Le grain de beauté / Philippe Rey / Mathieu Simonet

J’ai rencontré Mathieu Simonet – au Zimmer pour parler de son récent livre Le grain de beauté.

Entretien en collaboration avec French Press.

Ce nouveau livre de l’auteur est rempli d’émotions et en particulier d’amour, un amour mis à l’épreuve par la maladie, la perte, et par cette question vertigineuse: comment continuer à vivre quand celui qu’on aime disparaît?

Tout part d’une tragédie: la mort de Benoît, l’époux de l’auteur, emporté par un cancer. Ce qui pourrait n’être qu’un récit de deuil devient autre chose. Une enquête. Une traversée. Une tentative obstinée de comprendre l’homme aimé au-delà même de sa présence.

Mathieu Simonet n’écrit pas pour figer Benoît dans le marbre de la mémoire. Il rouvre les carnets, les souvenirs, interroge les proches, accepte aussi de découvrir ce qu’il ignorait. Le livre a cette honnêteté rare: aimer quelqu’un ne signifie pas tout savoir de lui. Le deuil n’est pas seulement une douleur, c’est une révélation progressive, parfois dérangeante. L’autre continue d’exister, mais différemment, par fragments.

Ce qui m’a bouleversée  ici, ce n’est pas la disparition en elle-même. C’est la manière dont Mathieu Simonet refuse de sanctifier l’amour. Il ose raconter les zones grises, les incompréhensions, les silences d’un couple. Il accepte que le mort résiste, qu’il échappe encore. Cette lucidité donne au livre une densité singulière: l’émotion naît de cette tension entre fidélité et vérité. Écrire devient alors un geste presque éthique – ne pas trahir, ne pas embellir, ne pas simplifier. Tenir ensemble la tendresse et le doute.

Le livre interroge aussi notre rapport à la trace. Que laisse-t-on derrière soi? Que comprend-on d’une vie quand elle s’interrompt? En transformant l’intime en réflexion plus large, Mathieu Simonet atteint une forme de justesse rare: il ne cherche pas à consoler, il cherche à comprendre. Et cette exigence-là, discrète mais ferme, donne au texte sa profondeur.

Le grain de beauté n’est pas seulement un récit de perte. C’est plus un livre sur la mémoire active, sur la liberté qu’il faut reconquérir après l’effondrement. Une manière de dire que l’amour ne disparaît pas avec le corps, mais qu’il change de territoire. Et que la littérature, parfois, sert à cartographier ce territoire nouveau.

Je vous conseille cette lecture.

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