Soldats de la parole

Mot de l’éditeur :

« La plume est plus forte que l’épée. » Nous aimerions le croire, mais est-ce bien vrai ? Quel est le poids de la parole face aux armes ? C’est la question que pose Frank Westerman. Pour tenter d’y répondre, il entraîne le lecteur dans des situations très variées, comme dans un road movie, avec du suspense et non sans une pointe d’humour.

Enfant, Frank Westerman a été témoin, dans la petite ville où il habitait, de la prise d’otages d’un train par des Moluquois. Il nous fait revivre de façon poignante les différentes actions des rebelles moluquois et les longues et patientes négociations qui les accompagnent. Plus tard, comme correspondant, il a assisté aux représailles russes face à la terreur tchétchène. Il compare différentes approches : la méthode douce, dite « approche hollandaise », qui consiste à négocier, à gagner du temps pour tenter de convaincre les terroristes de renoncer à leur action et pour éviter à tout prix la violence et la méthode dure, celle de Poutine, contre les Tchétchènes par exemple, lors de la prise d’otages au théâtre de Moscou, qui a fait 128 morts, et de l’école de Beslan – 331 morts dont 150 enfants.

Frank Westerman prend un café avec un ex-preneur d’otages qui se confie longuement à lui. Il assiste avec le personnel navigant de la KLM à un stage d’entraînement comprenant une simulation de prise d’otages, puis à un stage pour apprendre à gérer la violence au personnel de différents corps de métiers régulièrement exposés à des situations critiques. À Paris, Frank Westerman assiste à une biennale rassemblant les experts du monde entier en matière de terrorisme. Les informations apportées sur l’évolution du terrorisme par Guy Olivier Faure, professeur en négociation internationale, permettent au lecteur de se forger une opinion sur l’évolution du terrorisme et sur les réponses possibles.

Dans cet essai, Frank Westerman, sans donner de réponse catégorique, invite le lecteur à réfléchir avec lui sur le terrorisme et sur la façon de l’affronter.

Biographie de l’auteur :

Né en 1964 à Emmen aux Pays-Bas, Frank Westerman est ingénieur agronome de formation. Dans les années 1990, il effectua de nombreux voyages en tant que journaliste à travers l’Afrique, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est. En 1992, il part comme reporter couvrir le conflit en ex-Yougoslavie pour le quotidien néerlandais De Volksbrant. Il fut notamment l’un des seuls journalistes à réussir à pénétrer à Srebrenica lors du massacre de 1995. De cette expérience, il tire son premier roman : The Bridge over the Tara (1994). Entre 1997 et 2002, il fut correspondant à Moscou. Depuis 2002, Frank Westerman se consacre pleinement à l’écriture à Amsterdam, où il vit. Depuis, Frank Westerman a accumulé les marques de reconnaissance : Les ingénieurs de l’âme a reçu de nombreuses récompenses aux Pays-Bas et a été traduit en neuf langues. El Negro et moi, a reçu la Goldene Eule, l’équivalent du prix Goncourt pour les Pays-Bas et la Belgique. Ararat a figuré sur les dernières sélections du prestigieux prix AKO aux Pays-Bas. (Christian Bourgois Editeur)

Notre avis :

L’essai de Frank Westerman couvre une large période d’enquête basée sur différents types d’actions armées et d’actes terroristes, nous découvrons « la méthode hollandaise », cette volonté d’une issue sans violence ou au moins avec le moins d’agissements brutales possibles.

La terre natale de l’auteur est très présente dans la première partie du livre avec la découverte du village d’Ossendrecht 2, utilisé comme espace d’entraînement pour la police et les futurs médiateurs. 

L’auteur pour écrire ce livre a pris le chemin de l’immersion complète fréquentant les lieux qui lui permettront de  mieux comprendre la naissance et l’évolution du rôle de négociateur et l’évolution du terrorisme. 

En décembre 1975 au Pays Bas, a lieu une double prise d’otage par des réfugiés Moluquois au consulat général d’Indonésie qui fait un mort et la  prise en otage d’un train — la première du genre — dure treize jours. Le bilan sera de trois morts. La reconstruction de cette dernière action est minutieuse et permet aussi de connaître l’histoire des Moluquois.

Après le déclin de la Compagnie de Indes Orientale Hollandaise, nombre de Moluquois intégrèrent les rangs de l’armée Néerlandaise.  Ce ne fut pas sans conséquence après l’indépendance de l’Indonésie dans les années 50 quand ils tentèrent de créer une république autonome violemment combattue par l’Indonésie, alors qu’ils étaient abandonnés par les Hollandais. Une importante communauté Moluquoise Chrétienne s’enfuit aux Pays-Bas où leur situation est assez comparable à celle des Harkis en France. 

Quelle récit basé sur la rencontre avec Abé Sahetapy, le terroriste qui se faisait appeler Carlos dans la prise d’otage du train de 1975 et qui, après avoir purgé sa peine, devint poète et exemple de déradicalisation , sa vie mériterait un livre qui lui soit dédié.

Le voyage se poursuit avec l’analyse des attentas de Moscou en 2002 suivi nos tout récents actes accablants perpétrés à Paris en 2015 on y voit la difficulté de négocier avec des terroristes qui ont déjà décidé que mourir est plus qu’une option.

L’écrivain nous entraine dans son investigation grâce à sa solidité journalistique mais également grâce à sa plume et sa façon brillante de nous décrire son incursion dans le monde de la parole contre la violence.

Je terminerai par une citation qui se trouve dans Les annales du Disque-Monde, tome 2  Le huitième sortilège de Terry Pratchett :

« Ainsi Quimby périt-il sous les coups d’un poète mécontent au cours d’une expérience menée dans l’enceinte du palais pour prouver la justesse controversée du proverbe : « La plume est plus forte que l’épée », lequel proverbe on rectifia en sa mémoire par l’ajout de la phrase : « Seulement si l’épée est très courte et la plume très pointue »».

L’usage de la contrainte et d’interventions armées est bien évidemment parfois nécessaire et inévitable néanmoins, les émissaires de la parole, les porteurs du dialogue restent une force dont nous avons besoin.

Je crois à la supériorité du verbe, du savoir et de la tolérance sur toute forme de violence, À Paris où l’imagination fut brièvement au pouvoir en 1968, comme le dit l’auteur l’espérance d’un monde de dialogue reste présente.

Livre intéressant qui permet une réflexion importante sans jamais donner de leçons, 335 pages qui se lisent avec plaisir, je le conseille vivement.

Christian Bourgois

❤️❤️❤️❤️❤️

Frank Westerman
Extrait

Merci à Babelio et aux éditions Christian Bourgois pour cette découverte !

La solitude Caravage

Mot de l’éditeur :

«  Vers 15 ans, j’ai rencontré l’objet de mon désir. C’était dans un livre consacré à la peinture italienne  : une femme vêtue d’un corsage blanc se dressait sur un fond noir  ; elle avait des boucles châtain clair, les sourcils froncés et de beaux seins moulés dans la transparence d’une étoffe.  » 

Ainsi commence ce récit d’apprentissage qui se métamorphose en quête de la peinture. En plongeant dans les tableaux du Caravage (1571-1610), en racontant la vie violente et passionnée de ce peintre génial, ce livre relate une initiation à l’absolu. 

À notre époque d’épaississement de la sensibilité, regarder la peinture nous remet en vie. On entre dans le feu des nuances, on accède à la vérité du détail. C’est une aventure des sens et une odyssée de l’esprit. Aimer un peintre comme le Caravage élargit notre vie. 

Biographie de l’auteur :

Yannick Haenel co-anime la revue Ligne de risque. Il est notamment l’auteur de Cercle (Gallimard, 2007, prix Décembre), Jan Karski (Gallimard, 2009, prix Interallié) et Tiens ferme ta couronne (Gallimard, 2017, prix Médicis)

Notre avis :

Le roman est une ode au pouvoir libérateur de l’art, un adolescent s’élève grâce à un livre, grâce à une image, une peinture, un visage de femme.

Après avoir alimenté son évasion mentale et éveillé ses sens, cette image « extirpée » accompagnera l’initiation au Caravage.

À Rome la découverte du tableau, de Judith et Holopherne montre l’objet de son désir dans son contexte tout cela le surprend et pourtant lui donne envie de tout lire sur l’artiste.

Nous traversons en suivant les œuvres du peintre sa vie, son talent, sa lumière et son caractère obscur, sa fin prématurée et l’héritage qu’il laisse.

Caravage sonne un coup de tonnerre dans l’Europe de la peinture et ce roman est un coup de foudre pour moi.

Une envie soudaine de visiter ou revoir Saint-Louis-des-Français vous prendra une fois absorbés par la passion que l’auteur sait partager, les demandes de stage à la Villa Médicis pourraient aussi enregistrer une augmentation cette année pour la même raison !

Le livre que je définirai comme une sorte de « philosophie du Caravage » se lit avec plaisir.

Je trouve ce récit exquis, une perle délicate comme celle des boucles d’oreille de Judith.

❤️❤️❤️❤️❤️

Fayard 

Portrait du Caravage par Ottavio Leoni
Judith et Holopherne détail
Judith et Holopherne
Saint-Louis-des-Français extérieur
Saint-Louis-des-Français intérieur
Extrait
Une pièce à voir absolument si vous la voyez à l’affiche près de chez vous !

Blood Orange

Mot de l’éditeur :

Alison Wood est avocate pénaliste. À mesure que sa carrière décolle, sa vie familiale se dégrade : elle passe ses journées à plaider et ses soirées dans les bars pour décompresser. Patrick, un collègue avec qui elle entretient une liaison toxique, souffle le chaud et le froid et l’humilie tout autant qu’il se sert d’elle. Pourtant, Alison n’arrive pas à décrocher.

Quand Patrick lui confie sa première affaire de meurtre, elle se plonge dans l’histoire de sa cliente, Madeleine, qui a poignardé son conjoint d’une quinzaine de coups de couteau. Au fil de leurs entretiens, Madeleine se livre : son mari diluait la pilule contraceptive dans son thé, examinait toutes ses dépenses, prenait toutes les décisions…

Petit à petit, leurs deux vies se font écho. Qui contrôle qui ? Et si, avant de défendre les autres, Alison commençait par se défendre elle-même ?

Un thriller addictif.
Un style ultra-efficace.
Un twist final explosif.

« L’élégance de ce thriller n’a d’égale que sa puissance narrative. » Clare Mackintosh, auteure de Te laisser partir.

Biographie de l’auteur :

Harriet Tyce a grandi à Édimbourg et a étudié l’anglais à l’université d’Oxford, avant de se reconvertir dans le droit. Elle a travaillé en tant qu’avocate pénaliste à Londres pendant presque dix ans, avant de se consacrer à l’écriture. Elle vit à Londres.

Notre avis :

Le roman est écrit à la première personne C’est Alison qui offre au lecteur un aperçu approfondi de ses pensées, de ses sentiments et émotions. 

L’histoire est racontée au présent, avec quelques allusions au passé, ce qui donne un sentiment d’immédiateté et de suspense croissant. La structure narrative est très facile à suivre et très efficace.

Les personnages sont bien nuancés et l’auteure ouvre une fenêtre sur le monde des avocats à Londres. Tout cela semble vif et réel on s’imagine dans le quartier du « Temple ». Travailler tard, noyer le chagrin dans un pub et dans bien trop d’alcool, devenir proche de ses collègues de travail aux dépens de sa famille. 

L’alcoolisme « social » cette quête de convivialité forcée est présente et bien problématique. Les actions se succèdent rapidement, les histoires se mêlent, les lignes qui séparent le bien et le mal deviennes subtiles.

Tout est habilement tissé, un mélange toxique de passion, de haine, de trahison et surtout de manipulation.

Des vies de femmes qui combattent leurs démons au quotidien.

Alison demande pardon tout le temps à son mari et en même temps n’arrive pas à avancer, à faire des choix qui s’imposeraient pourtant.

Le final est inattendu, surprenant et vraiment génial, quelle surprise !

Ce thriller est passionnant et ingénieux, je suivrai l’auteure.

❤️❤️❤️❤️❤️

La bête Noire – Robert Laffont

Harriet Tyce
Temple Church
Royal Court of Justice