Je suis le carnet de Dora Maar

Mot de l’éditeur :

Il était resté glissé dans la poche intérieure du vieil étui en cuir acheté sur Internet. Un tout petit répertoire, comme ceux vendus avec les recharges annuelles des agendas, daté de 1951.

A : Aragon. B : Breton, Brassaï, Braque, Balthus… J’ai feuilleté avec sidération ces pages un peu jaunies. C : Cocteau, Chagall… E : Éluard… G : Giacometti… À chaque fois, leur numéro de téléphone, souvent une adresse. L : Lacan…

P : Ponge, Poulenc… Vingt pages où s’alignent les plus grands artistes de l’après-guerre. Qui pouvait bien connaître et frayer parmi ces génies du xxe siècle ?

Il m’a fallu trois mois pour savoir que j’avais en main le carnet de Dora Maar.

Il m’a fallu deux ans pour faire parler ce répertoire, comprendre la place de chacun dans sa vie et son carnet d’adresses, et approcher le mystère et les secrets de la « femme qui pleure ». Dora Maar, la grande photographe qui se donne à Picasso, puis, détruite par la passion, la peintre recluse qui s’abandonne à Dieu. Et dans son sillage, renaît un Paris où les amis s’appellent Balthus, Éluard, Leiris ou Noailles.

  B.B.

Biographie de l’auteur :

Brigitte Benkemoun est journaliste et écrivain. Elle est l’auteure de La Petite Fille sur la photo (Fayard, 2012) et d’Albert le Magnifique (Stock, 2016).

Dora Maar :

Dora Maar, Henriette Théodora Markovitch de son vrai nom, est née à Paris en 1907 d’un père croate, architecte, et d’une mère française, catholique fervente. Après une enfance austère passée à Buenos Aires, elle revient à vingt ans dans sa ville natale et s’y impose comme photographe surréaliste. Muse de Man Ray, compagne du cinéaste Louis Chavance puis de Georges Bataille, elle ne tarde pas à faire sien un cercle esthétique qui révolutionne le monde de l’art de l’entre-deux-guerres. Intellectuelle torturée, artiste à la conscience politique extrême, elle deviendra  » la femme qui pleure « , amante de Picasso livrée aux exigences du génie, que leur rupture rendra folle, cloîtrée dans un mysticisme solitaire jusqu’à sa mort, en 1997. Ses portraits peints par Picasso seront alors vendus aux enchères, et son héritage âprement disputé.

Notre avis :

Les dernières lignes de « Je suis le carnet de Dora Maar » dans la partie  remerciements de l’auteure sont : “Mais ce livre n’existe que parce que Thierry Demaizière a eu la bonne idée de perdre son agenda.”

Les impénétrables voies d’eBay et du destin ont en effet transporté et transmis, caché dans l’agenda à remplacer, un carnet d’adresses de 1951 chez notre auteure. Elle va découvrir qu’il s’agit de l’écriture de l’artiste Dora Maar. Nous partons alors à la rencontre, au fil des pages de cette quête, des contacts de celle qui fut l’une des maîtresses de Picasso et son égérie.

Un voyage dans l’histoire d’une femme qui, dans ses 90 ans de vie, est passée par tant de phases, de croyances, d’espoirs et, probablement à cause d’une propension à l’isolement après une trop forte exposition à la lumière, a bâti un monde qui l’a rendue malade et aigrie, je suis aussi perturbée que l’auteure à la découverte d’un penchant antisemite et de la possession de Mein Kampf par celle qui fut la photographe de Guernica.

Le livre est merveilleusement écrit, il a nécessité d’un très long travail de recherche et documentation.

L’œuvre de Brigitte Benkemoun est brillante et marquante.

“Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. ” dit l’auteure au tout début de cette aventure et effectivement le portrait « de la femme qui pleure » s’esquisse, prend forme se colore, s’épaissit.
Je suis admirative de ce reportage littéraire si intriguant. Chaque rencontre, chaque avancée dans la reconstruction des liens entre les noms du répertoire et Dora est un jeu de patience élégant et prenant.

Un cœur en plus que la note habituelle donc 6 cœurs pour ce splendide ouvrage à recommander !

❤️❤️❤️❤️❤️(❤️)

Stock

Brigitte Benkemoun
Le livre
Le livre
Extrait
Dora Maar Anonyme (à partir de 1944). Paris, musée Picasso. MP1998-147.
Leonor Fini photographié par Dora Maar
Dora Maar par Picasso
La femme qui pleure Picasso
Picasso devant Guernica photo de Dora Maar
Guernica
Jacqueline Lamba l’amie
À voir aussi

L’estrange malaventure de Mirella

Mot de l’éditeur :

Moyen Age. Les rats ont envahi la paisible bourgade d’Hamelin. Vous croyez connaître cette histoire par coeur ? Vous savez qu’un joueur de flûte va arriver, noyer les rats en musique, puis les enfants d’Hamelin ? Oubliez ces sornettes : la véritable histoire est bien pire, et c’est grâce à Mirella, une jeune fille de 15 ans, qu’on l’a enfin compris. Jusqu’ici, elle passait inaperçue en ville qui s’intéresserait à une porteuse d’eau, à une crève-la-faim, une enfant trouvée ? Seulement voilà, Mirella a un don ignoré de tous : elle voit ce que personne d’autre ne voit. Par exemple, elle a bien repéré ce beau jeune homme en noir, qui murmure à l’oreille de ceux qui vont mourir de la peste… Et ça lui donne une sacrée longueur d’avance. Y compris sur le plus célèbre dératiseur de tous les temps.

Biographie de l’auteur :

Flore Vesco est née à Paris en 1981. Plutôt que de tout miser sur son physique, elle a fait des études bien longues, de lettres et de cinéma. 

Elle a été professeur et a vécu à l’étranger, et sait dire « Vous habitez chez vos parents ? » en slovaque, en maltais et en roumain. 

Aujourd’hui, Flore Vesco vit en région parisienne. Elle aime les anagrammes, les rébus, les listes, et tout ce qui a des bulles (le champagne, le bain moussant, la bande dessinée…). 

Notre avis :

« Le joueur de flûte de Hamelin » a été inspiré par une légende née en 1284 en Allemagne dans la petite ville de Hamelin. Cette ville fut infestée de rats au grand désarrois de ses habitants. La légende retranscrit la peur des habitants de la ville pendant des siècles ! 

Le conte « Le joueur de flûte de Hamelin » a été publié dans Légendes allemandes en 1816 par les Frères Grimm. Et dans « Les Reïtres des Chroniques du règne de Clarles IX » de Prosper Mérimée. 

Mais comme dirait Roald Dahl, qui s’est aussi attaqué à la réécriture de quelques fables célèbres, « Un conte peut en cacher un autre ».

« L’estrange malaventure de Mirella » est un roman jeunesse qui peut se lire à tout âge, écrit de manière très drôle, vive et attachante il nous livre un récit fort différent du texte allemand.

Vous y découvrirez Mirella jeune fille de 15 ans perspicace, intelligente et altruiste. Pas d’ennuie, pas de répit, l’histoire (cette version de l’histoire) est prenante et la lutte contre le rongeurs et certains humains que nous pourrions définir aussi, en élargissant l’usage du mot, comme étant des rats est le fil principal de la trame du périple de notre héroïne. Une balade au Moyen Age et la revanche d’une rousse !

Pour continuer à revisiter le conte du Joueur de flûte nous pouvons lire aussi l’excellent  « Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants » de Terry Pratchett. Où des rats savants associés avec le joueur de flûte… et menés par le chat Maurice sillonnent les petites villes.

Flore Vesco est une plaisante découverte et son œuvre mérite sa place dans vos futures lectures.

École des Loisirs 

❤️❤️❤️❤️❤️

Coup de cœur !
Flore Vesco
Extrait
Extrait
Extrait
Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants 
Extrait : Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants 
Extrait : Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants
Extrait : Le fabuleux Maurice et ses rongeurs savants 

The red rat in Hollywood

Mot de l’éditeur :

En 1938, la Chambre des représentants des USA instaure une commission sur les « activités anti-américaines ».

Au début de l’année 1947, cette commission décida d’enquêter sur l’influence du communisme au sein de l’industrie du cinéma. Mais c’est le FBI qui, en fait, fournissait à la commission les renseignements sur les communistes travaillant à Hollywood, redéfinissant les limites de son pouvoir, désormais exponentiel. Une liste noire fut donc établie. Seuls onze personnes parmi ces sympathisants communistes seront entendus, ceux qui sont aujourd’hui connus comme les Dix d’Hollywood (+Bertolt Brecht qui fuira le sol américain). Les Dix refuseront de répondre aux questions sur leur appartenance ou non au parti communiste évoquant le 1er amendement de la constitution américaine, et déclenchant ainsi l’un des plus grand bras de fer de l’histoire américaine.

C’est l’histoire de cet affrontement que narre The Red Rat in Hollywood. Les plus grandes stars de l’écran se mobiliseront pour défendre la liberté contre le FBI. John Huston, Lauren Bacall, Groucho Marx, Franck Sinatra, Audrey Hepburn… les auditions se succèdent en parallèle des intrigues, chasses à l’homme, courses poursuites, et investigations musclées du FBI. Le maccartisme venait de naître.

Biographie de l’auteur :

Avant « L’Orchestre des doigts », Osamu Yamamoto a dessiné en 1988 un manga devenu célèbre, intitulé « Harukanaru Kôshien » : le récit, basé sur une histoire vraie, met en scène des lycéens sourds-muets qui créent un club de baseball et souhaitent participer à un tournoi théoriquement réservé aux lycéens dits « normaux ». Traiter ce genre de sujet en manga était alors une nouveauté. Cette œuvre a connu un vif succès et a été adaptée en film live et en série télévisée. Pour dessiner ce manga, Yamamoto a commencé à apprendre la langue des signes, qu’il maîtrise aujourd’hui. Après ce manga, il a exploré ce même sujet, à travers L’Orchestre des doigts. Deux grands themes marquent l’oeuvre d’Osamu Yamamoto: le handicap et la musique. Ils abordent ces sujets sous plusieurs angles dans ses series. Biliographie Sélective Japonaise – Harukanaru Kôshien (1988 – 1990) 9 Volumes – Donguri no ie (La Maison des Glands) (1993 – 1998) 7 Volumes – Satoshi (2000 – 2002) 9 Volumes – Hey!! Blues Man (2004) 3 Volumes – Tenjou no Tsuru (Les Accords Divins) (2003 – 2007) 10 Volumes.

Notre avis : 

Une belle surprise ce tome 1 de “The red rat in Hollywood”.

Je ne connaissais pas l’auteur, Osamu Yamamoto, je découvre donc son style graphique et ses images fortes et très communicatives accompagnées de textes bien adaptés qui nous plongent dans la dénonciation par le gouvernement américain des personnalités hollywoodiennes parmi les plus connues et appréciées, dans la chasse aux sorcières de Hoover qui engendrera le maccarthysme de façon plus globale.

Un récit historique bien documenté qui décrit parfaitement le climat et l’époque. Un manga éclairé et inventif.

Incroyable mais vrai en 1960 encore, le président Kennedy, nouvellement élu, et son frère Robert, doivent forcer la main à l’American Legion pour voir le film “Spartacus” : Dalton Trumbo (auteur de Johnny Got his Gun) a le tort d’en être le scénariste, et il est toujours dans la « liste noire ». Il faut attendre 1968 pour qu’un scénariste à l’index reçoive en son nom propre un Oscar : Waldo Salt, pour “Midnight Cowboy” (Macadam cow-boy).

Je vous recommande de voir le magnifique film   “Trumbo” en complément de cette lecture.

Le éditions Vega vont publier la suite de « The red rat in Hollywood » avec un tome 2 que j’ai hâte de le lire.

Je vous conseille ce manga intéressant et atypique.

❤️❤️❤️❤️❤️

Vega

Extrait
Extrait
Osamu Yamamoto
Vrai tract
Le film Trumbo à voir absolument !
Spartacus

Washington Black

Mot de l’éditeur :

La Barbade, 1830. À onze ans, Washington Black n’a d’autre horizon que le champ de canne à sucre de la plantation où il travaille avec d’autres esclaves. Quand le destin frappe à sa porte, c’est sous les traits de Titch, un scientifique anglais, jeune frère de son maître qui le choisit comme serviteur. Wash montre un talent inné pour le dessin et une curiosité d’esprit telle qu’il est promu assistant pour le projet fou de l’extravagant inventeur : construire un ballon dirigeable. Lorsqu’un vent mauvais les oblige à quitter précipitamment l’île à son bord, l’aventure prend un cours inattendu. Du pôle Nord à la Nouvelle-Ecosse, de Londres à Amsterdam, plus qu’un voyage, c’est un parcours initiatique qui attend le jeune Wash, en ce siècle de découvertes. Mais le chemin le plus dur à parcourir sera celui qui le conduira vers la liberté, une liberté assumée et entière.

Biographie de l’auteur :

Esi Edugyan est une romancière canadienne qui vit sur l’île de Vancouver, en Colombie britannique. Elle est l’auteure de 3 minutes 33 secondes, lauréat du Giller Prize en 2011. Washington Black a été finaliste du Man Booker Prize, a remporté aussi le Giller Prize, et a été unanimement salué par la critique.

Notre avis :

Washington Black est un livre tellement difficile à classer, je pense que c’est finalement ce qui le rend si bien. Un récit qui nous confronte aux horreurs de l’esclavage, un conte chargé d’aventures, de sensations fortes et de joies liées à la découverte scientifique.

C’est une histoire qui a sa part de cruauté et cela ne peut que nous toucher et déranger, mais aussi une histoire d’espoir, de regret et de vérité. C’est une histoire qui interroge également sur les relations et les liens dans une famille, c’est très prenant.

Le livre de Esi Edugyan a comme trame principale, l’histoire d’un garçon de 11 ans qui échappe à l’esclavage dans une plantation de canne à sucre de la Barbade, en 1830, avec l’aide du frère de son maître. Le cadet de la famille, Christopher « Titch » Wilde, demande à Washington de devenir son serviteur personnel et la vie commence à changer pour le petit. Titch est un scientifique qui enseigne à Wash non seulement à lire, mais également à comprendre des concepts et des équations scientifiques et à améliorer son talent naturel pour le dessin.

La prose d’Edugyan est élégante, richement détaillée et nuancée, en particulier dans la manière dont elle traite les thèmes de la liberté et de l’identité dans la vie de Titch et de Wash. Les aspects scientifiques et les passionnants voyages sont un pur bonheur à lire et me font évidemment penser à Jules Verne. Washington aide Titch à construire une machine volante, un engin semblable à une montgolfière, qui transportera les deux protagonistes dans une aventure extraordinaire.

La 20th Century Fox TV adaptera le roman en proposant une série, l’auteure sera de la partie en tant que producteur exécutif.

Je recommande fortement ce livre à celles et ceux qui aiment les aventures, la fiction historique, les personnages complexes et les intrigues multicouches. 

❤️❤️❤️❤️❤️

Liana Levi

Extrait
Extrait
Extrait
Esi Edugyan
Plantation avec esclaves
Montgolfière
Verne
Montgolfière Verne
Dessin publié par le NY Times

Morts

Mot de l’éditeur :

Alors qu’il venait de mourir, Joseph se réveilla…

Imaginez son étonnement en reprenant conscience sous le regard passablement vide de squelettes aux orbites creuses l’invitant à les suivre. C’est le début d’une aventure improbable où il est question de trépas, d’ossements et de poussière… beaucoup de poussière. Joseph est confronté à des interrogations existentielles dont la plus ardue est certainement de savoir s’il est vivant ou mort.

Et que dire des singuliers personnages qu’il va rencontrer ? Sont-ils aussi trépassés que lui ou le fruit d’un délire psychédélique ? D’une pitoyable expérience de mort imminente ? Ou tout simplement d’une indigestion de champignons ?

La fréquentation de cette galerie d’individus aussi célèbres que décédés, aux opinions très tranchées sur notre société, va amener Joseph à se poser une question fondamentale : mais où diable est passée la Vie ?

Mais, tandis qu’il découvre un monde plein de beautés, il se retrouve confronté à ses aspects les plus sombres et au conflit qui oppose les growls aux hommes. Tire-d’Aile doit grandir, et vite… car pour couronner le tout, il sent en lui s’éveiller un étrange phénomène… une puissance ancestrale dont pourrait bien dépendre l’avenir du monde.

Biographie de l’auteur :

Philippe Tessier est né en 1966 à Tassin-la-demi-lune. Après des études de commerce international peu convaincantes, il ouvre et gère pendant plusieurs années un magasin de jeu, l’Arche Perdue. Au cours de cette période, il fait ses premières armes dans le domaine de la traduction et de la création en s’attaquant au Guide Tooniversel pour le jeu Toon. Puis il enchaîne sur un premier essai s’inspirant d’une légende amérindienne : « Le Cinquième âge ».

Après la fermeture du magasin, il s’installe en tant que traducteur. Il travaille un temps pour la société Jeux Descartes où il traduit des suppléments pour Earthdawn, Advanced Donjons and dragons et Star Wars avant de rédiger le supplément Shadowrun France. Il se spécialise ensuite dans les jeux vidéo en collaborant aux traductions d’œuvres comme Baldur’s gate, Neverwinter nights, Everquest, Arcanum ou Planescape Torment. Parallèlement, il écrit le jeu Polaris, ses suppléments, les premiers romans situés dans cet univers et le roman « La cité des âmes ».

Après quelques années irrégulières, il devient traducteur dans le domaine du poker et relance le jeu Polaris pour le compte de la société Black Book. Les romans Polaris, entièrement révisés, sont de nouveau publiés et de nouveaux volumes viennent grossir la collection : la trilogie des « Foudres de l’abîme », « Domination 1 et 2 » et « Rédemption ». En 2010, Black Book a également édité un autre de ses livres, « Les anges foudroyés » tandis que la société d’édition Oskar a publié les deux premiers livres de la série « Sélénie des Terres Mortes » : La ville sans nom et le Voleur d’Histoires.

Redevenu traducteur dans le domaine des jeux de rôle, il participe aux traductions de The Strange, Torg, Starfinder et bien d’autres univers. Quant au jeu Polaris, il connaît un nouvel essor avec sa traduction en langue anglaise et la sortie de nouveaux suppléments détaillant les grandes nations de ce monde sous-marin.

Les Chroniques Hérétiques

Enfin, en 2017, les éditions LEHA éditent le premier tome des Chroniques Hérétiques, « les Loups d’Uriam », et publient en Février 2018, le second et dernier tome, « Une Saison de Cendres ». Philippe Tessier prépare actuellement de nouveaux romans, toujours pour le compte des éditions Leha.

Notre avis :

Un exploit, brillant et extravagant, ce livre porteur d’une vision de notre société des vivants nous conduit dans les tunnels de l’esprit.

Difficile pour Joseph, à son “réveil”, de se percevoir comme trépassé, il est immobile mais, il peut penser, il est dans cette première phase un peu le Chat de Schrödinger mort et vivant.

Joseph va devenir, une fois accepté de décrypter cette colonie de squelettes qui l’entoure, notre Virgile ou Béatrice, notre guide dans ce labyrinthe de situations étonnantes.

Les morts-vivantes sont le symbole du meilleur et du pire des caractéristiques humaines, la réflexion philosophique me fait aussi penser à la série « The Good Place ».

Quel bonheur de rencontrer la lumineuse Marie Currie, ou le manifestement inchangé Karl Marx ! Les dialogues, les interactions, les questionnements vous feront lire ce récit d’une seule traite et un sourire constant accompagnera cette aventure. C’est dans un tourbillons de mots, réparties cinglantes, doutes fort intelligents, analogies très bien placées que nous lecteurs évoluons.

« La Mort », personnage très important dans ce roman a, à mon avis, une parenté avec celle crée par la plume de l’inoubliable Terry Pratchett pour son Disque-Monde. « La Mort » est le personnage qui est le plus présent dans les Annales. Par ailleurs Philippe Tessier cite un certain Terry P. comme étant présent dans sa base de revenants.

Un livre qui mérite pour moi 6 étoiles. Oui une de plus que ma note maximale, puisque le style et la trame m’ont franchement enthousiasmée.

Je recommande cette œuvre mordante !

❤️❤️❤️❤️❤️(❤️)

Éditions LHEA

Morts le livre
Mort extrait (Terry P.)
Philippe Tessier
Autres livres de l’auteur à lire !
La Mort selon Terry Pratchett
La Mort dans le Disque-Monde
Chat de Schrödinger
The Good Place

Cassandra Darke


Mot de l’éditeur :

Cassandra Darke, Londonienne pur jus, vieille teigne misanthrope, mauvaise coucheuse en surcharge pondérale, n’est pas sans rappeler le célèbre Scrooge de Dickens. Elle ne pense qu’à elle-même et aux moyens de préserver le confort dont elle jouit dans sa maison de Chelsea à 8 millions de livres. La galerie d’art moderne de son défunt mari a été le théâtre de fraudes qui l’ont mise en délicatesse avec la justice et au ban de son milieu. Mais Cassandra s’accorde le pardon, au prétexte qu’«à côté de tous ces meurtriers récidivistes, on se sentirait presque comme Blanche-Neige». Ses fautes n’impliquent «ni violence, ni arme, ni cadavre». Hélas, dans son sous-sol, une ex-locataire, la jeune et naïve Nicki, a laissé une surprise qui pourrait bien s’accompagner de violence et d’au moins un cadavre… 

Affinant encore sa virtuosité unique, entre roman et bande dessinée, Posy Simmonds poursuit la fresque de l’Angleterre moderne entreprise dans ses livres précédents et donne sa vision au scalpel du Londres brutal et fascinant d’aujourd’hui, «entre paillettes et galères». Son cœur, comme toujours, penche pour les chiens perdus, mais le portrait qu’elle trace de Cassandra, cette femme trop riche à l’hiver de sa vie, est vibrant d’empathie. Pur plaisir. Pur Posy.

Biographie de l’auteur :

Dessinatrice vedette du Guardian depuis 1977, Posy Simmonds accède à la notoriété internationale en 2000 avec la publication de son premier roman graphique, Gemma Bovery, triomphe confirmé en 2008 par Tamara Drewe, puis par Cassandra Drake, best-seller au Royaume-Uni depuis sa parution en novembre 2018. Elle vit à Londres.

Notre avis :

Quel roman graphique épatant. Le style élégant, le dessin inimitable de l’auteure et son souci du détail sont au rendez-vous. 

J’ ai été ravie de lire le nouvel ouvrage de Posy Simmonds ! Des superbes graphismes et des conversations pleines d’esprit, cette bande-dessinée est une exquise lecture et une convaincante reprise de «Un chant de Noël» roman victorien de Charles Dickens.

Cassandra a vendu des reproductions en les faisant passer pour des pièces uniques dans son ancienne galerie d’art très chic et vient d’être reconnue coupable par un tribunal. Elle est loin d’être sympathique, une femme âgée grincheuse et malveillante mais, tout comme Scrooge, elle deviendra une véritable héroïne et une bienfaitrice. Les personnages sont vraiment bien conçus avec abondance de détails concernants leur vies, à mon avis, celle-ci est une très bonne lecture pour se lancer dans l’univers de cette artiste ou continuer de découvrir son travail.

Le Londres moderne est de plus en plus semblable à Oliver Twist dit l’auteure et cette Œuvre apparaît également être une brillante satire de la situation actuelle du Royaume-Uni.

Un livre spirituel, acerbe, triste et poignant.

❤️❤️❤️❤️❤️

Denoël 

En VO
Posy Simmonds
Extrait Cassandra Darke
À lire aussi !
Gemma Bovery
Le film
Tamara Drewe

Winter is coming

Parution 02/05/2019

Mot de l’éditeur : 

Une brève histoire politique de la fantasy

« Les dragons et les Hobbits ont toujours été des animaux politiques. Voyager avec eux, c’est prendre des détours pour mieux parler de l’indicible, c’est s’aventurer sur des chemins de traverse vers d’autres futurs. »

Grande fresque épique de fantasy inspirée des romans de G. R. R. Martin, Game of Thronesest désormais la série la plus célèbre au monde. Cette fascination pour un univers médiéval, dont les protagonistes craignent la venue d’un long hiver apocalyptique, fait écho aux angoisses contemporaines concernant le dérèglement climatique causé par l’activité humaine. 

G. R. R. Martin n’a pas été le premier auteur à utiliser la fantasy pour parler des dérives du monde moderne et d’écologie. À bien y regarder, le genre du merveilleux contemporain développé à la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne a constamment servi d’outil pour critiquer la société industrielle.

De William Morris à J. R. R. Tolkien en passant par Ursula Le Guin, Robert E. Howard ou Hayao Miyazaki, ce petit ouvrage invite à questionner la généalogie politique de la fantasy.

Biographie de l’auteur:

William Blanc est historien. Il est notamment l’auteur de Super-Héros, une histoire politique(Libertalia, 2018) et Le Roi Arthur. Un mythe contemporain (Libertalia, 2016).

DU MÊME AUTEUR
AUX ÉDITIONS LIBERTALIA

Notre article sur :

Notre avis :

William Blanc et les éditions Libertalia nous ont habitués à des textes très bien documentés qui ouvrent la voie à une vision “politique” et à des interprétations pas ordinaires des légendes, ou des Super-héros et maintenant de la Fantasy.

Winter is coming se presente toutefois au lecteur dans un gabarit différent par rapport aux précédents ouvrages de l’auteur, il s’agit d’un court essai format poche, qui donne envie de dire, j’en veux plus je ne veux pas que le livre se termine !

Écriture fluide et prenante, une fois sur les traces de William Morris, de Tolkien et des autres écrivains que nous retrouvons dans les pages de cet essai l’envie prédominante est de ne pas s’arrêter, de suivre les pistes. L’œuvre de Blanc est de celles qui nous « forcent » à lire davantage sur le sujet grâce aussi aux riches indications « pour aller plus loin » fournies par l’historien. 

J’ai été ravie de découvrir et lire « Winter is coming », les parallèles avec notre société et l’actualité sont plus que pertinents. La description de l’inspiration que Tolkien tire de William Morris (incroyable et éclectique personnalité de l’époque victorienne : artiste, penseur politique, traducteur, écrivain et éditeur) est aussi due à l’idée d’une modernité qui n’est pas uniquement porteuse d’un avenir meilleur pour la planète et ses habitants.

Une lecture que je recommande, à partager avec les fans de Games of Thrones certes, mais également avec celles et ceux qui se questionnent et ont envie d’ouvrir leur vision sur la littérature et l’écologie. « Winter is coming » est bien une métaphore de la menace croissante du réchauffement climatique. Évoquée constamment par le amateurs et les  exégètes de l’auteur, cette explication a été confirmée par George R. R. Martin en 2018.

Vous l’aurez compris pour moi c’est encore un livre intelligent chez Libertalia qu’il faut lire !

❤️❤️❤️❤️❤️

Libertalia

William Blanc
Game of Thrones
George R. R. Martin
William Morris
William Morris artiste et créateur
Roman de William Morris
4ème de couverture
Texte politique
Un conseil de lecture !
Un conseil de lecture !
Une biographie du jeune Tolkien que je conseille aussi.

Le Plancher de Joachim

Le magnifique livre de Jacques-Olivier Boudon vient de sortir en format poche dans la prestigieuse collection Folio histoire, il s’agit d’une édition augmentée.
Prix Georges Goyau de l’Académie française 2018

Mot de l’éditeur :

À quelques kilomètres d’Embrun dans les Hautes-Alpes, sur les bords du lac de Serre-Ponçon, jaillit soudain un château aux allures médiévales, le château de Picomtal. Au début des années 2000, les nouveaux propriétaires effectuant des travaux découvrent, au revers des planchers qu’ils sont en train de démonter, des inscriptions. Cent vingt ans plus, au début des années 1880, le menuisier qui a monté le parquet dans les différentes pièces s’est confié. L’homme sait qu’il ne sera lu qu’après sa mort. Il adresse un message outre-tombe et parle de lui, de ses angoisses, de sa famille, de ses voisins, faisant revivre une société villageoise confrontée au progrès économique matérialisé par l’arrivée du chemin de fer, mais aussi à l’avènement de la République. Mais c’est surtout quand il évoque les secrets des uns et des autres, quand il parle de sexualité, que Joachim Martin s’avère un témoin passionnant des moeurs souvent cachées de son temps. On dispose de peu de témoignages directs des gens du peuple, mais cette façon de s’exprimer est totalement inédite. Qui plus est ces confessions revêtent un caractère exceptionnel. À travers son témoignage, sur lui-même et son village, c’est ainsi toute une époque qui revit.

Biographie de l’auteur :

Jacques-Olivier Boudon, ancien élève de l’Ecole normale supérieure, est professeur d histoire contemporaine à l’université Paris Sorbonne où il dirige aussi le Centre d’histoire du XIXe siècle et l’Ecole doctorale d’histoire moderne et contemporaine. Président de l’Institut Napoléon et directeur scientifique de la Bibliothèque Marmottan, il a publié une trentaine d’ouvrages consacrés à l’Empire et à l’histoire du XIXe siècle, dont deux couronnés par un prix de l’Académie des sciences morales et politiques.

Notre avis :

Le livre dont je vais vous parler, est plus que un coup de cœur, il fait partie d’une catégorie un peu à part que je définirais « s’émerveiller avec l’histoire » effet que j’ai eu aussi avec « Les Rois Thaumaturges » de Marc Bloch, « La naissance du Purgatoire de Jacques Le Goff et « Une petite ville nazie » de William S. Allen entre autres.

Le Plancher de Joachim de Jaques-Olivier Boudon est un véritable cadeau pour les habitués et amoureux des recherches historiques mais aussi pour celles et ceux qui pourraient s’y intéresser grâce à la beauté et accessibilité de cet essai.
Le livre, magnifiquement écrit, est le fruit de l’analyse et l’étude de 72 lattes dont les faces cachées se trouvent écrites par le menuisier qui, autour de 1880, accepte de refaire le parquet du château de Picomtal, ses écrits, tracés – sans doute – avec son crayon de travail dressent un portrait du village de Crottes, de la vie de la région et de la période historique que Joachim Martin traverse.

Je ne peux m’empêcher de penser à « Spoon River » d’Edgar Lee Masters où les morts témoignent de ce que furent des existences souvent marquées par la souffrance et la duplicité des membres de la communauté.
Notre menuisier sait que la lecture de ses planches adviendra après sa mort et il n’est donc pas apeuré par les jugements possibles, il écrit avec simplicité sa vision de l’époque qu’il vit en véhiculant un message puissant et rare.

Joachim, par exemple, éprouve un sentiment positif pour les avancées apportées par la République et, très lié à notre actualité, il manifeste son attachement à l’éducation pour toutes et tous.

Boudon reconstruit l’histoire de la famille de Joachim Martin en s’appuyant sur tous les documents de l’état civil et autres pièces écrites accessibles de nos jours, on a l’impression de connaître le menuisier et sa vie et de l’imaginer écrire ses mémoires sur les planches en bois qui sont son quotidien.
Un livre qu’il faut absolument savourer, offrir et partager, un témoignage unique, riche et passionnant.

Une recherche historique qui se lit comme un reportage, presque comme un roman, cet ouvrage vous ravira.

Je vous conseille également de suivre l’auteur et lire ses autres œuvres, j’en ai été conquise

❤️❤️❤️❤️❤️(❤️)

Éditions Belin et Folio histoire

Un artiste anglais, Vaughan Grylls a exposé, dans une  galerie londonienne, des sommiers faits de lattes de bois, sous  lesquelles on peut lire les propos de Joachim  traduits en anglais
Les planches
Édition Belin
Édition Folio
Édition Folio
Château de Picomtal
Jaques-Olivier Boudon

Argent animal

Mot de l’éditeur :

Lors d’une conférence sur la finance en Amérique du Sud, cinq économistes développent un concept de monnaie vivante, capable de se reproduire. Bientôt l’argent animal croît et se multiplie, envahissant le monde.

Biographie de l’auteur :

Ne en 1970. écrivain, traducteur et professeur de littérature, Michael Cisco a publié outre-Atlantique plus d’une dizaine de romans. Il vit à New York. Il est souvent décrit comme le Kafka américain. Ses deux premiers romans, The Tyrant et The Divinity Student, paraîtront en 2019 et 2020 Au Diable Vauvert.

Biographie du traducteur :

Né en 1962, Claro est l’auteur d’une quinzaine de fictions. Egalement traducteur de l’anglais (une centaine d’ouvrages traduits : Vollmann, Gass, Gaddis, Rushdie, Moore…), il est membre du collectif inculte. Il tient un blog littéraire : « Le Clavier cannibale ». Il écrit une chronique dans Le Monde des livres « le feuilleton de Claro » et son prochain livre « Substance » paraîtra en août 2019.

Notre avis :

Quelle excellente lecture, troublante et surréaliste. J’ai lu cet ouvrage deux fois.

Le livre déroule son intrigue autour de cinq économistes qui participent à une conférence et proposent le concept de monnaie animale, dans un nouveau système économique bizarre et fascinant … sauf que ce n’est pas si simple à mettre en place. Dans cette réalité future fictive crée par Cisco, les économistes (à l’instar d’autres universitaires) sont une puissante organisation presque une secte. L’idée de l’argent animal qui prend racine dans leur imagination dérange beaucoup de monde et une série d’événements étranges commence à se produire. 

Le complot, avec toutes sortes de forces et puissances en place essayant de supprimer l’idée de la monnaie animale et d’arrêter ses créateurs se met en place rapidement et nous submerge de pistes, de situations et d’épisodes variés. Au fil des pages tout devient de plus bizarre autant q’étrange. Nous découvrons des extraterrestres, des voyages dans l’espace, un narrateur fantôme mort, un journaliste qui boit beaucoup, une araignée géante qui gère une île qui apparaît de nulle part et qui communique avec des personnes buvant son venin (ou quelque chose du genre), un scientifique qui peut être ou non une création fictive et bien oui nous découvrons tout ça et plus encore dans ce récit peu commun et peuc commun.

Je  vous laisse naturellement découvrir le rôle et l’évolution de chaque personage. L’un de mes préférés est sans doute, SuperÉsope.

Nous sommes en présence d’une histoire incroyablement imaginative. Cisco nous plonge dans son univers fantasmagorique et pourtant cohérent si on se laisse transporter par la cascade de mots de l’auteur. Ce roman est fantastique et possède un merveilleux élan narratif. C’est l’une des œuvres les plus intenses et en même temps amusantes et oniriques que j’ai eues à lire depuis des années. Philosophie, critique du système capitaliste ce livre est une aventure littéraire avec un style unique.

Je suis vraiment impatiente de lire plus de livres de Michael Cisco.

J’espère que ses œuvres récentes, déjà publiées aux Etats-Unis, le seront aussi en France, je pense par exemple à The Wretch of the Sun.

Au Diable Vauvert 

❤️❤️❤️❤️❤️

Michael Cisco
Couverture du livre en version américaine
Vonn Stropp auteur de la couverture d’Argent animal
Vonn Stropp auteur de la couverture d’Argent animal
Extrait
Extrait
Extrait
Extrait SuperÉsope
Extrait SuperÉsope
Kafka La Métamorphose

Le Vampyre

Mot de l’éditeur :

Au mois de mai 1816, le poète anglais Lord Byron, son médecin et secrétaire John Polidori, Mary Godwin (future Mary Shelley) et le philosophe et  poète Percy Shelley séjournent près de Genève.

Le soir, réunis autour du feu, ils aiment se lire à haute voix des poèmes sur les vampires. Par une nuit particulièrement agitée, ils décident de se divertir en écrivant chacun une histoire de fantôme.

Mary Godwin, qui avait dix-neuf ans, commence ce qui allait devenir Frankenstein ; Lord Byron écrit un fragment sur un vampire aristocrate appelé Darvell. À partir de ce fragment, Polidori, alors âgé de vingt-et-un ans, écrit Le Vampyre (1819).

Un étranger arrive à Londres. Il séduit hommes et femmes, mais semble enveloppé de ténèbres. Qui est-il ? Se pourrait-il qu’il soit une créature maléfique ?

Dans ce bref roman, Polidori invente la fgure moderne du vampire, en croisant les légendes qu’il a recueillies en voyageant avec Byron, et un portrait  peu flatteur de son employeur, aristocrate séducteur, froid et destructeur. Immense succès des années 1820, ce texte inspire  suites et adaptations théâtrales. La continuation la plus connue est ici reproduite à la suite du texte de Polidori : Le Comte Ruthwen ou les Vampires de Cyprien Bérard (1826), un récit empreint de romantisme noir.

Traduction d’Arnaud Guillemette.

Postface de Thomas Spok et David Meulemans, qui étudie la naissance de ce mythe et de cette matrice allégorique, deux cents ans après sa première publication.

Biographie de l’auteur :

John William Polidori (Londres, 7 septembre 1795 – Londres, 24 août 1821), fils de Gaetano Polidori, est un écrivain italo-anglais. Il est notamment connu pour la nouvelle Le Vampire (The Vampyre), parue en 1819 et qui popularise le thème du vampirisme dans la littérature.

Notre avis :

Aux Forges de Vulcain nous propose un livre dans un format qui présente « Le Vampyre » de John William Polidori, sa suite « Le Comte Ruthwen ou les Vampires » de Cyprien Bérard et une intéressante postface.

Nous pouvons retrouver des créatures avec des caractéristiques proches du vampire, (monstres anthropophages ou suceurs de sang) dans des croyances présentes un peu partout, chez les Babyloniens, les Romains tout comme en Chine. Ces phénomènes naissent de tout un imaginaire associé aux peurs ancestrales de la mort mais aussi au caractère sacré du sang, considéré comme le siège de l’âme et donc interdit de consommation. Du Moyen Âge au XVIIe siècle, la croyance en la vie après la mort n’a jamais été aussi forte, liée à des périodes où coïncidaient épidémies et affaires de pillage de sépultures. On attribue aux vampires la profanation des tombes et les disparitions de jeunes filles vierges entre autres méfaits. L’Église catholique, par ses campagnes menées contre ses grands ennemis comme les sorcières, les bêtes monstrueuses et les vampires, alimente la terreur populaire et encourage la production de traités pour combattre ses êtres démoniaques. Dans « Magia Posthuma », un petit ouvrage de 1706, Ferdinand de Schertz raconte que de son temps, les observations de vampires dans les montagnes de Silésie et de Moravie étaient fréquentes. Les créatures apparaissaient en plein jour comme la nuit. Le seul remède contre ces apparitions était de couper la tête et de brûler le corps du buveur de sang. Emily Gerard dans son récit « Superstitions en Transylvanie » nous explique qu’ils existent deux sortes de vampires : les vivants, généralement des enfants illégitimes et les morts, des revenants tués et transformés par un vampire.

Tout ceci est l’état des lieux du monde vampirique avant la naissance du vampire moderne que Polidori initie dans son livre. L’auteur décrit un vampire cultivé, en apparence romantique, énigmatique, fin charmeur en société mais également loin d’être innocent puisque comme dirait l’écrivaine Morgane Caussarieu « Les gentils vampires n’existent pas ».

Dans « Le Vampyre » Aubrey, un jeune homme orphelin en possession d’une grosse fortune rencontre à Londres le mystérieux Lord Ruthven. Aubrey est fasciné par Ruthven et decide de se rendre en Europe avec lui. Plus Aubrey passe du temps avec Ruthven, plus il découvre d’étranges événements et attitudes, il décide alors de prendre ses distances et s’éloigner de son dangereux compagnon de voyage mais il est déjà trop tard pour sauver tout ce qui lui est cher de la soif du vampire. Lord Ruthven, hérite des traits de tous les grands libertins raffinés et amateurs d’art. Polidori n’est cependant pas l’inventeur de Ruthven, il s’est inspiré de l’oeuvre de Lord Byron écrite la même nuit qui a vu la création de Frankenstein par Mary Shelley. Polidori fut, en effet, le secrétaire et médecin de Byron, homme dont la personnalité excentrique et le mode de vie furent une source d’inspiration pour le fameux Ruthven.

Cette nouvelle est très agréable à lire tout comme sa suite « Le Comte Ruthwen ou les Vampires » de Cyprien Bérard, nous y retrouvons le dangereux Lord Ruthwen qui se rend à Venise et frappe à nouveau, tuant la jolie Bettina et torturant son amoureux, Léonti, qui jure de la venger et décide de se joindre au combat d’Aubrey devenu chasseur de vampires à la recherche de ce monstre insaisissable qui a détruit sa vie. 

J’ai été ravie de la publication et de la lecture de « Le Vampyre ».

Étant une grande amatrice de littératures de l’imaginaire je connaissais Polidori et son texte qui fut acclamé lors de sa sortie mais j’ai découvert le récit romantique et gothique de Cyprien.

La postface signée par Thomas Spok et David Meulemans est une belle surprise et porte un regard intéressant sur l’évolution du mythe du vampire.

« Le Vampyre » est un livre nécessaire pour mieux comprendre les ouvrages qui ont suivi comme par exemple « La Dame pâle » d’Alexandre Dumas, les récits de Mérimée, Maupassant, Gautier, le magnifique « Carmilla » de Sheridan Le Fanuet et évidemment « Dracula » de Bram Stoker. Nous constatons ainsi que à partir de « Le Vampyre » l’écriture a arraché le vampire à la superstition pour en fabriquer un mythe littéraire dont l’empreinte persiste.

Le vampire ne cesse et ne cessera sans doute jamais de faire parler de lui. Refuge de nos contradictions, personnage polyvalent, hybride et énergique, il séduit toujours. S’il n’inspire plus la peur, il reste un objet de fascination. Monstre intemporel, il s’adapte aux époques et aux langages nouveaux.

Juste pour l’anecdote Lord Ruthwen est aussi un vampire personnage de Marvel Comics qui apparaît dans La Terre-616 (Earth-616).

Le vampire littéraire est encore aujourd’hui vivant, ou plus exactement non-mort, il n’est donc pas si simple à enterrer.

Je ne peux donc que vous dire de vous laissez tenter et vous recommander la lecture de « Le Vampyre »

❤️❤️❤️❤️❤️

Aux Forges de Vulcain 

Polidori de Richard Westall 1813
Extrait
Portrait de Lord Byron
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Lord Ruthwen Marvel Comics