
Comme en amour, Alice Ferney, Actes Sud. Une ode subtile à l’amitié qui défie le temps et les passions
Alice Ferney a, à mon avis, une manière d’écrire qui ressemble à une lumière tamisée : elle n’éblouit pas, elle révèle. Dans Comme en amour, son dernier roman chez Actes Sud, l’autrice reprend ce qu’elle sait faire de mieux, détailler les mouvements intimes des âmes, et en fait le théâtre discret d’une interrogation simple et dévorante : comment naît l’amitié entre un homme et une femme, et jusqu’où peut-elle tenir face aux désirs, aux choix, aux trahisons possibles ?
Alice Ferney construit son livre comme une conversation, non pas une succession de phrases, mais un va-et-vient, un balancement de confidences, de silences et de contradictions. Marianne, styliste franche et ancrée, et Cyril, chroniqueur caustique et plus caché et énigmatiques , se rencontrent dans l’espace feutré d’une interview. Instantanément, la connivence. Instantanément, l’illusion d’une évidence : la parole suffit à créer un monde partagé. Et puis, chapitre après chapitre, quarante brefs mouvements, comme autant de respirations, la relation se précise, se trouble, s’éprouve. L’écriture, légère et incisive, épouse ce rythme dialogué. On lit comme on écoute, attentif à chaque inflexion, à chaque omission.

On retrouvera chez AliceFerney, vingt-cinq ans après La Conversation amoureuse, la même foi dans la capacité de la parole à bâtir des existences. Mais ici l’enjeu change : il s’agit moins d’un amour immédiat que d’un compagnonnage. L’autrice explore avec tendresse et cruauté les zones grises : tolérance aux opinions, acceptation des défauts, place des élans amoureux, frontières du secours et de l’ingérence.
Le roman séduit par sa maîtrise du détail et par sa capacité à humaniser ses personnages sans les sanctifier.
En refermant l’ouvrage, on conserve la sensation d’avoir assisté à une mise à nu délicate : la tendresse pour ses personnages et la lucidité pour leurs contradictions.