
J’ai rencontré Benoît d’Halluin au Zimmer pour parler de son livre Un cri dans l’océan, récemment sorti en poche.
J’avais déjà beaucoup aimé le lire en grand format chez XO. Le retrouver aujourd’hui dans cette édition poche me donne l’occasion de redire combien ce roman m’avait marquée.
Le livre nous emmène en Thaïlande, dans un petit port de pêche, où Arun, jeune homme d’origine cambodgienne, cherche, après une rupture amoureuse, à retrouver ses racines. À travers lui, Benoît d’Halluin fait entrer le lecteur dans un univers de violence, de dépendance et d’exploitation. Il montre l’esclavage en mer. Le roman tient ainsi à la fois du grand récit et de l’alerte humaine, sans jamais perdre sa densité romanesque. Benoît d’Halluin écrit au plus près de cette fragilité, avec tension, mais aussi avec retenue.
J’ai été sensible à cette manière de faire tenir ensemble la brutalité du monde et la part la plus intime des êtres. Il y a dans Un cri dans l’océan une véritable conscience politique, mais elle ne vient jamais écraser les personnages. Elle circule dans le récit, dans les rapports de force, dans les silences, dans l’épuisement des corps, dans ce que la mer enferme autant qu’elle emporte.
Il faut aussi dire que les droits d’auteur de ce livre sont reversés à des associations de défense de l’océan. Ce geste prolonge le texte avec discrétion et cohérence.
La sortie en poche permet de redonner toute sa place à ce roman fort, sensible, profondément humain. C’est un livre que je recommande avec chaleur, pour son souffle, pour sa justesse, et pour la manière dont il regarde en face une violence contemporaine sans jamais renoncer à la littérature.