Tout ce qui nous submerge

Date de parution ; 13/02/2019

Mot de l’éditeur :

« Nos lieux de naissance reviennent toujours. Ils sont notre moelle – ils sont inscrits en nous. Si on nous retournait la peau, leur carte apparaîtrait à l’envers de façon qu’on puisse toujours y revenir. Pourtant, incrusté à l’envers de ma peau, il n’y a ni canal, ni voie ferrée, ni bateau mais simplement : toi. »

Jusqu’à ses seize ans, Gretel a vécu avec sa mère, Sarah, sur une péniche le long des canaux de l’Oxfordshire. Puis un jour, Sarah a disparu.

Seize ans plus tard, un coup de fil vient raviver les questions qui n’ont jamais cessé de hanter Gretel : pourquoi Sarah l’a-t-elle abandonnée ? Qu’est devenu cet étrange garçon qui vivait avec elles ? Que s’est-il réellement passé sur la rivière ? Daisy Johnson signe ici une histoire de famille et d’identité, de langage et d’amour, qui frappe par la maîtrise et la beauté de son écriture.

Daisy Johnson :

Daisy Johnson est née en 1990 à Paignton au Royaume-Uni. Elle a publié en 2016 un recueil de nouvelles, Fen, lauréat de nombreux prix littéraires. Elle est la plus jeune auteure à avoir jamais figuré parmi les finalistes du Man Booker Prize pour son premier roman, Tout ce qui nous submerge.

Notre avis :

La beauté de ce livre est qu’il est ouvert à des interprétations variées. 

La nature joue également un rôle. Comme dans beaucoup de romans de cette année, l’environnement est fondamental pour compléter la vision du monde des personnages. 

J’ai aimé lire ce roman. 

La prose de Johnson m’a parfois fait penser à Ali Smith (auteure entre autres de « Comment être double »).

C’est un livre qui se concentre sur les nuances du langage et sur le lien qu’il crée entre les individus. 

C’est un livre profondément enraciné dans la mythologie grecque et les contes des frères Grimm.

C’est un livre atypique et marquant.

La ligne temporelle mêle passé et présent, les limites entre le réel et le fantastique s’effacent de plus en plus au fil des pages et la seule constante est l’écriture sublime qui maintient la cohérence de cet album de famille exceptionnel, premier roman d’une jeune auteure talentueuse ; un récit merveilleusement étrange.

Une phrase du livre qui était reprise aussi par The Guardian dans un article sur cet ouvrage définit à mon avis la vision de l’auteure :

« Il y a plus de débuts que de fins pour les contenir. »

The Guardian compare par ailleurs Daisy Johnson à Iris Murdoch  : « Le résultat me rappelle Iris Murdoch – cette intériorité sans compromis des personnages » écrit le journaliste.

5 cœurs pour ce roman.

❤️❤️❤️❤️❤️

Stock 

Daisy Johnson


De l’Angleterre et des Anglais


Date de parution : 03/01/2019

Mot de l’éditeur :

Des instantanés qui distillent l’essence d’une vie. Des moments pris sur le vif que l’on déroule comme une pellicule. Des héros ordinaires ; ce qui les lie, ce qui les sépare. Un couple de jeunes mariés vient de remplir son testament. Un médecin raconte pour la centième fois l’histoire de son père immigré. Un homme fantasme sur l’épouse de son meilleur ami. Une femme n’arrive plus à dormir dans la même chambre que son mari après les sombres révélations de sa fille. Traversant les palais du XVIIe siècle et les chambres feutrées d’aujourd’hui, le lecteur est témoin de nombreux drames, du plus secret au plus ostensible. Au fil des nouvelles qui composent ce recueil, chaque portrait s’anime pour révéler, dans une prose sobre aux multiples facettes, un émouvant fragment du quotidien. De quoi se compose l’identité de l’Angleterre aujourd’hui ? En détaillant tantôt avec tendresse, tantôt avec cruauté, une cartographie émotionnelle et humaine de son pays, l’auteur du très remarqué Dimanche des mères nous offre ici une vision vivante et cosmopolite de la société britannique.

Notre avis :

C’est une collection plus qu’intéressante de nouvelles, je découvre l’auteur et j’en suis ravie.

Mention spéciale pour les récits qui se situent dans le passé, en 1805 ou dans une Angleterre déchirée par la guerre de Sécession par exemple.

Les histoires qui nous sont contées confrontent le lecteur principalement avec des situations assez ordinaires : un homme se souvenant du jour où il a rendu visite à un avocat avec sa nouvelle épouse pour faire son testament, deux amis de longue date à l’enterrement de leur ancien directeur d’école, un homme se rappelant à quel point ses parents considéraient un voisin qui semblait un peu étrange, un ostéopathe veuf avec un jeune client, un homme qui s’enferme à l’extérieur de sa maison… Cependant, toutes ces situations initialement normales ont une grande force : celle de montrer ce qui se passe sous la surface. Que ce soit un coiffeur qui discute avec un client ou un homme qui achète des pâtes chez Waitrose,  Graham Swift découvre la profondeur des sentiments humains. Ce livre traite du chagrin, de la solitude, de l’isolement, de l’amitié, des liens de l’enfance et de la perte. Un très bon recueil d’histoires courtes. Livre hautement recommandé

Gallimard

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Graham Swift
Stéréotypes

Les Heures indociles

Mot de l’éditeur :

1908. Dans le Londres de Virginia Woolf et Conan Doyle, une suffragette, un médecin anticonformiste et un aristocrate excentrique mènent une lutte à mort pour le progrès.

La reine Victoria n’est plus et son fils, Edward VI, se rapproche de ses voisins européens. Le vieux monde britannique se fissure sous l’impulsion de groupes d’avant-garde, comme les suffragettes qui mènent une lutte acharnée pour le droit de vote des femmes. L’heure n’est pas à la révolution, mais à une révolte sociétale de moins en moins feutrée.

Dans Les Heures indociles, Éric Marchal relate le parcours de trois personnages hors du commun : Olympe Lovell, une guerrière au service d’Emmeline Pankhurst, figure de proue des suffragettes. Thomas Belamy, l’Annamite, médecin au St Bartholomew Hospital, le plus vieil établissement de Londres. Il travaille dans le service flambant neuf des urgences et dirige un département de médecine non conventionnelle dont le but est d’unifier les pratiques occidentales et chinoises. Enfin, Horace de Vere Cole, le plus excentrique des aristocrates britanniques, poète et mystificateur, à la recherche de son chef-d’oeuvre, le plus grand canular de tous les temps.

Chacun d’eux est un rebelle. À deux, ils sont dangereux. À trois, ils sont incontrôlables et deviendront la cible du pouvoir et d’un mystérieux personnage se faisant appeler « l’Apôtre ».

L’auteur :

Éric Marchal a 48 ans et vit à Vittel. 

Son premier roman, Influenza (Les ombres du ciel, 2009 ; Les Lumières de Géhenne, 2010), paru en deux tomes aux éditions Anne Carrière, a reçu le prix Carrefour Savoirs 2009. 

Il est également l’auteur du livre Le Soleil sous la soie (Anne Carrière, 2011).

Notre avis :

Un roman historique d’extraordinaire intensité.

Trois personnages forts et très rapidement adoptés par le lecteur.

Trois compagnons de route qui développent une solidarité très forte, c’est vraiment un pour tous, tous pour un dans les rues de Londres, unis par la volonté d’un avenir meilleur, sans oppresseurs.

Éric Marchal utilise les véritables actions des suffragettes comme fil conducteur de cette histoire palpitante.

Olympe notre suffragette bien déterminée a s’émanciper de la gente masculine a choisi son prénom en référence à Olympe de Gouges son héroïne qui a écrit Zamore et Mirza ouvrage qu’elle conseille à tout le monde.

Mention spéciale à donner au dialogue avec Sir Conan Doyle.

Nous vous conseillons de lire : «Suffragette, Genèse d’une militante » par Emmeline Pankhurst, l’autobiographie qui a inspiré le film « Les Suffragettes» où la célèbre femme politique est interprétée par Meryl Streep. À voir aussi «L’ordre Divin» film qui relate l’histoire d’un village suisse avant le vote masculin pour la possibilité d’accession au vote des femmes dans les années 70 et oui nos voisines les suissesses ont commencé à voter plus récemment que dans les autres pays européens …

Pour revenir à notre roman et paraphraser Alexandra David Néel ce livre est comme une étoile, on ne le quitte pas des yeux. Il vous fera avancer loin, sans fatigue et sans peine.

À lire !

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Anne Carrière 

Le Parfum

Mot de l’éditeur :

Le bâtard qui voit le jour dans le quartier le plus nauséabond de Paris s’appellera Grenouille, étrange nom guttural dont Gaillard (sa nourrice) et Grimal (le tanneur qui l’emploie à des tâches répugnantes) se font les échos, comme si la marginalité appelait forcément la marginalité. C’est donc dans la fange parisienne du XVIIIe que Grenouille, né sans parents ni amour, sans racines ni odeur, mène une vie de nomadisme olfactif, volant les odeurs, les imaginant, les recréant pour les infuser au monde entier. Sans distinction hiérarchique, il se pénètre de la moindre senteur, tout d’abord frénétiquement, puis avec méthode, pour finalement se livrer à un projet démiurgique et vampirique. Dans ce voyage jusqu’aux confins de l’imagination à la fois poétique et morbide, Süskind nous entraîne sans repos à la suite de son héros monstrueux, véritable buvard des essences dont l’ultime expérience revêt presque un caractère généreux et mystique.

Notre avis :

Netflix propose depuis quelques jours une excellente série : Le Parfum. Originellement diffusée sur la chaine allemande ZDFneo, Le Parfum se base sur le roman du même nom (déjà adapté au cinéma avec Ben Wishaw), mais dont l’action a été transposée de nos jours par les scénaristes Eva Kranenburg, Philipp Kadelbach et Oliver Berben.

C’est l’occasion de plonger ou replonger dans le livre de Patrick Süskind, un roman imprégné d’arômes, de solitude, de folie; une combinaison de réalisme et de fantaisie. 

L’écriture est ingénieuse en particulier dans la création du protagoniste, un paria de la société, un être qui n’émane pas d’odeur humaine et ne semble pas avoir de sentiments. Ce qui frappe chez Jean Baptiste Grenouille est son manque de communication avec le monde, une seule passion pour les parfums et cette aura de tristesse, un personnage sombre, décadent, avec toutes les caractéristiques qui méritent d’être détestées par le lecteur lorsque ses idées étranges mènent à des actions ignobles; au lieu de cela, parmi les mille nuances psychologiques créées par la plume de l’auteur, la mélancolie et la proximité avec ce jeune homme, la compréhension du chemin de la vie qui a abouti à quelque chose d’anormal et de development.

Des questions nous accompagnent dans la lecture et dans le décryptage de Grenouille : possède-t-il un cœur à l’intérieur de ce corps qui ne dégage pas d’odeurs? Est-il né avec une anomalie ou les conditions dans lesquelles il est né et a été abandonné en ont-elles fait un monstre? Suskind ne propose pas de solution à l’énigme, mais plutôt un voyage fait de sensations, de visages, de mort et d’injustices. Un roman au goût de fiel, une sage imbrication de moralité et de folie, pour nous mener dans les profondeurs de l’âme humaine. L’écriture est enveloppante riche d’images, de paysages, d’ambiances, de couleurs et de parfums bien sûr, le thème principal.

Il se lit d’une traite ce récit que nous vous conseillons !

Livre de Poche 

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Film Le Parfum
Série Le Parfum
Série Le Parfum
Le Parfum Livre de Poche

Les couleurs de Fosco

Date de parution : 09/01/2019

Mot de l’éditeur :

Ils n’ont qu’un désir, vivre leurs rêves: Irene veut assouvir sa passion artistique, Angiolino aimer librement et Rocco s’affranchir du passé trouble de son père. Mais ils sont nés à Fosco, village entre ciel et mer du sud de l’Italie, où deux puissantes familles ont droit de vie et de mort sur les habitants. Un soir de fête, Irene et Rocco s’unissent et voilà que leur destin chavire, avec celui du village tout entier.
Porté par un souffle poétique que vient assombrir une réalité cruelle, évoquant tour à tour les romans d’Elsa Morante et de Milena Agus, Les couleurs de Fosco donne voix avec force et tendresse à une jeunesse qui se bat pour sa liberté.

Paola Cereda, diplômée en psychologie et auteure d’une thèse sur l’humour juif, a été finaliste de nombreux prix littéraires. Les Couleurs de Fosco est son premier roman publié en France.

Notre avis :

Êtes-vous déjà tombé amoureux de la plume d’un auteur, ce qui fait que vous attendez chaque nouveau roman avec impatience ? 

Paola Cereda a été pour moi une découverte, un véritable coup de foudre. 

J’apprécie son originalité, sa manière particulière et rugueuse d’écrire sur les sentiments et les émotions, créant de véritables bulles dans l’espace-temps dans lesquelles le lecteur se laisse conduire tout au long d’un récit entouré de sensations. On est dans un monde à part pendant notre lecture comme dans une boule de verre avec la neige qui tombe.

Paola Cereda écrit des hymnes aux femmes, leur force, leur courage, l’importance de la dignité et de l’émancipation.

Ce roman nous décrit des personnages appartenants à des époques différentes, portant des bagages lourds et encombrants.

Irene, Gianna et Lorenza, et avant elles Nuzza et Maria Catena, des femmes qui ont grandi à l’ombre des maîtres des pères et des maris, dans le silence dans l’omertà, convaincues que la vie est comme ça, mais la nouvelle génération ne ressent pas l’oppression de la même façon, Irene, Rocco e Angiolino incarnent le symbole du changement, de ce vent d’espoir qui souffle à Fosco dont le panneau d’entrée dans la ville est criblé d’impacts de balles …

Paola Cereda, dans cet ouvrage, parvient à mêler sacré et profane, en parlant d’amour et Ndrangheta comme si c’était la chose la plus naturelle du monde. Avec une écriture riche en nuances, l’auteure montre une grande capacité à rentrer dans le monde de ces jeunes rêveurs mais déterminés, Cereda a su nous proposer un livre qui fascine. Avec l’espoir que ses autres romans soient publiés en France, Les couleurs de Fosco est pour moi un roman hautement recommandé.

❤️❤️❤️❤️❤️(❤️)

Autrement 

Fosco et son panneau d’entrée
Paola Cereda
Angiolino

La mort selon Turner


Mot de l’éditeur :

Après La Religion et Les Douze Enfants de Paris, le nouvel opéra noir de Tim Willocks.

Lors d’un week-end arrosé au Cap, un jeune et riche Afrikaner renverse en voiture une jeune Noire sans logis qui erre dans la rue. Ni lui ni ses amis ne préviennent les secours alors que la victime agonise. La mère du chauffeur, Margot Le Roux, femme puissante qui règne sur les mines du Northern Cape, décide de couvrir son fils. Pourquoi compromettre une carrière qui s’annonce brillante à cause d’une pauvresse ? Dans un pays où la corruption règne à tous les étages, tout le monde s’en fout. Tout le monde, sauf Turner, un flic noir des Homicides. Lorsqu’il arrive sur le territoire des Le Roux, une région aride et désertique, la confrontation va être terrible, entre cet homme déterminé à faire la justice, et cette femme décidée à protéger son fils, à tout prix. 

Le fauve Willocks est à nouveau lâché ! Délaissant le roman historique, il nous donne ici un véritable opéra noir, aussi puissant qu’hypnotique. On retrouve dans ce tableau au couteau de l’Afrique du Sud tout le souffle et l’ampleur du romancier, allié à une exceptionnelle force d’empathie. Loin de tout manichéisme, il nous fait profiter d’une rare proximité avec ses personnages, illustrant de la sorte la fameuse phrase de Jean Renoir :  » Sur cette Terre, il y a quelque chose d’effroyable, c’est que tout le monde a ses raisons. « 

Biographie de l’auteur

Tim Willocks est un romancier britannique né en 1957 à Stalybridge. Chirurgien et psychiatre de formation, il est également ceinture noire de karaté et grand amateur de poker. Son premier roman Bad City Blues, publié en 1991, est adapté au cinéma par Dennis Hopper. Il a, depuis, écrit plusieurs polars à succès dont Green River ou Les Rois écarlates, avant de se lancer dans une entreprise littéraire titanesque avec une série de romans historiques à la force romanesque époustouflante initiée avec La Religion puis Les Douze Enfants de Paris. Ces deux ouvrages mettent en scène le personnage inoubliable de Mathias Tannhauser, mercenaire lettré et apatride jeté au cœur des fracas du XVe siècle. Tim Willocks est également l’auteur d’un roman jeunesse publié chez Syros, Doglands. Producteur et scénariste, l’écrivain a également travaillé avec Michael Mann, rédigé une vingtaine de scénarios, et co-écrit un documentaire avec Spielberg, The Unfinished Journey.

Notre avis :

Elle n’a pas de nom, elle est malade, c’est une fille de la rue. Elle est morte, un garçon qui ne se souvient de rien tellement qu’il était ivre l’a percutée. Les amis qui l’accompagnaient ont préféré abandonner la victime à son destin. Ils sont l’élite sud-africaine blanche, ils peuvent se permettre d’être au-dessus de la loi.

Il suffit de tirer les bonnes ficelles, généralement un simple paiement, et vous en avez terminé avec vos tracas avec la justice.

Le meurtrier est par ailleurs le fils de Margot Le Roux, la femme qui tient fermement les rênes de la plupart des activités minières de l’État et qui a bien l’intention de protéger sa progéniture, quel qu’en soit le prix. 

Business as usual au Cap même si nous sommes dans la société post Apartheid les lois ne s’appliquent toujours pas de la même façon aux riches familles blanches et au peuple noir.

L’inspecteur Turner, en charge de résoudre l’affaire, est notre héros décidé à se battre contre tous, cultivé et ayant une grande maîtrise de ses actions il ira jusqu’au bout de l’enquête.

L’intrigue est dense et bien construite, le style brillant et rythmé, vraiment prenant sans longueurs ou passages à vide (l’auteur est aussi un scénariste de renom).

J’ai pensé à la chanson « Bessie » de Patricia Kaas en lisant le livre et au travail de sensibilisation mené par Keith Haring il y a bien longtemps et qui est hélas toujours d’actualité.

La mort selon Turner est un livre à ne pas manquer.

Sonatine 

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Keith Haring
Bessie de Patricia Kaas

Les Routes de poussière

Date de parution : 24-01-2019

Mot de l’éditeur :

L’Italie n’existe pas encore lorsque le Grand Masten parvient à acquérir, à force de travail, quelques terres à Moncalvo, un petit bourg du Piémont, à la fin du XVIIIe siècle. Maintenant qu’il est propriétaire, il fait ériger une grande maison destinée à abriter les générations à venir. Au fil des ans, celles-ci assisteront au va-et-vient de ceux qui traversent la plaine du Pô, les armes à la main. L’armée de Bonaparte, menant tambour battant sa campagne d’Italie, en 1796. Les Autrichiens, déterminés à s’approprier les territoires qui vont de la Vénétie au Piémont, en 1848. Et enfin, le roi du Piémont, Victor-Emmanuel II, décidé à réunir les États de la Péninsule en un seul royaume, l’Italie. Pendant ces décennies cruciales, dans la maison jaune du patriarche et sur les routes de poussière environnantes, Pidrèn, le Giaï, Maria, Luis, Gavriel, Teresina, Pietro-Giuseppe et les autres déroulent leurs vies entre dur labeur et ambitions têtues, amours et tensions, chagrins et bonheurs, au rythme des soubresauts de l’Histoire.

Notre avis :

Rosetta Loy a d’abord été journaliste puis traductrice. Son premier livre publié est La bicicletta (La Bicyclette) en 1974.

Le Strade di polvere (Les Routes de poussière) remporte en 1987 quatre prix littéraires. Rosetta Loy est devenue au fil des années et des parutions une figure majeure de la littérature italienne. 

Le roman raconte l’histoire d’une famille piémontaise qui a vécu dans le Monferrato entre la fin de l’ère napoléonienne et le début de celle de l’Italie unie. 

Nous suivons les amours, les passions, les guerres, les morts, les danses, les espoirs et les passions.

La thématique des guerres qui dévastent toute l’Europe est bien présente tout au long des pages.

Dans les Routes de poussière l’auteure construit, avec un style précis et évocateur, une « histoire de famille » tout à fait prenante qui se développe dans une dimension temporelle compacte et unitaire (les grands cycles historiques, le flux des saisons, les événements quotidiens). Les personnages, décrits dans leur vie quotidienne et dans leur évolution psychologique, sont plongés dans une atmosphère traversée par des changements parfois suggestifs, parfois cruels dans lesquels on peut voir un éclair de magie et de mystère.

Ce livre, complexe et fascinant est d’une qualité narrative remarquable. 

L’écrivaine parvient à maintenir le seuil d’attention du lecteur à un niveau très élevé pendant toute l’histoire. Le mélange des personnages et des événements externes est si riche et coloré que les moments d’ennuie ne sont vraiment pas permis.

Ce livre qui sortira dans la magnifique collection Piccolo des éditions Liana Levi est un bijou qu’il ne faut pas rater.

À lire ou relire!

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Liana Levi

Collection Piccolo

Rosetta Loy
Monferrato (Piémont – Italie)

La libraire [The Bookshop]

Mot de l’éditeur :

Rien ne semble troubler la paix de Hardborough, aimable bourgade de l’East Anglia. Mais Florence Green, une jeune veuve, a décidé d’y ouvrir une librairie, ce qui déplaît aux notables de la ville. Florence voulait créer innocemment un lieu de sociabilité inédit ; elle découvre l’enfer feutré des médisances. Puis l’ostracisme féroce d’une partie de la population. Surtout lorsqu’elle s’avise de mettre en vente Lolita, le sulfureux roman de Nabokov. Alors, la guerre est déclarée, les clans s’affrontent, les personnages révèlent leur acrimonie. Florence sera très seule pour affronter le conformisme ambiant.

Notre avis :

Une perle inattendue que ce court roman de Penelope Fitzgerald.

Les villages pittoresques, les prairies, les falaises vertes et venteuses et les tasses de thé sont ici les décors d’une histoire bien plus sérieuse et emblématique. 

Florence Green est mon idole actuelle de résistance, cette femme bien courageuse décide de racheter The Old House, grâce à son petit héritage, pour ouvrir une librairie dans un village de East Anglia qui n’en a pas (nous sommes en 1959 ).

Le projet s’avère tout sauf simple et certains s’y opposent. Pourquoi ? “La peur des mots” la peur de « Lolita » de Nabokov, scandaleux objet ! 

Les dialogues sont brillants et le livre est « so british ». L’auteure nous offre de la poésie et de la grâce, une histoire bien rythmée et lumineuse. 

Le film basé sur ce beau livre sort le 19 décembre 2018.

Ce récit donne envie de revoir un autre film : Le Chocolat avec Juliette Binoche et Johnny Depp qui se déroule aussi en 1959, Vianne Rocher s’installe avec Anouk, sa petite fille, à Lansquenet, une petite bourgade française. En quelques jours, elle ouvre une confiserie à proximité de l’église, ses chocolats feront scandale tout comme les livres de Madame Green..,

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Éditions La Table Ronde 

Le procès du cochon

Date de parution : 09/01/2019

Mot de l’éditeur :

Dans un village et un temps reculé, un monstre croque la joue et l’épaule  d’un bébé laissé quelques instants seul par sa mère, puis repart tranquillement vers la forêt. Il est bientôt rattrapé par une horde d’hommes décidés à le tuer, mais dans le monde des hommes, la justice, comme la mort, se rendent au tribunal. Même si le monstre en question est un cochon qui n’a ni conscience ni parole pour se défendre. Peut-on se faire entendre sans mots  ? Les gendarmes l’embarquent donc et le jettent en prison, avant son grand procès.

Dans un texte court et puissant, Oscar Coop-Phane nous raconte le procès d’un cochon, à l’image de ceux qu’on intentait aux animaux jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, une pratique aussi étrange que méconnue de nos jours. Divisé en quatre parties, le texte retrace d’abord Le Crime, puis Le Procès, écrit comme une pièce de théâtre dans laquelle interviennent tour à tour les avocats des deux parties, la famille de la victime, les témoins et experts consultés, le public et les jurés, et le cochon, comme il peut, comme vous verrez, avant que le Président ne rende sa sentence : la pendaison. Viennent ensuite L’Attente, où chacun se prépare à la mort du porc  ; Jean, le bourreau, Louis, le tout jeune officier chargé de mener l’accusé, le père Paul, en route pour confesser la bête, la famille éplorée, et le cochon que Le Supplice viendra libérer. D’une langue tranchante et pénétrante, Oscar Coop-Phane nous ramène des siècles en arrière pour fouiller les sentiments humains, la peur, la colère, la cruauté et la soif de vengeance, mais aussi l’empathie ou la peine. Un texte allégorique où chacun reconnaitra dans l’animal, le porc qu’il voudra.

Notre avis :

Au Moyen Âge, on considérait que les animaux étaient aptes à être jugés comme des humains. Un animal, ayant tué ou blessé était emprisonné puis jugé par un tribunal et condamné pour ses crimes et délits à l’enfermement, la peine capitale, à être traîné dans les rues aux yeux de la collectivité. 

Une écrasante majorité de procès impliquaient des cochons censés avoir causé des préjudices tres graves homicides, infanticides ou des dégâts matériels.

La thématique de ce livre est donc le crime, le procès et la punition d’un cochon.

Ce récit écrit de façon magistrale par Oscar Coop-Phane est prenant et j’ai adoré le lire.

Les personnages sont une gallérie de portraits humains intéressante et le cochon, le monstre inconscient de l’histoire sera l’objet qui permettra la catharsis de toutes et tous dans le sens le plus aristotélicien du terme.

La maman du bébé décédé a un moment de fierté lorsque il est reconnu, dans le chapitre dédié au procès, que son petit  était bien nourri et soigné et que donc le méchant est l’autre, là différent, l’animal.

Ce court récit allégorique et symbolique est une plaisante découverte.

Je vais suivre l’auteur avec l’intérêt qu’il mérite.

❤️❤️❤️❤️❤️

Grasset 

Merci aux éditions Grasset pour ce service de presse !