Winter is coming

Parution 02/05/2019

Mot de l’éditeur : 

Une brève histoire politique de la fantasy

« Les dragons et les Hobbits ont toujours été des animaux politiques. Voyager avec eux, c’est prendre des détours pour mieux parler de l’indicible, c’est s’aventurer sur des chemins de traverse vers d’autres futurs. »

Grande fresque épique de fantasy inspirée des romans de G. R. R. Martin, Game of Thronesest désormais la série la plus célèbre au monde. Cette fascination pour un univers médiéval, dont les protagonistes craignent la venue d’un long hiver apocalyptique, fait écho aux angoisses contemporaines concernant le dérèglement climatique causé par l’activité humaine. 

G. R. R. Martin n’a pas été le premier auteur à utiliser la fantasy pour parler des dérives du monde moderne et d’écologie. À bien y regarder, le genre du merveilleux contemporain développé à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne a constamment servi d’outil pour critiquer la société industrielle.

De William Morris à J. R. R. Tolkien en passant par Ursula Le Guin, Robert E. Howard ou Hayao Miyazaki, ce petit ouvrage invite à questionner la généalogie politique de la fantasy.

Biographie de l’auteur:

William Blanc est historien. Il est notamment l’auteur de Super-Héros, une histoire politique(Libertalia, 2018) et Le Roi Arthur. Un mythe contemporain (Libertalia, 2016).

DU MÊME AUTEUR
AUX ÉDITIONS LIBERTALIA

Notre article sur :

Notre avis :

William Blanc et les éditions Libertalia nous ont habitués à des textes très bien documentés qui ouvrent la voie à une vision “politique” et à des interprétations pas ordinaires des légendes, ou des Super-héros et maintenant de la Fantasy.

Winter is coming se presente toutefois au lecteur dans un gabarit différent par rapport aux précédents ouvrages de l’auteur, il s’agit d’un court essai format poche, qui donne envie de dire, j’en veux plus je ne veux pas que le livre se termine !

Écriture fluide et prenante, une fois sur les traces de William Morris, de Tolkien et des autres écrivains que nous retrouvons dans les pages de cet essai l’envie prédominante est de ne pas s’arrêter, de suivre les pistes. L’œuvre de Blanc est de celles qui nous « forcent » à lire davantage sur le sujet grâce aussi aux riches indications « pour aller plus loin » fournies par l’historien. 

J’ai été ravie de découvrir et lire « Winter is coming », les parallèles avec notre société et l’actualité sont plus que pertinents. La description de l’inspiration que Tolkien tire de William Morris (incroyable et éclectique personnalité de l’époque victorienne : artiste, penseur politique, traducteur, écrivain et éditeur) est aussi due à l’idée d’une modernité qui n’est pas uniquement porteuse d’un avenir meilleur pour la planète et ses habitants.

Une lecture que je recommande, à partager avec les fans de Games of Thrones certes, mais également avec celles et ceux qui se questionnent et ont envie d’ouvrir leur vision sur la littérature et l’écologie. « Winter is coming » est bien une métaphore de la menace croissante du réchauffement climatique. Évoquée constamment par le amateurs et les  exégètes de l’auteur, cette explication a été confirmée par George R. R. Martin en 2018.

Vous l’aurez compris pour moi c’est encore un livre intelligent chez Libertalia qu’il faut lire !

❤️❤️❤️❤️❤️

Libertalia

William Blanc
Game of Thrones
George R. R. Martin
William Morris
William Morris artiste et créateur
Roman de William Morris
4ème de couverture
Texte politique
Un conseil de lecture !
Un conseil de lecture !
Une biographie du jeune Tolkien que je conseille aussi.

Le Plancher de Joachim

Le magnifique livre de Jacques-Olivier Boudon vient de sortir en format poche dans la prestigieuse collection Folio histoire, il s’agit d’une édition augmentée.
Prix Georges Goyau de l’Académie française 2018

Mot de l’éditeur :

À quelques kilomètres d’Embrun dans les Hautes-Alpes, sur les bords du lac de Serre-Ponçon, jaillit soudain un château aux allures médiévales, le château de Picomtal. Au début des années 2000, les nouveaux propriétaires effectuant des travaux découvrent, au revers des planchers qu’ils sont en train de démonter, des inscriptions. Cent vingt ans plus, au début des années 1880, le menuisier qui a monté le parquet dans les différentes pièces s’est confié. L’homme sait qu’il ne sera lu qu’après sa mort. Il adresse un message outre-tombe et parle de lui, de ses angoisses, de sa famille, de ses voisins, faisant revivre une société villageoise confrontée au progrès économique matérialisé par l’arrivée du chemin de fer, mais aussi à l’avènement de la République. Mais c’est surtout quand il évoque les secrets des uns et des autres, quand il parle de sexualité, que Joachim Martin s’avère un témoin passionnant des moeurs souvent cachées de son temps. On dispose de peu de témoignages directs des gens du peuple, mais cette façon de s’exprimer est totalement inédite. Qui plus est ces confessions revêtent un caractère exceptionnel. À travers son témoignage, sur lui-même et son village, c’est ainsi toute une époque qui revit.

Biographie de l’auteur :

Jacques-Olivier Boudon, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, est professeur d histoire contemporaine à l’université Paris Sorbonne où il dirige aussi le Centre d’histoire du XIXe siècle et l’Ecole doctorale d’histoire moderne et contemporaine. Président de l’Institut Napoléon et directeur scientifique de la Bibliothèque Marmottan, il a publié une trentaine d’ouvrages consacrés à l’Empire et à l’histoire du XIXe siècle, dont deux couronnés par un prix de l’Académie des sciences morales et politiques.

Notre avis :

Le livre dont je vais vous parler, est plus que un coup de cœur, il fait partie d’une catégorie un peu à part que je définirais « s’émerveiller avec l’histoire » effet que j’ai eu aussi avec « Les Rois Thaumaturges » de Marc Bloch, « La naissance du Purgatoire de Jacques Le Goff et « Une petite ville nazie » de William S. Allen entre autres.

Le Plancher de Joachim de Jaques-Olivier Boudon est un véritable cadeau pour les habitués et amoureux des recherches historiques mais aussi pour celles et ceux qui pourraient s’y intéresser grâce à la beauté et accessibilité de cet essai.
Le livre, magnifiquement écrit, est le fruit de l’analyse et l’étude de 72 lattes dont les faces cachées se trouvent écrites par le menuisier qui, autour de 1880, accepte de refaire le parquet du château de Picomtal, ses écrits, tracés – sans doute – avec son crayon de travail dressent un portrait du village de Crottes, de la vie de la région et de la période historique que Joachim Martin traverse.

Je ne peux m’empêcher de penser à « Spoon River » d’Edgar Lee Masters où les morts témoignent de ce que furent des existences souvent marquées par la souffrance et la duplicité des membres de la communauté.
Notre menuisier sait que la lecture de ses planches adviendra après sa mort et il n’est donc pas apeuré par les jugements possibles, il écrit avec simplicité sa vision de l’époque qu’il vit en véhiculant un message puissant et rare.

Joachim, par exemple, éprouve un sentiment positif pour les avancées apportées par la République et, très lié à notre actualité, il manifeste son attachement à l’éducation pour toutes et tous.

Boudon reconstruit l’histoire de la famille de Joachim Martin en s’appuyant sur tous les documents de l’état civil et autres pièces écrites accessibles de nos jours, on a l’impression de connaître le menuisier et sa vie et de l’imaginer écrire ses mémoires sur les planches en bois qui sont son quotidien.
Un livre qu’il faut absolument savourer, offrir et partager, un témoignage unique, riche et passionnant.

Une recherche historique qui se lit comme un reportage, presque comme un roman, cet ouvrage vous ravira.

Je vous conseille également de suivre l’auteur et lire ses autres œuvres, j’en ai été conquise

❤️❤️❤️❤️❤️(❤️)

Éditions Belin et Folio histoire

Un artiste anglais, Vaughan Grylls a exposé, dans une  galerie londonienne, des sommiers faits de lattes de bois, sous  lesquelles on peut lire les propos de Joachim  traduits en anglais
Les planches
Édition Belin
Édition Folio
Édition Folio
Château de Picomtal
Jaques-Olivier Boudon

Soldats de la parole

Mot de l’éditeur :

« La plume est plus forte que l’épée. » Nous aimerions le croire, mais est-ce bien vrai ? Quel est le poids de la parole face aux armes ? C’est la question que pose Frank Westerman. Pour tenter d’y répondre, il entraîne le lecteur dans des situations très variées, comme dans un road movie, avec du suspense et non sans une pointe d’humour.

Enfant, Frank Westerman a été témoin, dans la petite ville où il habitait, de la prise d’otages d’un train par des Moluquois. Il nous fait revivre de façon poignante les différentes actions des rebelles moluquois et les longues et patientes négociations qui les accompagnent. Plus tard, comme correspondant, il a assisté aux représailles russes face à la terreur tchétchène. Il compare différentes approches : la méthode douce, dite « approche hollandaise », qui consiste à négocier, à gagner du temps pour tenter de convaincre les terroristes de renoncer à leur action et pour éviter à tout prix la violence et la méthode dure, celle de Poutine, contre les Tchétchènes par exemple, lors de la prise d’otages au théâtre de Moscou, qui a fait 128 morts, et de l’école de Beslan – 331 morts dont 150 enfants.

Frank Westerman prend un café avec un ex-preneur d’otages qui se confie longuement à lui. Il assiste avec le personnel navigant de la KLM à un stage d’entraînement comprenant une simulation de prise d’otages, puis à un stage pour apprendre à gérer la violence au personnel de différents corps de métiers régulièrement exposés à des situations critiques. À Paris, Frank Westerman assiste à une biennale rassemblant les experts du monde entier en matière de terrorisme. Les informations apportées sur l’évolution du terrorisme par Guy Olivier Faure, professeur en négociation internationale, permettent au lecteur de se forger une opinion sur l’évolution du terrorisme et sur les réponses possibles.

Dans cet essai, Frank Westerman, sans donner de réponse catégorique, invite le lecteur à réfléchir avec lui sur le terrorisme et sur la façon de l’affronter.

Biographie de l’auteur :

Né en 1964 à Emmen aux Pays-Bas, Frank Westerman est ingénieur agronome de formation. Dans les années 1990, il effectua de nombreux voyages en tant que journaliste à travers l’Afrique, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est. En 1992, il part comme reporter couvrir le conflit en ex-Yougoslavie pour le quotidien néerlandais De Volksbrant. Il fut notamment l’un des seuls journalistes à réussir à pénétrer à Srebrenica lors du massacre de 1995. De cette expérience, il tire son premier roman : The Bridge over the Tara (1994). Entre 1997 et 2002, il fut correspondant à Moscou. Depuis 2002, Frank Westerman se consacre pleinement à l’écriture à Amsterdam, où il vit. Depuis, Frank Westerman a accumulé les marques de reconnaissance : Les ingénieurs de l’âme a reçu de nombreuses récompenses aux Pays-Bas et a été traduit en neuf langues. El Negro et moi, a reçu la Goldene Eule, l’équivalent du prix Goncourt pour les Pays-Bas et la Belgique. Ararat a figuré sur les dernières sélections du prestigieux prix AKO aux Pays-Bas. (Christian Bourgois Editeur)

Notre avis :

L’essai de Frank Westerman couvre une large période d’enquête basée sur différents types d’actions armées et d’actes terroristes, nous découvrons « la méthode hollandaise », cette volonté d’une issue sans violence ou au moins avec le moins d’agissements brutales possibles.

La terre natale de l’auteur est très présente dans la première partie du livre avec la découverte du village d’Ossendrecht 2, utilisé comme espace d’entraînement pour la police et les futurs médiateurs. 

L’auteur pour écrire ce livre a pris le chemin de l’immersion complète fréquentant les lieux qui lui permettront de  mieux comprendre la naissance et l’évolution du rôle de négociateur et l’évolution du terrorisme. 

En décembre 1975 au Pays Bas, a lieu une double prise d’otage par des réfugiés Moluquois au consulat général d’Indonésie qui fait un mort et la  prise en otage d’un train — la première du genre — dure treize jours. Le bilan sera de trois morts. La reconstruction de cette dernière action est minutieuse et permet aussi de connaître l’histoire des Moluquois.

Après le déclin de la Compagnie de Indes Orientale Hollandaise, nombre de Moluquois intégrèrent les rangs de l’armée Néerlandaise.  Ce ne fut pas sans conséquence après l’indépendance de l’Indonésie dans les années 50 quand ils tentèrent de créer une république autonome violemment combattue par l’Indonésie, alors qu’ils étaient abandonnés par les Hollandais. Une importante communauté Moluquoise Chrétienne s’enfuit aux Pays-Bas où leur situation est assez comparable à celle des Harkis en France. 

Quelle récit basé sur la rencontre avec Abé Sahetapy, le terroriste qui se faisait appeler Carlos dans la prise d’otage du train de 1975 et qui, après avoir purgé sa peine, devint poète et exemple de déradicalisation , sa vie mériterait un livre qui lui soit dédié.

Le voyage se poursuit avec l’analyse des attentas de Moscou en 2002 suivi nos tout récents actes accablants perpétrés à Paris en 2015 on y voit la difficulté de négocier avec des terroristes qui ont déjà décidé que mourir est plus qu’une option.

L’écrivain nous entraine dans son investigation grâce à sa solidité journalistique mais également grâce à sa plume et sa façon brillante de nous décrire son incursion dans le monde de la parole contre la violence.

Je terminerai par une citation qui se trouve dans Les annales du Disque-Monde, tome 2  Le huitième sortilège de Terry Pratchett :

« Ainsi Quimby périt-il sous les coups d’un poète mécontent au cours d’une expérience menée dans l’enceinte du palais pour prouver la justesse controversée du proverbe : « La plume est plus forte que l’épée », lequel proverbe on rectifia en sa mémoire par l’ajout de la phrase : « Seulement si l’épée est très courte et la plume très pointue »».

L’usage de la contrainte et d’interventions armées est bien évidemment parfois nécessaire et inévitable néanmoins, les émissaires de la parole, les porteurs du dialogue restent une force dont nous avons besoin.

Je crois à la supériorité du verbe, du savoir et de la tolérance sur toute forme de violence, À Paris où l’imagination fut brièvement au pouvoir en 1968, comme le dit l’auteur l’espérance d’un monde de dialogue reste présente.

Livre intéressant qui permet une réflexion importante sans jamais donner de leçons, 335 pages qui se lisent avec plaisir, je le conseille vivement.

Christian Bourgois

❤️❤️❤️❤️❤️

Frank Westerman
Extrait

Merci à Babelio et aux éditions Christian Bourgois pour cette découverte !

J.R.R. Tolkien à 20 ans : Prélude au Seigneur des Anneaux

Mot de l’éditeur :

Comment un respectable universitaire d’Oxford a-t-il pu devenir le plus grand auteur de fantasy ? La perte précoce de ses parents, les injustices subies par sa mère, son enfance dans les faubourgs viciés de Birmingham, la séparation forcée d’avec sa fiancée, Edith, et surtout l’expérience traumatisante de la guerre de 1914 ont forgé son caractère. Sa passion pour les mots et les langues, sa rencontre avec les grandes mythologies nordiques et sa foi religieuse inébranlable lui donneront la force d’accepter la mort et de la sublimer dans un récit d’un genre inédit, une nouvelle Genèse dont l’écriture commence pendant la Grande Guerre et qui donnera naissance des années plus tard au Seigneur des Anneaux.

Biographie de l’auteur :

Alexandre Sargos, journaliste et photographe, est l’auteur de plusieurs ouvrages, documentaires et grands reportages photographiques.

Notre avis :

Dans la belle collection «À 20 ans » des éditions Au diable vauvert vient de paraître « J.R.R. Tolkien à 20 ans : Prélude au Seigneur des Anneaux. »

Après les annonces de la publication de Tolkien en Pléiade et d’une grande exposition à la BNF,  le livre de Sargos peut être un excellent départ pour connaître les premiers pas de Tolkien.

Un ouvrage qui plaira aux amateurs et connaisseurs du père de Bilbo mais également à des éventuels néophytes ayant envie d’une « initiation » avant d’attaquer les livres du protagoniste de cet essai.

Écriture agréable, chapitres tous intéressants, le lecteur va rencontrer le jeune Tolkien, ses années difficiles, ses passions et ses inspirations.

J’ai aimé découvrir l’implication de la mère de Tolkien dans l’apprentissage des langues et de l’étymologie à son fils.

Tout à fait fascinante la description de la rencontre du « futur écrivain » avec l’œuvre de l’éclectique et géniale William Morris.

Nous découvrons ou redécouvrons le Tolkien conservateur, écologiste contre le progrès industriel et les machines mais aussi le Tolkien qui s’insurge contre la barbarie et la violence de l’homme, il soutient les suffragettes et sait remettre à sa place dans ses lettres et conférences le petit et néfaste personage d’Hitler.

Un bon moment de lecture.

❤️❤️❤️❤️❤️

Au Diable vauvert 

L’exposition à venir à la BNF :

2019 sera incontestablement une belle année pour tous les fans du Seigneur des anneaux et du Hobbit. Et pour cause, la BNF, comprenez la Bibliothèque Nationale de France, consacrera en effet une immense exposition à l’œuvre de l’écrivain britannique J.R.R. Tolkien.

A découvrir dès le 21 octobre 2019 jusqu’au mois de janvier 2020, cette exposition, annoncée comme la plus grande rétrospective française dédiée à Tolkien, plongera les fans dans l’univers de cet immense génie.

En savoir plus sur :

https://www.sortiraparis.com/arts-culture/exposition/articles/181608-une-immense-expo-autour-de-j-r-r-tolkien-a-la-bnf-de-paris-a-l-automne-2019#AKq5HwSGP0gphgzt.99

Tapisserie de William Morris

La saga des intellectuels français, 1944-1989

Mot de l’éditeur :

Nul n’était aussi bien armé que François Dosse pour relever le défi : une histoire panoramique et systématique de l’aventure historique et créatrice des intellectuels français, de la Libération au bicentenaire de la Révolution et à la chute du mur de Berlin. Son Histoire du structuralisme en deux volumes, son attention à la marche des idées, ses nombreuses biographies (de Michel de Certeau, Paul Ricoeur, Pierre Nora, Cornelius Castoriadis) lui ont donné, depuis vingt ou trente ans, une connaissance assez intime de la vie intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle pour lui permettre de couronner son oeuvre par une tentative de cette envergure. Le premier volume, 1944-1968, couvre les années Sartre et Beauvoir et leurs contestations, les rapports contrastés avec le communisme, le choc de 1956, la guerre d’Algérie, les débuts du tiers-mondisme, l’irruption du moment gaullien et sa contestation : un temps dominé par l’épreuve de l’histoire, l’influence du communisme et la progressive désillusion qui a suivi. Le second volume, 1968-1989, va de l’utopie gauchiste, de Soljenitsyne et du combat contre le totalitarisme, à la « nouvelle philosophie », l’avènement d’une conscience écologique, la désorientation des années 80 : un temps marqué par la crise de l’avenir et qui voit s’installer l’hégémonie des sciences humaines. Ce ne sont là que quelques-uns des points de repère de cette saga, qui embrasse une des périodes les plus effervescentes et créatrices de l’intelligentsia française, de Sartre à Lévi-Strauss, de Foucault à Lacan. Le sujet a déjà suscité une énorme bibliographie, mais une fresque de pareille ampleur est appelée à faire date.

Notre avis :

Ce livre nous parle d’un temps que les moins de 50 ans peuvent ne pas connaître: un temps où les politiques avaient des idées, et les idéologues de la foi.

Les 2 tomes se lisent comme un roman d’aventure, que dis-je de récit de guerre : « la chute » , « le deuxième sexe » , « Race et histoire », « l’anti-oedipe », « la barbarie à visage humain » sont autant de places-fortes attaquées et défendues par les lumières d’époques révolues.

De la Libération à la chute du mur de Berlin, ce livre raconte les grands et petits faits de la saga des intellectuels français.

C’est un régal pour l’esprit que de se laver la cervelle des tweets tristes du quotidien par les pamphlets, par les éditoriaux d’antan qui avaient autrement plus de style, de panache.

En racontant les contextes des créations des œuvres majeures de la seconde partie du 20e siècle, François Dosse nous offre la possibilité de les redécouvrir.

Evidement pour tous ceux qui n’ont pas fait de grandes études littéraires certains noms ne siègent qu’à la périphérie des mémoires, on les connait, on en a parfois lu quelques uns au lycée et surtout pas depuis, on en a quelques fois vu quelques interviews au dessus de l’assiette, mais cela s’arrête là.

Ce livre me fait rêver qu’il soit possible de réveiller notre soif de l’esprit, peut-être qu’un lecteur improbable découvrira au fil des pages un penseur, qu’il aura envie de s’approprier davantage et par là augmentera sa part d’humanité.

Pour cela M. l’auteur : Merci

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Gallimard

Boy erased

Date de parution : 13/02/2019

Mot de l’éditeur :

Garrard a 19 ans lorsque ses parents découvrent son homosexualité. Problème : ce sont des chrétiens ultra-conservateurs. Pour eux, leur fils doit être « guéri ». Garrard est alors conduit dans un centre de « conversion », où des pasteurs le forcent à devenir un autre. Où la Bible fait loi. Où Harry Potter est un livre déviant, où il est interdit d`écouter Beethoven. Là-bas, malgré tout, Garrard trouvera l`amitié et la force d`être lui-même. Entre Pourquoi être heureux quand on peut-être normal ? de Jeanette Winterson et le roman puis film Call me by your name d’ André Aciman, Boy Erased est une plongée effrayante dans un univers intégriste ainsi qu`une immersion touchante dans les réflexions d`un jeune gay, et une magnifique histoire d`amour filial. Un récit littéraire nécessaire, acclamé et classé dans les meilleurs ouvrages, adapté en film avec Nicole Kidman et Xavier Dolan.

Notre avis :

Disons tout de suite que ce livre écrit avec le style d’un roman raconte une histoire réelle.

Le vrai voyage de Garrard, long et pénible mais grâce auquel il trouvera la force et la conscience nécessaires pour affirmer sa vraie nature et vaincre l’hypocrisie qui l’entoure tel est le récit que nous allons découvrir et suivre.

Au-delà de l’histoire terrifiante et de tout ce que Garrard Conley a dû endurer, il me semble utile d’arrêter le regard sur le substrat social américain dans lequel la LIA (Love in action) trouve un terrain fertile. 

Un horrible système qui pense devoir se protéger de ceux qui peuvent briser la tranquillité de la communauté . 

Une mentalité contagieuse et un effet de groupe qui empêche de faire un pas vers l’autre, de s’ouvrir à lui et apprendre à le connaître. 

Garrard Conley fait face à cette emprise et se pose donc des questions  :  comment concilier le fait de vouloir se consacrer à Dieu et de se faire dire que Dieu n’accepte pas ceux comme lui ?

Comment une personne peut-elle être obligée de s’effacer ?

Comment peut-on placer un individu, un fils, dans un mécanisme qui vise à détruire sa personnalité ?

Jared va dans la structure de de re-education voulue par ses parents (on y retrouve un contexte qui ressemble à une version fanatique et bigote de “Vol au-dessus d’un nid de coucou”)

D’abord prêt à suivre sans réagir les «leçons» imparties, il finira par trouver la force de s’opposer et d’imposer la vérité à ses parents.

L’auteur est donc bien sorti de l’influence de prétendues «théories réparatrices». Il vit aujourd’hui à Brooklyn, est heureux et marié avec un homme, il rencontre régulièrement des institutions et écoles pour expliquer ce que signifie grandir homosexual dans le sud des États-Unis.

Il travaille avec des jeunes gay pour leur apprendre à surmonter les traumatismes par l’écriture, Il a une relation qu’il décrit comme apaisée avec sa famille et son père.

Boy Erased est une ode à l’amour qui survit malgré tout.

Je vous le recommande vivement de lire ce livre qui mérite aussi une réflexion post lecture vue l’actualité de la thématique.

« Si tu diffères de moi mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis »
ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY 

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Autrement

Gerrard Conley
Le film

Super-Héros : Une histoire politique de William Blanc.

Mot de l’éditeur :

Loin d’être un simple produit de divertissement, le genre super-héroïque a été pensé dès son origine comme un outil politique par des auteurs issus de milieux modestes. Captain America a ainsi été créé par deux auteurs juifs pour corriger Hitler dans des comics avant même que les États-Unis n’entrent en guerre alors que Wonder Woman a été pensée pour promouvoir l’émancipation des femmes. 

Cinéma, séries télévisées, romans, jeux… les super-héros, nés il y a quatre-vingts ans avec l’apparition de Superman, ont envahi la culture populaire planétaire. 

D’autres super-héros ont rapidement eu pour fonction de faire croire à l’existence d’un futur radieux à portée de mains dans lequel le modèle démocratique se répandrait sur l’ensemble du globe pour triompher des tyrannies « féodales » totalitaires. Plus tard, de nouveaux personnages plus troubles ont symbolisé une Amérique en plein doute, frappée de plein fouet par la crise pétrolière et la défaite au Vietnam, puis le 11 septembre 2001. 

Évoquant tour à tour Superman, Batman, Wonder Woman, Captain America, Namor, l’Escadron suprême, Black Panther, Luke Cage, Green Arrow, Red Sonja, Howard the Duck, Punisher, Iron Man, les super LGBT et Wolverine, cet ouvrage se propose d’explorer les discours politiques qui se cachent derrière le masque des surhumains.

L’AUTEUR

William Blanc est un historien médiévaliste spécialiste des cultures populaires. Il a notamment écrit Le Roi Arthur. Un mythe contemporain (Libertalia 2016) et coécrit Les Historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin (Inculte 2013, Libertalia 2016), Charles Martel et la bataille de Poitiers. De l’histoire au mythe identitaire avec Christophe Naudin (Libertalia, 2015).

Notre avis:

La mort récente de Stan Lee a fait, pendant quelques jours, sortir les super-héros des librairies, des télés et des cinémas pour être de toutes les conversations, de toutes les informations sur toute la planète ! Un géant nous avait quitté, laissant un univers complet ayant sa cohérence propre en héritage.

L’étude de William Blanc sur le contenu politique des comics démontre non seulement qu’ils sont un art à part entière mais que l’aspect idéologique des personnages n’était pas fortuit.

Que ce soit Superman, Batman, Wonder-Woman – les connaisseurs savent qu’ils sont DC et non Marvel – ou Captain America, Namor, Black-Panther et même Howard the Duck, découvrir les genèses idéologiques des super-héros permet de comprendre l’engouement pour les films Marvel, DC et autres.

Alors que l’ère des grands intellectuels disparaît, on pourrait penser que les grandes idéologies sont maintenant portées sinon incarnées par de nouvelles idoles.

Dans les manifestations on peut croiser des jeunes ayant l’un le Ché, l’autre T’challa (Black-Panther), dans les maisons: de nouveaux autels aux dieux Lares apparaissent avec les figurines de plombs d’Iron-Man, de Batman, et de tant d’autres.

Ce livre permet d’en comprendre les tenants idéologiques et j’en imposerai la lecture à tous ceux qui s’interrogent en apprenant ma passion des comics.

Sérieux, aussi fouillé que documenté, cette étude doit être une étape obligatoire pour aborder les comics en adulte.

Personnellement, voir cité Umberto Eco et Antonio Gramsci dans la même phrase vaut « imprimatur » et m’a fait plus que sourire.

❤️❤️❤️❤️❤️

Libertalia

Umberto Eco et Gramsci…

‪L’homme qui aimait trop les livres ‬

Mot de l’éditeur :

Un voleur de livres rares, un libraire obstiné,

l’histoire d’une traque haletante entre deux amoureux du livre.

Jusqu’où iriez-vous pour mettre la main sur le livre de vos rêves ? Mieux encore, jusqu’où iriez-vous pour avoir une bibliothèque remplie de vos livres préférés ?

John Gilkey est l’un des voleurs de livres les plus prolifiques de sa génération. Jusqu’en 2003, il a dérobé près de 200 000 dollars de livres anciens. Son but, réunir une collection à son image. Dès lors, comment attraper un voleur qui ne subtilise des livres que pour compléter sa propre bibliothèque ?

C’était sans compter sur la ténacité de Ken Sanders, libraire de livres anciens irascible à Salt Lake City, qui s’improvise détective et se surnomme biblioflic. Des personnalités hautes en couleurs. S’ensuit une longue poursuite entre un voleur obsessionnel et un libraire obstiné prêt à bondir au moindre faux-pas.

À travers le récit de cette traque unique en son genre, Allison Hoover Bartlett nous plonge dans l’univers fascinant du livre ancien en se posant toujours cette question : de quoi serions-nous capables nous aussi par amour des livres ?

Allison Hoover Bartlett est une journaliste américaine. Elle découvre le monde secret du livre ancien le jour où un ami lui confie un exemplaire d’un herbier du XVIIème siècle. Intriguée, elle choisit de se frayer un chemin dans ce milieu mystérieux et très masculin.

Elle écrit entre autres pour le New York Times, le Washington Post, le San Francisco Chronicle Magazine. L’article à l’origine de ce livre a été repris dans l’anthologie The Best American Crime Reporting 2007.

Notre avis :

L’homme qui aimait trop les livres tout en étant l’histoire vraie d’un voleur, d’un détective et du monde des collectionneurs est une histoire d’histoires, c’est-à-dire que c’est le genre de livre de non-fiction où un récit parfaitement absorbant pourrait être un parfait roman.

L’auteure nous dévoile que c’est bien une enquête en précisait au fil des pages ses réflexions et avancées.

Le lecteur devient «un collectionneur », pas de livres, mais de morceaux de cette histoire.

L’écrivaine compare Gilkey à la description donnée par Sigmund Freud selon laquelle «collectionner» est la deuxième addiction en intensité seulement après la dépendance à la nicotine », dont le plaisir vient du sens de la conquête. Gilkey «obtient» des livres (il ne dit jamais «vole») il a besoin de les posséder !

Agréable à lire ce titre ne doit pas manquer à nos collections.

❤️❤️❤️❤️❤️

Éditions Marchialy 

L’origine du monde, vie du modèle


Mot de l’éditeur :

Postface de Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France

L’origine du monde de Gustave Courbet figure parmi les tableaux emblématiques de l’histoire de l’art. Malgré cela, le modèle en était demeuré inconnu. Jusqu’à ce que Claude Schopp découvre son nom, par hasard, en annotant la correspondance inédite entre George Sand et Alexandre Dumas fils. Une révélation que d’autres sources sont venues étayer.

Ce livre invite le lecteur à accompagner le chercheur dans sa tentative de redonner vie à cette danseuse aux beaux sourcils noirs, bientôt demi-mondaine et maîtresse de Khalil-Bey, puis femme de bien, généreuse donatrice aux œuvres de charité. Peu à peu, un visage et une âme sont restitués à celle dont le sexe incarne la peinture réaliste.

Claude Schopp est, avec son épouse Marianne, l’auteur de Dumas fils ou l’anti-OEdipe, prix Goncourt de la biographie 2017.

Notre avis :

Un livre très agréable à lire non seulement sur la découverte de la femme qui posa pour le célèbre tableau de Courbet mais aussi sur toute une époque et mode de vie à Paris.

L’Origine du monde est une œuvre réalisée par Gustave Courbet en 1866. Il s’agit d’une huile sur toile de 46 × 55 cm, le tableau, qui fut dans les années 1950 la propriété du psychanalyste Jacques Lacan, est exposé au musé d’Orsey depuis 1995.

Camille Laurens dans son livre « La petite danseuse de quatorze ans » sur la muse de Degas abordait déjà la situation et les salaires des danseuses de l’Opera tout comme leurs espoirs et le vivier que les jeunes ballerines représentaient pour devenir les maîtresses  plus ou moins fortunées des bourgeois et nobles de la capitale.

Constance Quéniaux « protégée » de Khalil Bey (commanditaire du tableau) fut danseuse à l’Opéra de Paris de 14 à 27 ans, puis se reconvertit, comme presque toutes ses consœurs à la fin de leur carrière dans la « bicherie ».

Constance Quéniaux 
Tableau de Degas Danseuses

Constance sera elle même mécène et terminera sa vie avec une fortune considérable qu’elle lèguera à ses amis et ses domestiques.

Un essai qui se lit comme un roman.

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Phébus

Être Clown en 99 leçons


En cherchant de la lecture, un titre a frappé mon regard « Être Clown en 99 leçons » de Fabrice Hadjadj. Contrairement à ses semblables, ce livre venait providentiellement s’adresser à moi et semblait signifier « tu es prêt ». Un peu comme le dirait un manuel sur la puberté à un adolescent découvrant progressivement les nouvelles facultés de son corps. Mais ici il n’est pas question d’un changement corporel, mais d’acceptation d’une partie de notre identité. Celle qui est cause du dépit de notre regard introspectif, celle que l’on cherche désespérément à cacher sous la montagne du déni : notre « part risible et pitoyable » et qui fait rire au delà de tout savoir faire simplement par son être. Contrairement à ce que nous laisse penser le titre, ce n’est pas un code à suivre afin de devenir un clown ; c’est un guide entre notre conscience et notre identité cachée. Et il fera rire ! Comme il l’a fait pour moi ; ou pleurer… je ne sais plus… car telle est la réalité complexe de son objet, un pathétique rigolo. Si donc vous avez atteint l’état où votre désespoir enfoui appelle à l’aide pour savoir s’il a le droit d’être aidé et que vous avez sublimez vos crises existentielles en source de rire, ce livre est la prochaine étape de votre (dé)construction personnelle.

By B.

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La Bibliothèque