
Comme Twain, George Saunders manie la satire avec une tendresse féroce. Tous deux racontent l’Amérique depuis ses marges : l’un avec des enfants qui fuient le monde des adultes, l’autre avec un renard qui tente d’y survivre. Chez Twain comme chez Saunders, l’humour devient une arme douce, la naïveté un masque pour la lucidité. Le Mississippi a changé de décor, mais le fleuve de la bêtise humaine coule toujours.
Un renard qui apprend à parler “Umin”, la langue des humains, juste en les écoutant lire des histoires derrière une fenêtre. C’est de là que tout part : d’un geste d’écoute, d’un émerveillement. Renard 8, lui, ne veut pas chasser, il veut comprendre. Il découvre le pouvoir des mots, la beauté du récit, pendant que les hommes, eux, détruisent sa forêt pour y bâtir un centre commercial. La fable est simple, presque enfantine. Mais derrière la voix maladroite de ce renard, se cache toute la tendresse et toute la cruauté du monde.
George Saunders écrit comme on console : avec une douceur qui déchire. Son texte, minuscule et immense à la fois, dit l’injustice du progrès, la solitude du vivant, la grâce des mots qu’on balbutie quand tout s’effondre. On rit parfois, on s’émeut souvent, on se demande surtout comment un animal fictif peut sembler plus humain que nous.
Chelsea CARDINAL illustre cette histoire à merveille.
On sort de ces 64 pages un peu étourdi, un peu honteux, mais le cœur plus clair. Parce qu’à force d’écouter un renard parler, on finit peut-être par redevenir humain.

