Pourquoi lire Théorème aujourd’hui ?

J’ai proposé au Book Club d’Augustin Trapenard de le lire ou relire et d’en parler ensemble dimanche 14 décembre.

Peut-être parce que ce roman, publié en 1968, n’a jamais cessé de nous tendre un miroir inquiet.

Pasolini installe dans son livre un visiteur sans nom, presque sans mots, dont la seule présence suffit à bouleverser une famille bourgeoise. Et soudain, tout se fissure : les certitudes, les rôles sociaux, les désirs. Le livre agit comme un révélateur chimique  – il ne raconte pas, il expose.

Le charme singulier de Théorème tient aussi à son style, complexe mais terriblement stimulant. Pasolini ne se contente pas d’un récit linéaire ; il tresse l’essai, le mythe, la parabole, la poésie brute. La phrase avance par soubresauts, parfois tranchante, parfois presque liturgique, comme si la langue cherchait à dire l’indicible. Cette rugosité n’est jamais gratuite : elle accompagne le dérèglement intérieur des personnages et nous entraîne, nous aussi, vers une zone d’inconfort où tout peut soudain se relire autrement.

Dans un monde saturé de récits qui rassurent, Théorème préfère la secousse. Le roman interroge la place du désir, la violence feutrée de la normalité, la tentation mystique dans un univers désenchanté. Pasolini questionne la famille, la religion, la domination sociale, non pas en théoricien mais en poète incandescent, capable de faire affleurer le sacré dans le plus quotidien des gestes. Et ce mélange — la chair et l’idée, le concret et l’illumination  – demeure d’une modernité déconcertante.

Relire Théorème aujourd’hui, c’est accepter d’être déplacé. C’est se laisser happer par une œuvre qui ne flatte pas mais qui révèle, qui ne simplifie rien mais éclaire tout d’une lueur étrangère. Pasolini nous invite à regarder nos propres zones d’ombre, nos failles, nos élans.

Une langue qui continue, plus d’un demi-siècle après, à nous interroger très profondément.

Théorème est également un film, à regarder après la lecture du livre, à mon avis 

Pour marque-pages : Permaliens.

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