
J’ai rencontré David Foenkinos au Zimmer pour parler de Je suis drôle, son nouveau roman publié chez Gallimard, et la conversation a trouvé très vite son rythme : vive, précise, souvent amusante.
Je dois dire d’abord que Charlotte un précédent livre de l’auteur, avait énormément compté pour moi. Ce texte m’avait touchée par sa manière d’approcher une vie brisée sans jamais la confisquer, par son souffle retenu, sa pudeur, cette émotion qui semblait se tenir au bord de chaque phrase. J’y avais trouvé une justesse rare : écrire la disparition, la mémoire, l’art, sans pathos, sans effet, avec une forme qui devenait presque une respiration.
Avec Je suis drôle, David Foenkinos change de lumière. Le roman nous entraîne du côté du rire, de la scène, de cette vocation étrange qui consiste à vouloir provoquer chez les autres une joie immédiate. Mais très vite, derrière l’allégresse du trait, derrière les situations comiques, quelque chose de plus intime se dessine : le besoin d’être vu, reconnu, attendu, peut-être aimé.
Gustave comprend tôt que faire rire peut devenir une manière d’exister. Ce n’est pas seulement une aptitude, encore moins un simple talent social. Chez lui, l’humour devient une adresse lancée au monde. Chaque rire reçu vaut comme une preuve : il est là, on l’écoute, il compte. Et c’est précisément ce qui rend le personnage si touchant. Il ne cherche pas seulement à divertir. Il cherche une place.
Le roman avance ainsi entre la drôlerie et la fêlure. David Foenkinos connaît la musique du comique, ses accélérations, ses silences, ses chutes, mais il regarde surtout ce qu’elle coûte. Monter sur scène, c’est s’exposer à la grâce d’un éclat de rire, mais aussi à la cruauté d’un silence. Une blague qui ne prend pas peut soudain devenir une petite catastrophe intérieure.
Ce que j’ai aimé dans Je suis drôle, c’est cette façon de ne jamais séparer le rire de la vulnérabilité. Le livre n’écrase pas son personnage sous l’ironie. Il l’accompagne. Il le laisse espérer, se tromper, recommencer, s’accrocher à cette croyance presque enfantine : peut-être qu’en faisant rire les autres, on finira par être moins seul.
David Foenkinos signe ici un roman tendre, humain, mélancolique sans pesanteur, sur celles et ceux qui ont fait de l’humour une armure légère. Un livre sur la scène, bien sûr, sur le désir de faire rire, mais surtout sur ce que l’on cache parfois derrière un sourire : la peur du vide, le besoin de plaire, et cette immense difficulté à se sentir aimé sans devoir sans cesse se rendre indispensable.
À lire sans hésitation.