Antigone Reine / Le Cherche Midi / Lolita Pille

Édouard Leroy et moi avons rencontré Lolita Pille au Zimmer pour parler d’Antigone Reine

Dès les premières pages, on comprend que le livre déborde très largement son titre. Antigone n’y apparaît pas comme un simple personnage à commenter ni comme une figure qu’il faudrait remettre au goût du jour. Elle est plutôt une ligne de force, une présence en filigrane, presque une souveraineté secrète qui traverse la littérature, ses grandes œuvres, ses héroïnes, ses fidélités, ses insoumissions.

C’est toute la beauté de cet essai. Lolita Pille ne propose ni une réécriture, ni une lecture scolaire du mythe. Elle part d’Antigone pour ouvrir plus grand. Son livre circule entre les textes, les siècles, les imaginaires, les figures littéraires, et rappelle qu’une héroïne véritable ne cesse jamais d’irriguer d’autres œuvres que la sienne. Antigone devient alors moins un sujet qu’une façon de lire, une manière de reconnaître dans la littérature ce qui résiste, ce qui refuse, ce qui se tient debout.

Le livre a cette qualité rare de rester exigeant sans jamais se raidir. Lolita Pille pense vraiment, et cette pensée ne se sépare jamais d’un style. Il y a chez elle une précision, une force, parfois une ironie, qui donnent au texte son mouvement. Antigone Reine interroge, déplace, relance. Il fait sentir à quel point certaines figures littéraires nous survivent parce qu’elles contiennent, sous des formes anciennes, des conflits qui ne cessent de revenir.

Au fil de notre entretien, il apparaissait très clairement que ce livre ne relevait pas de l’admiration décorative. Lolita Pille écrit sur la mission de la littérature comme on revient vers une source essentielle, qui aide à penser le courage, la solitude, la fidélité à soi, mais aussi le prix de cette fidélité. C’est ce qui donne à l’ensemble sa tension si singulière. Le texte ne sanctifie pas son sujet, il en restitue la complexité, l’obstination, l’éclat parfois presque insoutenable.

Vers la minute 36, on parle de Joalie, mon amie passionnée de littérature, @Joalie.donc.je.suis sur Instagram. Et ce détour n’en est pas un : il dit aussi quelque chose de ce que les livres rendent possible, des amitiés qu’ils nourrissent, des communautés sensibles qu’ils inventent autour d’eux.

Après la minute 38, nous parlons d’Emily Brontë, et d’étranges phénomènes se produisaient autour de nous. Le moment avait quelque chose de très juste. Comme si certaines écrivaines, certaines héroïnes, certaines œuvres appelaient encore des formes de présence qui excèdent le simple commentaire. Entre Antigone et Emily Brontë, il existe sans doute une même intensité farouche, une même insoumission, une même manière d’échapper aux cadres dociles dans lesquels on voudrait parfois enfermer les femmes, les textes, les légendes.

Ce qui rend Antigone Reine si convaincant, c’est précisément cela : Lolita Pille ne réduit jamais son sujet. Elle lui laisse sa part d’ombre, de feu, de mystère. Elle rappelle qu’un grand personnage littéraire n’est pas un monument à visiter mais une énigme à rouvrir. Et c’est peut-être pour cela que son livre demeure longtemps en tête.

C’est un très beau livre, vif, cultivé, traversé par une véritable nécessité intérieure. Et c’est aussi une confirmation éclatante du talent de Lolita Pille, de sa liberté, de son regard, de cette façon très à elle d’allier acuité critique et intensité d’écriture. On sort de Antigone Reine avec le sentiment d’avoir relu un mythe, mais aussi d’avoir rencontré le bonheur de la lecture et une autrice qui sait encore faire de la littérature un lieu de risque, de pensée et de beauté.

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