Résister par Salomé Saqué – Essais Payot

Avec Résister, l’autrice  nous offre un ouvrage d’une vitalité remarquable, répondant à l’urgence d’une époque où les idées étroites de l’extrême droite s’invitent dangereusement dans nos conversations quotidiennes. Saqué, avec sa précision de chirurgienne et son art de conteuse, dissèque les mécanismes d’une rhétorique insidieuse, offrant à ses lecteur·rice·s une épaisseur réflexive bienvenue.

La « GRAMSCIenne » que je suis ne peut qu’apprécier cet essai qui incite à une réflexion ancrée dans la vigilance et l’engagement. Acclamé par la critique, ce livre équilibre rigueur analytique et souffle d’espoir.

Il y a une pointe d’optimisme de la volonté dans les pages de ce court récit.

Pour moi ce que Salomé Saqué écrit est une évidence et pourtant c’est terriblement nécessaire de le rappeler.

Ne manquez pas l’occasion de découvrir Salomé Saqué à La Grande Librairie @lagrandelibrairie animée par Augustin Trapenard, mercredi 12 à 21h05 sur France 5. C’est l’occasion d’entendre directement l’autrice partager ses idées et réflexions.

Sa biographie est celle d’une journaliste audacieuse, dont le parcours se teinte d’une quête inlassable de vérité. Elle incarne cette génération qui croit passionnément en la force des mots et des idées pour façonner un monde plus ouvert.

Engagez-vous dans la résistance des esprits critiques et réveillez une solidarité nécessaire. 

Impénétrable / Alix Garin / Le Lombard

Dans cette bande dessinée à la fois poignante et libératrice, Alix Garin nous entraîne dans un périple intime d’une intensité rare. Avec une délicatesse renforcée par une détermination sans faille, l’œuvre aborde les complexités de la sexualité et particulièrement le Vaginisme, tout en explorant les thématiques universelles de la guérison et de l’amour.

L’auteurice nous emporte dans un flot de réflexions sincères et intenses, parcourant des paysages émotionnels parsemés de doutes et de révélations. Loin des sentiers battus, Garin nous invite à plonger au cœur de son combat personnel pour reprendre la souveraineté de son corps et de ses désirs. Chaque page est imprégnée de cette dualité entre vulnérabilité et force qui fait écho aux luttes souvent reléguées au silence, mais pourtant au centre de bien des existences.

Le dessin, tout en douceur et en subtilité, transcende les mots et ajoute une dimension visuelle captivante. Les traits délicats et les nuances lumineuses créent une atmosphère intimiste qui accompagne parfaitement le récit.

À propos des personnages, Camille Jolly + ton pseudo nous dit, dans sa critique littéraire, dans le cadre d’un prestigieux prix : « Ce que j’ai aimé c’est qu’Alix ne se fait aucun cadeau. Iel est très franc·he et nous emmène avec ellui dans chacune de ses failles, dans chacun de ses doutes. Pour le coup, le pacte autobiographique y est ! ». Je suis entièrement d’accord avec elle.

Cette œuvre profonde et émouvante a su résonner, faire vibrer et remporter le Fauve du Prix des lecteur·ices France Télévisions à Angoulême, témoignant de son impact. C’est une invitation à la réflexion et à l’empathie, une célébration du courage humain.

Mon vrai nom est Elisabeth / Adèle Yon /ÉDITIONS DU SOUS-SOL

Un voyage littéraire bouleversant à travers le silence et la mémoire!

Dans « Mon vrai nom est Elisabeth », Adèle Yon nous livre une première œuvre d’une intensité rare, naviguant avec finesse entre les eaux troubles de la mémoire et les secrets familiaux. Ce roman, véritable chimère littéraire, bouscule les codes en s’inscrivant à la croisée des genres : récit initiatique, enquête introspective et réflexion historique-socioculturelle.

La plume d’Adèle Yon, à la fois délicate et incisive, évoque les émotions enfouies avec une précision qui rappelle celle d’un·e chirurgien·ne des sentiments. On suit une narratrice touchant·e et déterminé·e dans sa quête pour comprendre l’histoire tragique de son arrière-grand-mère Elisabeth, une femme réduite au silence par la maladie mentale et le carcan social de son époque.

Ce roman se déploie tel un puzzle mystérieux, où chaque pièce retrouvée révèle un pan de vérité mais laisse entrevoir d’autres ombres. Adèle Yon explore avec une lucidité captivante les méandres de l’hérédité, les non-dits familiaux, et les violences faites aux femmes, offrant ainsi une résonance incisive à cette chronique intime.

D’une phrase à l’autre, l’écriture d’Adèle Yon se teinte de mélancolie et de révolte, oscillant entre la poétique de l’anecdote et la rigueur de l’analyse historique. Iel dresse un portrait sans concession de la psychiatrie du XXe siècle tout en interpellant notre temps présent. C’est un livre qui nous hante et nous incite à réfléchir aux poids que portent les familles et aux voix étouffées que nous devons réapprendre à écouter.

J’ai pensé, à l’histoire vraie de Lucia Joyce, la fille unique de James Joyce qui passa sa vie enfermée dans des asiles psychiatriques.

Retentissant par son authenticité et son audace narrative, « Mon vrai nom est Elisabeth » marque une entrée remarquée dans le paysage littéraire, évoquant la nécessité de rompre le silence pour se réapproprier une histoire occultée.

C’est le premier roman à découvrir ce soir à La Grande Librairie ! 

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Premiers cris : Les mystères de la néonatalogie par Clementine Goldszal , Éditions du Seuil

J’avais envie de me perdre dans les mots d’un essai qui sorte de mon ordinaire lorsque mon regard a été attiré par le livre de Clémentine Goldszal, « Premiers cris ». 

Un projet littéraire évocateur qui m’a immédiatement connectée à mes lectures de Winnicott, Lacan et Freud ou Dolto.

Retrouver la volonté de lire les codes du plus fascinant des êtres : le bébé, est un merveilleux voyage.

À travers une narration empreinte de poésie et une observation aiguë, l’autrice nous invite à repenser non seulement notre relation à la naissance, mais aussi notre compréhension de la vulnérabilité et de l’espoir. 

Le récit plonge dans les coulisses de l’hôpital Necker-Enfants Malades, De cet hôpital, je connaissais seulement la tour Keith Haring, cette fresque monumentale réalisée par mon tant aimé Haring en 1987 sur la tour de l’escalier de secours dans la cour.

Clémentine Goldszal s’immerge avec délicatesse dans cet univers hospitalier de la néonatalogie avec une véritable enquête de six mois, soulignant le travail des équipes médicales qui luttent pour la vie. Elle pousse à réfléchir sur la la nécessité de services médicaux efficaces pour le plus grand nombre, rappelant très justement l’importance des décisions politiques sur l’ « à venir » et l’avenir.

Sans moyens l’hôpital public décline c’est un fait.

Article « le Monde » 03/02/2025

L’autrice, journaliste et critique littéraire , révèle son amour pour les livres à travers une quête de références culturelles qui enrichissent le texte et me font penser que chercher des écrit sur un sujet ou me consoler avec un livre est aussi ma manière d’avancer, d’écrire, de vivre.

La lecture de « Premiers cris » offre une réflexion profonde sur les mystères de la néonatalogie et laisse le lecteur avec un regard renouvelé sur la vie.

Un amour pour la connaissance qui devient conscience est imprimé dans les pages de ce livre, on se retrouve face à la magie et à la fragilité de la vie, capturées dans des moments d’une grande intensité .

En somme, un livre de « non fiction » à l’anglo-saxonne à lire et à offrir pour la beauté de l’écriture la qualité de l’essai.

Ta Promesse, Camille Laurens, Gallimard

Dans « Ta promesse », Camille Laurens explore les méandres des relations modernes, façonnées par des attentes souvent irréalistes et une quête de validation personnelle. À travers l’odyssée de Claire Lancel, une romancière confrontée à la justice, l’auteure nous entraîne dans un univers où manipulations et mensonges sont omniprésents. Claire incarne cette lutte entre l’aspiration à l’authenticité et la fragilité des liens affectifs, mettant en lumière la dissonance entre l’apparence et la réalité.

L’autrice interroge subtilement le narcissisme contemporain et l’absence d’empathie qui caractérisent souvent nos interactions. Elle pousse le lecteur à s’interroger sur la nature même des promesses : sont-elles véritablement des engagements sincères ou des illusions que nous construisons pour protéger nos vulnérabilités ? En filigrane, la romancière nous confronte à la dichotomie entre le désir amoureux et la douleur inhérente aux attentes déçues.

À travers un récit captivant à la Hitchcock et riche en réflexions, Camille Laurens nous invite à célébrer l’amour tout en étant conscients des déceptions qu’il peut engendrer. Son style incisif et sa capacité à générer une sympathie sincère pour ses personnages rendent cette œuvre vraiment prenante.

En conclusion, « Ta promesse » est un roman poignant qui pousse à réfléchir sur le poids des engagements et sur la nature des vérités que nous choisissons d’accepter. Ce livre est un véritable cadeau pour ceux qui cherchent à explorer les nuances des relations humaines y compris dans la sphere publique et à reconsidérer le sens des promesses. Ne passez pas à côté de cette lecture enrichissante pour moi.

Consentir à être vous : L’intensité littéraire de Pauline de Beaumont │ Des Instants

Article en collaboration avec la revue Phusisrevue

Les éditions des Intrants nous proposent encore un texte intéressant et singulier.

Dans le doux murmure des lettres, une voix s’élève, délicate et puissante à la fois. « Consentir à être vous » nous entraîne dans les méandres d’une correspondance empreinte d’émotion, où Pauline de Beaumont, avec une plume vibrante, dévoile la richesse de son monde intérieur. À travers ses écrits, elle développe un panorama de pensées, un reflet saisissant d’une époque marquée par les tumultes de la Révolution.

Chaque lettre est un tableau, chaque mot, une couleur. Les échanges avec Joseph Joubert révèlent non seulement leur amitié, mais aussi une complicité intellectuelle profonde. La mélancolie et l’espoir côtoient l’amour et l’affliction, fusionnant pour donner naissance à une œuvre où la littérature devient le fil conducteur de l’existence humaine.

On retrouve au fil des lettres plusieurs grands noms du monde littéraire.

Pauline, enfermée dans les tragédies de son temps, parvient à transformer la douleur en beautés littéraires. Ses réflexions s’envolent vers des esprits tels que Chateaubriand et Madame de Staël, enrichissant chaque phrase d’une profondeur inégalée. Ce voyage épistolaire est plus qu’un témoignage ; c’est une exploration audacieuse de la condition humaine, un hommage à la force des mots.

J’adore découvrir des correspondances littéraires et j’éprouve une petite nostalgie de ces magnifiques échanges d’un autre temps.

Dans cette œuvre, l’écrit se fait miroir, invitation à contempler non seulement le passé, mais aussi notre propre humanité. Avec finesse et sensibilité, Pauline de Beaumont captive, nous emportant aux confins de ses pensées les plus intimes.

Evidemment l’envie de mieux découvrir la pensée de Joseph Joubert (1754-1824), ce moraliste et penseur français, est née.

 « Mes pieds nus frappent le sol » par Laure Martin – Éditions Double Ponctuation : Un cri de liberté

Dans une danse audacieuse avec ses démons intérieurs, Laure Martin nous livre, à travers « Mes pieds nus frappent le sol », un récit poignant d’émancipation. Son écriture, ciselée et incandescente, invite le lecteur à parcourir les méandres de la reconstruction personnelle. L’autrice tisse habilement les fils de son histoire pour exprimer toute la beauté et la complexité de la métamorphose d’une enfant dominée en une femme affirmée.

Dans ce texte vibrant, chaque mot est une révolte, une affirmation de soi, une invitation à la renaissance. Laure Martin questionne les emprisonnements invisibles et déclame haut et fort le désir ardent de s’approprier son existence corporelle. Suivant un parcours semé de luttes et de force à trouver en soi, le récit illumine le pouvoir de la réappropriation, transformant la douleur en poésie.

Sa plume, à la fois lyrique et percutante, évoque des sensations que l’on ressent au plus profond de soi, et son récit devient une véritable ode à la réinvention. Une épopée personnelle qui suit le chemin sinueux de la liberté, formidable et exaltante.

Une lecture qui est un coup de cœur.

Je vous ai décrit mes émotions et perceptions sans véritable résumé. 

Je fais ça à chaque fois qu’un livre pour moi va plus loin qu’une histoire particulière et devient universel.

Le lire ainsi sera pour vous, une vraie découverte et j’ai hâte de connaître vos émotions de lecture mais je dois vous dire qu’il parle d’inceste ce livre, je dois l’écrire parce que trop de silences règnent dans les familles qui le vivent.

L’autrice parle de cette expérience atroce avec une simplicité qui éclaire tout, avec un rythme qui fait avancer.

Merci Claire Martin de raconter ce silence.

Les Mémoires de la Shoah / Annick Cojean – Baudouin – Rojzman / Dupuis : Quand la Mémoire Dessinée Éclaire les Ombres du Passé

Mon premier choc graphique concernant la Shoah fut sans nul doute « Maus » de Art Spiegelman, un chef-d’œuvre encensé pour sa capacité à dépeindre l’horreur de l’Holocauste à travers l’innocent prisme des bandes dessinées. Aujourd’hui, c’est avec une émotion renouvelée que j’ai découvert « Les mémoires de la Shoah », une bande dessinée signée Annick Cojean, avec la complicité artistique de Théa Rojzman et Tamia Baudouin, publiée par Dupuis.

Annick Cojean, grande reporter au Monde depuis plus de quarante ans et lauréate du prestigieux Prix Albert Londres en 1996, est connue pour son engagement à donner voix à ceux qui luttent contre l’oubli. Dans cette œuvre magnifique, le duo d’artistes parvient à mettre en scène l’indicible avec une tendresse inégalée. Les dessins de Tamia Baudouin, loin de sous-estimer la gravité des récits, parviennent à capter l’essence même des témoignages grâce à des traits subtils et émouvants. Les scènes de dénuement et de douleur sont rendues avec une délicatesse qui préserve la dignité des protagonistes tout en transmettant la profondeur de leur tragédie.

Théa Rojzman, quant à elle, excelle dans l’art de donner vie aux mots d’Annick Cojean à travers un récit intimiste et poignant. Les dialogues sont ciselés, les silences sont lourds de sens, et chaque page tourne avec la gravité d’un cœur qui se serre. En travaillant en collaboration étroite avec le Mémorial de la Shoah, cette bande dessinée devient un vecteur puissant de transmission de la mémoire.

Cette œuvre qui, bien que née d’une douleur historique, s’érige en hymne au courage et à la résistance. La justesse du texte, associée à la finesse du dessin, offre une nouvelle dimension au témoignage, transcendant la simple lecture pour devenir une véritable expérience émotionnelle.

Ce soir, Annick Cojean sera l’invitée de La Grande Librairie pour un moment dédié au souvenir de la libération d’Auschwitz, en ce 29 janvier 2025. Ce sera l’occasion de plonger avec elle dans l’univers de cette bande dessinée qui, en racontant le passé, dessine aussi les contours de notre mémoire collective.

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MÈRE À L’HORIZON / Jacques Gamblin / Robert Laffont 

Si un jour je devais publier les pages que j’écris seulement pour mes yeux, multiples seraient les incursions de ma mère.

Dans « Mère à l’horizon », Jacques Gamblin (chez Robert Lafon) nous offre une exploration émotive de l’empreinte maternelle, à la fois intime et universelle. C’est un récit qui se marie subtilement avec le quotidien, chaque souvenir résonnant comme une note de musique douce et éloquente. L’auteur peint le portrait d’une femme dont le regard sur le monde est chargé de poésie, choisissant de vivre cachée des regards extérieurs, tout en cultivant sa propre beauté et ses espoirs oubliés.

Gamblin habille la nostalgie de touches humoristiques, transformant des instants simples en moments de grâce. On entrevoit cette femme, pleine de rêve et de malice, qui un jour se voyait jouer du jazz ou qui, pleine de malice, envisage de se déguiser en courant d’air pour le prochain carnaval. Ce texte suscite des émotions multiples, soulignant la légèreté malgré le poids des souvenirs oubliés, alors que le silence se déploie autour d’elle, tendu par la perte de l’audition et de la mémoire.

Les lecteurs trouvent dans ce livre une certaine magie, une mélodie des mots qui égaye même les moments les plus solennels. 

Deux de mes libertés préférés m’ont aussi exprimé leur enthousiasme pour la narration unique, l’esprit vif et la fusion extraordinaire de profondeur et de légèreté de ce roman.

Ceux et Celles qui souhaitent prolonger cet enchantement littéraire auront l’occasion de rencontrer Jacques Gamblin mercredi 29 à 21h05 sur France 5, lors de son passage à @lagrandelibrairie . Un rendez-vous à ne pas manquer. 

« Je me regarderai dans les yeux » / Rim Battal / Bayard

Petit livre, grande découverte.

La protagoniste de 17 ans nous regarde droit dans les yeux et se raconte.

📚 « Je me regarderai dans les yeux » de Rim Battal est un tourbillon littéraire, vibrant d’intensité et de vérité, qui nous invite à explorer les dédales de l’adolescence marquée par la révolte et la quête de soi.

Rim Battal, dans son premier roman, nous offre une exploration audacieuse des conflits intérieurs et des pressions externes que subissent les jeunes femmes en quête de liberté. Ce récit puissant, empreint de douceur et de fureur, raconte l’évasion mentale et physique d’une adolescente confrontée à des exigences archaïques : Un certificat de virginité.

Ces mêmes exigences, ma grand-mère, me les racontait, pour l’Italie de son époque.

L’examen gynécologue que la protagoniste décrit si bien, comme sa première fois, me rappelle aussi ma première rencontre avec un gynécologue, pas du tout amical.

L’écriture de Battal, à la fois poétique et mordante, navigue entre les cris du cœur et les rires subtils de l’ironie. 

Les personnages, si authentiques, incarnent ces moments charnières où tout change, où la douleur cède la place à la découverte d’une force intérieure insoupçonnée.

Avec une profondeur remarquable, Battal met en lumière le chemin sinueux vers l’émancipation, transcendé par l’art et la création littéraire. Ce voyage initiatique nous pousse à réfléchir à la complexité des relations, à l’amour, et à la liberté personnelle.

Dans ce livre une histoire personnelle devient une vérité universelle, une véritable réussite littéraire à ne pas manquer.