
Comme promis, avec le Prix Hors Concours, nous vous proposons un entretien plus approfondi avec Karim Kattan, lauréat 2025.
Publié chez Elyzad, L’Éden à l’aube propose une expérience romanesque immédiatement troublante, parce que sa voix même déplace tout. Ici, le ciel raconte. C’est lui le narrateur du livre tout entier. C’est lui qui voit, qui accompagne, qui surplombe, qui enlace les êtres et les paysages, les désirs et les ruines. Ce choix donne au roman une ampleur rare. Il ne regarde jamais les personnages de loin. Il les inscrit au contraire dans quelque chose de plus vaste, de plus ancien, de plus vibrant que leurs seules trajectoires.
Karim Kattan nous conduit auprès de Gabriel et Isaac, dans une terre traversée par l’occupation, la peur, l’attente, la circulation empêchée, mais aussi par le désir, la sensualité, la beauté des lieux et la persistance de l’attachement. Le roman suit leurs élans, leurs rapprochements, leurs séparations, leurs déplacements réels ou rêvés, dans un monde où aimer ne relève jamais seulement de l’intime. Chaque geste, chaque absence, chaque retour porte aussi la charge d’un territoire blessé.

Ce qui bouleverse dans ce livre, c’est sa manière de ne jamais réduire la violence historique à un simple décor, ni les personnages à des emblèmes. L’Éden à l’aube tient ensemble la matière politique du monde et la part la plus sensuelle de l’existence. Il y a dans cette écriture une douceur inquiète, une splendeur retenue, une façon très singulière de faire cohabiter la menace et la grâce.
Discuter avec Karim Kattan est un bonheur. Sa parole est à l’image de son roman – libre, subtile, habitée. Il parle de littérature comme d’un lieu vivant, traversé par l’Histoire, le désir, la langue, la mémoire. Et l’on comprend en l’écoutant que ce livre n’essaie jamais de simplifier le réel. Il en épouse au contraire les fractures, les ombres, les illuminations.
Un roman d’une grande beauté, où le ciel regarde les hommes et raconte, à sa manière immense, ce qu’ils tentent encore de sauver.