
Édouard Leroy et moi avons rencontré Véronique Pittolo pour son livre Casanova, paru chez Les Pérégrines, dans la collection Icônes.
Édouard a particulièrement aimé ce texte, qui n’est pas seulement une biographie, mais une traversée vive, érudite, presque électrique d’un homme et de son siècle. Véronique Pittolo ne réduit jamais Casanova à sa légende de séducteur. Elle le replace dans la grande instabilité du XVIIIe siècle : Venise, les salons, les cours européennes, les déplacements, les masques sociaux, les jeux de pouvoir, les plaisirs, les dettes, les prisons, les fuites, les récits que l’on fabrique pour survivre à soi-même.
Nous avons aimé la manière dont l’autrice attrape Casanova par les marges. Non pas l’icône figée, non pas le cliché du libertin triomphant, mais un homme mobile, contradictoire, traversé par son époque. Casanova devient alors le symptôme d’un monde qui vacille, entre Ancien Régime et modernité naissante.
Véronique Pittolo écrit avec une intelligence de montage. Elle fait circuler l’histoire, la littérature, l’art, la politique, les corps, les apparences. Sa phrase avance par éclats, par rapprochements, par déplacements. Elle observe, l’interroge, déplace. Elle montre combien cette figure peut encore nous parler, précisément parce qu’elle dérange nos catégories trop simples.
Une biographie oblique, brillante, habitée, qui redonne à Casanova son épaisseur historique et littéraire. Un livre bref, mais très dense, où une icône cesse d’être une image pour redevenir une énigme.