
J’ai rencontré au Zimmer, Florent Oiseau, pour parler de Ma gloire (Gallimard)
Vous le comprenez vite en nous écoutant, Ma gloire n’est pas un roman sur la réussite. C’est un roman sur l’élan. Sur ce moment où naît le désir et l’opportunité d’être quelqu’un aux yeux des autres. Florent Oiseau s’installe précisément là : dans cette zone trouble.
Le narrateur avance à pas feutrés, porté par une ambition encore informe, maladroite, mais déjà brûlante. Il ne s’agit pas de briller, pas encore. Il s’agit d’exister. D’être remarqué. D’inscrire son passage quelque part. Ce que le roman saisit avec une rare finesse, c’est cette confusion fondatrice entre reconnaissance et amour, entre gloire et consolation. Être vu pour ne pas disparaître.
Le texte est d’une grande force. Les scènes semblent parfois presque anodines, mais chacune travaille en profondeur. Florent Oiseau observe les gestes, les silences, les micro-humiliations, les élans minuscules qui façonnent une conscience.
Comme il décrit bien le réel Florent Oiseau, ce « réel qui est un cas particulier du possible » – Ludwig Wittgenstein – « des possibles » – je dirais moi.
La langue est tendue, précise, tenue.
Ce roman dit aussi quelque chose de très contemporain : la manière dont se construit aujourd’hui le désir de reconnaissance, bien avant qu’il ait un visage social ou médiatique. Avant les discours. Avant les ambitions formulées. Ma gloire raconte l’instant où l’on comprend que vivre ne suffit pas toujours, qu’il faut parfois être regardé pour se sentir réel.
C’est un texte d’une grande délicatesse, un roman de formation à rebours, presque en sourdine, mais dont la justesse laisse une empreinte profonde. Florent Oiseau signe ici un livre discret et essentiel, qui sonne très juste.