J’ai rencontré Paul Gasnier autour de La Collision, paru chez Gallimard

J’ai rencontré Paul Gasnier autour de La Collision, paru chez Gallimard. Il ne le sait pas, mais j’ai lu ce livre trois fois. Trois lectures, trois déplacements intérieurs.

La première a été traversée par une crainte très contemporaine : celle que la colère – compréhensible, légitime même – puisse être lue de travers, récupérée, instrumentalisée, au prix de nouveaux amalgames. Cette peur m’a obligée à lire avec vigilance, presque avec retenue.

La deuxième est née d’une conversation avec un jeune lecteur. Il a tout et rien en commun avec Saïd, le jeune homme dont l’acte tragique tue la mère de l’auteur et met à nu bien plus qu’un fait divers : des fractures, des aveuglements, des zones d’ombre collectives. « La Collision cherche à dire juste », m’a-t-il dit « Sans simplifier ».

Paul Gasnier écrit l’instant fragile où une vie bascule sans fracas, où l’on comprend trop tard ce qui était déjà à l’œuvre. Rien n’est appuyé. Tout repose sur une attention inquiète portée aux êtres : leurs hésitations, leurs maladresses, cette zone grise où l’on n’est ni tout à fait innocent ni absolument coupable. Le roman avance à hauteur d’homme, avec une écriture retenue, précise, qui refuse l’esbroufe et choisit la justesse émotionnelle. On lit en retenant son souffle, non par suspense, mais parce que chaque page nous regarde et nous demande : qu’aurions-nous fait, nous ? Que voyons-nous vraiment quand nous croyons regarder l’autre ?

Si ce livre a reçu le prix Goncourt des détenus 2025, ce n’est pas un symbole creux. C’est la reconnaissance d’un texte qui comprend sans excuser, qui laisse la complexité intacte. Un livre qui éclaire, qui trouble, qui bouscule sans jamais écraser.

La troisième lecture est venue après une émission d’Alain Finkielkraut, où j’ai perçu une récupération réactionnaire du roman. La colère a été vive, tant le manque de respect envers le jugé – et la famille Gasnier – m’a semblé évident. Parler avec Paul a dissipé toute ambiguïté : oui, la colère à vingt ans après un traumatisme est possible. Mais le chemin parcouru depuis dit autre chose. Condamner seulement Saïd et gracier la société, n’a aucun sens. Refuser les amalgames est un geste littéraire et social important pour moi, il fallait que ce soit clair.

La Collision affirme que la douceur, le pardon, l’intelligence du réel sont peut-être nos seules armes pour avancer. C’est un récit qui ne s’épuise pas à la dernière page. Il reste. Longtemps. Et c’est pour cela que je vous invite à le découvrir.

Merci Paul pour l’échange filmé et celui privé.

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