La Victoire Des Sans Roi : Révolution Gnostique – Thiellement Pacôme – Alpha.Philosophie

Les « sans roi » sont les gnostiques, ceux qui se rattachent à l’enseignement qu’aurait donné Jésus Christ pendant les 12 ans qui ont suivis sa résurrection,
Thiellement nous offre une relecture décapante et revivifiante des écritures, en s’attachant à l’évangile de Jean et aux textes apocryphes découvert en 1945 à Nag Hammadi.

C’est aussi jubilatoire que Prométhéa d’Alan Moore, les références fusent de toutes parts, faisant feu de tout bois : cela cause autant de Tertullien que des Beatles, d’Augustin que de Twin Peaks, et Philip K Dick ainsi que John Lennon ont la prééminence sur Paul de Tarse.

Que nous soyons croyants ou pas, ce livre est une attaque des éléments négatifs et dogmatiques et permet de s’interroger tout en gardant le sourire. Il devient le solide contradicteur de Joseph de Maistre.

Thiellement nous démontre ce que le christianisme aurait du être si on avait suivi que ce qui est écrit dans l’Évangile de Jean, une religion d’amour sans ukase, rejet, discrimination ni hiérarchie,

Il est dommage que ce livre ne soit lu que par ceux qui s’intéressent à la spiritualité alors que ses références à la Pop culture s’adressent à toutes les générations.

Les vies secrètes de Vladimir -Yoann Iacono – Slatkine & Cie

Après nous avoir fait découvrir la vie de Neijoko Suwa, très bien racontée, dans « Le Stradivarius de Goebbels », traduit dans onze pays,Yoann Icono nous emmène dans la Russie du vingtième siècle …

Un autre artiste est l’inspiration de ce livre :

Poète, peintre, affichiste, dramaturge, et plus encore, Maïakovski (1893-1930) est un artiste organique des lettres russes, il va passer du statut d’ambassadeur de la révolution Russe (il est envoyé en France et aux USA) à celui d’artiste ennemi de le patrie. L’auteur est une nouvelle fois tellement documenté qu’il rend ses mots empreints de réalisme, transformés en morceaux d’une complexe toile qui dépeint les relations du pouvoir avec les artistes.

L’auteur a la capacité dé reconstituer les éléments d’un récit pour parvenir à nous donner une vision globale, pas après pas, page après page. Son narrateur est le fils, non reconnu de l’artiste. Il a besoin de se connaître en racontant son éclectique père. L’histoire de « Volodia » (Vladimir) est complexe et nous passons de la vie d’un géant adulé à la vie de l’artiste rejeté.

Il y a un procès et une description de la société qui nous offre une petite ambiance Gogol avec un soupçon de Boulgakov.

L’ambiance russe est parfaitement réussie et le roman agréable à lire.

Yoann Iacono, confirme son talent, je vous conseille cette lecture, une confirmation du talent de l’auteur. À lire et à suivre…

Intégrales des « Chroniques de Krondor » et «La Légende des Firemane » – Raymond Feist – Bragelone


Raymond Feist est un incontournable de l’Heroic-Fantasy qui a rejoint mon panthéon personnel avec Fritz Leiber, Robert E. Howard, Michael John Moorcock, Eddings, George R. R. Martin et Pratchett parce qu’il n’y a pas que Tolkien et Chrestien de Troyes dans cette partie de la bibliothèque!
Feist est un démiurge qui non seulement a crée un multivers cohérent et connecté, les personnages passant d’un monde à l’autre, mais qui inscrits ses héros dans le temps : ils vieillissent et passent le flambeau à leurs enfants et petits enfants.


Chaque tome voit une tranche de vie de chacun des héros, et toujours de manière diversifiée : l’apprentissage d’un magicien, d’un petit voleur, de la dernière d’un clan, d’un jeune prince, d’un commerçant, du dernier récipiendaire d’une face de la magie ou même d’un démon.
Le seul reproche que je pourrais lui faire est qu’après avoir planté tant de personnages attachants, j’aurai bien aimé qu’il dilue un peu plus la sauce, tant il y a de la place pour de nombreuses intrigues. D’ailleurs je me demande combien de temps il faudra pour des fans un peu doués s’engouffrent dans la faille.

Une odeur de sainteté – Franck Maubert – Mercure de France

Parfois dans la vie l’inattendu arrive, une fulgurante poussée d’étourdissement, sentimental, amoureux, d’admiration.

Des tableaux à Florence, des vers, des instants.

Des instants magiques. Épiphanies inétendues.

L’histoire, me fait penser, à son commencement uniquement, au Parfum de Patrick Süskind.

Jeanne à une particularité, entre le merveilleux et l’effrayant : L’hyperosmie qui est l’exacerbation de l’odorat. Un nez, habitué aux mélanges de fragrances voluptueuses et classiques est chargé par un médecin avec un semblant de Frankenstein ( le Docteur…), l’invite à décrypter les notes du cœur d’une dame en odeur de Sainteté.

Définition « odeur de sainteté »: Odeur suave que le corps de certains saints exhalerait après la mort. Au figuré : ne pas être en odeur de sainteté; être mal vu.

Le cœur de la Candidate à la béatification est celui d’une femme inconnue, son histoire ne fait pas partie de l’Histoire.

Jeanne ne peut plus se passer du souvenir de la fragrance esthétique et extatique qui a provoqué en elle un fort bouleversement.

Émérence, qui est tu, quel mystère recélés tu ?

Ni le Professeur ni le Diacre, à l’origine de cette mission insolite, semblent en mesure de combler le vide que ce questionnement génère .

Chercher, partir pour savoir parait lui dire la voix, telle sera alors sa voie.

Une introspection brillamment construite, des rencontres et un voile de romantique mysticisme enveloppent tout ce récit.

C’est comme le mélange d’une fragrance qui s’ouvre devant nous. Les ingrédients, comme des couleurs définissent, esquissent, dévoilent le scènes et les tourments de la vie de ce cœur en odeur de Sainteté.

Mes pensées vont à la tapisserie, l’une des tapisseries de La Dame à la Licorne. L’odorat, illustrant la représentation d’une licorne, un lion, une servante et la Dame tressant une couronne de fleurs, des odeurs paisibles. Un singe, assis en arrière plan, respire ou vole une fleur saisie dans un panier.

Le charme et l’alchimie que ces teintures émanent, ont sur moi aussi l’effet d’une demande de plus d’informations, mais moi je ne suis pas George Sand (elle a joué un rôle majeur dans la redécouverte et la des tapisseries de la Dame à la Licorne au XIXème )

Le roman de Maubert est, à mon avis de ceux à lire dans cette rentrée littéraire.

Une écriture raffinée et légère accompagne cette lecture.

Pauvre Folle – Chloé Delaume – Seuil

Cher Bookclub de France Culture, je te remercie d’ouvrir le bal littéraire de la rentrée avec le dernier livre de Chloé Delaume chez Seuil
L’autrice est pour moi une décharge électrique qui réveille l’esprit, des mots puissants pour des histoires qui nous racontent la vie.
Elle ne s’offusquera pas, j’espère que je la définisse mon écrivaine aux sortilèges qui frappent fort et avec élégance.
Nous avons besoin de mots nouveaux pour définir nos maux, et remplir les mosaïques de la mémoire de l’apprivoiser de la tutoyer et finalement l’accepter.

Chloé Delaume sait trouver les paroles justes.
Clotilde, là protagoniste est un être sensible loin de l’anhédonie qu’elle craint ou désire ?
Enfance traumatisante, des choix de liberté et un talent dans l’écriture, dans le pouvoir d’évasion.
Son histoire est celle de ma génération aussi, Clotilde est un peu plus âgée que moi mais même combat et échec, souvenir d’un monde disparu, où le possible paressait encore réalisable, où nous n’avons pas plié le réel et où nous nous y sommes finalement pliées.
Ah ! la solitude et l’autosuffisance ou l’amour et la passion. Spleen ou idéal ?


Clotilde s’interroge, nous ouvre son cerveau, partage ses pulsions exacerbées.
Un texte magnétique, impossible de décoller le nez. On lit une page et on guette la suivante.
Les souvenirs et le présent s’entrelacent et esquissent le tableau complexe de la vie de Clotilde. Un voyage en train doit servir à remettre en place l’ADN de ses choix. La destination est l’Heidelberg de Goethe, le but coller les morceaux d’une existence, de celle qui n’est plus une belle et étrange histoire avec un final incertain, mais celle de l’emprise subtile et invisible. D’ailleurs le plus grand problème avec l’emprise est d’en accepter l’existence. Il n’y a pas de vaccin contre la manipulation.
Le train, pour moi aussi a servi de transport de ma mémoire, c’est le moyen que mon coma et mon cerveau ou repos ont choisi pour me faire parcourir mon histoire de vie et faire surgir les souvenirs, un peu comme dans Harry Potter, abandonnés dans un lieu de stockage hors de notre volonté.
Un roman d’exception, la fin d’une histoire à l’époque de la fin du monde.
Le VITRIOL qui mène à l’acceptation, à la résurrection.
Le réel est un cas particulier du possible merci Chloé pour ton texte. Beau.

Je pourrais vous parler encore et encore des facettes de ce livre, de la Villa Médicis à Rome, des troubles différents et variés, mais tout ça est à lire au fil des pages de l’histoire de Clotilde.

Collection Le Mot est faible – Anamosa

Une collection dirigée par Christophe Granger

« La pire chose que l’on puisse faire avec les mots, c’est de capituler devant eux »
George Orwell

C’est avec cette phrase que l’éditeur définit la collection avant de la présenter plus amplement.

Ces petits indispensables, m’étaient inconnus, je les ai découverts dans une rencontre en ligne avec les éditions Anamosa (VLEEL)

Belle surprise pour moi qui pense que: qui contrôle les mots contrôle l’univers (ou l’épice si nous vivons sur Dune).

Trembler, avoir peur ou être heureux sont des sentiments, des états d’esprit qui peuvent être générées avec des « simples mots »

Le consensus ou le rejet sont le fruit des actions mais aussi, parfois plus, des mots.

Que faire alors si notre armoire à mots et à moitié vide ? si nous ne pouvons pas définir notre univers.

Fuir les mots est certainement la pire des stratégies, et pourtant la plus fréquente…

Le mots incompris génèrent un un état d’infériorité ressenti. J’ai parfois envie de crier « merde » (c’est aussi un mot) « arrête de dire » « est-ce que je vais comprendre ce livre » les politiciens..tu le comprends toi ? » ( oh que oui, pour certains, bien trop à mon goût).

Les mots sont nos amis ils définissent tout avec froide précision ou romantique lyrisme.

Cette belle collection est une sorte de mini étude thématique sur les mots qui créent nos interactions avec, les instituts, la société. L’Histoire, La démocratie, L’Universalisme …Anamosa les liste et présente tous sur son site.

Moi j’ai été frappée par la « collectionite-livresque » (pas un mot existant, pour le moment). En plus l’esthétique épurée qui caractérise cette série de livres me plaît beaucoup.

Piochez au hasard, choisissez l’ordre, faite une liste ( même de baptême ou autre cérémonie enfantine, il faut commencer tôt !) mais ne passez pas à côté des mots. Si vous les connaissez tous car vous apprenez tous les jours une partie d’un dictionnaire, vous avez les livres parfaits pour une analyse approfondie. Anamosa a créé une lecture agréable à transformer, si nécessaire, en outil formidable !

Septembre rouge – Besancenot Löwy – Textuel

Le 11/09/2023, cinquante ans se seront écoulés depuis l’assassinat de Salvador Allende, la chute du gouvernement progressiste et démocratique du Chili et la mise en place d’une autre dictature réactionnaire en Amérique du sud.
Ce livre décrit le scénario implacable de la plus sanglante trahison depuis 2000 ans.

Sans pathos, ni effet romantique, mais au contraire, froidement et scrupuleux du fait historique, toutes les étapes du coup d’état sont expliquées depuis la volonté de Nixon et Kissinger de ne pas avoir d’autres socialistes au nouveau monde, de plus ceux-là seront élus démocratiquement, jusqu’à l’épuration idéologique de toute une population par l’éradication méthodique des opposants.


Si l’histoire est toujours écrite par les vainqueurs, ce livre démontre que quelques soient les armes de la réaction, de la corruption aux hélicoptères, la lumière reste sous le boisseau et qu’a la fin la vérité trouve son chemin et dévoile à la postérité les bassesses des dirigeants.


Un grand merci à O. Besancenot et M. Löwy pour ce travail, j’imagine, oh combien, il leur a été difficile d’écarter leur propres sentiments et opinions pour nous donner une vision claire de ces jours sanglants qui ont marqués à jamais les consciences.

J’ai découvert ce livre lors de la présentation de la rentrée littéraire d’Acte Sud.

Les voleurs d’innocence – Sarai Walker – Gallmeister

Les voleurs d’innocence est un roman magistral et raffiné. Disons le tout de suite, je suis séduite par ce texte. Ça m’arrive souvent des Gallmeister, mais cette fois il s’agit d’avoir vrai et pur.
Sensible, intelligent, prenant, féministe, merveilleux, fantastique, j’ai presque envie de faire une chronique avec une liste de qualités.
Il faudra bien par contre que je vous dise a minima, une partie de l’histoire…
Nous partons avec Sarai Walker, près de New York, dans les années (9) 50, pour découvrir, la pas banale, histoire d’une famille de fabricants d’armes, ils ont même un film qui honore une arme de leur fabrication ! quelle gloire …mais quelle honte de vivre pour faire mourir d’autres personnes (Ehhhhm c’est mon opinion, mais je soupçonne l’autrice de penser comme moi …)
Famille donc aisée qui habite un manoir Victorien ( trop long d’expliquer pourquoi mais j’aime les manoirs Victoriens, tout comme l’époque.) 6 filles y habitent, toutes portent un prénom florale, leur mère souffre, elle ressens des présences, malade, possédée, maudite, à vous de voir en lisant le livre. Elle annonce la mort de ses filles, les unes après les autres, juste après leur mariage.
La prophétie commence, page après page à se réaliser…

Un réalisme gothique, un peu comme dans Histoires de fantômes de Charles Dickens vous envahira, le surnaturel, rend l’histoire encore plus prenante, les personnages, mêmes les secondaires ont un rôle très précis, chaque phrase est là pour conduire le lecteur dans la peu et la peur de cette famille. C’est aussi une belle réflexion sur le destin et sur le poids de nos actions et le poids du passé !
J’ai adoré lire ce livre,( je sais vous le savait déjà …) j’aime la construction de l’histoire et je ne pouvais plus me détacher de ses pages.
L’alchimie est crée par un réalisme fantastique un peu à là Iris Murdoch.
Iris est aussi le personnage central de cette histoire fantastique.
Si vous avez peur de ne pas aimer le côté gothique de l’histoire, adressez vous directement à l’illustre critique littéraire Fabrice Del Dogo, il saura vous expliquer, bien mieux que moi la beauté de ce texte que nous avons lu, de façon non préméditées, au même moment.
Ce livre est, tout simplement beau !

J’avance dans votre labyrinthe – Joncheray – Le Nouvel Attila

Je connaissais déjà certains échanges de lettres entre auteurs ; Sand-Musset, Verlaine-Rimbaud, Camus-Casares, Mitterand-Pingeot.

Joncheray inaugure les dystopies épistolaires par les courriers qu’aurait pu écrire la jeune Miléna Jesenka à Franz Kafka de 1920 a 1923.

L’auteur imagine les réponses enflammées de Miléna aux lettres de Kafka qui la nommait son « feu ardent ».
On peut lire le livre seul, comme si l’on découvrait une liasse d’enveloppes parfumées cachée dans une malle au fond d’un grenier ou s’amuser a poser « les lettres de Kafka à Miléna » a coté, et passer de l’un à l’autre au fil des jours de cette relation amoureuse.

C’est une douceur que de redécouvrir comment on écrivait avant l’e-mail, de l’angoisse de la boite aux lettre vide, de la confession intime confiée aux services postaux: un art que l’autrice revivifie avec bonheur.

Elsa Brändström – Elsa BJÖRKMAN-GOLDSCHMIDT – Turquoise

Cette biographie de Elsa Brändström. est traduite pour la première fois en français, pourtant son histoire est de celles qui nous concernent toutes et tous.

Quand l’altruisme se transforme en action quotidienne pour le bien, un nom inconnu doit devenir une série de pages d’une lecture qui nous accompagne.

Elsa Brändström, cette infirmière suédoise, née en Russie est surnommée, « L’Ange de Sibérie ».

Elle participa à d’innombrables actions de secours médicaux de prisonniers.

Elsa Brändström raconte avec justesse et sentiment les années passées en temps de guerre, en aidant dans toute la Sibérie, les hôpitaux, dans les terribles situations engendrées par les combats.

Son engagement dans les rangs de La Croix Rouge est important et reconnu.

Cette Biographie est écrite par la plus chère amie de l’Ange de Sibérie et notre héroïne a contribué activement à sa rédaction.

Un texte qui transporte le lecteur dans la dure réalité de la guerre, des guerres. Elsa Brändström a également été nominée cinq fois pour le prix Nobel pour la paix : en 1922, deux fois en 1923, 1928 et 1929.

Infirmière de terrain, organisatrice, animatrice d’importantes collectes de fonds, ce livre est le récit de la vie d’une femme d’une incroyable volonté et détermination, je n’en connaissais pas l’existence et pourtant elle me fait penser à un personnage d’Elsa Morante, oui une autre Elsa qui a traversé la guerre en écrivant sur les extraordinaires actions de personnes ordinaires.

Je suis très contente de cette lecture des Éditions Turquoise, que je découvre également et dont je parlerai plus spécifiquement très rapidement.

Ces femmes, l’écrivaine est son personnage mettent d’être reconnues, je vous conseille cette lecture cette histoire de femmes.