
Le 4 août 2020, Beyrouth implose. De cette tragédie, Hala Moughanie tire un roman incandescent, Les Bestioles, publié aux éditions Élyzad.
L’histoire de l’après-explosion, est une plongée vertigineuse dans les méandres d’une ville blessée, d’une mémoire collective à vif.
Le narrateur, un survivant parmi tant d’autres, erre dans les ruines, hanté par le fracas de l’explosion, mais aussi par les « bestioles » qui vrombissent dans sa tête : les souvenirs d’une guerre civile fratricide, la douceur perdue d’une femme aimée, et cette conviction tenace que le Liban est victime d’un complot mondial.
Hala Moughanie manie avec une rare habileté l’art de la suggestion. La violence n’est jamais frontale, elle se tapit dans les silences, les regards fuyants, la résignation amère d’une population exsangue.

L’auteur•ice a la capacité de faire surgir la tragédie de l’intime.
Mais Les Bestioles, c’est aussi une langue. Une langue, parfois même grinçante, qui refuse toute complaisance. Hala Moughanie ausculte les plaies de Beyrouth avec une lucidité implacable, disséquant les mécanismes de la folie et interrogeant notre propre humanité.
Ce roman, loin de tout pathos larmoyant, est un cri de colère, de douleur, mais aussi d’espoir. Car malgré les ruines, malgré les « bestioles » qui rôdent, il y a toujours, dans les mots de Hala Moughanie, une étincelle de vie, une volonté farouche de croire en l’avenir. Un livre fort, bouleversant, qui nous rappelle que la littérature peut être une arme de résistance.