Delicious Foods

Mot de l’éditeur :

Aucune enquête, aucun chiffre, aucun reportage ne saura nous faire prendre en haine l’esclavage contemporain comme l’image des moignons maculés de sang d’Eddie, 17 ans, conduisant sa Subaru dans la scène d’ouverture, hallucinée, de ce roman. Il vient de s’évader de la ferme Delicious Foods, exploitation géante – et pas seulement agricole -, au cœur de la Louisiane où Darlene, sa mère, a été recrutée 6 ans plus tôt, comme d’autres toxicomanes. Productrice de fruits et légumes, Delicious Foods maltraite ses ouvriers et les maintient prisonniers au cœur de la Louisiane grâce à la triple contrainte de la terreur physique, d’un endettement perpétuel à l’entreprise et d’une addiction à la drogue qui leur est continuellement fournie. Abandonné à son sort, le tout jeune Eddie fera tout pour retrouver la trace de sa mère, la rejoindre et l’aider à se libérer de ce piège. Dans ce prodigieux roman qui a valu à Hannaham tous les honneurs Outre-Atlantique (Pen/Faulkner Prize – roman), trois voix se succèdent pour raconter la spirale infernale : une mère prisonnière, un fils révolté et puis… la drogue, pour une fois présentée sous son jour le plus troublant : elle est un bateleur, un séducteur, un amant jaloux.

Biographie de l’auteur :

Né en 1968 dans le Bronx, James Hannaham a grandi à Yonkers, au temps où la ségrégation raciale sévissait encore dans les écoles de la ville. Sa mère, journaliste d’investigation, avait couvert l’affaire et les procès à la radio. Il est multicarte, polygraphe, pluritalentueux et doué d’humour (cf. sa bio sur son site) : non content d’étudier l’art à Yale, de publier des nouvelles dans diverses revues, de travailler au Village Voice, d’enseigner l’écriture au Pratt Institute de Brooklyn, et de cofonder le groupe de performance et d’art visuel Elevator Repair Service, il écrit des romans. Delicious Foods, couronné par des prix prestigieux aux USA est son deuxième après God Says No.

Notre avis :

Le roman Delicious Foods de James Hannaham est une réussite. Dans la tradition de Toni Morrison et Alice Walker, Delicious Foods est une fable profonde et sombre sur la vie afro-américaine, se déroulant principalement en Louisiane et au Texas dans un passé pas trop lointain juste avant Internet. Il dépeint de manière vivante deux formes insidieuses d’esclavage qui ont prospéré à cette époque: l’exploitation économique et le crack. Le titre fait en fait référence à une entreprise qui recherche les pauvres ivrognes noirs sans-abri et les junkies des rues de Houston et les met au travail dans une plantation isolée. 

J’ai été immédiatement, à la fois horrifiée et captivée par Delicious Foods. Captivant, puis dévastateur et inspirant. L’histoire d’Eddie et Darlene est magnifiquement et courageusement décrite.

Plus ingénieuse encore est la façon dont l’auteur personnifie le crack en tant que conscience nommée Scotty qui raconte de larges pans du livre, ce qui lui permet d’explorer un sujet – les dommages causés à une génération de Noirs américains par le développement d’une drogue de rue très addictive et accessible à bas prix. – qui passe généralement sous le radar du discours politique sur la race, l’injustice économique et le système carcéral en Amérique.

Histoire très créative, vraiment bien ficelée.

J’ai adoré chaque minute de cette lecture hautement recommandée.

❤️❤️❤️❤️❤️

Globe

Sortie le 26/08/2020

James Hannaham
Extrait
Extrait
Extrait
Pastèques
Crack

Trencadis

Mot de l’éditeur :

«Je montrerai tout. Mon coeur, mes émotions. Vert – rouge – jaune – bleu – violet. Haine -amour – rire – peur – tendresse.» 

Niki hait l’arête, la ligne droite, la symétrie. A l’inverse, l’ondulation, la courbe, le rond ont le pouvoir de déliter la moindre de ses tensions. Délayer les amertumes, délier les pliures : un langage architectural qui parlerait la langue des berceuses. Aussi vit-elle sa visite au parc Güell comme une véritable épiphanie. Tout ici la transporte, des vagues pierrées à leur miroitement singulier. Trencadis est le mot qu’elle retient : une mosaïque d’éclats de céramique et de verre. De la vieille vaisselle cassée recyclée pour faire simple. 

Si je comprends bien, se dit-elle, le trencadis est un cheminement bref de la dislocation vers la reconstruction. Concasser l’unique pour épanouir le composite. Broyer le figé pour enfanter le mouvement. Briser le quotidien pour inventer le féérique. Elle rit : ce devrait être presque un art de vie, non ? 

«J’aime l’imaginaire comme un moine peut aimer Dieu.»

Biographie de l’auteur :

Originaire de Valenciennes, Caroline Deyns est l’auteure de Tour de plume et de Perdu, le jour où nous n’avons pas dansé (Philippe Rey, 2011 et 2015). Elle est agrégée de lettres et réside à Besançon.

Notre avis :

J’ai été captivée par ce roman biographique au style très vivant et à la recherche extrêmement documentée. Cette évocation d’une artiste singulière, est très réussie. « Trencadis » éclaire de manière inédite, soignée et esthétique, me semble-t-il, la figure de Niki de Saint-Phalle ainsi que son oeuvre.

Caroline Deyns comme dans une mosaïque reconstitue les épisodes marquants du parcours personnel et professionnel de son héroïne.

L’événement qui déclenchera sa vie d’artiste est son internement en hôpital psychiatrique à la suite d’une grave dépression nerveuse survenue à l’âge de 22 ans. C’est là qu’elle commence véritablement à peindre et utilise l’Art comme moyen cathartique et de guérison. Elle concevra la création et le geste artistique comme émancipateurs.

En 1994, Niki révélera un événement traumatisant dans son livre illustré « Mon Secret » : le viol par son père lorsqu’elle avait 11 ans.

Des blessures de sa vie, Niki de Saint-Phalle tire un art coloré et lumineux, proposant la liberté et l’expression des sentiments. Ses grandes sculptures de polyester, les Nanas, sont ces symboles de la féminité et de la joie de vivre retrouvée.

Comme dans “Exercices de style” de Raymond Queneau l’envie de découvrir la nouvelle trouvaille graphique ou littéraire de l’autrice est très forte.

Le narrateur change continuellement, la présentation varie et les citations sont nombreuses avec des chapitres courts d’une efficacité et originalité saisissantes.

L’envie de visiter Le Jardin des Tarots avec ses superbes installations en Toscane sera forte après cette lecture et ses arcanes vous seront dévoilés dans le livre.

Ce texte est un hommage précieux et sensible à Niki de Saint-Phalle.

Je recommande vivement cette histoire brillante et poétique.

Un énorme coup de cœur.

❤️❤️❤️❤️❤️(❤️)

Quidam Editeur 

http://ilgiardinodeitarocchi.it/

Caroline Deyns
Extrait
Niki de Saint Phalle
Tirs
Arbre-Serpents
Nanas
Le Jardin des Tarots
Conseil de lecture

Nickel Boys

Mot de l’éditeur :

Prix Pulitzer 2020

Dans la Floride ségrégationniste des années 1960, le jeune Elwood Curtis prend très à coeur le message de paix de Martin Luther King. Prêt à intégrer l’université pour y faire de brillantes études, il voit s’évanouir ses rêves d’avenir lorsque, à la suite d’une erreur judiciaire, on l’envoie à la Nickel Academy, une maison de correction qui s’engage à faire des délinquants des « hommes honnêtes et honorables ». Sauf qu’il s’agit en réalité d’un endroit cauchemardesque, où les pensionnaires sont soumis aux pires sévices. Elwood trouve toutefois un allié précieux en la personne de Turner, avec qui il se lie d’amitié. Mais l’idéalisme de l’un et le scepticisme de l’autre auront des conséquences déchirantes.

Couronné en 2017 par le prix Pulitzer pour Underdground Railroad puis en 2020 pour Nickel Boys, Colson Whitehead s’inscrit dans la lignée des rares romanciers distingués à deux reprises par cette prestigieuse récompense, à l’instar de William Faulkner et John Updike. S’inspirant de faits réels, il continue d’explorer l’inguérissable blessure raciale de l’Amérique et donne avec ce nouveau roman saisissant une sépulture littéraire à des centaines d’innocents, victimes de l’injustice du fait de leur couleur de peau.

 « Le roman de Colson Whitehead est une lecture nécessaire. Il détaille la façon dont les lois raciales ont anéanti des existences et montre que leurs effets se font sentir encore aujourd’hui. » Barack Obama

Biographie de l’auteur :

Colson Whitehead est reconnu comme l’un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération.  Underground Railroad, élu meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, a été récompensé par le National Book Award 2016 et récemment distingué par la Médaille Carnegie, dans la catégorie « Fiction ». Salué par Barack Obama, le livre connaît depuis sa parution un succès phénoménal aux états-Unis et dans le monde entier.

Notre avis :

Nickel Boys, Prix Pulitzer 2020, est un livre important.

Un roman basé sur des faits réels, les horreurs décrites sont des vérités magistralement converties en œuvre littéraire par Colson Whitehead.

Mais d’abord vient l’espoir même dans la Floride des années 1960.

Elwood Curtis attiré par les idées de Martin Luther King cherchera toutes les opportunités fragiles mais possibles pour s’émanciper grâce aux études et à la connaissance.

Sauf que ce rêve disparaîtra rapidement en acceptant un trajet dans une voiture volée.

À quelle vitesse une vie peut être changée au-delà de toute imagination.

J’ai récemment revu un film dont le titre est Pile ou face, Sliding Doors en version originale, L’histoire se scinde en deux et deux versions de l’avenir sont possibles, pour notre protagoniste à cause de ce simple choix, une seule nouvelle direction inéluctable et dangereuse se profilera.

Après la condamnation injuste pour vol, la Nickel Academy ouvrira ses portes au jeune garçon et fera découvrir au lecteur un univers où la “banalité du mal” est souveraine.

Toutes les perversions et abus y habitent.

Les personnages principaux et secondaires sont décrits avec minutie et participent à la construction du puzzle qui se compose au fil des pages.

Une “nature vivante”peinte avec adresse.

L’approche directe et presque détachée utilisée dans ce livre est remarquablement efficace pour révéler non seulement les effets directs du racisme, mais aussi les conséquences plus larges et de longue durée de la ségrégation. 

Une pensée à l’actualité de #BlackLives Matter et à la situation des prisons pour mineurs est inévitable.

“Les droits de chaque individu sont amoindris si ceux d’un seul homme sont menacés”. disait J.F.Kennedy.

Un roman très émouvant au final surprenant et inattendu. 

Un livre incontournable de la rentrée littéraire 2020.

❤️❤️❤️❤️❤️(❤️)

Albin Michel 

Colson Whitehead
Extrait
Extrait
Centre d’éducation pour mineurs
Martin Luther King

Térébenthine

Mot de l’éditeur :

« Certains, ou plutôt devrais-je dire certaines, se sont étonnés du peu d’artistes femmes citées dans notre programme d’histoire de l’art. J’ai donné carte blanche aujourd’hui. Mesdemoiselles, c’est à vous !  » Quand la narratrice s’inscrit aux Beaux-Arts, au début des années 2000, la peinture est considérée comme morte. Les professeurs découragent les vocations, les galeries n’exposent plus de toiles. Devenir peintre est pourtant son rêve. Celui aussi de Luc et Lucie, avec qui elle forme un groupe quasi clandestin dans les sous-sols de l’école. Un lieu de création en marge, en rupture. Pendant ces années d’apprentissage, leur petit groupe affronte les humiliations et le mépris. L’avenir semble bouché. Mais quelque chose résiste, intensément.

Biographie de l’auteur :

Carole Fives est à la fois auteur et plasticienne, diplômée de philosophie et de l’école des Beaux-arts. Elle vit à Lille où elle enseigne dans une école d’art et de création graphique. Elle a publié plusieurs ouvrages salués par la critique : Quand nous serons heureux, prix Technikart et prix Jeunes talents Fnac, Que nos vies aient l’air d’un film parfait, prix L’usage du monde, et aux Editions Gallimard : C’est Dimanche et je n’y suis pour rien, Une femme au téléphone et Tenir jusqu’à l’aube. Elle est aussi l’auteur de livres pour la jeunesse.

En 2018, le roman Tenir jusqu’à l’aube est présent sur les listes des prix Fnac, Médicis et Wepler. Il est en cours d’adaptation pour le cinéma.

Dans Térébenthine, elle raconte le parcours de trois étudiants aux Beaux-arts. Le déclencheur de ce texte a été le suicide de son professeur de peinture aux Beaux-arts, probablement précédé d’un féminicide.

Notre avis :

Térébenthine le nouveau roman de Carole Fives, autrice que j’avais déjà apprécié dans ses ouvrages précédents, est une réflexion sur l’art et ses évolutions.

La narratrice et les autres personnages principaux Luc et Lucie sont des étudiants des Beaux-Arts de Lille, que le lecteur suit dans leurs recherches artistiques et dans les questionnements sur l’avenir et les possibilités qui pourraient s’ouvrir à eux.

Une belle observation de la psychologie humaine, agréable à lire et que j’imaginerais bien jouée en pièce de théâtre pour pouvoir “voir” les cours imaginés par l’autrice, notamment ceux de la journée carte blanche née de la demande de découvrir des artistes femmes choisies par les étudiantes. Niki de Saint Phalle, Yoko Ono et la Street artiste Miss.Tic, pionnière féminine du pochoir peuplent cette lesson pas ordinaire.

J’ai pensé en lisant ce texte, à un ami artiste qui, en donnant un cours à un jeune élève disant aimer les coulures à la Keith Herring lui proposait d’abord d’apprendre à ne pas en faire et de choisir sa voie après la maîtrise d’un « peu de technique »

L’ambiance des Beaux-arts est extrêmement bien rendue grâce à l’expérience personnelle de Carole Fives comme étudiante et enseignante.

J’ai lu les 176 pages du livre sans interruption, vraiment une belle plume et un style captivant.

❤️❤️❤️❤️❤️

Gallimard 

Le livre sortira le 20/08/2020

Carole Fives
Extrait
Extrait
Extrait
Œuvre de Niki de Saint Phalle
Installation de Yoko Ono
Miss.Tic

Une farouche liberté

Mot de l’éditeur :

Gisèle Halimi  : Soixante-dix ans de combats, d’engagement au service de la justice et de la cause des femmes. Et la volonté, aujourd’hui, de transmettre ce qui a construit cet activisme indéfectible, afin de dire aux nouvelles générations que l’injustice demeure, qu’elle est plus que jamais intolérable. Gisèle Halimi revient avec son amie, Annick Cojean, qui partage ses convictions féministes, sur certains épisodes marquants de son parcours rebelle pour retracer ce qui a fait  un destin. Sans se poser en modèle, l’avocate qui a toujours défendu son autonomie, enjoint aux femmes de ne pas baisser la garde, de rester solidaires et vigilantes, et les invite à prendre le relai dans le combat essentiel pour l’égalité à l’heure où, malgré les mouvements de fond qui bouleversent la société, la cause des femmes reste infiniment fragile. 

Depuis l’enfance, la vie de Gisèle Halimi est une fascinante illustration de sa révolte de «  fille  ». Farouchement déterminée à exister en tant que femme dans l’Afrique du Nord des années 30, elle vit son métier comme un sacerdoce et prend tous les risques pour défendre les militants des indépendances tunisienne et algérienne et dénoncer la torture. Avocate plaidant envers et contre tout pour soutenir les femmes les plus vulnérables ou blessées, elle s’engage en faveur de l’avortement et de la répression du viol, dans son métier aussi bien que dans son association «  Choisir  la cause des femmes ». Femme politique insubordonnée mais aussi fille, mère, grand-mère, amoureuse… Gisèle Halimi vibre d’une énergie passionnée, d’une volonté d’exercer pleinement la liberté qui résonne à chaque étape de son existence. 

«  Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque  »  : ces mots de René Char, son poète préféré, pourraient définir Gisèle Halimi, cette «  avocate irrespectueuse  », et sa vie de combats acharnés pour la justice et l’égalité.

Biographie de l’auteur :

Grand reporter au Monde, Annick Cojean est notamment l’auteur des Proies (Grasset, 2012) et de Je ne serais pas arrivée là si (Grasset, 2018), disponibles au Livre de poche.

Avocate, militante féministe, femme politique, Gisèle Halimi a accompagné tous les grands combats de la deuxième moitié du XXe siècle. Née en 1927 en Tunisie et décédée à Paris le 28 juillet 2020.

Elle est l’autrice de grands livres autobiographiques parmi lesquels Le lait de l’oranger (1988), Avocate irrespectueuse (2002), Ne vous résignez jamais (2009), tous disponibles en poche.

Notre avis :

Annick Cojean nous fait parcourir, découvrir ou redécouvrir les rêves, le parcours et les actions de Gisèle Halimi.

L’avocate qui avec ses convictions et son engagement a défié les puissants et rassemblé des armées d’intellectuels comme un « chevalier sans peur ».

Les héroïnes comme elle doivent être connues et rester dans l’histoire. (Il faut lire les premières pages du livre pour mieux comprendre mes quelques lignes sur les héros et les héroïnes …)

Le texte se lit comme un roman, la vie de Gisele Halimi est un roman.

Une grève de la faim à 10 ans pour obtenir le droit de ne pas être obligée de servir ses frères, une grande passion pour les écrivains français lus en cachette et une soif de liberté et de justice inébranlable.

Son chemin, ses batailles elle les gagne grâce à sa persévérance et sa force de caractère, première femme à participer à un concours d’éloquence de jeunes avocats elle ouvre des portes qui lui seraient normalement fermées.

Ses avancées dans la profession coïncident à des combats pour les faibles et pour les femmes qui n’auraient pas forcément trouvé de voix sans elle.

Dans ce livre nous pouvons découvrir une attitude très Gandhienne à se mettre en danger pour une cause, vivre le chemin et les déceptions politiques, imaginer l’ambiance des batailles menées et financées par des personnalités comme Leonor Fini, artiste que j’admire énormément, moins connue que ses contemporains hommes mais certainement pas moins talentueuse. Percevoir les liens très forts avec Sartre et avec Guy Bedos et sa famille.

Le témoignage d’une femme d’exception à lire et à partager.

« Une farouche liberté » est un coup de cœur pour moi.

Le livre sortira le 19/08/2020.

❤️❤️❤️❤️❤️

Grasset

Gisele Halimi
Annick Cojean
Extrait
Extrait
Extrait
Extrait
Procès de Bobigny
Leonor Fini

Le Cake au citron

Mot de l’éditer :

Le cake au citron mélange l’acide et le sucré, comme la vie mélange le malheur et le bonheur. Quand c’est acide, ça te fait des frissons, mais avant que tu aies les larmes aux yeux, c’est sucré, ça te fait tout doux et tu rigoles. Si tu le manges dans la joie, il te rappelle que la vie n’est pas toujours facile, mais si tu le manges dans la tristesse, il te dit que bientôt ta vie sera douce. Et quand tu découvres les étranges collections de ta mère qui vient de mourir, rien de tel qu’une bonne grosse tranche.

Biographie de l’auteur :

Journaliste de formation, Emmanuelle Ryser vit et travaille à Lausanne. Elle a fait des mots son métier, proposant récits de vie ainsi que stages et ateliers d’écriture. Le Cake au citron est son premier roman.

Notre avis :

« On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui ». Telle était la maxime de Pierre Desproges, jusqu’à sa mort.

L’humoriste, déjà malade, dans ses spectacles parlait de cancer et de la mort à des spectateurs encore ignares de sa situation personnelle.

Le livre d’Emmanuelle Ryser, entièrement écrit à la deuxième personne du singulier, me fait penser à Desproges et à son humour parfois amer mais également à Terry Pratchett et ses réflexions sur la mort.

Dans ce récit nous sommes confrontés à un goût doux et acide tout comme le gâteau qui lui donne son titre : Le Cake au citron.

Une recette réussie, des ingrédients biens dosés et assez de poudre à lever pour permettre au lecteur d’avoir envie de suivre cette histoire page après page comme si il observait un cake monter et prendre forme.

La découverte d’une étrange collection appartenant à la défunte mère de la protagoniste, servira de fil conducteur pour affronter le concept de la mort et dépasser le deuil personnel.

Le livre offre aussi des “tranches” de vie de notre héroïne et de sa famille.

Un premier roman qui secoue, bouleverse, et nous fait voir la vie sous un autre jour.

Un excellent moment de lecture, je vous le conseille.

❤️❤️❤️❤️❤️

Éditions Lemart

Emmanuelle Ryser
Extrait
Extrait
Extrait
Extrait

Chroniques de Prydain, Tome 4 : Taram chevalier errant

Mot de l’éditeur :

De retour à Caer Dallben en ayant laissé la princesse Eilonwy à la cour royale de Mona, Taram prend toute la mesure de son amour pour la princesse. Mais s’il a bien prouvé sa valeur en tant qu’homme, il souffre d’ignorer ses origines et est bien décidé à les découvrir afin de pouvoir demander la jeune fille en mariage. Accompagné du loyal Gurgi, Taram prend donc le chemin des marécages de Morva, afin d’y rencontrer Orddu, Orwen et Orgoch, les trois sorcières redoutables dont on dit qu’elles contrôlent le destin des hommes. Les trois enchanteresses lui dicteront d’aller consulter le Miroir de Llunet, dans les montagnes tout à l’est du pays. En chemin, Taram fera halte chez le roi Smoit où il retrouvera Fflewdur Fflam, puis fera de nombreuses rencontres, heureuses et malheureuses : un fermier au désespoir, un berger qui pourrait lui révéler le secret de sa naissance, et un sorcier immortel déterminé à anéantir les hommes.

Biographie de l’auteur :

Lloyd Alexander, né en 1924 à Philadelphie, rêve à quinze ans de devenir poète mais il lui faut bientôt travailler pour payer ses études. Après avoir servi la France pendant la guerre, il suit des cours à la Sorbonne avant de rentrer aux États-Unis avec son épouse parisienne. Il publie au début des années 60 ses premiers livres pour la jeunesse, contes et romans fantastiques qui lui valent des prix importants. Le Chaudron noir a été adapté à l’écran par les studios Disney, en 1985, sous le titre Taram et le Chaudron magique.

Notre avis :

Le quatrième tome des chroniques de Prydain : Taram chevalier errant est, comme l’écrit l’auteur,  “le plus héroïque de tous”

Avec l’intention de demander à la princesse Elionwy de l’épouser à son retour de sa formation sur l’île de Mona, Taram souhaite en savoir plus sur son héritage. N’ayant jamais connu ses parents, il nourrit un souhait secret d’avoir du sang noble dans les veines; c’est pourquoi il entreprend ce périple pour la découverte de son identité et pour trouver sa place dans le monde. Au cours de ses voyages, il apprend l’existence du mystérieux Miroir de Llunet, qui est censé montrer le vrai soi de quiconque le regarde. Avec cela comme objectif quelque peu vague, il part dans dans sa quête. Des seigneurs en guerre aux sorciers maléfiques, des mercenaires sans loi aux leçons de forge, de métier à tisser et de tour de potier – chaque expérience de vie le rapproche de celui qui il est vraiment. Au fil de l’histoire, Lloyd Alexander trouve également le temps, subtilement et judicieusement, d’ajouter des commentaires sur la condition humaine. Mais tout n’est pas sombre. Il y a beaucoup de place pour l’humour, l’émerveillement et l’espoir. Un autre aspect à noter est que Prydain est exploré plus en détail que dans les livres précédents.

Je pense que Taram découvre beaucoup plus qu’il ne le réalise et prépare le lecteur au grand final de la saga dans le cinquième livre que j’attends avec impatience.

Les premiers volumes sont disponibles et peuvent être un joli moment de partage adultes/ados.

Ne manquez pas cette série.

❤️❤️❤️❤️❤️

Éditions Anne Carrière

Lloyd Alexander
Extrait
Extrait
Aide à la lecture
Prydain
Prydain
Illustration
La saga
Le tome 5 qui sortira le 30 octobre 2020

Arythmies

Mot de l’éditeur :

Jean embrasse Emma…du regard. Il embrasse les contours de son corps voilé d’une légère robe noire. « Et un rire… » Et si cette légende japonaise prédisait une vérité ? Sommes-nous liés au destin d’une seule personne à notre naissance ? Pouvons-nous ignorer ce fil rouge tissé de nos coeurs à nos doigts ? De nos doigts à nos coeurs ? La vie, souvent moqueuse, rétablit un équilibre en empêchant deux êtres de se retrouver. Nous sommes les instruments de sa volonté. Parfois…

Biographie de l’auteur :

Laetitia Cavagni, poétesse et auteure de talent, d’une sensibilité rare et d’un réalisme à l’épreuve du feu, signe ici son premier roman dans la collection Magnitudes. Chroniqueuse de nos amours, rimeuse de nos bonheurs et de nos peurs, son texte poursuit une histoire qu’elle écrit depuis des années. Celle d’Emma et Jean Et celle aussi d’autres gens. Un texte rare pour une écriture rare qui vous portera au loin. À lire pour le plaisir.

Notre avis :

Ce roman est un vrai bijou de sensualité, il  brille par son raffinement, son vocabulaire riche, son humour dans les descriptions des femmes et des hommes qui vivent dans les pages d’ “ Arythmies ”

L’ écriture est élégante, jamais lourde ni pompeuse, ni précieuse, mais d’une finesse et d’une élégance sculptée avec grâce.

Selon la légende japonaise du fil rouge, le petit doigt n’est pas l’endroit où se termine la connexion vitale avec le cœur . Car un fil rouge invisible se déroule du petit doigt, qui porte la marque de l’âme et nous connecte de façon définitive et profonde avec les fils des autres personnes, c’est-à-dire avec leurs cœurs. Ceux qui sont reliés par un fil rouge sont unis par la force de la vie elle-même ; ils sont destinés à se rencontrer et à vivre une histoire d’apprentissage mutuel, qu’importe le temps, la distance ou les événements qui les séparent. Au cours de la vie, le fil peut s’étendre ou s’emmêler, en nous éloignant temporairement de telle ou telle personne, mais jamais il ne peut se briser.

Le roman de Laetitia Cavagni suit la trajectoire des fils rouges de ses personnages, un texte envoûtant sur l’amour et la passion.

L’autrice poétesse, nous fait traverser les destins de Jean et Emma et de ses autres personnages enfants et adultes.

Rien n’est réellement comme le lecteur peut l’imaginer et le dénouement final est surprenant, inattendu et confirme la magie de ce livre.

Une occasion pour moi aussi de découvrir les Éditions JDH et la collection Magnitude.

❤️❤️❤️❤️❤️

JDH Éditions 

Laetitia Cavagni
Extrait
Mayotte
Cité dans le livre

Underground Railroad

Mot de l’éditeur :

Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les états libres du Nord. 

De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable coeur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté. 

L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’« Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme. 

à la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une oeuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire. 

Biographie de l’auteur :

Colson Whitehead est reconnu comme l’un des écrivains américains les plus talentueux et originaux de sa génération.  Underground Railroad, élu meilleur roman de l’année par l’ensemble de la presse américaine, a été récompensé par le National Book Award 2016 et récemment  distingué par la Médaille Carnegie, dans la catégorie « Fiction ». Salué par Barack Obama, le livre connaît depuis sa parution un succès phénoménal aux états-Unis et dans le monde entier.

Notre avis :

« Chaque matin je me réveille dans une maison bâtie par des esclaves » disait Michèle Obama à propos de la Maison Blanche » . Le véritable Underground Railroad, fut très efficace et bien organisé à partir de 1820, il fonctionna jusqu’en 1861 (Guerre de sécession) . Après l’adoption par le Congrès, en 1850, d’une nouvelle loi plus sévère contre les esclaves en fuite, l’Underground Railroad connut une activité intense. On estime que plus de 100 000 esclaves l’ont utilisé.

Choisir de lire un livre sur l’esclavage, c’est choisir de se plonger dans la brutalité, la violence et l’inhumanité, mais bien que ce sujet ne soit ni facile ni léger, il est profondément émouvant et très puissant.

Le récit nous transporte dans la vie de Cora, esclave dans une plantation de coton en Géorgie au début des années 1800. Sa mère l’a abandonnée (s’est enfuie) quand elle était petite en faisant d’elle une «enfant perdue». Randall, le propriétaire de la plantation, est particulièrement sadique.

Lorsque César arrive dans la plantation, il décide de convaincre Cora de s’échapper avec lui. Il a établi une connexion avec quelqu’un qui les transportera sur le chemin de fer souterrain vers la liberté. Ils seront pourchassés par Ridgeway, un traqueur d’esclaves qui est toujours fou de rage de ne jamais avoir pu attraper et ramener la mère de de la jeune fille.

Cora est un personnage magnifique, sa force face à une cruauté dévastatrice et sa rage bouillonnante causée par le fait d’être traitée comme la captive de quelqu’un, la propriété de quelqu’un sont remarquables. Très vite il devient cependant clair que la liberté ne consiste pas simplement à sortir de la plantation.

Le livre est raconté sous un certain nombre de perspectives, le voyage de Cora restant le thème commun. Nous obtenons aussi un aperçu de la vie et des personnages qui précèdent la fuite de notre héroïne.

Ambiance de l’époque décrite magistralement par Colson Whitehead qui a reçu son premier Pulitzer pour cet ouvrage. Son prochain livre et de nouveau Prix Pulitzer, “Nickel Boys” sortira en français le 19 août 2020 et je vous annonce déjà que, à mon avis, il est extraordinaire.

Il faut se laisser aller à la puissance des mots de l’auteur dans cette ode à la liberté et à l’espoir !

❤️❤️❤️❤️❤️

Albin Michel

Colson Whitehead
Extrait
Extrait
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Représentation d’esclaves en fuite
Plantation de coton
Piketty Capital et Idéologie

Leonor Fini grâce et profondeur

 

Leanor Fini était une grande artiste surréaliste que je voudrais voir plus connue et reconnue.

Ses œuvres, d’une élégance extraordinaire, présentent des éléments oniriques, des symboles et des éléments plus réalistes toujours exprimés dans un language artistic personnel.

Nous pouvons y retrouver la même vision du  « temps arrêté » si chère à Giorgio De Chirico ou les couleurs et traits de Klimt.

Le Sphinx et les chats jouent des rôles importants dans ses peintures, ainsi que le thème du «double». Elle a vécu avec beaucoup de chats; jusqu’à un total de 23 en même temps.

    

On a dit d’elle qu’elle était la seule artiste à peindre des «femmes sans excuses». Beaucoup de ses peintures présentent des femmes fortes dans des situations cérémonielles ou provocatrices. Les hommes sont souvent décrits comme des figures flexibles sous la protection des femmes.

Née d’un père argentin et d’une mère italienne le 30 août 1907 à Buenos Aires et décédée le 8 janvier 1996 à Paris. Madame Fini a eu une vie compliquée pendant son enfance.

Qand Leonor avait un an, sa mère quitta son mari en Argentine et, emmenant sa fille avec elle, déménagea à Trieste. Pour empêcher Leanor d’être kidnappée, sa mère l’a habillée pendant plusieurs années comme un garçon. Mélancolique et sensible, Leanor ne pouvait que chercher une forme d’évasion de sa cage et, grâce à la peinture, à 17 ans elle était à Milan, en tant que portraitiste. Plus tard elle s’installera à Paris –c’était 1931-1932– pour pouvoir vivre de son Art, en développant son propre langage en toute liberté, dans la ville qui, à cette époque, était la capitale mondiale de l’art. Être en France lui a permis de rencontrer, entre autres, Paul Eluard, Max Ernst, Georges Bataille, Henri Cartier-Bresson, Picasso, Christian Dior, André Pieyre de Mandiargues et Salvador Dalí. Elle a traversé l’Europe en voiture avec de Mandiargues et Cartier-Bresson. Pendant ce voyage, elle a été photographiée nue dans une piscine par Cartier-Bresson – cette image aurait été vendue pour 305 000 $ en 2007 -.

Elle adorait se faire photographier.

Notre artiste a peint des portraits de Jean Genet, d’Anna Magnani, de Jacques Audiberti, d’Alida Valli, de Schlumberger et de Suzanne Flon ainsi que de nombreuses autres célébrités et riches visiteurs de Paris. Elle a conçu la bouteille «Shocking», des costumes et des décors pour le théâtre, le ballet et l’opéra, ainsi que des habits pour le cinéma.

Elle était aussi une excellente illustratrice. Ses graphismes les plus connus sont probablement ceux dessinés pour Histoire d’O mais passionnée de littérature et de poésie, Leonor illustra plus d’une cinquantaine d’ouvrages, dont les œuvres de Charles Baudelaire, qu’elle admirait profondément, celles de Paul Verlaine, de Gérard de Nerval et d’Edgar Allan Poe.

J’ai développé une profonde admiration pour cette artiste éclectique et sagace.

Sa peinture et son œuvre littéraire ont une dimension fortement philosophique.

En 1970, Leonor Fini a écrit trois romans, « Moumour, conte pour enfants velus » «Rogomelec » et « L’Oneiropompe ».

J’ai lu les deux premiers et je suis conquise.

Ses récits sont tout autant surréalistes et délicieux que sa peinture.

Je vous conseille de lire ses livres que, je suis sûre, sauront vous enchanter.

À propos de Rogomelec:

“Leonor Fini bat les cartes de l’imaginaire et les couleurs de son jeu – tragique – dérision, beauté, monstruosité, ont les mêmes valeurs. Ce monastère est-il un sanatorium ? À quel dieu ces moines sont-ils voués ? À quoi sert le régime des curistes qui semblent échappés d’un vieux film muet ? Le récit suit les règles précises du rêve qui brasse le résidu hétéroclite de la mémoire. Et si, du désordre somptueux de la Fête surgissent les figures du Roi et du Pendu, si elles prennent place dans une scène que nous croyons reconnaître, il n’y a là d’autre symbole que la reconnaissance du rôle privilégié du rituel.”

Pour voir une partie de ses œuvres:

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

Portrait de jeune femme (Monique Beaumont) 1950 ; Portrait d’enfant, 1935

Centre Georges Pompidou

Femme travestie, circa 1932

Musée de Grenoble

Mandoliniste, 1933

Musée de l’Hospice Saint-Roch, Issoudun, France

Salle permanente – Reconstitution du Salon de l’appartement de Leonor Fini, rue de La Vrillière à Paris

Tate Modern, Londres

Petit sphinx ermite, 1948

Peggy Guggenheim Collection, Venise, Italie

La Bergère des sphinx, 1941

Musée d’Art et d’Histoire, Genève, Suisse

Nue (Jeune fille au bas) 1941; Nu (Nico Papatakis) 1941

Museo d’Arte Moderna Revoltella, Trieste, Italie

Portrait de jeune homme déguisé en mendiant (portrait d’André Pieyre de Mandiargues) 1935

Miyazaki Prefectural Art Museum, Miyazaki, Japon

Les deux crânes, 1950

Musée d’Art Moderne, Bruxelles, Belgique

Galleria Nazionale d’Arte Moderna e Contemporanea, Rome, Italie

Théâtre national de l’Opéra, Paris

Costumes pour Tannhaüser, 1963

Art Institute of Chicago, Chicago, Illinois

The Sphinx (gouache) 1970

The Lost Needle (collage de Joseph Cornell avec dessin et photographie de Leonor Fini) circa 1947

Galleria Nazionale d’Arte Moderna, Museo Mario Praz, Rome

Sphinx, circa 1950

Galleria d’Arte Moderna e Contemporanea, Palazzo Massari, Ferrara, Italie

Portrait d’Achille Funi

http://www.leonor-fini.com/fr/