Prix Hors Concours 2024-25 : Quand David Naïm et Karim Kattan rappellent, chacun à leur manière, ce que la littérature peut encore.

J’ai rencontré au Zimmer les lauréats du Prix Hors Concours 2024 et 2025. Un très beau moment de fraternité et d’amour des mots dans ce dialogue entre David Naïm et Karim Kattan, récompensés pour L’Ombre pâle, aux éditions de l’Antilope, et L’Éden à l’aube, chez Elyzad.

Ce qui se jouait là dépassait la simple rencontre littéraire. Il y avait deux écrivains, deux voix, deux livres très différents, mais une même confiance dans ce que la littérature peut encore lorsqu’elle cherche moins l’effet que la justesse.

Avec L’Ombre pâle, David Naïm part de la perte du père et du deuil dans la tradition juive pour faire surgir un roman de la transmission, de la mémoire et de tout ce qui, dans les familles, reste noué, enfoui, parfois indicible. C’est un texte d’une grande délicatesse, un livre qui touche à des sentiments universels et laisse l’émotion venir sans jamais la forcer.

Karim Kattan, dans L’Éden à l’aube, déploie un roman porté par une expérience palestinienne, où le désir, la terre, la violence de l’Histoire et la beauté du monde se mêlent dans une prose sensuelle, habitée, poétique, traversée de visions. Chez lui, l’intime n’est jamais séparé de l’Histoire. La puissance d’envoûtement de son écriture donne au texte quelque chose de très singulier, tout en l’ouvrant à l’universel.

Ce qui rendait leur dialogue si beau, c’était cette proximité profonde dans leur manière d’habiter la langue. L’un écrit au plus près des traces et des héritages invisibles. L’autre ouvre des espaces plus fiévreux, où l’intime rencontre l’Histoire. Tous deux rappellent qu’un roman n’est jamais là pour décorer le réel, mais pour l’éclairer, le déplacer, lui opposer une forme.

Au Zimmer, il y avait une écoute rare, une attention véritable à la parole de l’autre. Et cela disait aussi quelque chose du Prix Hors Concours, de sa capacité à faire exister des voix singulières et à défendre une littérature exigeante, ouverte, profondément vivante.

En quittant cette rencontre, restait une impression précieuse : celle d’avoir vu les livres devenir, le temps d’un dialogue, une manière de relier les êtres.

J’ai pensé à Albert Cohen qui disait que « si l’Art a un but c’est d’abord d’unir les hommes et de leur faire parler un langage commun. »

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