Extra-ordinaire abécédaire : Découvrir la philosophie de Gilles Deleuze, Alexis Cartonnet, L’Harmattan

Ce livre se présente comme une clé pour mieux appréhender la pensée complexe de Gilles Deleuze, en allant au-delà de sa réputation de grand philosophe pour explorer les richesses de son héritage intellectuel. Alexis Cartonnet, avec une plume incisive, nous invite à redécouvrir Deleuze non seulement comme une figure emblématique de la philosophie moderne, mais aussi comme un catalyseur de créativité résonnant dans divers domaines, de la musique au cinéma.

Ce livre fascine par son approche originale : il relie les idées de Deleuze à des aspects concrets de notre quotidien, invitant le lecteur à une réflexion profonde sur le devenir, le mouvement et la subjectivité. Cartonnet s’attarde sur le rôle de Deleuze dans le vitalisme, tout en exposant ses pensées anarchistes et son sensualisme artistique, révélant ainsi un penseur bien plus complexe qu’il n’y paraît.

En mettant en lumière les interconnexions entre la vie de Deleuze et ses concepts, l’auteur nous montre que vivre intensément est peut-être la plus grande des philosophies. Un ouvrage nécessaire pour s’intéresse à la pensée contemporaine, pour apprendre ou redécouvrir un immense penseur.

Sans soleil de Jean-Christophe Grangé – Albin Michel

Quelqu’un m’a dit : « Ce livre parle du SIDA, il est pour toi, Cristina. »

C’est vrai. Si dans les années 80 je n’étais pas là, c’est Keith Haring qui m’a fait découvrir le mot AIDS-SIDA, enfant puis adolescente.

Ayant passé 18 mois dans une unité de rééducation pour des problèmes neurologiques dus à un virus, j’ai fait ma convalescence avec les NeuroSida. J’ai été traitée comme eux, stigmatisée comme eux. J’ai voulu tout apprendre. Mon neurologue a consacré sa vie et ses recherches à ce virus. Donc évidemment, ce livre me parle et me touche.

L’intrigue de Sans soleil débute avec la rencontre d’un policier, d’un médecin, et d’une étudiante sur les lieux macabres d’un crime. La mort tragique d’un jeune homme homosexuel va tisser des liens entre eux, pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Ainsi, l’œuvre s’immerge dans une réalité troublante, celle du SIDA, un virus qui émerge dans les années 80, période de libération pour la communauté gay, mais aussi symbole tragique de lutte et de souffrance.

Jean-Christophe Grangé, l’artisan du frisson littéraire, nous revient avec une nouvelle magie narrative, Sans soleil, publié chez Albin Michel, cette œuvre se déploie en deux volets ensorcelants, bouleversants pour moi : Disco Inferno et Le Roi des Ombres 

Dans Disco Inferno, Grangé nous invite à redécouvrir le Paris des années 80. Les nuits y scintillent de mille feux, mais derrière l’éclat des stroboscopes, une noirceur douce-amère se dévoile.

Avec Le Roi des Ombres, le récit s’étend vers des horizons plus vastes et des abysses plus profonds. Des ruelles tumultueuses de Paris, l’épopée se poursuit en Afrique du Nord et à Haïti.

Au cœur de cette tourmente, l’auteur met en lumière les histoires de ceux qui, déjà affligés par la maladie, sont confrontés à un tueur qui leur inflige une ultime violence. 

Cette approche audacieuse interroge notre rapport à la vie, à la mort, et aux stigmates laissés par une époque où le virus du SIDA est devenu un personnage à part entière, un fantôme qui hante les mémoires et les cœurs.

Un personnage à ne pas oublier car sans trithérapie, même avec un court arrêt on peut avoir sa vie dévastée par des troubles neurologiques irréversibles. Car sans soins le SIDA tue encore.

2 livres à lire absolument !

Tremblements de ciel, Jean-Christophe Galiègue, Éditions 5 Sens : La Poésie Est Vivante

Un soir un ami écrivain et cinéaste m’a conseillé ce livre et m’a offert un véritable cadeau. (Hello @jeremy.niels.circus )

Je vous parle de poésie un 21 mars, #journeedelapoesie 

Jean-Christophe Galiègue nous embarque dans un voyage introspectif et lumineux avec « Tremblements de ciel ». 

Chaque vers invite à contempler la beauté du monde et de la vie elle-même. Comme une partition céleste, ce poème-monde résonne d’une profondeur intemporelle et universelle.

L’auteur devient un poète-alchimiste des mots, célèbre l’amour inconditionnel et offre une gratitude infinie, évoquant l’audace d’une langue nouvelle. 

La poésie, art de toutes les émotions humaines, est ici une mélodie subtile qui transcende le quotidien. Elle permet de s’évader, de rêver, et de renouer avec l’essentiel. 

Jean-Christophe nous rappelle que la poésie, par sa simplicité et sa puissance, est un refuge et une promesse de renouveau. 

Lisons et laissons nous transporter ensemble sur ce pont qu’il trace vers l’infini.   

#journéedelapoésie ❤️

Bibliothèque de la Pléiade : Un Voyage Littéraire Hors du Temps

Hier soir France 5 à proposé Les docs de La Grande Librairie spéciale Marguerite Yourcenar d’où mon besoin de vous donner aussi envie de la lire.

Evidemment ses textes se trouvent aisément en poche.

« Œuvres romanesques » de Marguerite Yourcenar représente une immersion totale dans l’univers d’une des plus grandes voix littéraires du XXe siècle. Ce recueil, véritable chef-d’œuvre de la Bibliothèque de la Pléiade, rassemble l’ensemble de son œuvre romanesque, témoignant de la richesse et de la diversité de son écriture. Yourcenar, première femme élue à l’Académie française, explore avec brio les complexités de l’âme humaine et les remous de l’histoire. Des « Mémoires d’Hadrien », où elle prend la voix de l’empereur romain pour une réflexion intime sur le pouvoir et la mortalité, à « L’Œuvre au Noir », roman magnifiquement labyrinthique sur l’art et la révolte, chaque texte dévoile des couches de sens et d’émotion.

Yourcenar interroge, elle provoque. Ses récits, marqués par une érudition qui resplendit, sont aussi des réflexions profondes sur le temps, l’amour et la quête d’identité. Dans « Feux » et « Nouvelles orientales », elle réinvente le récit tout en laissant transparaître sa sensibilité poétique. À travers ses mots, une certaine vision du monde émerge, à la fois sombre et lumineuse, où de multiples perspectives se rencontrent. Ce volume, orchestré avec soin une célébration de la littérature et une invitation à entrer en dialogue avec une autrice qui continue d’inspirer des générations de lecteurs.

La nuit ravagée – Jean-Baptiste Del Amo, Gallimard

Avez-vous un lieu hanté dans vos vies ? 

Moi, amatrice de littérature victorienne et gotiques de maisons hantés j’en ai visitées dans mes lectures.

Dans « La nuit ravagée », Jean-Baptiste Del Amo nous invite à la découverte de l’univers de Saint-Auch des années 90, où l’innocence se heurte à la dure réalité. Une maison abandonnée, mystérieuse et inquiétante, occupe les pensées d’une bande d’ados, devenant le symbole de leurs craintes et désirs les plus profonds.

Les années 90, mon adolescence et les espoirs d’un monde meilleure. Je suis admirative de la capacité de ce romancier à faire ressentir les émotions. En lisant je suis dans les années 90 avec lui et ses personnages.

À travers une prose envoûtante et subtile, Del Amo scrute les détours complexes de la jeunesse, celle qui balance entre désillusion et espoir. Il dresse le portrait d’une époque avec une justesse troublante, rappelant à chacun de nous le poids du temps qui s’écoule inexorablement et la beauté cachée dans cette lutte silencieuse contre l’oubli.

Ce roman allie modernité et esprit gothique, dans l’ obscurité, il y a une exploration de la fragilité humaine. On en sort touché, avec l’impression d’avoir partagé un secret précieux que seuls ceux qui ont marché dans les ombres peuvent réellement comprendre.

La Nuit ravagée est un vibrant hommage aux récits d’épouvante mais transcende le genre, devenant aussi un texte social et politique, dans les années 90 j’aurais dit « c’est aussi un livre engagé ».

Un ouvrage à vivre autant qu’à lire, où chaque page résonne longtemps après avoir été tournée.

4,1, le scandale des accouchements en France  / Anthony Cortes et Sébastien Leurquin / Éditions Buchet Chastel

Souvent quand on exprime, on expose un sentiment d’injustice sociale on nous répond « donnez moi des chiffres », Anthony Cortes et Sébastien Leurquin nous répondent 4,1, un pourcentage qui fait trembler.

Ce livre choc révèle un paradoxe troublant : avec un taux de mortalité infantile de 4,1 décès pour 1 000 naissances, la France se classe parmi les derniers en Europe. Environ 2 800 bébés ne célèbrent pas leur première bougie chaque année, et plus de 70 % meurent en maternité.

Cortes et Leurquin dénoncent les fermetures de maternités, la surcharge dans les hôpitaux et l’inaction des pouvoirs publics. Derrière chaque chiffre, une tragédie humaine et une urgence d’agir.

*4,1, le scandale des accouchements en France* est un cri d’alerte pour empêcher cette catastrophe de se poursuivre. 

L’éloignement d’un hôpital, un service de néonatalogie inadapté, une prévention et un suivi des futures mamans absent ou moindre conduisent à 4.1.

Qui peut améliorer la situation ? 

Le Pouvoir Public.

Pourquoi la santé de qualité pour toutes et tous n’est pas une immense priorité ? 

Mais parce que le monde a choisi la guerre, parce que si nous habitons dans une grande ville et vivons dans le confort le chiffre de 4,1 semble si loin …

Un ouvrage essentiel qui mérite d’être lu et partagé, tout comme le splendide livre de Clémentine Goldszal Premiers Cris, passionnante enquête, mais aussi réflexion intéressante sur le monde de la néonatalogie et le langage inconnu des bébés.(Le Seuil) 

« Le Repli du Temps » de Judith Lossmann / Talamasca

Un livre conseillé par une amie se lit évidement.

Celui-ci a respecté ses promesses. 

J’ai découvert « Le Repli du Temps » de Judith Lossmann, un voyage littéraire à travers les âges. Entre 1960 et 2094, nous suivons Elliott, un jeune architecte en quête d’identité, aux prises avec les légendes de Sateen et Jared, héros de son enfance. Dans ce roman choral riche en émotions, les voix s’entrelacent, questionnant l’amour, la liberté, et les choix qui façonnent nos vies.

L’autrice, avec grande force, évoque des thèmes universels et intemporels : la beauté de la fragilité humaine et la lutte contre le passage du temps. C’est pour un thriller intimiste que nous avons ici, tantôt épopée, tantôt réflexion personnelle, nous pousse à nous interroger sur notre propre parcours.

Les récits, ancrés dans un réalisme magique, 

L’amoureuse de Calvino que je suis apprécie, nous transportent autour du globe – du Canada à l’Antarctique – tout en nous amenant à redéfinir notre relation au temps et à nous-mêmes. L’autrice nous invite à envisager la liberté de pensée à travers ses personnages attachants et poignants.

Un livre à découvrir pour explorer des territoires émotionnels et intellectuels riches et variés. Laissez-vous emporter par « Le Repli du Temps », un roman de passion et de réflexion.

« Un perdant magnifique » de Florence Seyvos chez L’Olivier 

Comment choisir un roman ? 

Dans ce cas pour moi, c’est la quatrième de couverture, et le titre qui ont généré le besoin de cette lecture.

Comment résister à l’envie de rencontrer ce magnifique perdent ? 

D’ailleurs c’est qui un perdent, c’est quoi un perdent ? 

Dans son dernier roman, « Un perdant magnifique », Florence Seyvos livre une œuvre profondément ancrée dans les complexités de la relation humaine, explorant la fragilité et la force de l’esprit face à l’adversité. Par le biais de personnages nuancés, l’autrice dresse le portrait d’un homme dont le charme ambigu et la décadence s’entremêlent dans un ballet tragique.

Au cœur de ce récit, Jacques, le protagoniste, émerge comme une figure paradoxale à la fois fascinante et inquiétante. 

Je ne dirais pas perdent si ça tenait à moi mais « perdu ». Qui cherche sans la trouver, une place.

Sa maladie, loin d’être un obstacle, devient le catalyseur de ses aspirations, nourrissant ses rêves d’un avenir qu’il partage avec Anna, sa belle-fille. Ce dialogue nocturne entre les deux personnages, oscillant entre l’espoir et la désillusion, révèle la profondeur de leur connexion. Anna, en quête de repères, se retrouve dans l’univers chaotique d’un beau-père qui tord la réalité tel un illusionniste, souhaite le voir disparaître puis le regrette, retrouvant le fil de son histoire.

L’autrice dessine un tableau vivant des années 80, ancrant son récit dans des lieux emblématiques comme Le Havre et Abidjan, tout en s’aventurant à Rome. 

La déconstruction d’un homme en proie à ses propres démons est contrebalancée par les rêves fragiles d’une génération confrontée à un héritage complexe. Jacques incarne cette dichotomie : quelqu’un qui aspire à la grandeur tout en se laissant engloutir par ses propres failles et les failles d’un système et ses conventions.

Un perdant magnifique s’avère être une œuvre délicate et poignante, portée par une écriture vive.

Je vous le conseille ardemment.

Histoire de mes seins – Studio Hebertot, Paris

Au cœur du Studio Hebertot, la pièce « Histoire de mes seins » s’impose comme une véritable révélation théâtrale. Dans un mélange subtil d’humour et de réflexion, Luna, interprétée avec brio, nous entraîne dans un récit poignant que chaque femme peut, d’une manière ou d’une autre, reconnaître. L’aisance avec laquelle elle jongle entre légèreté et profondeur crée une atmosphère qui captive dès les premières répliques.

À travers ses anecdotes, Luna dévoile la transformation que son corps a opérée sur sa perception et celle des autres. 

J’ai par moments pensé aux livre Pour Britney. 

Les comédiennes forment une équipe dynamique et complémentaire : une inspectrice qui éveille des questions, et une actrice talentueuse qui fait vivre les souvenirs des femmes qui l’entourent, donnant corps à cette fresque féminine. On rit, on s’émeut, et surtout, on sort de cette expérience enrichi, avec des questions sur notre propre rapport au corps et à l’identité.

Les choix de mise en scène sont astucieux, et la pièce réussit à aborder des thèmes sociétaux fondamentaux tout en gardant un ton frais et engageant. On mue avec cette performance, on s’interroge sur la beauté, les normes et les fantasmes qui entourent la féminité. Un spectacle qui mérite d’être vu, partagé, et discuté.

À ne pas manquer pour explorer le délicat équilibre entre humour et vérité.

La Chair du monde de Jean-Marc Rochette – Allary Éditions

Dans « La Chair du monde », Jean-Marc Rochette nous invite à plonger au cœur de ses souvenirs, là où les cimes majestueuses des Écrins l’ont façonné, tout en offrant une ode à une nature aussi bien cruelle que salvatrice. L’auteur, connu pour son parcours exaltant entre l’alpinisme et la bande dessinée, nous gratifie ici d’un récit où chaque mot résonne avec la réverbération des montagnes, chaque phrase évoque la douceur d’une brise alpine.

C’est homme incroyablement éclectique s’entretient à 1600 mètres d’altitude avec Adrien Rivierre. @adrienrivierre 

C’est avec une sincérité troublante que Rochette partage les épreuves de son existence. L’accident qui lui fait abandonner ses aspirations de guide de haute montagne devient le catalyseur d’une transformation créative. Plutôt que de plier sous le poids de la déception, il choisit, admirablement, d’élever son regard vers de nouvelles altitudes, révélant ainsi une attitude inspirante. À travers ses aquarelles et sculptures, (j’aime sa production artistique), il parvient à capter l’essence même de ce qui l’entoure : une nature vibrante, tout autant que timide, rugueuse mais douce, qui devient son refuge et sa muse.

« La Chair du monde » s’impose ainsi comme un récit touchant et résonnant, une lecture à la fois cathartique et inspirante, qui nous pousse à repenser notre propre rapport à la nature, à l’art et à nos rêves. Cet ouvrage est un appel à embrasser l’inconnu, à célébrer la beauté des choses simples et à trouver notre place dans ce grand tout.

Que est ce que ça dit d’une personne le fait de d’installer, volontairement dans un lieu coupé du monde de décembre à mars ? (La route qui mène à la résidence des Rochette est coupée l’hiver

Le découvrir dans ce livre qui se lit comme un

roman, m’a captivée du début jusqu’à la fin.

« L’isolement rajoute un supplément d’âme à nos existence » dit Jean-Marc Rochette, je vous conseille de lire le reste de cette conversation très intéressante.