La saga des intellectuels français, 1944-1989

Mot de l’éditeur :

Nul n’était aussi bien armé que François Dosse pour relever le défi : une histoire panoramique et systématique de l’aventure historique et créatrice des intellectuels français, de la Libération au bicentenaire de la Révolution et à la chute du mur de Berlin. Son Histoire du structuralisme en deux volumes, son attention à la marche des idées, ses nombreuses biographies (de Michel de Certeau, Paul Ricoeur, Pierre Nora, Cornelius Castoriadis) lui ont donné, depuis vingt ou trente ans, une connaissance assez intime de la vie intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle pour lui permettre de couronner son oeuvre par une tentative de cette envergure. Le premier volume, 1944-1968, couvre les années Sartre et Beauvoir et leurs contestations, les rapports contrastés avec le communisme, le choc de 1956, la guerre d’Algérie, les débuts du tiers-mondisme, l’irruption du moment gaullien et sa contestation : un temps dominé par l’épreuve de l’histoire, l’influence du communisme et la progressive désillusion qui a suivi. Le second volume, 1968-1989, va de l’utopie gauchiste, de Soljenitsyne et du combat contre le totalitarisme, à la « nouvelle philosophie », l’avènement d’une conscience écologique, la désorientation des années 80 : un temps marqué par la crise de l’avenir et qui voit s’installer l’hégémonie des sciences humaines. Ce ne sont là que quelques-uns des points de repère de cette saga, qui embrasse une des périodes les plus effervescentes et créatrices de l’intelligentsia française, de Sartre à Lévi-Strauss, de Foucault à Lacan. Le sujet a déjà suscité une énorme bibliographie, mais une fresque de pareille ampleur est appelée à faire date.

Notre avis :

Ce livre nous parle d’un temps que les moins de 50 ans peuvent ne pas connaître: un temps où les politiques avaient des idées, et les idéologues de la foi.

Les 2 tomes se lisent comme un roman d’aventure, que dis-je de récit de guerre : « la chute » , « le deuxième sexe » , « Race et histoire », « l’anti-oedipe », « la barbarie à visage humain » sont autant de places-fortes attaquées et défendues par les lumières d’époques révolues.

De la Libération à la chute du mur de Berlin, ce livre raconte les grands et petits faits de la saga des intellectuels français.

C’est un régal pour l’esprit que de se laver la cervelle des tweets tristes du quotidien par les pamphlets, par les éditoriaux d’antan qui avaient autrement plus de style, de panache.

En racontant les contextes des créations des œuvres majeures de la seconde partie du 20e siècle, François Dosse nous offre la possibilité de les redécouvrir.

Evidement pour tous ceux qui n’ont pas fait de grandes études littéraires certains noms ne siègent qu’à la périphérie des mémoires, on les connait, on en a parfois lu quelques uns au lycée et surtout pas depuis, on en a quelques fois vu quelques interviews au dessus de l’assiette, mais cela s’arrête là.

Ce livre me fait rêver qu’il soit possible de réveiller notre soif de l’esprit, peut-être qu’un lecteur improbable découvrira au fil des pages un penseur, qu’il aura envie de s’approprier davantage et par là augmentera sa part d’humanité.

Pour cela M. l’auteur : Merci

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Gallimard

Boy erased

Date de parution : 13/02/2019

Mot de l’éditeur :

Garrard a 19 ans lorsque ses parents découvrent son homosexualité. Problème : ce sont des chrétiens ultra-conservateurs. Pour eux, leur fils doit être « guéri ». Garrard est alors conduit dans un centre de « conversion », où des pasteurs le forcent à devenir un autre. Où la Bible fait loi. Où Harry Potter est un livre déviant, où il est interdit d`écouter Beethoven. Là-bas, malgré tout, Garrard trouvera l`amitié et la force d`être lui-même. Entre Pourquoi être heureux quand on peut-être normal ? de Jeanette Winterson et le roman puis film Call me by your name d’ André Aciman, Boy Erased est une plongée effrayante dans un univers intégriste ainsi qu`une immersion touchante dans les réflexions d`un jeune gay, et une magnifique histoire d`amour filial. Un récit littéraire nécessaire, acclamé et classé dans les meilleurs ouvrages, adapté en film avec Nicole Kidman et Xavier Dolan.

Notre avis :

Disons tout de suite que ce livre écrit avec le style d’un roman raconte une histoire réelle.

Le vrai voyage de Garrard, long et pénible mais grâce auquel il trouvera la force et la conscience nécessaires pour affirmer sa vraie nature et vaincre l’hypocrisie qui l’entoure tel est le récit que nous allons découvrir et suivre.

Au-delà de l’histoire terrifiante et de tout ce que Garrard Conley a dû endurer, il me semble utile d’arrêter le regard sur le substrat social américain dans lequel la LIA (Love in action) trouve un terrain fertile. 

Un horrible système qui pense devoir se protéger de ceux qui peuvent briser la tranquillité de la communauté . 

Une mentalité contagieuse et un effet de groupe qui empêche de faire un pas vers l’autre, de s’ouvrir à lui et apprendre à le connaître. 

Garrard Conley fait face à cette emprise et se pose donc des questions  :  comment concilier le fait de vouloir se consacrer à Dieu et de se faire dire que Dieu n’accepte pas ceux comme lui ?

Comment une personne peut-elle être obligée de s’effacer ?

Comment peut-on placer un individu, un fils, dans un mécanisme qui vise à détruire sa personnalité ?

Jared va dans la structure de de re-education voulue par ses parents (on y retrouve un contexte qui ressemble à une version fanatique et bigote de “Vol au-dessus d’un nid de coucou”)

D’abord prêt à suivre sans réagir les «leçons» imparties, il finira par trouver la force de s’opposer et d’imposer la vérité à ses parents.

L’auteur est donc bien sorti de l’influence de prétendues «théories réparatrices». Il vit aujourd’hui à Brooklyn, est heureux et marié avec un homme, il rencontre régulièrement des institutions et écoles pour expliquer ce que signifie grandir homosexual dans le sud des États-Unis.

Il travaille avec des jeunes gay pour leur apprendre à surmonter les traumatismes par l’écriture, Il a une relation qu’il décrit comme apaisée avec sa famille et son père.

Boy Erased est une ode à l’amour qui survit malgré tout.

Je vous le recommande vivement de lire ce livre qui mérite aussi une réflexion post lecture vue l’actualité de la thématique.

« Si tu diffères de moi mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis »
ANTOINE DE SAINT-EXUPÉRY 

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Autrement

Gerrard Conley
Le film

Super-Héros : Une histoire politique de William Blanc.

Mot de l’éditeur :

Loin d’être un simple produit de divertissement, le genre super-héroïque a été pensé dès son origine comme un outil politique par des auteurs issus de milieux modestes. Captain America a ainsi été créé par deux auteurs juifs pour corriger Hitler dans des comics avant même que les États-Unis n’entrent en guerre alors que Wonder Woman a été pensée pour promouvoir l’émancipation des femmes. 

Cinéma, séries télévisées, romans, jeux… les super-héros, nés il y a quatre-vingts ans avec l’apparition de Superman, ont envahi la culture populaire planétaire. 

D’autres super-héros ont rapidement eu pour fonction de faire croire à l’existence d’un futur radieux à portée de mains dans lequel le modèle démocratique se répandrait sur l’ensemble du globe pour triompher des tyrannies « féodales » totalitaires. Plus tard, de nouveaux personnages plus troubles ont symbolisé une Amérique en plein doute, frappée de plein fouet par la crise pétrolière et la défaite au Vietnam, puis le 11 septembre 2001. 

Évoquant tour à tour Superman, Batman, Wonder Woman, Captain America, Namor, l’Escadron suprême, Black Panther, Luke Cage, Green Arrow, Red Sonja, Howard the Duck, Punisher, Iron Man, les super LGBT et Wolverine, cet ouvrage se propose d’explorer les discours politiques qui se cachent derrière le masque des surhumains.

L’AUTEUR

William Blanc est un historien médiévaliste spécialiste des cultures populaires. Il a notamment écrit Le Roi Arthur. Un mythe contemporain (Libertalia 2016) et coécrit Les Historiens de garde. De Lorànt Deutsch à Patrick Buisson, la résurgence du roman national, avec Aurore Chéry et Christophe Naudin (Inculte 2013, Libertalia 2016), Charles Martel et la bataille de Poitiers. De l’histoire au mythe identitaire avec Christophe Naudin (Libertalia, 2015).

Notre avis:

La mort récente de Stan Lee a fait, pendant quelques jours, sortir les super-héros des librairies, des télés et des cinémas pour être de toutes les conversations, de toutes les informations sur toute la planète ! Un géant nous avait quitté, laissant un univers complet ayant sa cohérence propre en héritage.

L’étude de William Blanc sur le contenu politique des comics démontre non seulement qu’ils sont un art à part entière mais que l’aspect idéologique des personnages n’était pas fortuit.

Que ce soit Superman, Batman, Wonder-Woman – les connaisseurs savent qu’ils sont DC et non Marvel – ou Captain America, Namor, Black-Panther et même Howard the Duck, découvrir les genèses idéologiques des super-héros permet de comprendre l’engouement pour les films Marvel, DC et autres.

Alors que l’ère des grands intellectuels disparaît, on pourrait penser que les grandes idéologies sont maintenant portées sinon incarnées par de nouvelles idoles.

Dans les manifestations on peut croiser des jeunes ayant l’un le Ché, l’autre T’challa (Black-Panther), dans les maisons: de nouveaux autels aux dieux Lares apparaissent avec les figurines de plombs d’Iron-Man, de Batman, et de tant d’autres.

Ce livre permet d’en comprendre les tenants idéologiques et j’en imposerai la lecture à tous ceux qui s’interrogent en apprenant ma passion des comics.

Sérieux, aussi fouillé que documenté, cette étude doit être une étape obligatoire pour aborder les comics en adulte.

Personnellement, voir cité Umberto Eco et Antonio Gramsci dans la même phrase vaut « imprimatur » et m’a fait plus que sourire.

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Libertalia

Umberto Eco et Gramsci…

‪L’homme qui aimait trop les livres ‬

Mot de l’éditeur :

Un voleur de livres rares, un libraire obstiné,

l’histoire d’une traque haletante entre deux amoureux du livre.

Jusqu’où iriez-vous pour mettre la main sur le livre de vos rêves ? Mieux encore, jusqu’où iriez-vous pour avoir une bibliothèque remplie de vos livres préférés ?

John Gilkey est l’un des voleurs de livres les plus prolifiques de sa génération. Jusqu’en 2003, il a dérobé près de 200 000 dollars de livres anciens. Son but, réunir une collection à son image. Dès lors, comment attraper un voleur qui ne subtilise des livres que pour compléter sa propre bibliothèque ?

C’était sans compter sur la ténacité de Ken Sanders, libraire de livres anciens irascible à Salt Lake City, qui s’improvise détective et se surnomme biblioflic. Des personnalités hautes en couleurs. S’ensuit une longue poursuite entre un voleur obsessionnel et un libraire obstiné prêt à bondir au moindre faux-pas.

À travers le récit de cette traque unique en son genre, Allison Hoover Bartlett nous plonge dans l’univers fascinant du livre ancien en se posant toujours cette question : de quoi serions-nous capables nous aussi par amour des livres ?

Allison Hoover Bartlett est une journaliste américaine. Elle découvre le monde secret du livre ancien le jour où un ami lui confie un exemplaire d’un herbier du XVIIème siècle. Intriguée, elle choisit de se frayer un chemin dans ce milieu mystérieux et très masculin.

Elle écrit entre autres pour le New York Times, le Washington Post, le San Francisco Chronicle Magazine. L’article à l’origine de ce livre a été repris dans l’anthologie The Best American Crime Reporting 2007.

Notre avis :

L’homme qui aimait trop les livres tout en étant l’histoire vraie d’un voleur, d’un détective et du monde des collectionneurs est une histoire d’histoires, c’est-à-dire que c’est le genre de livre de non-fiction où un récit parfaitement absorbant pourrait être un parfait roman.

L’auteure nous dévoile que c’est bien une enquête en précisait au fil des pages ses réflexions et avancées.

Le lecteur devient «un collectionneur », pas de livres, mais de morceaux de cette histoire.

L’écrivaine compare Gilkey à la description donnée par Sigmund Freud selon laquelle «collectionner» est la deuxième addiction en intensité seulement après la dépendance à la nicotine », dont le plaisir vient du sens de la conquête. Gilkey «obtient» des livres (il ne dit jamais «vole») il a besoin de les posséder !

Agréable à lire ce titre ne doit pas manquer à nos collections.

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Éditions Marchialy 

L’origine du monde, vie du modèle


Mot de l’éditeur :

Postface de Sylvie Aubenas, directrice du département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France

L’origine du monde de Gustave Courbet figure parmi les tableaux emblématiques de l’histoire de l’art. Malgré cela, le modèle en était demeuré inconnu. Jusqu’à ce que Claude Schopp découvre son nom, par hasard, en annotant la correspondance inédite entre George Sand et Alexandre Dumas fils. Une révélation que d’autres sources sont venues étayer.

Ce livre invite le lecteur à accompagner le chercheur dans sa tentative de redonner vie à cette danseuse aux beaux sourcils noirs, bientôt demi-mondaine et maîtresse de Khalil-Bey, puis femme de bien, généreuse donatrice aux œuvres de charité. Peu à peu, un visage et une âme sont restitués à celle dont le sexe incarne la peinture réaliste.

Claude Schopp est, avec son épouse Marianne, l’auteur de Dumas fils ou l’anti-OEdipe, prix Goncourt de la biographie 2017.

Notre avis :

Un livre très agréable à lire non seulement sur la découverte de la femme qui posa pour le célèbre tableau de Courbet mais aussi sur toute une époque et mode de vie à Paris.

L’Origine du monde est une œuvre réalisée par Gustave Courbet en 1866. Il s’agit d’une huile sur toile de 46 × 55 cm, le tableau, qui fut dans les années 1950 la propriété du psychanalyste Jacques Lacan, est exposé au musé d’Orsey depuis 1995.

Camille Laurens dans son livre « La petite danseuse de quatorze ans » sur la muse de Degas abordait déjà la situation et les salaires des danseuses de l’Opera tout comme leurs espoirs et le vivier que les jeunes ballerines représentaient pour devenir les maîtresses  plus ou moins fortunées des bourgeois et nobles de la capitale.

Constance Quéniaux « protégée » de Khalil Bey (commanditaire du tableau) fut danseuse à l’Opéra de Paris de 14 à 27 ans, puis se reconvertit, comme presque toutes ses consœurs à la fin de leur carrière dans la « bicherie ».

Constance Quéniaux 
Tableau de Degas Danseuses

Constance sera elle même mécène et terminera sa vie avec une fortune considérable qu’elle lèguera à ses amis et ses domestiques.

Un essai qui se lit comme un roman.

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Phébus

Être Clown en 99 leçons


En cherchant de la lecture, un titre a frappé mon regard « Être Clown en 99 leçons » de Fabrice Hadjadj. Contrairement à ses semblables, ce livre venait providentiellement s’adresser à moi et semblait signifier « tu es prêt ». Un peu comme le dirait un manuel sur la puberté à un adolescent découvrant progressivement les nouvelles facultés de son corps. Mais ici il n’est pas question d’un changement corporel, mais d’acceptation d’une partie de notre identité. Celle qui est cause du dépit de notre regard introspectif, celle que l’on cherche désespérément à cacher sous la montagne du déni : notre « part risible et pitoyable » et qui fait rire au delà de tout savoir faire simplement par son être. Contrairement à ce que nous laisse penser le titre, ce n’est pas un code à suivre afin de devenir un clown ; c’est un guide entre notre conscience et notre identité cachée. Et il fera rire ! Comme il l’a fait pour moi ; ou pleurer… je ne sais plus… car telle est la réalité complexe de son objet, un pathétique rigolo. Si donc vous avez atteint l’état où votre désespoir enfoui appelle à l’aide pour savoir s’il a le droit d’être aidé et que vous avez sublimez vos crises existentielles en source de rire, ce livre est la prochaine étape de votre (dé)construction personnelle.

By B.

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La Bibliothèque

Tu t’appelais Maria Schneider

Une fois commencé ce livre vous ne pourrez plus le lâcher.

Tout y est décrit de manière sublime, l’auteure fait preuve de subtilité et grande délicatesse même dans les moments du récit « les plus durs » à raconter quand il faut parler de drogue, de descente aux enfers et de suicide.

La jeune cousine de Maria Schneider nous dévoile les jours de celle qui, après le célèbre film le Dernier Tango à Paris, a eu sa carrière et peut être sa vie bouleversée par le scandale que ce duo avec Marlon Brando a généré. 

L’histoire de Maria est le fil conducteur de l’ouvrage mais nous découvrons aussi la famille de l’actrice et plus dans le détail l’extraordinaire famille de Vanessa Schneider  ( Vanessa, joli prénom pour lequel, vous le découvrirez dans le livre, il a fallu lutter… ) 

La vie dans le HLM, la cité où tout se sait, cette grande cousine qui va et vient, un émouvant dossier rouge et la narration de l’évolution d’une famille qui voulait changer le monde.

Au fil des chapitres présent et passé s’alternent, l’histoire de Maria, ses rencontres et sa fin, celles et ceux qui sont restés et ceux qui ont de manière posthume ébauché des excuses bien trop tardives.

La une de libération en 2011 qui montre une photo tirée du film de Bertolucci, quelle déception.

Le dessin peut être trop vite abandonné par la jeune actrice quelle tristesse.

Ce voyage dans les époques est le roman d’une famille.

Madame Schneider, Vanessa, oui ce livre il fallait l’écrire et vous avez su trouver le ton juste pour le faire.

Sortie le 16 août !

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Grasset et Fresquelle 

Paranoïa La folie qui fait l’histoire

Luigi Zoja a écrit un livre ambitieux et très prenant qui ne laissera pas le lecteur indifférent.

L’auteur essaye d’articuler une théorie psychologique en parcourant notre histoire sous le signe de la paranoïa ; il trace une phénoménologie détaillée de l’esprit paranoïaque qui agit comme une grille dans laquelle les événements et personnages historiques des différentes époques (de la conquête des Amériques, l’histoire des États-Unis, les nationalismes du XIXe siècle, les deux guerres mondiales, Hitler, Staline, la tension entre les superpuissances, jusqu’à la scène mondiale de nos jours) se placent.

Le pont entre l’esprit et l’histoire est garanti par la nature particulière de la paranoïa qui s’installe dans l’individu et grandi une fois qu’elle a mis ses racines. Elle devient facilement une infection collective…

Deux couples de personnages mythologiques et littéraires ouvrent et ferment le livre : Athéna et Ajax, Iago et Otello. Ce choix veut montrer que la paranoïa, à son origine est toujours une voix qui atteint un individu, seul, dans un espace clos (la tente d’Ajax, le palais d’Otello) et le met sur la voie du délire.

Ce livre bien écrit et bien traduit, avec une introduction écrite spécifiquuement pour la version française, merite toute notre attention.

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Les Belles Lettres

“L’Entre-Deux-Mai” La crise d’ou nous venons 1968-1981


Je remercie ALMA Éditeur pour la mise à disposition de cette ouvrage.

Grâce à cet essai nous plongeons très vite dans celle qui est l’écriture d’une véritable et minutieuse histoire culturelle de la période qui. comme l’indique le sous-titre, va de 1968 à 1981.

Publié pour la première fois en 1983, l’édition actuelle est enrichie par une longue préface de l’auteur qui situe son oeuvre dans le présent avec la justesse et le savoir faire qui lui sont propres.

Je pense que la perception de ce livre peut changer avec l’âge du lecteur ou de la lectrice.
Personnellement je suis née à la fin de la période explorée et ça a été un plaisir de passer en revue tant d’éléments si proches dans les implication qui sont présentes de nos jours et pourtant si lointains chronologiquement.

La construction des Tours et du quartier de Front de Seine à Paris date de 1974, nous dit l’auteur, mais tout le quartier est bien là et nombreuses ont été les discussions récentes sur cette partie de la ville.
Pour une personne plus âgée que moi ce livre ravivera des souvenirs, pour un lecteur plus jeune que moi, il sera probablement vécu davantage comme un livre d’histoire uniquement.
Un ouvrage donc peut-être à lire en famille, justement pour voir le regard des différentes générations.
L’étude de Pascal Ory permet aussi plusieurs niveaux de lecture selon les connaissances spécifiques en historie, il peut séduire un complet déboutant qui ne manquera pas de trouver des pistes à approfondir.

Mon avis après lecture est en tout cas très favorable.
J’ai apprécié ce voyage qui revisite une période non négligeable de notre histoire en utilisant un prisme différent, j’ai aimé l’enquête détaillée et la capacité de dépasser le « tout est politique » issu de mai 68 avec une véritable quête de « tout est culturel » qui pourrait être un slogan pour l’essai de Pascal Ory.

Je proposerai la lecture de « L’Entre-Deux-Mai » sans hésitations.
À la fin de l’ouvrage on retrouve les mots qui ont été rajoutés au dictionnaire entre 1968 et 1981, cela m’a bien fait sourire.
Extra-terrestre est arrivé dans nos dictionnaires en 1980… parfait pour accueillir la sortie en 1982 de E.T. l’extra-terrestre réalisé par Steven Spielberg.

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ALMA Éditeur

Mary Shelley : Au-delà de Frankenstein

Cathy Bernheim

Traductrice-adaptatrice de documents, biographies et autobiographies, Cathy Bernheim a notamment traduit l’Autobiographie d’Angela Davis (Albin Michel, 1975) et L’Épopée d’une anarchiste d’Emma Goldman (avec Annette Lévy-Willard, Hachette, 1979 et Complexe, 1986).

Elle a participé à la rédaction et l’adaptation de nombreux ouvrages collectifs, dont : Le livre de l’oppression des femmes (Belfond, 1972), Les femmes s’entêtent (Gallimard, coll. Idées, 1975) et Notre corps, nous-mêmes (Albin Michel, 1978).

Elle a participé à la création de la rubrique du « Sexisme ordinaire », créée avec Simone de Beauvoir pour les Temps Modernes entre 1974 et 1981, dont un recueil est paru à mi-parcours : Le Sexisme ordinaire (Seuil, 1978).

Cathy Bernheim est l’auteur de Perturbation, ma soeur (Seuil, 1983), où elle relate les deux premières années du Mouvement de libération des femmes (MLF), pour lequel elle s’est notamment retrouvée parmi les neuf rigolotes qui ont déployé une banderole « à la femme inconnue du soldat inconnu » sous l’Arc de Triomphe, le 26 août 1970, en guise d’acte de naissance de leur mouvement.

On lui doit aussi une version « au féminin » de Frankenstein : Cobaye Baby (La Manufacture, 1987) ainsi que la biographie de l’auteur de Frankenstein : Mary Shelley (La Manufacture, coll. Qui êtes-vous?, 1987) et Mary Shelley –La jeune fille et le monstre (Le Félin, 1997). Des biographies de Valentine Hugo (Presses de la Renaissance, 1989) et Picabia (Le Félin, 1995). Et des romans pour la jeunesse parus dans la collection Page Blanche de Gallimard, puis à l’École des Loisirs.

Elle a récemment publié un essai sur l’enfance intitulé Dors, ange amer (Seuil, 2005) et travaille actuellement sur la biographie d’un de ses ancêtres.

Prochain ouvrage à paraître : Mary Shelley. Au-delà de Frankenstein (Éditions du Félin, 21 juin 2018).

Notre avis :

Mary Shelley : Au-delà de Frankenstein est un texte qui sort de l’ordinaire, une biographie certes et tellement bien écrite qui se lit comme un roman, mais aussi un essai sur une époque, celle de Mary qui se transforme en traité sur notre époque et en véritable étude sur la psychologie de l’homme au fil des siècles.

Il s’agit d’un livre matriochkas, (poupées russes) chaque fois que j’ai essayé de le définir j’ai trouvé un autre angle possible.

Érudit tout en étant accessible l’ouvrage de Cathy Bernheim est une merveille.

Une première partie plus axée biographie vous plongera dans la vie de Mary Shelley en donnant les clés des événements qui ont conduit à la genèse du livre qui fête cette année les 200 ans de sa première publication. J’ai aussi trouvé remarquable l’analyse de Frankenstein faite par l’auteure.

Dulcis in fundo, après quelques lignes déjà présentes dans le livre sur la IA, les derniers chapitres abordent les thématiques de l’homme nouveau, de l’intelligence artificielle et du transhumanisme de façon magistrale.

La lecture de Frankenstein est dans les bibliographies de plusieurs cours de philosophie sur le transhumanisme et le livre de Bernheim pourrait être un complément précieux.

Je vous conseille aussi une très belle pièce de théâtre « Mademoiselle Frankenstein » que j’espère sera de nouveau en scène prochainement.

En attendant lisez et relisez Frankenstein et courrez acheter Mary Shelley : Au-delà de Frankenstein, vous allez l’adorer.

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Éditions du félin