
J’ai interviewé Hervé Joubert-Laurencin, au Zimmer à Paris, nous avons parlé de Pier Paolo Pasolini
Pier Paolo Pasolini, ce poète irrévérencieux et libre, cinéaste-passeur, polémiste sans concession, critique littéraire brillant est important pour moi.
Tué dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 à Ostie, il y a cinquante ans aujourd’hui : un assassinat qui n’a jamais simplement fermé une vie, mais allumé une interrogation persistante sur la haine que suscite la parole libre.
Ses films, Accattone, Mamma Roma, Théorème, Salò…, sont des claques et des caresses : une esthétique qui prend parti pour les corps pauvres, pour les langues populaires, tout en bouleversant nos certitudes morales. Ses écrits fouillent la métamorphose consumériste des sociétés, dénoncent la standardisation des désirs et la disparition des différences culturelles.

Pasolini ne plaide jamais pour la consolation : il dérange, provoque, instruit par la douleur et la beauté.
Aujourd’hui, sa modernité nous frappe encore. Il anticipait la tyrannie des médias, la fabrique du conformisme, la façon dont les normes annihilent la dissidence. Que son assassinat reste entouré d’ombres ne change rien à l’essentiel : il fut, aux yeux d’un certain conformisme, le bouc émissaire d’une époque trop pressée d’effacer ce qui dérange. Son œuvre nous oblige à reconnaître les invisibles, à interroger nos complicités et à refuser la facilité du silence.
Revenir sur Pasolini, c’est accepter d’être dérangé, par la crudité, par la tendresse, par l’exigence d’une parole qui ne cède ni au spectacle ni à la complaisance.
À cinquante ans, sa voix reste un aiguillon : regarder les périphéries, écouter les voix qu’on efface, faire de l’art un geste politique et nécessaire.
J’en n’ai pas été d’accord sur toutes ses prises de position, mais quelle intelligence et lucidité à chaque fois.
Umberto Eco avait vécu un échange par journaux interposés, très vif avec Pasolini, mais ça n’a pas altéré son admiration, ça ne l’a pas empêché de me dire : « nous l’avons laissé seul » en prenant un verre à Bologne il y a fort longtemps.
Le temps passé en mon envie de relire et vous inviter à lire Pasolini augment jour après jour.