable il peut paraître banal et pourtant il est la clé de tout, ne pas céder, lutter, persévérer, le geste qui sauve.

Après, quand d’autres prennent en charge l’être aimé, les doutes et les peurs, l’envie d’être à la hauteur arrivent. Nous ne pouvons plus agir directement comme pour le massage, il faut patienter, réfléchir.

Comment gérer les enfants, les préserver sans les exclure.

Comment imaginer « les possibles ». Espérer le meilleur dénouement mais être prête à tous les scénarios.

Comment tout simplement faire face à cette douleur.

Une histoire d’amour et un amour pour la vie.

Je ne peux que conseiller cette lecture.

❤️❤️❤️❤️❤️

Le Tripode

LE BEST OF ADAM SHARP

Mot de l’éditeur : 

À l’aube de ses cinquante ans, Adam Sharp n’a pas la vie qu’il espérait. En couple avec Claire, il travaille dans l’informatique et anime les quiz musicaux de son pub.

Vingt ans plus tôt, en 1989, alors qu’il jouait du piano dans un bar branché de Melbourne, il a fait la connaissance d’Angelina avec laquelle il a vécu une relation passionnée. Et voilà qu’un mercredi, Angelina resurgit. D’emails en conversations Skype, ce qui commence comme un jeu va bouleverser l’existence d’Adam : osera-t-il vivre dangereusement ou laissera-t-il passer sa chance une seconde fois ?

Avec Le Best of d’Adam Sharp, Graeme Simsion dresse avec drôlerie et tendresse le portrait d’un homme en pleine crise de la cinquantaine. Sur fond de musique pop, peut-on devenir better, better, better, na-na-na-na ?

Notre avis :

La musique accompagne tout le récit de Graeme Simsion, elle joue un véritable rôle dans la vie des protagonistes, les chansons sont là pour toutes les situations.

Ce livre a beaucoup de points forts qui le rendent assez agréable à lire.

Les personnages et Adam en particulier sont bien développés.

La manière dont l’intrigue dessine le losange de l’amour entre sa partenaire, Charlie et Angelina doit beaucoup à Agatha Christie avec des indices et des révélations constants.

Il s’agit bien d’une lutte amoureuse à quatre voies, il s’agit aussi de la relation entre un homme et son père (le plus souvent absent) et de son impact sur ses relations encore et encore.

C’est un conte extrêmement romantique, dont certains passages sont émouvants, certaines sont drôles et beaucoup dérangent. 

Un changement de cap pour Simsion, il sera intéressant de voir où ce chemin le mènera.

Graeme Simsion

❤️❤️❤️❤️

Nil

L’homme sans ombre

Mot de l’éditeur :

Institut de neurologie de Darven Park, Philadelphie, 1965. Une jeune chercheuse, Margot Sharpe, accueille un nouveau patient, Elihu Hoopes, qui sera connu plus tard comme E.H., le plus fameux amnésique de l’histoire. Car cet homme élégant de trente-sept ans a été victime d’une infection qui ne lui laisse qu’une mémoire immédiate de soixante-dix secondes.

Au cours des années suivantes, Margot, séduite et attendrie, tente de comprendre et de débloquer les souvenirs figés de E. H., et surtout l’image obsédante d’une fille morte flottant dans l’eau. Tandis que la surveille le tout-puissant Dr Ferris, directeur du laboratoire, Margot devra veiller à ne pas se perdre elle-même. Tiraillée entre son ambition professionnelle, son désir sexuel et son éthique médicale, elle fouille avec acharnement le passé de E. H. Leur relation devient plus complexe – et même plus violente –, tandis que la fragilité de l’homme augmente avec le temps.

Que peut être l’identité d’un être sans sa mémoire ? La fascination de Joyce Carol Oates pour les neurosciences éclaire ce roman ambitieux, à l’écriture brillante. Elle place le lecteur dans l’intimité de la relation entre Margot et d’Elihu, relation d’autant plus passionnante qu’elle est interdite.

Biographie de l’auteure :

Membre de l’Académie américaine des arts et des lettres, titulaire de multiples et prestigieuses récompenses littéraires, parmi lesquelles le National Book Award, Joyce Carol Oates occupe depuis longtemps une place au tout premier rang des écrivains contemporains. Elle est l’auteure de nombreux recueils de nouvelles, récits et romans, dont Les Chutes (prix Femina étranger en 2005), Mudwoman (meilleur livre étranger en 20-13 pour le magazine Lire) et Paysage perdu.

Notre avis :

Joyce Carol Oates introduit la protagoniste comme une neuroscientifique ambitieuse et dévouée, elle sera évidement attirée par la nouvelle et peu commune affection qui se présente au laboratoire de la mémoire du neuropsychologue de renommée mondiale, Milton Ferris, Margot Sharpe y rencontrera donc Elihu Hoopes, courtier en valeurs mobilières, artiste plasticien, défenseur des droits civils, descendant d’une famille éminente de Philadelphie et amnésique antérograde permanent. Le cas de “EH” bouleversera son destin et deviendra son idée fixe.

L’Homme sans ombre est le genre de livre qui peut inspirer des analyses et des discussions passionnées, car la question à laquelle on est soumis est vraiment au cœur de l’expérience humaine: qui sommes-nous, vraiment ? On dit qu’il est impossible de vraiment connaître une personne, ce qui est d’autant plus vrai si cette personne est littéralement incapable de se connaître. 

Sharpe est souvent prise au dépourvu, ses émotions dépassent son esprit scientifique : «Il ne sait même pas que j’existe !». Et quoi qu’elle fasse pour le lui rappeler, il l’oublie. Situation difficile à vivre…

Ce récit soulève des interrogations sur la mémoire mais aussi sur l’éthique, ce que signifie aimer, l’identité et la capacité de s’engager.

Raconté par l’auteure au présent comme si nous aussi devions oublier tout d’un moment à l’autre.

Ce roman est à lire absolument !

Joyce Carol Oates dans son livre « J’ai réussi à rester en vie » cite plusieurs fois Oliver Sacks le neurologue qui a tellement contribué à la divulgation positive des neurosciences

Pour L’homme sans ombre comment ne pas faire le rapprochement avec “Le marin perdu” de Sacks qui aborde aussi le thème de la mémoire.

Philippe Rey

❤️❤️❤️❤️❤️

Joyce carol Oates
J’ai réussi à rester en vie

Le tour de l’oie

Date de parution : 07/02/2019

Mot de l’éditeur :

«Une fois interrompue la série des naissances, j’étais un rameau sans bourgeon ou, comme dit un de mes amis pêcheurs : un rocher qui ne fait pas de patelles. 

Je te parle à toi ce soir qui n’est même pas celui-ci. C’est un soir. 

Toi, tu es là, plus vrai, plus proche et consistant que le plafond. Je te parle à toi et non à moi-même. 

Je le sais parce qu’avec moi je parle napolitain.» 

Un soir d’orage, un homme – qui ressemble beaucoup à l’auteur – est assis à une table, chez lui. Éclairé par le feu de la cheminée, il est en train de lire un livre pour enfants, Pinocchio. Dans la pénombre, une présence évanescente apparaît à ses côtés, qui évoque le profil du fils qu’il n’a jamais eu. L’homme imagine lui raconter sa vie : Naples, la nostalgie de la famille, la nécessité de partir, l’engagement politique. À travers cette voix paternelle, ce fils spectral assume progressivement une consistance corporelle. La confession devient confrontation, la curiosité se transforme en introspection, le monologue évolue en dialogue, au cours duquel un père et un fils se livrent sans merci.

Notre avis :

Un soir, en relisant Pinocchio, un homme sent la présence du fils qu’il n’a pas eu, le fils que sa mère – la femme avec qui il l’a conçu dans sa jeunesse – a décidé d’avorter. À la douce lumière de la cheminée, le fils lui apparaît déjà adulte, et cette présence est suffisante « ici et ce soir ».

La vague des souvenirs monte à la surface, tout y est : l’enfance napolitaine, la nostalgie de la mère et du père, le besoin de partir, de suivre sa voie et chercher la liberté.

Ce fils muet ne va pas le rester et prend la parole et le monologue devient un dialogue, qui enquête sur le sens de la vie, sur les affectes, sur les choix que nous faisons, sur les livres (pour l’auteur, le seul écrivain indispensable est Borges) , sur l’importance des mots et des histoires. Une enquête qui veut être le périscope d’une recherche en réalité intérieure.

L’auteur va continuer à poser et se poser des questions, dire « pourquoi » est essentiel dans l’étrange et pas tranquille fleuve qu’est la vie.

Avec Le tour de l’oie, Erri De Luca écrit une histoire très intime c’est un plaisir de la lire.

La phrase que j’ai le plus aimé :

« Les mots sont l’instrument des révélations »

❤️❤️❤️❤️❤️

Gallimard 

Erri De Luca
Sur Borges…
L’occasion pour redécouvrir Pinocchio

Les frères Lehman

Mot de l’éditeur :

11 septembre 1844, apparition. Heyum Lehman arrive de Rimpar, Bavière, à New York. Il a perdu 8 kg en 45 jours de traversée. Il fait venir ses deux frères pour travailler avec lui.
15 septembre 2008, disparition. La banque Lehman Brothers fait faillite. Elle a vendu au monde coton, charbon, café, acier, pétrole, armes, tabac, télévisions, ordinateurs et illusions, pendant plus de 150 ans.

Comment passe-t-on du sens du commerce à l’insensé de la finance ? Comment des pères inventent-ils un métier qu’aucun enfant ne peut comprendre ni rêver d’exercer ?

Grandeur et décadence, les Heureux et les Damnés, comment raconter ce qui est arrivé ? Non seulement par les chiffres, mais par l’esprit et la lettre ?

Par le récit détaillé de l’épopée familiale, économique et biblique. Par la répétition poétique, par la litanie prophétique, par l’humour toujours.

Par une histoire de l’Amérique, au galop comme un cheval fou dans les crises et les guerres fratricides.

Comment prendre la suite de Yehouda Ben Tema qui écrivit dans les Maximes des Pères :

« Tu auras cinquante années pour devenir sage.

Tu en auras soixante pour devenir savant » ?

Nous avons 848 pages et environ 30 000 vers pour devenir instruits, circonspects, édifiés. Groggy.

Biographie de l’auteur :

Né en 1975, Stefano Massini est l’un des plus grands dramaturges contemporains et l’auteur italien le plus représenté sur les scènes du monde entier. Il a remporté sept prix de la critique en France, Italie, Allemagne et Espagne, et ses textes ont été traduits dans quinze langues. En 2015, il succède à Luca Ronconi, en tant que conseiller artistique du Piccolo Teatro de Milan, Théâtre d’Europe. Les Frères Lehman, son premier roman, a été récompensé en 2017 du prix de la sélection Campiello. Il a remporté la même année le prix littéraire international Mondello et le prix Vittorio De Sica. Les frères Lehman est son premier roman.

Notre avis :

C’est en effet l’histoire d’une famille et de la manière dont elle va devenir partie intégrante de la vie des Américains et de leur gestion de capitaux, à partir des règles, des rôles que chaque membre de la future dynastie assume ou impose.

Les frères Lehman est dessiné avec un coup de pinceau éclairé qui donne vie à un roman historique sous forme de véritable balade.

Massini réussit, avec perspicacité et dynamisme, sa parabole riche en images sur le capitalisme et son évolution vers la forme actuelle. 

« L’immortel » Henry » initie son ascension, avec ses deux frères cadets, du commerce de coton en Alabama au transfert des activités à New York. Les Lehman Brothers développent le concept de « médiation » commerciale qui conduira les trois astucieux protagonistes à remporter des succès retentissants dans l’hyper-activisme qui grandit dans « The big apple ». À partir de là, tout commence, la naissance de la bourse de Wall Street, l’histoire du canal de Panama, le rôle dans la crise de 29, dans l’industrie de la guerre, les investissements pétroliers, les différentes banques, les premiers mouvements dans la haute finance et une course laborieuse à la dématérialisation de l’économie, concept qui a produit le trading le plus téméraire dont nous connaissons les conséquences.

C’est un texte que vous dévorerez.

 ❤️❤️❤️❤️❤️

Éditeur Globe

Stefano Massini

Tout ce qui nous submerge

Date de parution ; 13/02/2019

Mot de l’éditeur :

« Nos lieux de naissance reviennent toujours. Ils sont notre moelle – ils sont inscrits en nous. Si on nous retournait la peau, leur carte apparaîtrait à l’envers de façon qu’on puisse toujours y revenir. Pourtant, incrusté à l’envers de ma peau, il n’y a ni canal, ni voie ferrée, ni bateau mais simplement : toi. »

Jusqu’à ses seize ans, Gretel a vécu avec sa mère, Sarah, sur une péniche le long des canaux de l’Oxfordshire. Puis un jour, Sarah a disparu.

Seize ans plus tard, un coup de fil vient raviver les questions qui n’ont jamais cessé de hanter Gretel : pourquoi Sarah l’a-t-elle abandonnée ? Qu’est devenu cet étrange garçon qui vivait avec elles ? Que s’est-il réellement passé sur la rivière ? Daisy Johnson signe ici une histoire de famille et d’identité, de langage et d’amour, qui frappe par la maîtrise et la beauté de son écriture.

Daisy Johnson :

Daisy Johnson est née en 1990 à Paignton au Royaume-Uni. Elle a publié en 2016 un recueil de nouvelles, Fen, lauréat de nombreux prix littéraires. Elle est la plus jeune auteure à avoir jamais figuré parmi les finalistes du Man Booker Prize pour son premier roman, Tout ce qui nous submerge.

Notre avis :

La beauté de ce livre est qu’il est ouvert à des interprétations variées. 

La nature joue également un rôle. Comme dans beaucoup de romans de cette année, l’environnement est fondamental pour compléter la vision du monde des personnages. 

J’ai aimé lire ce roman. 

La prose de Johnson m’a parfois fait penser à Ali Smith (auteure entre autres de « Comment être double »).

C’est un livre qui se concentre sur les nuances du langage et sur le lien qu’il crée entre les individus. 

C’est un livre profondément enraciné dans la mythologie grecque et les contes des frères Grimm.

C’est un livre atypique et marquant.

La ligne temporelle mêle passé et présent, les limites entre le réel et le fantastique s’effacent de plus en plus au fil des pages et la seule constante est l’écriture sublime qui maintient la cohérence de cet album de famille exceptionnel, premier roman d’une jeune auteure talentueuse ; un récit merveilleusement étrange.

Une phrase du livre qui était reprise aussi par The Guardian dans un article sur cet ouvrage définit à mon avis la vision de l’auteure :

« Il y a plus de débuts que de fins pour les contenir. »

The Guardian compare par ailleurs Daisy Johnson à Iris Murdoch  : « Le résultat me rappelle Iris Murdoch – cette intériorité sans compromis des personnages » écrit le journaliste.

5 cœurs pour ce roman.

❤️❤️❤️❤️❤️

Stock 

Daisy Johnson


De l’Angleterre et des Anglais


Date de parution : 03/01/2019

Mot de l’éditeur :

Des instantanés qui distillent l’essence d’une vie. Des moments pris sur le vif que l’on déroule comme une pellicule. Des héros ordinaires ; ce qui les lie, ce qui les sépare. Un couple de jeunes mariés vient de remplir son testament. Un médecin raconte pour la centième fois l’histoire de son père immigré. Un homme fantasme sur l’épouse de son meilleur ami. Une femme n’arrive plus à dormir dans la même chambre que son mari après les sombres révélations de sa fille. Traversant les palais du XVIIe siècle et les chambres feutrées d’aujourd’hui, le lecteur est témoin de nombreux drames, du plus secret au plus ostensible. Au fil des nouvelles qui composent ce recueil, chaque portrait s’anime pour révéler, dans une prose sobre aux multiples facettes, un émouvant fragment du quotidien. De quoi se compose l’identité de l’Angleterre aujourd’hui ? En détaillant tantôt avec tendresse, tantôt avec cruauté, une cartographie émotionnelle et humaine de son pays, l’auteur du très remarqué Dimanche des mères nous offre ici une vision vivante et cosmopolite de la société britannique.

Notre avis :

C’est une collection plus qu’intéressante de nouvelles, je découvre l’auteur et j’en suis ravie.

Mention spéciale pour les récits qui se situent dans le passé, en 1805 ou dans une Angleterre déchirée par la guerre de Sécession par exemple.

Les histoires qui nous sont contées confrontent le lecteur principalement avec des situations assez ordinaires : un homme se souvenant du jour où il a rendu visite à un avocat avec sa nouvelle épouse pour faire son testament, deux amis de longue date à l’enterrement de leur ancien directeur d’école, un homme se rappelant à quel point ses parents considéraient un voisin qui semblait un peu étrange, un ostéopathe veuf avec un jeune client, un homme qui s’enferme à l’extérieur de sa maison… Cependant, toutes ces situations initialement normales ont une grande force : celle de montrer ce qui se passe sous la surface. Que ce soit un coiffeur qui discute avec un client ou un homme qui achète des pâtes chez Waitrose,  Graham Swift découvre la profondeur des sentiments humains. Ce livre traite du chagrin, de la solitude, de l’isolement, de l’amitié, des liens de l’enfance et de la perte. Un très bon recueil d’histoires courtes. Livre hautement recommandé

Gallimard

❤️❤️❤️❤️❤️

Graham Swift
Stéréotypes