

Édouard Leroy et moi avons rencontré Thomas Schlesser. Quelle joie de parler de poésie, d’art et, en filigrane, de la culture pour toutes et tous. Attention, un chat va apparaître dans la vidéo. Elle porte le même nom que le si beau personnage du livre : Thalie.
Thomas Schlesser est historien de l’art, essayiste et romancier. Directeur de la Fondation Hartung-Bergman, il s’est imposé ces dernières années comme l’un des grands passeurs contemporains, capable de relier exigence intellectuelle et désir de transmission. Avec Les Yeux de Mona, il avait déjà fait entrer les chefs-d’œuvre dans le roman. Dans Le Chat du jardinier, il poursuit ce geste, convaincu que la culture n’est pas un territoire réservé, mais une respiration commune.
Ce roman commence presque à voix basse. Un jardin. Un homme qui s’y tient comme on se tient au bord de soi-même. Louis, jardinier, vit dans une forme de retrait. La maladie d’un chaton fissure ce fragile équilibre. Et puis Thalie apparaît – ancienne professeure de français, libre, obstinée, convaincue que les mots ne sont pas des reliques mais des forces actives.

Sa proposition tient en une idée désarmante : dire des poèmes aux plantes, au chat, à la terre. Les réciter comme on arrose. Les offrir au vivant. Ce qui pourrait sembler naïf devient, sous la plume de Thomas Schlesser, un geste profondément politique. Car la poésie ici n’est ni un luxe ni un ornement. Elle est une pratique. Un lien. Une manière d’habiter le monde sans se laisser écraser par lui.
Le roman avance avec une douceur déterminée. Des vers traversent le récit – non comme des citations décoratives, mais comme des présences. La transmission n’est pas théorique. Elle est incarnée. Thomas Schlesser ne sacralise pas la culture, il la remet en circulation. Il rappelle qu’elle appartient à celles et ceux qui la vivent.
Il y a du romanesque – tensions, menaces, découvertes inattendues – surnaturel. Ce qui compte, c’est que la poésie déplace le regard. Elle réouvre ce qui s’était fermé.
Dans une époque saturée de vitesse et de sarcasme, Le Chat du jardinier choisit la gravité sans lourdeur, la lumière sans mièvrerie. Il fait le pari d’une culture partagée, sensible, offerte. Refermer ce livre, c’est avoir envie de réapprendre un poème par cœur – non pour briller, mais pour tenir.
Un livre magnifique.