Je punirai le monde de Jennifer Kerner / Éditions Zone Critique, Collection Vrilles

Cette collection est riche de talent et de talents.

Jennifer Kerner après avoir lu ses essais et son brillant roman Le tissu de crin est une autrice à suivre pour son talent et sa délicatesse incisive.

Ce livre, est un objet précieux mais dangereux. Jennifer Kerner, avec cette maîtrise de la petite forme puissante (56 pages seulement), nous offre une plongée vertigineuse dans le creux de notre âme moderne. La narration s’avance comme une braise, émettant une chaleur sourde, un frisson d’alerte.  

L’histoire de Camille, entre surface parfaite et fissures invisibles, devient le prisme de nos propres illusions. On la voit s’enfoncer dans cette spirale de la spiritualité new age, un peu comme pour apaiser une douleur qu’on ne veut pas nommer. La magie de l’autrice , c’est qu’elle ne juge pas ; elle observe, elle dépeint. Elle façonne un récit qui, à la fois, vous distrait et vous serre la gorge, car il évoque l’intime difficulté de se libérer de nos propres constructions.  

Le style est précis, incisif, à la façon d’un bon coup de pinceau : il suffit d’un trait pour révéler un chaos, pour faire vaciller la façade lisse de nos vies connectées. La tension psychologique devient palpable, la critique de nos croyances modernes aussi. Et cette question, persistante : dans cette quête de bonheur, que sommes-nous réellement prêts à sacrifier ?  

Un coup de cœur pour cette écriture qui semble tout dire en peu de mots, comme une évidence qui se dévoile sans fard. Jennifer Kerner, par sa finesse, nous pousse à regarder derrière nos écrans, dans cette petite obscurité qu’on préfère ignorer. Elle nous rappelle que, sous la surface brillante, tout peut s’effondrer.  

Ce roman si intense est une sorte de cri silencieux, un murmure qui vous hantera longtemps après la dernière page. La vérité est peut-être là, dans cet instant suspendu : punir le monde, c’est peut-être d’abord se punir soi-même, en refusant de se voir pour ce qu’on est vraiment.  

Cette archéologue-autrice est décidément une excellente écrivaine !

L’Atelier des poussières – Marianne Alphant – P.O.L

Marianne Alphant était aujourd’hui au Book Club de France Culture où j’ai parlé de mes souvenirs liés à la lecture de son ouvrage, que vous pouvez écouter.

Le Book Club présenté par Marie Richeux est à suivre tous les jours de 15h00 à 16h00 ou en podcast.

Je vous en dis plus sur  : 

L’Atelier des poussières – Marianne Alphant – P.O.L

Dans « L’Atelier des poussières », Marianne Alphant explore avec brio la thématique de la poussière, insufflant à ce sujet négligé une richesse insoupçonnée. Paru chez P.O.L, l’ouvrage se distingue par sa capacité à élever un élément trivial du quotidien en un objet d’analyse philosophique et poétique. Alphant démontre, avec une rare finesse, que la poussière est bien plus qu’une simple nuisance domestique : elle est le reflet de notre existence périssable.

Son livre nous propulse dans un voyage intriguant, où chaque particule devient le symbole de nos vanités, de nos mémoires accumulées et de notre condition mortelle. Alphant s’appuie sur des références culturelles et scientifiques pour faire émerger une réflexion empreinte de profondeur et d’humour subtil. Elle décrit la poussière comme une présence constante et presque métaphysique, se glissant à travers le temps et les espaces, aussi insaisissable que nos souvenirs.

En lisant « L’Atelier des poussières », nous apprenons à voir au-delà du visible, à contempler la complexité enfouie dans les plis de notre quotidien. La prose délicate de l’auteur invite à une méditation sur le passage du temps et sur notre relation au monde matériel. Marianne Alphant réussit à capturer l’essence de ce qui nous échappe, nous livrant un texte magistral, stimulant à la fois pour l’esprit et l’imaginaire.

Un livre à la fois érudit et accessible, qui saura séduire les esprits curieux en quête de nouvelles perspectives sur les éléments apparemment insignifiants de notre vie.

Pourquoi tant de haine de Gérard Apfeldorfer – Une plongée captivante dans l’âme tourmentée, par les Éditions Odile Jacob

Pourquoi tant de haine ? Voilà une question que je me pose tout le temps !
Pourquoi simplement ne pas aimer sans haïr ? Pourquoi ne pas ignorer, sans volonté d’abîmer, de faire du mal, pourquoi ? Existe-t-il un vaccin social à la haine ? La culture est-elle un médicament contre la haine ? Peut-on éduquer contre la haine ? 

Plongée dans les abysses de l’humanité moderne, « Pourquoi tant de haine » se révèle être une exploration tant audacieuse que nécessaire. Gérard Apfeldorfer, en fin observateur de la psyché, nous prend par la main pour désamorcer l’engrenage subtil de la haine, cette passion amère et complexe.

S’appuyant sur une démarche rigoureuse et nuancée, Apfeldorfer ne cherche pas tant à condamner qu’à comprendre. Il attire notre attention sur l’universalité de ces sentiments tumultueux qui parfois dégénèrent en violence, et nous interpelle à réfléchir plus largement sur les nuances entre colère, rancune, et ressentiment.

L’auteur se démarque par son aptitude à humaniser des concepts qui, de prime abord, semblent ténébreux et inaccessibles. Ses pages sont à la fois un miroir et une fenêtre — un miroir qui nous renvoie nos propres préjugés, et une fenêtre sur des perspectives nouvelles pour appréhender cette force motrice qu’est la haine.

À une époque où les crises identitaires se multiplient, où la violence s’affiche sans cesse à la Une, le livre d’Apfeldorfer résonne avec une intensité particulière. Il nous pousse à nous interroger : comment la haine évolue-t-elle parmi nous, et que pouvons-nous faire pour l’apprivoiser ? 

Enfin, le style de l’auteur est d’une élégante clarté, évitant les pièges de l’érudition inaccessible. Son propos est universel, tout en restant ancré dans des observations précises et accessibles. 

Ce livre jongle habilement avec le sérieux de son sujet tout en établissant un dialogue intime avec ses lecteurs, les appelant à une introspection collective.

Je suis avec L’Homme qui écoutait battre le cœur des chats

La sortie du livre est l’occasion de discuter avec l’auteur, dans un café parisien, le Zimmer !

Bienvenue dans l’univers envoûtant de Mathias Malzieu, où les frontières entre rêve et réalité se fondent en une mélodie douce-amère. « L’Homme qui écoutait battre le cœur des chats » explore la délicatesse des liens invisibles tissés entre l’homme et l’animal.

Imaginez Tornado, félin aux yeux d’or, et June, sa muse poétique, se racontant avec un charme irrésistible. Sous la plume élégante de Malzieu, ces créatures deviennent miroirs de nos propres fragilités et espoirs. Sur leur péniche, Tornado et June ne se contentent pas d’habiter l’espace; ils hantent les âmes de leurs hôtes, un couple dévasté par la perte, cherchant un baume à leur douleur.

Dans un style vibrant et évocateur, Malzieu tisse un conte où chaque page est une respiration, chaque mot une caresse. C’est une exploration de la résilience, illuminée par la musique silencieuse des cœurs qui battent à l’unisson. À travers cette élégie, le lecteur est invité à écouter, vraiment écouter, les symphonies cachées du quotidien.

Un récit à la fois consolateur et exaltant, où chaque émotion est une nuance à apprécier, où le merveilleux tutoie le réel avec une harmonie bouleversante. À savourer, comme on écoute une chanson douce lors d’une nuit étoilée.

Justice pour l’étoile de mer : Voyage vers la reconnaissance des droits de l’océan François Sarano, Marine Calmet, Actes Sud

Un petit livre, dense et intense qui fera partie de ceux que j’offrirai beaucoup.

Dans « Justice pour l’étoile de mer », Marine Calmet et François Sarano s’éveillent comme des sentinelles, en essayant d’imaginer l’océan qui deviendrait un sujet de droits, doté de sa propre voix dans l’échiquier juridique mondial.

Sur les rivages de notre inconscient collectif, l’océan s’étend majestueux et silencieux, protégeant des mondes encore méconnus

Avec la profondeur d’une plongée abyssale, cet ouvrage offre un voyage introspectif et engagé, mettant en lumière l’urgence de repenser notre relation avec la mer. Sous la plume poétique et érudite du duo, les mots se déroulent en vagues successives, évoquant des images aussi puissantes qu’inoubliables. De la fragile étoile de mer aux majestueux cachalots, chaque être aquatique devient un ambassadeur silencieux, plaidant pour sa survie et sa reconnaissance.

C’est important de lire en 2025, année des océans, de la mer, de lire cet appel à la réconciliation avec notre planète bleue, un plaidoyer pour un avenir où l’homme et l’océan vivraient en harmonie. Telle est l’essence d’un texte qui ne fait pas qu’nformer, mais qui inspire à rêver, à réfléchir et surtout à agir.

Laissez-vous emporter par cette immersion littéraire et éthique, une invitation à devenir les gardiens éclairés de nos territoires marins.

Coup de cœur pour l’intelligence des propos du livre 

La place de Boualem Sansal n’est pas en prison, le lire c’est le soutenir

Mes amis, dans la vrai vie, dans les réseaux sociaux qui êtes amis des lettres et défenseurs de la liberté,

Aujourd’hui, je vous exhorte à prêter votre voix à une cause de plus en plus urgente : la libération de Boualem Sansal. Un homme dont la plume a défié les censeurs, sans jamais plier. 

Je ne l’avais jamais lu, et ça aurait été bien dommage de passer à côté.

Plongeons ensemble dans l’univers littéraire de cet écrivain, pour le soutenir. 

Ses œuvres, disponibles en Folio, ont été un plaisir à découvrir.

Pour les amateurs de lectures passionnantes et enrichissantes, optez pour l’anthologie si riche chez Quarto.

Tous ses livres sont publiés chez Gallimard.

Prenons tous ce geste simple mais significatif : lire, partager, faire connaître ses livres. Montrons que chaque mot compte, que chaque lecteur et lectrice est une voix pour la liberté.

Roberto Saviano disait, très justement à La Grande Librairie que ne pas abandonner un écrivain c’est le lire et acheter ses livres.

Je vous invite à lire pour soutenir Boualem Sansal et je vous parlerai de mon ressenti très positif, à la lecture de ses œuvres, et spécialement du Quarto.

  • Je précise que les parlementaires qui ont voté contre la Motion en soutien de Sansal sont évidemment favorables et soutiennent la libération de l’écrivain mais demandaient des modifications à la Motion.

J’ai aussi un positionnement indéniablement différent de celui de Boualem Sansal sur l’échiquier politique français, mais la liberté d’opinion et la liberté des écrivains passent avant tout pour moi.

Clamser à Tataouine par Raphaël Quenard – Flammarion  

Et pourquoi ne pas le lire ?

Different de moi loin de me nuire tu m’enrichis, je paraphrase Antoine de Saint-Exupéry et j’en suis profondément convaincue.

Raphaël Quenard nous offre une traversée singulière des ténèbres aux nuances macabres. 

Ce n’est pas de cette façon que j’écris mais lui, parle ainsi et c’est à la fois troublant et novateur.

Le livre est une plongée dans le quotidien d’un anti-héros moderne, un marginal autoproclamé qui, refusant de s’intégrer au monde qui l’entoure, entreprend une quête aussi sombre que provocatrice. Il s’agit d’une véritable radiographie de l’insatisfaction contemporaine.

Quenard manie avec les paradoxes. Son écriture, d’un électrisant inventif, nous fait glisser d’un rire jaune à une réflexion profonde, entre les paradoxes de notre époque et les méandres psychologiques de son protagoniste, témoin critique d’une société qu’il juge impitoyablement. À travers un humour noir acerbe, l’auteur nous invite à questionner notre propre rapport à la norme et à la marginalité.

Un personnage de l’extrême que je déteste mais qui a le droit de s’exister dans une fiction, c’est avec un certain panache que Raphael Quenard semble demander à son lecteur d’en être le juge. Un roman qui ne laisse indéniablement pas indemne, à l’image d’un cruel de la société.

Le protagoniste s’en prend aux femmes seulement et c’est dommage si c’est inconscient, c’est réussi si c’est pour provoquer, dans ce monde qui scrute la fiction et délaisse la réalité.

La réalité des féminicides en France est :

Au 16/05/2025, on dénombrait 55 féminicides depuis le début de l’année.

Un féminicide tous les deux jours et des milliers de tentatives.

Une fois la réalité connue, découvrez sans peur un livre qui ne parle pas que de ça et que j’apprécie surtout pour la grande capacité de 

l’auteur, à entrelacer le glauque à l’absurde, le tragique à la dérision, offrant ainsi un véritable festin littéraire aux amateurs de complexité narrative.

La Petite Dernière de Fatima Daas, Notabilia-Le livre de Poche.

J’ai découvert l’autrice et le livre en live sur Instagram. (Thanks VLEEL) présentée aussi par son éditrice cette histoire a été un coup de foudre immédiat.

J’ai lu deux fois cette exploration intime et poignante des conflits identitaires et des espaces intérieurs partagés entre l’amour, la foi et le désir.

Dans « La Petite Dernière », Fatima Daas se révèle comme une virtuose de l’intime, une artiste de la nuance. Son récit s’impose comme une polyphonie délicate où chaque mot éclate en mille vérités, autant de reflets d’un moi en quête de réconciliation. Avec une plume qui navigue entre le récit et le poème, Daas interroge l’identité multiple et la fracture intérieure avec une lucidité désarmante.

Lire ce roman, c’est entrer dans une valse à trois temps, où se mêlent croyance, appartenance et désir. C’est un texte qui ne s’excuse pas d’exister, qui ne plie pas sous les injonctions du monde, mais qui, au contraire, sculpte un espace personnel de liberté. Fatima Daas écrit pour conjurer le sort, pour affirmer ses identités plurielles, se tenant au bord du gouffre avec une grâce infinie.

« La Petite Dernière » est un récit d’une clameur douce-amère qui vous laisse le cœur vibrant longtemps après. 

Un texte vraiment marquant pour moi tout comme les échanges avec l’autrice.

Pour raviver les souvenirs du livre, pour moi, ou avant l’avoir lu, il y a le Film de Hafsia Herzi.

Ce film est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2025.

Les acteurs et la réalisatrice apportent une nouvelle dimension à l’œuvre originale, permettant aux spectateurs de s’immerger dans le monde de Fatima avec une profondeur renouvelée

Le buveur de brume, Guillaume Gallienne, Éditions Stock Ma nuit au musée.

Explorer un musée dans le calme et la solitude est une idée qui me plaît.

Choisir le musée relève du rêve.

Quelle émotion de se trouver dans un lieu si riche de vibrations.

Dans Le buveur de brume, Guillaume Gallienne, comédien que j’aime beaucoup, nous entraîne au cœur d’un voyage magique, où les frontières entre le passé et le présent s’effacent délicatement. Loin des clichés touristiques, c’est une odyssée intime qu’il propose, bercée par les mémoires séculaires de sa famille géorgienne. Le récit s’ouvre sur une scène intrigante : le déplacement inattendu du portrait de sa muse ancestrale, Mélita Cholokachvili, à la Galerie nationale de Tbilissi. Ce simple acte catalyse une résonance intérieure et des émotions inattendues.

Gallienne, dans un style incisif, teinte son récit d’une élégance rare, orchestrant un dialogue tacite avec ses aïeules. L’amour et l’héritage palpitent sous sa plume, révélant les strates de l’identité, riches et vibrantes. 

Sa quête n’est pas une simple recherche familiale, mais elle s’épanouit en une introspection universelle et profondément humaine. Les souvenirs s’entrechoquent et s’entrelacent, traversés par l’humour et l’émotion. En redécouvrant ses racines, Gallienne offre un hymne sublime à l’histoire, à la culture et à l’affection éternelle.

Les livres de cette collection sont des vraies merveilles à lire, ils chassent l’ennuie et dévoilent des musées et des émotions.

De la réminiscence de Maël Renouard, publié par la Bibliothèque Rivages

Ce livre, l’un des cinq finalistes du prix des Journées philosophiques de Monaco, explore cette quête insatiable de réminiscence dans notre monde saturé de souvenirs digitaux. La musique, ce langage universel, devient le fil conducteur de cette réflexion : dans les bars, les rues, dans nos voitures, l’écho de vieux tubes, comme autant d’empreintes d’une époque révolue ou rêvée. Maël Renouard capte cette aspiration humaine à toucher du doigt le passé, à le faire vibrer encore — une nécessité de revivre, de témoigner, ou simplement d’être.

J’ai particulièrement aimé ce livre que j’ai lu comme une invitation à feuilleter notre mémoire collective, à sonder cette nostalgie douce-amère qui traverse notre quotidien. La philosophie, ici, ne craint pas la complexité : elle embrasse la richesse de l’expérience humaine, cette tension entre passé et présent, entre ce qui demeure et ce qui s’efface.

Tout comme Proust, dont l’œuvre plane sur ces pages, l’auteur questionne cette mémoire involontaire, ce rappel qui surgit soudain, dans la purest beauté de l’instant. À travers ce livre, il ne s’agit pas uniquement de souvenirs, mais d’un état d’être, d’une façon de se reconnecter à ce qui fait sens, dans un monde où la mémoire semble se digitaliser, s’archiver, mais aussi se perdre.

Je vous propose, dans les jours à venir, de découvrir chacun des finalistes, en vous invitant à une lecture attentive et à une réflexion profonde — comme une promenade dans ces couloirs de la mémoire, où chaque livre éclaire une facette différente de notre humanité. 

Et pour commencer, voilà une porte d’entrée sublime vers notre rapport au passé — un livre à lire, à écouter, à ressentir.