À propos des femmes / Edition Christian Bourgois / Susan Sontag

La première responsabilité d’une femme qui se dit libre est de mener une vie pleine,
libre et imaginative. La seconde est d’être solidaire des autres femmes.

Chez Susan Sontag, cette idée n’a rien d’un slogan. C’est une manière d’habiter le monde.
Dans « Le tiers monde des femmes », elle rappelle que la liberté se construit dans les gestes, les choix, les liens. Vivre pour soi, oui, mais jamais seule.

À propos des femmes, qui paraît pour la première fois en français, rassemble sept textes écrits entre 1972 et 1975, au moment où le féminisme prend forme dans l’espace public. On y lit « Les deux poids deux mesures du vieillissement », qui montre comment l’âge ne pèse pas de la même façon pour les femmes. « Le tiers monde des femmes », où la liberté se pense comme alliance. Un entretien sur la libération féminine. Des fragments sur la beauté, le corps, le regard. Et une conversation avec Adrienne Rich. Ce n’est pas un manifeste. Plutôt une pensée qui avance avec prudence, sans vouloir clore.

J’ai longtemps regardé Sontag comme une figure presque légendaire. La dernière grande intellectuelle américaine. Une silhouette noire, une présence frontale. Romancière, essayiste, cinéaste, critique. Mais ce livre montre autre chose. Une pensée qui garde la possibilité du doute. Une attention très fine aux mécanismes qui fabriquent la féminité comme norme. Le désir surveillé. La beauté comme discipline. L’âge comme décrochage.

Sontag ne parle jamais pour les femmes. Elle se tient en face. Elle analyse.
Ce mouvement rejoint une autre ligne de son œuvre, celle où elle analyse l’esthétique fasciste. Dans “Fascinant Fascisme” elle montre comment la beauté peut devenir un langage de pouvoir, un modèle auquel il faudrait se conformer. L’image des corps parfaits, jeunes, disciplinés. Elle voit dans ces images une manière d’organiser les désirs. Ce qu’elle observe chez Leni Riefenstahl, elle le reconnaît dans les injonctions adressées aux femmes : être lisse, visible, impeccable. Là, le fascisme n’est pas un régime, mais un style qui s’infiltre dans les gestes du quotidien.

Elle écrit, en substance, que vieillir pour une femme revient à être punie. Punie de ne plus correspondre à l’image attendue. Ce livre ne dit pas comment être femme. Il dit ce que cela coûte d’être regardée comme telle.
C’est pour cela qu’il nous parle encore aujourd’hui . Dans un moment où les discours se veulent consolants, réparateurs, Sontag rappelle que la pensée peut rester inquiète. Qu’elle
n’a pas à être stable. Qu’elle avance en se reprenant.

Dans mon panthéon intérieur, Sontag a la place d’une Athéna contemporaine. Pas la statue figée. Plutôt une présence vigilante. Elle veille à ce que la liberté ne soit jamais confondue avec une habitude. À propos des femmes rappelle que la liberté se travaille. Et surtout qu’elle ne se vit pas seule.

Edouard Leroy

Idea les editeurs

Pour marque-pages : Permaliens.

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