Argent animal

Mot de l’éditeur :

Lors d’une conférence sur la finance en Amérique du Sud, cinq économistes développent un concept de monnaie vivante, capable de se reproduire. Bientôt l’argent animal croît et se multiplie, envahissant le monde.

Biographie de l’auteur :

Ne en 1970. écrivain, traducteur et professeur de littérature, Michael Cisco a publié outre-Atlantique plus d’une dizaine de romans. Il vit à New York. Il est souvent décrit comme le Kafka américain. Ses deux premiers romans, The Tyrant et The Divinity Student, paraîtront en 2019 et 2020 Au Diable Vauvert.

Biographie du traducteur :

Né en 1962, Claro est l’auteur d’une quinzaine de fictions. Egalement traducteur de l’anglais (une centaine d’ouvrages traduits : Vollmann, Gass, Gaddis, Rushdie, Moore…), il est membre du collectif inculte. Il tient un blog littéraire : « Le Clavier cannibale ». Il écrit une chronique dans Le Monde des livres « le feuilleton de Claro » et son prochain livre « Substance » paraîtra en août 2019.

Notre avis :

Quelle excellente lecture, troublante et surréaliste. J’ai lu cet ouvrage deux fois.

Le livre déroule son intrigue autour de cinq économistes qui participent à une conférence et proposent le concept de monnaie animale, dans un nouveau système économique bizarre et fascinant … sauf que ce n’est pas si simple à mettre en place. Dans cette réalité future fictive crée par Cisco, les économistes (à l’instar d’autres universitaires) sont une puissante organisation presque une secte. L’idée de l’argent animal qui prend racine dans leur imagination dérange beaucoup de monde et une série d’événements étranges commence à se produire. 

Le complot, avec toutes sortes de forces et puissances en place essayant de supprimer l’idée de la monnaie animale et d’arrêter ses créateurs se met en place rapidement et nous submerge de pistes, de situations et d’épisodes variés. Au fil des pages tout devient de plus bizarre autant q’étrange. Nous découvrons des extraterrestres, des voyages dans l’espace, un narrateur fantôme mort, un journaliste qui boit beaucoup, une araignée géante qui gère une île qui apparaît de nulle part et qui communique avec des personnes buvant son venin (ou quelque chose du genre), un scientifique qui peut être ou non une création fictive et bien oui nous découvrons tout ça et plus encore dans ce récit peu commun et peuc commun.

Je  vous laisse naturellement découvrir le rôle et l’évolution de chaque personage. L’un de mes préférés est sans doute, SuperÉsope.

Nous sommes en présence d’une histoire incroyablement imaginative. Cisco nous plonge dans son univers fantasmagorique et pourtant cohérent si on se laisse transporter par la cascade de mots de l’auteur. Ce roman est fantastique et possède un merveilleux élan narratif. C’est l’une des œuvres les plus intenses et en même temps amusantes et oniriques que j’ai eues à lire depuis des années. Philosophie, critique du système capitaliste ce livre est une aventure littéraire avec un style unique.

Je suis vraiment impatiente de lire plus de livres de Michael Cisco.

J’espère que ses œuvres récentes, déjà publiées aux Etats-Unis, le seront aussi en France, je pense par exemple à The Wretch of the Sun.

Au Diable Vauvert 

❤️❤️❤️❤️❤️

Michael Cisco
Couverture du livre en version américaine
Vonn Stropp auteur de la couverture d’Argent animal
Vonn Stropp auteur de la couverture d’Argent animal
Extrait
Extrait
Extrait
Extrait SuperÉsope
Extrait SuperÉsope
Kafka La Métamorphose

Le Vampyre

Mot de l’éditeur :

Au mois de mai 1816, le poète anglais Lord Byron, son médecin et secrétaire John Polidori, Mary Godwin (future Mary Shelley) et le philosophe et  poète Percy Shelley séjournent près de Genève.

Le soir, réunis autour du feu, ils aiment se lire à haute voix des poèmes sur les vampires. Par une nuit particulièrement agitée, ils décident de se divertir en écrivant chacun une histoire de fantôme.

Mary Godwin, qui avait dix-neuf ans, commence ce qui allait devenir Frankenstein ; Lord Byron écrit un fragment sur un vampire aristocrate appelé Darvell. À partir de ce fragment, Polidori, alors âgé de vingt-et-un ans, écrit Le Vampyre (1819).

Un étranger arrive à Londres. Il séduit hommes et femmes, mais semble enveloppé de ténèbres. Qui est-il ? Se pourrait-il qu’il soit une créature maléfique ?

Dans ce bref roman, Polidori invente la fgure moderne du vampire, en croisant les légendes qu’il a recueillies en voyageant avec Byron, et un portrait  peu flatteur de son employeur, aristocrate séducteur, froid et destructeur. Immense succès des années 1820, ce texte inspire  suites et adaptations théâtrales. La continuation la plus connue est ici reproduite à la suite du texte de Polidori : Le Comte Ruthwen ou les Vampires de Cyprien Bérard (1826), un récit empreint de romantisme noir.

Traduction d’Arnaud Guillemette.

Postface de Thomas Spok et David Meulemans, qui étudie la naissance de ce mythe et de cette matrice allégorique, deux cents ans après sa première publication.

Biographie de l’auteur :

John William Polidori (Londres, 7 septembre 1795 – Londres, 24 août 1821), fils de Gaetano Polidori, est un écrivain italo-anglais. Il est notamment connu pour la nouvelle Le Vampire (The Vampyre), parue en 1819 et qui popularise le thème du vampirisme dans la littérature.

Notre avis :

Aux Forges de Vulcain nous propose un livre dans un format qui présente « Le Vampyre » de John William Polidori, sa suite « Le Comte Ruthwen ou les Vampires » de Cyprien Bérard et une intéressante postface.

Nous pouvons retrouver des créatures avec des caractéristiques proches du vampire, (monstres anthropophages ou suceurs de sang) dans des croyances présentes un peu partout, chez les Babyloniens, les Romains tout comme en Chine. Ces phénomènes naissent de tout un imaginaire associé aux peurs ancestrales de la mort mais aussi au caractère sacré du sang, considéré comme le siège de l’âme et donc interdit de consommation. Du Moyen Âge au XVIIe siècle, la croyance en la vie après la mort n’a jamais été aussi forte, liée à des périodes où coïncidaient épidémies et affaires de pillage de sépultures. On attribue aux vampires la profanation des tombes et les disparitions de jeunes filles vierges entre autres méfaits. L’Église catholique, par ses campagnes menées contre ses grands ennemis comme les sorcières, les bêtes monstrueuses et les vampires, alimente la terreur populaire et encourage la production de traités pour combattre ses êtres démoniaques. Dans « Magia Posthuma », un petit ouvrage de 1706, Ferdinand de Schertz raconte que de son temps, les observations de vampires dans les montagnes de Silésie et de Moravie étaient fréquentes. Les créatures apparaissaient en plein jour comme la nuit. Le seul remède contre ces apparitions était de couper la tête et de brûler le corps du buveur de sang. Emily Gerard dans son récit « Superstitions en Transylvanie » nous explique qu’ils existent deux sortes de vampires : les vivants, généralement des enfants illégitimes et les morts, des revenants tués et transformés par un vampire.

Tout ceci est l’état des lieux du monde vampirique avant la naissance du vampire moderne que Polidori initie dans son livre. L’auteur décrit un vampire cultivé, en apparence romantique, énigmatique, fin charmeur en société mais également loin d’être innocent puisque comme dirait l’écrivaine Morgane Caussarieu « Les gentils vampires n’existent pas ».

Dans « Le Vampyre » Aubrey, un jeune homme orphelin en possession d’une grosse fortune rencontre à Londres le mystérieux Lord Ruthven. Aubrey est fasciné par Ruthven et decide de se rendre en Europe avec lui. Plus Aubrey passe du temps avec Ruthven, plus il découvre d’étranges événements et attitudes, il décide alors de prendre ses distances et s’éloigner de son dangereux compagnon de voyage mais il est déjà trop tard pour sauver tout ce qui lui est cher de la soif du vampire. Lord Ruthven, hérite des traits de tous les grands libertins raffinés et amateurs d’art. Polidori n’est cependant pas l’inventeur de Ruthven, il s’est inspiré de l’oeuvre de Lord Byron écrite la même nuit qui a vu la création de Frankenstein par Mary Shelley. Polidori fut, en effet, le secrétaire et médecin de Byron, homme dont la personnalité excentrique et le mode de vie furent une source d’inspiration pour le fameux Ruthven.

Cette nouvelle est très agréable à lire tout comme sa suite « Le Comte Ruthwen ou les Vampires » de Cyprien Bérard, nous y retrouvons le dangereux Lord Ruthwen qui se rend à Venise et frappe à nouveau, tuant la jolie Bettina et torturant son amoureux, Léonti, qui jure de la venger et décide de se joindre au combat d’Aubrey devenu chasseur de vampires à la recherche de ce monstre insaisissable qui a détruit sa vie. 

J’ai été ravie de la publication et de la lecture de « Le Vampyre ».

Étant une grande amatrice de littératures de l’imaginaire je connaissais Polidori et son texte qui fut acclamé lors de sa sortie mais j’ai découvert le récit romantique et gothique de Cyprien.

La postface signée par Thomas Spok et David Meulemans est une belle surprise et porte un regard intéressant sur l’évolution du mythe du vampire.

« Le Vampyre » est un livre nécessaire pour mieux comprendre les ouvrages qui ont suivi comme par exemple « La Dame pâle » d’Alexandre Dumas, les récits de Mérimée, Maupassant, Gautier, le magnifique « Carmilla » de Sheridan Le Fanuet et évidemment « Dracula » de Bram Stoker. Nous constatons ainsi que à partir de « Le Vampyre » l’écriture a arraché le vampire à la superstition pour en fabriquer un mythe littéraire dont l’empreinte persiste.

Le vampire ne cesse et ne cessera sans doute jamais de faire parler de lui. Refuge de nos contradictions, personnage polyvalent, hybride et énergique, il séduit toujours. S’il n’inspire plus la peur, il reste un objet de fascination. Monstre intemporel, il s’adapte aux époques et aux langages nouveaux.

Juste pour l’anecdote Lord Ruthwen est aussi un vampire personnage de Marvel Comics qui apparaît dans La Terre-616 (Earth-616).

Le vampire littéraire est encore aujourd’hui vivant, ou plus exactement non-mort, il n’est donc pas si simple à enterrer.

Je ne peux donc que vous dire de vous laissez tenter et vous recommander la lecture de « Le Vampyre »

❤️❤️❤️❤️❤️

Aux Forges de Vulcain 

Polidori de Richard Westall 1813
Extrait
Portrait de Lord Byron
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À lire aussi !
Lord Ruthwen Marvel Comics

Il fallait que je vous le dise

Scénario et Dessin Aude Mermilliod

Parution le 24/04/2019

Mot de l’éditeur :

La rencontre de la dessinatrice Aude Mermilliod et du romancier Martin Winckler. Deux voix pour rompre le silence sur un sujet encore tabou, l’IVG.

Si elle donne le choix, l’IVG ne reste pas moins un évènement traumatique dans une vie de femme. Et d’autant plus douloureux qu’on le garde pour soi, qu’on ne sait pas dire l’ambivalence des sentiments et des représentations qui l’accompagnent. L’angoisse, la culpabilité, la solitude, la souffrance physique, l’impossibilité surtout de pouvoir partager son expérience. Avec ce livre, Aude Mermilliod rompt le silence, mêlant son témoignage de patiente à celui du médecin Martin Winckler. Leur deux parcours se rejoignent et se répondent dans un livre fort, nécessaire et apaisé.

Biographie de l’auteur :

Aude Mermilliod est une illustratrice, graphiste, rédactrice et auteure de bandes dessinées. Originaire de Lyon, cette véritable autodidacte quitte sa ville d’origine après le lycée pour poursuivre des études aux Beaux-Arts de Toulouse. Vivant à côté d’une librairie/galerie,elle découvre le 9e Art en se plongeant dans une incommensurable quantité d’albums divers et variés. En 2014, elle passe une année à Montréal dans un atelier où sont présentes les maisons d’éditions indépendantes québécoises Pow Pow et La Mauvaise Tête. Cela lui permet de travailler sur son projet Les Reflets Changeants, avec lequel elle gagne le Prix Raymond Leblanc de la jeune création en 2015. Il fallait que je vous le dise est son premier titre chez Casterman.

Notre avis :

Un roman graphique pour parler de l’IVG, dessins et textes sont au service de cette divulgation précieuse et originale.

Un échange, un dialogue soignée/soignant écrit avec les mots qui conviennent. Le médecin dans cette bande dessinée est bien connu et particulièrement emblématique, il s’agit de Martin Winckler qui a récemment publié l’excellent L’École des soignantes.

L’auteure a lu Le Chœur des femmes de Winckler, cela lui a fait du bien et a fait germer l’idée de cet ouvrage.

J’apprécie la douceur des dessins et la façon de présenter une thématique importante et sensible.

L’émotion est continue dans cette lecture qui est un trésor à partager.

Une exhortation au respect de la femme à lire et diffuser le plus possible.

❤️❤️❤️❤️❤️

Casterman

Aude Mermilliod
Extrait
Extrait
Extrait
Martin Winckler
Le Chœur des femmes
1974

Moi, Peter Pan

Mot de l’éditeur :

Au Pays Imaginaire, les enfants perdus ont la tête pleine de poux et le ventre fourmillant d’angoisse. Peter, Comte des grimaces et des jeux de Gros-mots, répand sa parole philosophique pour rassurer sa tribu, mais lui aussi est rongé par la tristesse et les doutes depuis le départ de Wendy. Seul face à lui-même, il va devoir affronter sa peur de grandir. 

Moi, Peter Pan est un roman contemplatif, onirique et d’une poésie saisissante à lire en empruntant le chemin vers la deuxième étoile à droite avant de filer tout droit jusqu’au matin…

Biographie de l’auteur :

Michael Roch est un jeune écrivain de Science-Fiction. Il publie ses premières nouvelles dans divers fanzines fantastiques et horrifiques avant d’intégrer les éditions Walrus, célèbres sur Internet pour leurs romans pulps.

Michael Roch est également chroniqueur et l’un des prescripteurs les plus suivis des littératures de l’Imaginaire grâce à la chaîne YouTube qu’il a co-créée : La Brigade du Livre.

Actuellement, il travaille au scénario d’un jeu vidéo littéraire, une expérience de narration immersive : Below, suite à un financement participatif en novembre 2016. Il mène aussi différents ateliers d’écriture afrofuturistes à Fort-de-France, en Martinique, son lieu de résidence.

Notre avis :

Le récit est certes une réécriture de Peter Pan au Pays imaginaire mais il est également Peter Pan au Pays de l’introspection et de la recherche de soi, nous sommes bien en présence d’un compte poétique et philosophique.

Symbolique, tendre et magnifiquement écrit nous voilà virevoltant grâce à la dans la plume magique de l’auteur, j’avais déjà lu et apprécié un précédent livre de Michael Roch “La boite de Schrodinger Exp 1”, dans sa version de l’enfant qui a peur de grandir, l’auteur confirme et amplifie son amour et éblouissant usage des mots.

Peter Pan a fait beaucoup de chemin depuis la pièce de Théâtre de 1904 et le livre de 1911 de l’écrivain écossais J.M. Barrie, son histoire n’a pas vieilli. 

Peter et Wendy ont accompagné l’enfance de plusieurs générations mais ont déjà fait l’objet de revisitations adressés à une audience adulte, pour celles et ceux qui ont décidé de grandir en somme. Un exemple est “Filles perdues” bande dessinée érotique écrite par le Britannique et génial Alan Moore et dessinée par l’Américaine Melinda Gebbie, Wendy en est l’une des protagonistes.

(Funko pop)


Pour les petits l’adaptation Disney en dessin animé de 1953 reste la référence qui a fait découvrir la fée clochette au grand public et vu que : JE VEUX QUE LES FÉES EXISTENT, J’Y CROIS, J’Y CROIS ! Je tiens à vous confier que la Clo de Roch m’a particulièrement enchantée.

Coup de cœur assuré pour ce livre.

Folio SF

❤️❤️❤️❤️❤️

Extrait
Extrait
Michael Roch
Peter Pan de Barrie
Peter Pan dessin animé Disney 1953
Filles Perdues de Alan Moore
Hook 1991
Peter Pan 2003
Pan 2015
Attraction Eurodisney extérieur
Attraction Eurodisney intérieur

Le temps qui reste

Date de parution 28/03/2019

Mot de l’éditeur :

À quoi rêve-t-on quand on a quatorze ans dans un bourg ouvrier de Toscane? Pour Sauro, la réponse a l’allure d’un dieu du rock en boa blanc découvert au début de l’été 1985. Avec le Docteur, Momo et le Trifo, ils vont chanter comme David Bowie et monter «le meilleur groupe de la région». Qu’importe si personne ne sait jouer, s’il faut répéter dans la chambre froide d’un ancien abattoir. Bientôt, rien d’autre ne compte que leur premier concert pour impressionner la belle Bea Tempesti… Vingt ans plus tard, Sauro, qui a coupé les ponts avec sa famille et avec le groupe, reçoit un appel l’informant que son père a disparu. De retour sur les lieux de son enfance, dans l’ombre suffocante de la NovaLago, la centrale géothermique qui étouffe toujours hommes et paysages, Sauro affronte enfin les démons de cet été tragique où sa vie a basculé.

Un suspense brûlant, une construction remarquable pour un premier roman poignant sur l’envers du «miracle italien», la force de l’amitié et le poison de la trahison.

À propos

«La force de ce roman se voit dès le premier chapitre. J’ai eu le sentiment d’une vraie révélation, c’est-à-dire de me retrouver face à l’un de ces talents nécessaires.» Sandro Veronesi

Biographie de l’auteur :

Marco Amerighi, né à Pise en 1982, est enseignant et traducteur de l’espagnol. Il vit aujourd’hui à Milan. Le temps qui reste (Liana Levi, mars 2019) a remporté en Italie le Prix Bagutta du premier roman 2019.

Notre avis :

Sauro, Momo, le Doctor et le Trifo vivent à Badiascarna, (bourg imaginaire situé en Toscane) ils sont l’archétype de la vie des adolescents : tourmentés, amoureux, effervescents selon les moments. Ces jeunes décident de fonder un groupe de post-punk, peu importe ce que cela signifie, car ils ne le savent même pas, rien d’étonnant à 14 ans mais un soir, un soir qui finira par changer le destin de tout le monde, le Trifo disparaît mystérieusement et rien ne sera plus jamais comme avant. Sauro sera chassé par son père; un père qui semble de temps en temps être un autre. Un père qui disparaît, qui fait des discours farfelus, comme si son cerveau se bloquait parfois, un homme qui a du se plier à une silencieuse retraite anticipée.

Histoires de garçons et de parents, d’amour et de musique, de colère, de douleur, de maladie et de mort. Histoires de rancune dans un pays où l’on préfère le secret sur la présence de l’amiante dans la centrale géothermique qui emploie une grande partie des habitants de la petite ville.

Nous ne rencontrons pas les belles vallées ou les villes d’art de la magnifique Toscane mais la partie de la région qui exploite la géothermie et qui évoque plutôt  un paysage dantesque.

Marco Amerighi entrelace le passé avec le présent et le fait avec un extrême naturel. 

L’année 1985 où tout commence, n’est jamais vraiment “passée “ et est « éternellement présente », une sorte de refrain, de fil conducteur de tout le livre. Comme si cette Italie, ce beau pays était incapable de changer et d’avancer positivement.

L’auteur gère habilement les sauts dans temps et ramène Sauro, vingt ans plus tard, à Badiascarna mais le protagoniste du récit, lui,  est profondément transformé. Marco Amerighi cherche le sens et le mystère du temps, qui nous échappe ou se fixe sur les douleurs de l’humanité comme les fibres d’amiante qui se cristallisent dans les poumons. 

Un récit fort, à mi-chemin entre le roman de formation et la dénonciation sociale. L’auteur décrit sans crier, raconte sans tout dévoiler, il ne cherche jamais la compassion du lecteur mais le conduit à réfléchir.

Ce roman se lit rapidement et on en raffole, comme dans un jeu d’arcade des années 1980 pas possible de s’arrêter avant la fin.

❤️❤️❤️❤️❤️

Liana Levi 

Marco Amerighi
Extrait
Extrait
Extrait
Extrait
L’idole David Bowie
Carte de l’amiante en Toscane
Géothermie en Toscane
Ape

Mémoires de dame Pelote, chatte de messire Montaigne

Mot de l’éditeur :

Lorsque Montaigne écrit : « Quand je me joue à ma chatte, qui sçait si elle passe son temps de moi plus que je fais d’elle. » Françoise Armengaud part de ces quelques lignes pour dresser un portrait de Montaigne par sa chatte et dans le dernier chapitre Montaigne as a cat à la manière anglo-saxonne.

Extrait :

Me voilà bien honorée et flattée. Mais plus que la philosophie des poutres, j’aime la sagesse de mon maître, qui est son art de vivre. Parfois je me demande s’il ne m’a pas tout simplement copiée ! En tout cas, comme lui, j’ai toujours pensé que la plus expresse marque de la sagesse, c’est une esjouissance constante, et je suis ravie lorsqu’il ajoute que son état est comme des choses au-dessus de la Lune, toujours serein. N’est-ce pas marque de grande intelligence que de passer le temps quand il est mauvais et incommode, et quand il est bon, de ne le vouloir point passer, le retâter et s’y tenir ? Pas plus tard qu’hier, il me faisait encore la leçon et m’enjoignait ainsi, me répétant la sentence peinte sur poutre : Pelote, accepte en bonne part les choses au visage et au goût qu’elles se présentent à toi du jour à la journée, le demeurant est hors de ta connaissance. Regarde-moi, Pelote : Mon métier et mon art, c’est vivre. Écoute-moi, Pelote ! Les humains sont de grands fous : Il a passé sa vie en oisiveté, disons-nous, je n’ai rien fait aujourd’hui… Quoi ? N’avez-vous pas vécu ? C’est non seulement la fondamentale, mais la plus illustre de vos occupations. Je réplique in petto : Mais oui, mon cher Montaigne, je suis bien d’accord ! Et tu sais bien que les chats ne sont pas des fous ! Lorsque je l’entends proclamer : Je n’ai affaire qu’à moi, je me considère sans cesse, je me contrerolle, je me goûte, je me roule en moi-même, et autres propos de même farine, moi  chatte Pelote, je me dis que vraiment mon maître est pétri de félinité. Je l’ai déjà mainte fois noté. Plus passent les années, plus j’en suis persuadée. Je dirai même que c’est l’humain le plus chat que j’aie jamais connu. Pour sûr, il a été chat dans une vie antérieure et sans doute le redeviendra-t-il dans une vie future. Il a toujours su prendre le temps de vivre, de jouir de soi et du moment présent et à bon escient. Comme s’il avait pour devise de ne se point précipiter pour rien. Ne s’avancer qu’avec prudence, mais si l’on s’avance, le faire avec détermination. J’ai aimé particulièrement ce passage des Essais où il écrit : Quand je danse, je danse ; quand je dors je dors. Quand je me promène seul dans un beau jardin ou un beau verger, si parfois je pense à des choses lointaines, je ramène vite mes pensées à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. N’en faisons-nous point autant, nous autres

Biographie de l’auteur :

Philosophie animaliste, Françoise Armengaud a une œuvre importante et singulière consacrée à cette question qui apparaît de plus en plus cruciale, elle a publié, entre autres, préfacée par Elisabeth de Fontenay, Lire l’éternité dans l’œil des chats ou De l’émerveillement causé par les bêtes, en 2016 aux Belles Lettres. Essais 2002 Lignes de partage. Littérature/Poésie/Philosophie, Éditions Kimé. 2007 La pragmatique, Éditions des PUF. 2011 Réflexions sur la condition faite aux animaux, Éditions Kimé. 2015 Requiem pour les bêtes meurtries, essai sur la poésie animalière engagée, Éditions Kimé. 2016 Lire l’éternité dans l’œil des chats ou De l’émerveillement causé par les bêtes, préface d’Élisabeth de Fontenay, Éditions Les Belles Lettres. Livres pour les enfants 2005 Bêtes de longue mémoire – Images de Martine Bourre, Éditions du Rocher. 2013 Le rhinocéros de Wittgenstein – Images de Annabelle Buxton, Éditions des Petits Platons. Traductions (de l’anglais) 2010 Articles et poèmes d’Adrienne Rich, dans Adrienne Rich, La contrainte à l’hétéro-sexualité et autres essais, Éditions Mamamelis, Genève. 2011 Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles – Images de Laura Nillni, Éditions Philomèle.

Notre avis :

Dame Pelote nous invite chez Michel de Montaigne, grand précurseur de la libération animale.

Pelote est un chat de Bibliothèque, elle vit avec son humain dans l’univers de lettres et de la philosophie en particulier.

La lecture de cet ouvrage, écrite par une amoureuse des animaux, est délicieuse.

Je connaissais l’auteure ayant lu Le rhinocéros de Wittgenstein qui m’avait fort plu mais ce récit félin suscite encore plus mon enthousiasme et émerveillement.

Un livre d’une centaine de pages que vous lirez d’une traite, il vous captivera et fera sourire.

Style fluide et agréable on pourrait même dire « au poil ». Les pages sont ornées par des délicates illustrations de l’auteure pour cette plaisante édition.

Quelles ravissantes créatures nos compagnons les chats. Si vous envisagez l’adoption d’un petit félin, sachez que les prénoms de l’année 2019 doivent commencer par la lettre « P », une petite Pelote pourrait donc partager votre vie.

Je vous recommande cette lecture.

❤️❤️❤️❤️❤️

La Bibliothèque

Extrait
Françoise Armengaud
messire Montaigne
Armoiries de messire Montaigne
Chats

L’École des soignantes

Mot de l’éditeur :

«Le Centre hospitalier holistique de Tourmens est un hôpital public. On y reçoit et on y soigne tout le monde, sans discrimination et avec bienveillance. Mais les préjugés envers son approche féministe et inclusive des soins et de l’enseignement sont tenaces. 

Depuis sa création, en 2024, les hommes qui s’enrôlent à l’École des soignantes du CHHT n’ont jamais été nombreux : l’année où j’ai commencé ma formation, j’étais l’un des rares inscrits. J’espère que nous ne serons pas les derniers. 

Je m’appelle Hannah Mitzvah. Aujourd’hui, 12 janvier 2039, je commence ma résidence. L’officiante de l’unité à laquelle je suis affecté se nomme Jean (« Djinn ») Atwood. C’est une figure légendaire de la santé des femmes. 

Je me demande ce qu’elle fait chez les folles.»

Biographie de l’auteur :

Martin Winckler, pseudonyme de Marc Zaffran, né le 22 février 1955 à Alger, est un médecin militant féministe français connu comme romancier et essayiste. Évoquant souvent la situation du système médical français, il est également critique de séries télévisées et traducteur. Il vit aujourd’hui à Montréal.

Notre avis :

Un roman qui émerveille, les histoires peuvent changer le monde, je veux y croire, j’aime imaginer que ce récit soit une graine qui, une fois plantée, fasse semer une autre façon de penser, un passerelle vers l’autre et vers des lieux des gestes qui accompagnent.

La manière dont l’auteur pénètre l’esprit des femmes et arrive à parler du sexe opposé est stupéfiante, pertinente et profonde.

Nous sommes en 2039, les personnages anciens et nouveaux travaillent dans le Centre Hospitalier publique que nous rêverions d’avoir mais tout n’est pas résolu : les lobbies pharmaceutiques subsistent encore et sans subventions externes pas de thérapies adaptées juste le minimum.

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu Chœur des Femmes, précédent ouvrage de notre écrivain, pour découvrir et apprécier pleinement le nouveau roman de Winckler toutefois, vous en aurez peut-être envie de connaître l’évolution de Jean Atwood sagace personnage qui vous invitera dans son univers.

Dans nôtre réel de 2019 nous n’avons pas la société «Star Trek» où la fédération a éradiqué la pauvreté et tout le monde peut être aidé. Nous avons la société «Retour vers le futur» où Biff/Trump est vraiment devenu Président des États-Unis et a supprimé la « Obamacare ».

Chez nous dans la vielle Europe, en France malgré, une protection plus importante, les faibles, celles et ceux qui sortent de l’ordinaire ont de plus en plus de difficultés à trouver une place accessible et adaptée dans le système qui devrait pourtant les soulager.

Ce récit est un manifeste qui délie la parole des femmes, une déclaration pour des soins qui soient relations et non seulement actions.

Un roman qui est un enchantement.

L’École des soignantes, mérite plus que la note  habituelle de cinq cœurs comme appréciation maximale, ergo elle en obtient six.

❤️❤️❤️❤️❤️(❤️)

Collection Fiction, P.O.L

Martin Winckler
Extrait
Extrait
Extrait
Louise Michel

Beverly Crusher médecin (Star Trek) 😉
Olivia de Lamberterie dans le Elle sur « L’École des soignantes »

Paroles d’Évangile

Mot de l’éditeur :

Les papes font des bulles, Brigitte Fontaine aussi.

« Messieurs-dames, prenez place si vous en trouvez.
Cet ouvrage de dame est consacré à l’intronisation des nouveaux temps modernes, de la nouvelle condition humaine, à la vie entre la naissance et la mort, à l’autre également, aux tics cliniques programmés plouc-chics, à l’éthique, au fantôme des idéologies antiques, au fric et à ses envoûtements, bref toutes ces sortes de choses auxquelles on ne comprend rien. Cet ouvrage est donc consacré à rien.
Il est brodé à la main par une michetonneuse planétaire jamais devenue adulte, par une vulgaire lumpen SDF, une femme de lettres bretonne fière de l’être.
On l’appelle Bridinette mais en vrai elle s’appelle Brigitte et c’est une créature vénale appartenant à la Mafia des trafiquants de Vérité ; mais comme il n’y en a pas, elle n’a pas un rond.
Cet ouvrage n’est pas un manifeste terroriste. »

Biographie de l’auteur : 

Brigitte Fontaine, femme de lettres bretonne. Née juste avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, à Morlaix. Femme libre. Chanteuse, comédienne, écrivain, dramaturge et parolière française, dixit le net. Pas net pour autant.

Notre avis :

Magnifique livre écrit par une femme extraordinaire qui touche à beaucoup de domaines tous traités avec charme et passion.

L’auteure manie les mots avec finesse et subtilité. Une imagination débordante avec des touches de philosophie.

Artiste atypique et inclassable, Brigitte Fontaine présente des œuvres musicales et littéraires depuis les années 60. Comme Pierre Dac, l’auteure nous propose des textes qui créent l’absurde, le complètement loufoque à partir du réel : extravagants mais jamais insensés, ironiques, satiriques et toujours provocateurs.

Les paroles de l’écrivaine nous font valser avec virtuosité.

La lecture de ce livre est savoureuse et salutaire, oui salutaire car elle nous élève vers un horizon hors du commun. Pénétrons dans l’irrévérencieux et intelligent monde de Madame Fontaine.

❤️❤️❤️❤️❤️

Éditions Le Tripode

Disque de Brigitte Fontaine
Brigitte Fontaine
Pierre Dac

En attendant le jour

Mot de l’éditeur :

Reléguée au quart de nuit du commissariat d’Hollywood, l’inspectrice Renée Ballard se lance dans des enquêtes qu’elle n’a pas le droit de mener à leur terme. Le règlement l’oblige en effet à les confier aux inspecteurs de jour dès la fin de son service. Mais, une nuit, elle tombe sur deux affaires qu’elle refuse d’abandonner: le tabassage d’un prostitué laissé pour mort dans un parking, et le meurtre d’une jeune femme lors d’une fusillade dans un night-club. En violation de toutes les règles et contre les désirs mêmes de son coéquipier, elle décide de travailler les deux dossiers de jour tout en honorant ses quarts de nuit. L’épuisement la gagne, ses démons la rattrapent et la hiérarchie s’acharne, mais Renée Ballard n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.

Biographie de l’auteur :

Auteur de plus de 30 romans dont Créance de sang, Le Poète, La Défense Lincoln, Ceux qui tombent et Jusqu’à l’impensable, Michael Connelly est traduit en trente-neuf langues et a vendu près de 65 millions de livres dans le monde. Ses romans ont été adaptés au cinéma et la saison 5 de la série Bosch est déjà en préparation pour la télévision.

Notre avis :

Nouvelle héroïne mais même style percutant et rythme sans faille.

Renée Ballard est un personnage complexe, une femme qui a choisi de mener sa carrière sans compromis. Nous découvrons une enquêtrice douée avec une grande perspicacité et l’envie d’aller plus loin. Elle a besoin, et en trouve le moyen, de « continuer » des enquêtes qui seraient normalement confiées à ses collègues des départements diurnes.

Notre inspectrice travaille au quart de nuit de 23 heures à 7 heures, elle est censée, avec son équipier, instruire les dossiers récolter, les preuves et être en support.

Les règles prônées par le LAPD ne prévoient pas le suivi des investigations par les inspecteurs qui opèrent au crépuscule.

Au cours d’une nuit bien chargée, Renée participe aux interventions sur trois affaires, un cambriolage et arnaque à la carte de crédit, un passage à tabac qui tue presque Ramona Ramone, une prostituée en pleine mutation sexuelle, et une fusillade qui tue trois hommes, un videur et une serveuse au Dancers Club. Sa décision de s’occuper de ces dossiers se révèlera tout sauf anodine, pour sa carrière et pour sa vie. Ballard veut aller au but des investigations, avant tout pour les victimes qui méritent toute l’attention de la police même si elles apparaissent marginales pour l’enquête ou pour les standards de la société.

La vie de l’inspectrice est chaotique, ce qui facilite la tâche à ses détracteurs qui voudraient « la remettre à sa place ». Elle montrera à toutes et à tous ses capacités de détective, ses méthodes peux orthodoxes, border line parfois, vont la conduire à la vérité.

Chaque page nous tient sur le fil du rasoir, les rebondissements et changements de perspective sont constants. Petit clin d’œil de l’auteur à un autre de ses inspecteurs, il cite la série télévisée Bosch inspirée par son immense personnage Hieronymus/Harry Bosch.

Final extrêmement tendu et tout à fait inattendu, brillamment écrit.
Fortement recommandé aux lecteurs qui aiment les romans policiers et les thrillers !

Calmann-Lévy

❤️❤️❤️❤️❤️

Michael Connelly
Extrait
Extrait
Los Angeles
LAPD
Série Bosch

Soldats de la parole

Mot de l’éditeur :

« La plume est plus forte que l’épée. » Nous aimerions le croire, mais est-ce bien vrai ? Quel est le poids de la parole face aux armes ? C’est la question que pose Frank Westerman. Pour tenter d’y répondre, il entraîne le lecteur dans des situations très variées, comme dans un road movie, avec du suspense et non sans une pointe d’humour.

Enfant, Frank Westerman a été témoin, dans la petite ville où il habitait, de la prise d’otages d’un train par des Moluquois. Il nous fait revivre de façon poignante les différentes actions des rebelles moluquois et les longues et patientes négociations qui les accompagnent. Plus tard, comme correspondant, il a assisté aux représailles russes face à la terreur tchétchène. Il compare différentes approches : la méthode douce, dite « approche hollandaise », qui consiste à négocier, à gagner du temps pour tenter de convaincre les terroristes de renoncer à leur action et pour éviter à tout prix la violence et la méthode dure, celle de Poutine, contre les Tchétchènes par exemple, lors de la prise d’otages au théâtre de Moscou, qui a fait 128 morts, et de l’école de Beslan – 331 morts dont 150 enfants.

Frank Westerman prend un café avec un ex-preneur d’otages qui se confie longuement à lui. Il assiste avec le personnel navigant de la KLM à un stage d’entraînement comprenant une simulation de prise d’otages, puis à un stage pour apprendre à gérer la violence au personnel de différents corps de métiers régulièrement exposés à des situations critiques. À Paris, Frank Westerman assiste à une biennale rassemblant les experts du monde entier en matière de terrorisme. Les informations apportées sur l’évolution du terrorisme par Guy Olivier Faure, professeur en négociation internationale, permettent au lecteur de se forger une opinion sur l’évolution du terrorisme et sur les réponses possibles.

Dans cet essai, Frank Westerman, sans donner de réponse catégorique, invite le lecteur à réfléchir avec lui sur le terrorisme et sur la façon de l’affronter.

Biographie de l’auteur :

Né en 1964 à Emmen aux Pays-Bas, Frank Westerman est ingénieur agronome de formation. Dans les années 1990, il effectua de nombreux voyages en tant que journaliste à travers l’Afrique, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est. En 1992, il part comme reporter couvrir le conflit en ex-Yougoslavie pour le quotidien néerlandais De Volksbrant. Il fut notamment l’un des seuls journalistes à réussir à pénétrer à Srebrenica lors du massacre de 1995. De cette expérience, il tire son premier roman : The Bridge over the Tara (1994). Entre 1997 et 2002, il fut correspondant à Moscou. Depuis 2002, Frank Westerman se consacre pleinement à l’écriture à Amsterdam, où il vit. Depuis, Frank Westerman a accumulé les marques de reconnaissance : Les ingénieurs de l’âme a reçu de nombreuses récompenses aux Pays-Bas et a été traduit en neuf langues. El Negro et moi, a reçu la Goldene Eule, l’équivalent du prix Goncourt pour les Pays-Bas et la Belgique. Ararat a figuré sur les dernières sélections du prestigieux prix AKO aux Pays-Bas. (Christian Bourgois Editeur)

Notre avis :

L’essai de Frank Westerman couvre une large période d’enquête basée sur différents types d’actions armées et d’actes terroristes, nous découvrons « la méthode hollandaise », cette volonté d’une issue sans violence ou au moins avec le moins d’agissements brutales possibles.

La terre natale de l’auteur est très présente dans la première partie du livre avec la découverte du village d’Ossendrecht 2, utilisé comme espace d’entraînement pour la police et les futurs médiateurs. 

L’auteur pour écrire ce livre a pris le chemin de l’immersion complète fréquentant les lieux qui lui permettront de  mieux comprendre la naissance et l’évolution du rôle de négociateur et l’évolution du terrorisme. 

En décembre 1975 au Pays Bas, a lieu une double prise d’otage par des réfugiés Moluquois au consulat général d’Indonésie qui fait un mort et la  prise en otage d’un train — la première du genre — dure treize jours. Le bilan sera de trois morts. La reconstruction de cette dernière action est minutieuse et permet aussi de connaître l’histoire des Moluquois.

Après le déclin de la Compagnie de Indes Orientale Hollandaise, nombre de Moluquois intégrèrent les rangs de l’armée Néerlandaise.  Ce ne fut pas sans conséquence après l’indépendance de l’Indonésie dans les années 50 quand ils tentèrent de créer une république autonome violemment combattue par l’Indonésie, alors qu’ils étaient abandonnés par les Hollandais. Une importante communauté Moluquoise Chrétienne s’enfuit aux Pays-Bas où leur situation est assez comparable à celle des Harkis en France. 

Quelle récit basé sur la rencontre avec Abé Sahetapy, le terroriste qui se faisait appeler Carlos dans la prise d’otage du train de 1975 et qui, après avoir purgé sa peine, devint poète et exemple de déradicalisation , sa vie mériterait un livre qui lui soit dédié.

Le voyage se poursuit avec l’analyse des attentas de Moscou en 2002 suivi nos tout récents actes accablants perpétrés à Paris en 2015 on y voit la difficulté de négocier avec des terroristes qui ont déjà décidé que mourir est plus qu’une option.

L’écrivain nous entraine dans son investigation grâce à sa solidité journalistique mais également grâce à sa plume et sa façon brillante de nous décrire son incursion dans le monde de la parole contre la violence.

Je terminerai par une citation qui se trouve dans Les annales du Disque-Monde, tome 2  Le huitième sortilège de Terry Pratchett :

« Ainsi Quimby périt-il sous les coups d’un poète mécontent au cours d’une expérience menée dans l’enceinte du palais pour prouver la justesse controversée du proverbe : « La plume est plus forte que l’épée », lequel proverbe on rectifia en sa mémoire par l’ajout de la phrase : « Seulement si l’épée est très courte et la plume très pointue »».

L’usage de la contrainte et d’interventions armées est bien évidemment parfois nécessaire et inévitable néanmoins, les émissaires de la parole, les porteurs du dialogue restent une force dont nous avons besoin.

Je crois à la supériorité du verbe, du savoir et de la tolérance sur toute forme de violence, À Paris où l’imagination fut brièvement au pouvoir en 1968, comme le dit l’auteur l’espérance d’un monde de dialogue reste présente.

Livre intéressant qui permet une réflexion importante sans jamais donner de leçons, 335 pages qui se lisent avec plaisir, je le conseille vivement.

Christian Bourgois

❤️❤️❤️❤️❤️

Frank Westerman
Extrait

Merci à Babelio et aux éditions Christian Bourgois pour cette découverte !