Interview de Camille Bordenet  autrice de Sous leurs pas les années, Robert Laffont. Un retour aux lieux où s’écrivent nos silences.

Sous leurs pas les années est un récit où la géographie intime et la mémoire s’emmêlent, où deux femmes se scrutent à la lumière froide d’un Valfroid autant réel que symbolique. Camille Bordenet signe une entrée en scène littéraire s’inscrivant dans une lignée d’auteurs et autrices  qui explorent la France périphérique avec empathie et acuité. On sent chez elle une formation attentive au récit choral et à la chronique sociale, la phrase en exergue est de Marie-Hélène Lafon autrice que j’aime et qui compte pour Camille Bordenet.

L’histoire et celle de qui Constance revient de Paris, où sa voix a trouvé l’écho clinique des plateaux télévisés ; elle ramène avec elle l’élégance austère d’une vie publique et l’appréhension douce-amère du retour. Jess, qui n’a jamais quitté le bourg, incarne la permanence des lieux, cette fidélité rude aux hameaux, aux chemins boueux, aux salles des fêtes qui battent au rythme des saisons électorales. Leur amitié, forgée à l’adolescence, devient l’objet d’un examen attentif : que reste-t-il d’un lien quand les chemins divergent ? Peut-on reconnaître l’autre après tant d’années passées à se réinventer, ou à n’être personne d’autre que soi ?

Constance paye le prix d’un départ, Jess celui d’un enracinement qui pèse.

La prose de Camille Bordenet fait le pari du détail (non pas pour accumuler, mais pour sculpter).

Les descriptions du Valfroid sont à la fois sensorielles et métaphoriques : la brume n’est jamais décor, elle est état, complice et obstacle. L’autrice scrute les gestes minuscules (un café partagé, une porte qui grince, un banc au bord d’un chemin) et en tire la dramaturgie d’une relation qui vacille.

On lit dans ce livre une attention marquée pour la France périphérique, ses solidarités, ses inquiétudes, ses aspirations enfouies.

Aucune caricature ici : ses personnages font preuve d’une ambivalence humaine, ni tout à fait victimes ni entièrement coupables.

Quant à la langue, elle joue sur un registre élégant, parfois lapidaire, souvent suggestif. 

On remarque comme dans Les Hauts de Hurlevent, la condition sociale des personnages  grâce au registre linguistique employé : langue régionale ou standardisée.

La structure du roman, pensée comme une remontée dans le temps et un examen des pas, épouse le thème même du titre : sous leurs pas, les années ont laissé des traces.

Un livre qui invite à se perdre dans les brumes du Valfroid et à écouter, sous les pas, la musique fragile des années.

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