Hôtel Waldheim

La carte postale a été pour plusieurs générations le souvenir d’un lieu, d’une histoire, d’une œuvre d’art, et personnellement, même dans notre ère digitale, j’adore ces rectangles en carton.

Tout commence avec une vieille carte postale anonyme d’un Hôtel Suisse bien connu dans sa jeunesse par Jeff Valdera, le protagoniste du livre.

Un voyage vers le passé, un chemin dans la mémoire.
D’abord les certitudes puis la construction d’un puzzle qui ouvre, en se remplissant, la porte au doute.

Jeff Valdera a-t-il involontairement été un espion ? Qu’est-il arrivé au père de Frida ?.
« L’espionnage serait peut-être tolérable s’il pouvait être exercé par d’honnêtes gens » disait Montesquieu dans « De l’esprit des lois »
François Vallejo nous fait connaître au fil des pages la face cachée de chaque personage et nous cherchons de plus en plus à découvrir qui sont les « honnêtes gens » dans la partie d’echecs qui se joue à l’Hôtel Waldheim.
J’ai aimé ce roman tout à fait original et surprenant.
Mention spéciale pour Frau Finkel obsédée par Thomas Mann.

❤️❤️❤️❤️❤️

Viviane Amy

Invasion

Invasion est un livre totalement disjoncté et amusant.

Il est bien question d’extra -terrestres mais nous sommes loin de la Guerre des mondes.

Les envahisseurs venus d’un monde parallèle sont, mutatis mutandis, plus proches des Tribules (petits animaux affectueux en forme de boule de poils) présents dans le mythique épisode de Star Treck série originale et repris aussi par Deep Space nine que des méchants Aliens de notre imaginaire. 

Luke Rhinehart utilise les Protéens venus sur terre pour construire une satire de la société américaine et plus en général de notre mode de vie. Nous pouvons trouver dans le dictionnaire de nos extraterrestres :

“Changement climatique : processus actuellement en cours mais dont nombre d’Américains nient l’existence, parce qu’ils estiment que seul Dieu peut contrôler la météo. Le reste des Américains, blasés, haussent les épaules”. Juste pour vous donner un exemple.

Pas d’ennuie en lisant ce livre, action et rebondissements sont au rendez-vous.

La famille Morton, les humains du “premier contact”, est enrôlée et se retrouve dans une multitude de situations bien compliquées pour aider les “machins intelligents” qui veulent s’amuser sur terre se révélant plus profonds et engagés que prévu.

Une lecture bien sympathique avec rire garanti.

Une belle histoire utile aussi pour réfléchir sur notre société.

Résumé de l’éditeur :

Des boules de poils intelligentes débarquent sur Terre. Venues d’un autre univers, elles n’ont d’autre but que de s’amuser. L’une d’entre elles, Louie, est adoptée par Billy Morton, un Américain moyen plein de bon sens. Quand les autorités décident de se saisir de ces bestioles, Billy et sa famille, échaudés par l’Amérique contemporaine où ils se sentent de moins en moins à l’aise, prennent la tangente : peut-être que, finalement, la sagesse n’est pas du côté du pouvoir politique, mais du côté de cette anarchie sympathique, de cette libération improbable que cette invasion apporte.

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Aux Forges de Vulcain

Merci à l’éditeur pour cet ouvrage.

Vivre ensemble

Vivre ensemble d’Emilie Frèche est une fresque des frasques d’une famille recomposée.

Les comportements décrits sont vécus, parfois au quotidien, dans beaucoup de foyers où cohabitent des histoires et des habitudes incompatibles. L’auteure exacerbe les situations et la véhémence des réactions de l’enfant de l’autre.

Le début du livre et le final sont un miroir et l’écriture de ce roman est captivante.

Une trame parallèle nous transporte à Calais et la réflexion sur les conditions de vie des migrants est bien présente car Pierre, le compagnon de Deborah, est avocat et travaille plusieurs jours par mois dans la « jungle ».

C’est un livre qui peut être dérangeant par sa violence.

C’est aussi une histoire des peurs qui nous bloquent et ne nous font pas avancer.

Les phobies de Salomon et ses actions effrayantes, la peur de son père d’intervenir durement suite à ses comportements dangereux, la peur de Déborah de blesser son compagnon en en disant ou faisant trop, les craintes du fils de Déborah qui essaye de faire face comme il peut.

Driss finira également par être effrayé par la situation de son ex femme et par sa relation avec Salomon, il aura aussi peur pour son fils Léo.

L’ex femme de Pierre est décrite comme insensible et capable d’harcèlement, encore des actions qui génèrent de l’angoisse.

Un livre à lire mais vu le final je ne veux vraiment pas connaître la suite.

❤️❤️❤️❤️❤️

Stock

Rosa la rouge

Rosa la rouge est un roman graphique d’une rare intensité.

Tout est dû à son auteure Kate Evans, brillante «cartoonist» britannique qui a, par ailleurs, publié une bande dessinée sur Calais et les migrants pour le moment disponible uniquement en anglais chez Verso Books            (  https://www.cartoonkate.co.uk/threads-from-the-refugee-crisis/ ).

Mais revenons à Rosa la rouge, le format choisi par l’éditeur français est légèrement plus petit que le la version Uk mais reste bien lisible et permet de le transporter aisément car, j’en suis sure, cet objet littéraire non identifié vous allez l’aimer.

Il s’agit bien d’une biographie de Rosa Luxembourg qui retrace sa vie de femme, sa volonté de pouvoir s’exprimer et exister, la relation avec ses parents, les peurs et la rencontre avec l’histoire.

Les graphismes sont magnifiques et la BD est accompagnée d’une postface qui permettra de situer encore mieux Rosa Luxembourg et éventuellement choisir des livres en complément.

❤️❤️❤️❤️❤️

Éditions Amsterdam 

Être Clown en 99 leçons


En cherchant de la lecture, un titre a frappé mon regard « Être Clown en 99 leçons » de Fabrice Hadjadj. Contrairement à ses semblables, ce livre venait providentiellement s’adresser à moi et semblait signifier « tu es prêt ». Un peu comme le dirait un manuel sur la puberté à un adolescent découvrant progressivement les nouvelles facultés de son corps. Mais ici il n’est pas question d’un changement corporel, mais d’acceptation d’une partie de notre identité. Celle qui est cause du dépit de notre regard introspectif, celle que l’on cherche désespérément à cacher sous la montagne du déni : notre « part risible et pitoyable » et qui fait rire au delà de tout savoir faire simplement par son être. Contrairement à ce que nous laisse penser le titre, ce n’est pas un code à suivre afin de devenir un clown ; c’est un guide entre notre conscience et notre identité cachée. Et il fera rire ! Comme il l’a fait pour moi ; ou pleurer… je ne sais plus… car telle est la réalité complexe de son objet, un pathétique rigolo. Si donc vous avez atteint l’état où votre désespoir enfoui appelle à l’aide pour savoir s’il a le droit d’être aidé et que vous avez sublimez vos crises existentielles en source de rire, ce livre est la prochaine étape de votre (dé)construction personnelle.

By B.

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La Bibliothèque

Tu t’appelais Maria Schneider

Une fois commencé ce livre vous ne pourrez plus le lâcher.

Tout y est décrit de manière sublime, l’auteure fait preuve de subtilité et grande délicatesse même dans les moments du récit « les plus durs » à raconter quand il faut parler de drogue, de descente aux enfers et de suicide.

La jeune cousine de Maria Schneider nous dévoile les jours de celle qui, après le célèbre film le Dernier Tango à Paris, a eu sa carrière et peut être sa vie bouleversée par le scandale que ce duo avec Marlon Brando a généré. 

L’histoire de Maria est le fil conducteur de l’ouvrage mais nous découvrons aussi la famille de l’actrice et plus dans le détail l’extraordinaire famille de Vanessa Schneider  ( Vanessa, joli prénom pour lequel, vous le découvrirez dans le livre, il a fallu lutter… ) 

La vie dans le HLM, la cité où tout se sait, cette grande cousine qui va et vient, un émouvant dossier rouge et la narration de l’évolution d’une famille qui voulait changer le monde.

Au fil des chapitres présent et passé s’alternent, l’histoire de Maria, ses rencontres et sa fin, celles et ceux qui sont restés et ceux qui ont de manière posthume ébauché des excuses bien trop tardives.

La une de libération en 2011 qui montre une photo tirée du film de Bertolucci, quelle déception.

Le dessin peut être trop vite abandonné par la jeune actrice quelle tristesse.

Ce voyage dans les époques est le roman d’une famille.

Madame Schneider, Vanessa, oui ce livre il fallait l’écrire et vous avez su trouver le ton juste pour le faire.

Sortie le 16 août !

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Grasset et Fresquelle 

La Révolte

Ceci n’est pas un livre d’histoire !

Il s’agit bien d’un roman, d’une fiction historique bien documentée. L’écrivaine  prend évidemment des libertés avec les réels faits de l’epoque mais “cette histoire” peut permettre de découvrir l’extraordinaire existence d’Aliénor d’Aquitaine, deux fois reine et pièce d’un échiquier politique qui fait de l’héritière de la puissante et stratégique Aquitaine une redoutable “Dame”.

Le récit de Clara Dupont- Monod est compté par Richard Cœur de Lion qui nous décrit la vie de sa mère.

La vie en France, en Angleterre, en Aquitaine tout y est.

L’anecdote qui narre la différence entre son mariage à la cour de France et celui à la cour Anglaise et emblématique de l’évolution de sa vie.

Les sauts dans le temps que l’auteure utilise permettent de découvrir les liens et le caractère qu’elle attribué à cette famille dont le rôle est capitale dans notre histoire. 

Aliénor était une femme de très grande culture, une mécène mais aussi une redoutable « chef de clan ».

J’ai apprécié ce livre, une lecture instructive et plaisante.

Sortie le 23 août

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Stock

Rentrée Littéraire 2 coups de cœur chez Éditions P.O.L.

Chez les Éditions P.O.L. voici les deux titres que nous avons particulièrement aprecié. Ils sortiront le 23 août.

La robe blanche de Nathalie Léger

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Un livre extraordinaire, le récit d’une quête pour comprendre l’histoire de Giuseppina Pasqualino alias Pippa Bacca qui voulait apporter l’espoir avec sa robe blanche spécialement conçue pour son projet « brides on tour » mais une quête aussi pour libérer du poids d’un divorce subi la mère de la narratrice.

L’histoire de l’artiste italienne engagée contre toutes les guerres, violée et assassinée en Turquie est dévoilée de façon très délicate et respectueuse la vie d’une idéaliste morte tout juste il y a 10 ans. Une belle façon de ne pas l’oublier. J’ai adoré ce livre.

 

Une campagne de Frédéric Valabrègue

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Un autre livre à conseiller pour cette rentrée, il nous plonge dans la vie et la campagne électorale d’un petit village du sud de la France.

La construction des personnages, leur complexité et la manière de traiter l’inexorable dégénération des relations des deux camps de cette « campagne » sont les points forts de la narration.

Paranoïa La folie qui fait l’histoire

Luigi Zoja a écrit un livre ambitieux et très prenant qui ne laissera pas le lecteur indifférent.

L’auteur essaye d’articuler une théorie psychologique en parcourant notre histoire sous le signe de la paranoïa ; il trace une phénoménologie détaillée de l’esprit paranoïaque qui agit comme une grille dans laquelle les événements et personnages historiques des différentes époques (de la conquête des Amériques, l’histoire des États-Unis, les nationalismes du XIXe siècle, les deux guerres mondiales, Hitler, Staline, la tension entre les superpuissances, jusqu’à la scène mondiale de nos jours) se placent.

Le pont entre l’esprit et l’histoire est garanti par la nature particulière de la paranoïa qui s’installe dans l’individu et grandi une fois qu’elle a mis ses racines. Elle devient facilement une infection collective…

Deux couples de personnages mythologiques et littéraires ouvrent et ferment le livre : Athéna et Ajax, Iago et Otello. Ce choix veut montrer que la paranoïa, à son origine est toujours une voix qui atteint un individu, seul, dans un espace clos (la tente d’Ajax, le palais d’Otello) et le met sur la voie du délire.

Ce livre bien écrit et bien traduit, avec une introduction écrite spécifiquuement pour la version française, merite toute notre attention.

❤️❤️❤️❤️❤️

Les Belles Lettres

L’archipel du chien

Philippe Claudel dans son dernier roman propose au lecteur une parabole bien sombre sur le drame des migrants.

Une île peu peuplée, tout le monde se connaît, tout le monde joue son rôle mais les vagues transportent un jour de septembre les cadavres de trois hommes noirs sur la plage.

Jean-Jacques Goldman chantait dans sa chanson Peurs :

“Ici c’est comme ça

C’est chacun pour soi

La vie, les rumeurs

Peurs contre peurs”

Dans cette île c’est bien “peur contre peur”.

Le Maire et le Docteur décident de ne pas communiquer aux autorités que trois migrants ont échoué sur l’île ayant la crainte que l’installation de thermes qui est en projet ne se réalise pas à cause de la mauvaise publicité.

Les notables autochtones, y compris le Curé, se plient à la volonté du Maire et consentent à ce terrible camouflage, le seul réticent est l’Instituteur qui n’est pas natif de l’archipel, pour le faire taire une conspiration odieuse est mise en place.

C’est une descente aux enfers, une démonstration de la noirceur possible chez nos congénères.

Claudel ne nomme pas les personages, il les identifié par leur métier ou fonction : Le Maire, Le Curé… la voix off qui narre l’histoire en fait des archétypes de mesquinerie et baisses humaine.

L’écriture de ce livre est fluide et permet une lecture agréable.

❤️❤️❤️❤️

Stock