Dernière soirée

J’ai rencontré Nicolas Dozol pour parler de son film aujourd’hui en salle et de son cinéma qui arrive à tenir ensemble plusieurs lignes de force. L’image, le corps, le récit, le son.

Chez lui, rien n’est jamais purement décoratif. Tout semble venir d’un endroit vécu, travaillé, presque chorégraphié.

Formé à la danse, passé par le cinéma au CLCF à Paris, Nicolas Dozol construit un parcours singulier, à la croisée des disciplines. Réalisateur de courts métrages, de documentaires, d’un long métrage, il est aussi peintre. Ses œuvres pop, traversées de figures antiques et de couleurs fluorescentes, disent déjà quelque chose de son regard. Une tension entre la beauté et l’inquiétude, entre la surface et ce qui affleure.

Dernière soirée porte cette signature. Le film avance comme une nuit qui ne veut pas finir, avec cette sensation très contemporaine d’un temps suspendu, fragile, presque menacé. Les visages se croisent, s’observent, se frôlent. Ce qui se joue n’est jamais totalement dit mais circule dans les silences, dans les regards, dans la manière dont les corps occupent l’espace.

Chaque plan semble pensé comme un fragment autonome et pourtant tout s’assemble dans un mouvement d’ensemble très fluide. Il y a quelque chose de presque pictural dans la façon dont Dozol compose ses images, comme s’il prolongeait sa pratique de peintre et le rythmé d’un danseur à l’intérieur même du film

Le récit, lui, choisit la retenue.
Une jeunesse au bord de quelque chose. Une fin qui ressemble à un passage. Une dernière soirée qui n’est pas seulement une fête mais une bascule. Le film capte ce moment très unique où tout peut encore arriver et où tout est déjà en train de disparaître.

On sent aussi un rapport très juste aux interprètes. Ils ne surjouent jamais. Ils existent. Et c’est sans doute là que le film touche le plus juste. Dans cette capacité à laisser apparaître les émotions sans les forcer, à faire confiance à la présence.

Dernière soirée est un film de promesse. Un film qui affirme un regard, une manière, une sensibilité. On en sort avec l’impression d’avoir vu naître quelque chose, une voix qui cherche encore mais qui sait déjà où elle va.

On attend le prochain film avec attention. Parce que ce cinéma là, quand il gagne encore en ampleur, peut devenir profondément marquant.

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