La Maison vide / Laurent Mauvignier / Éditions de Minuit

Entrez dans une énigme familiale.

Osez ouvrir la porte. Derrière, une maison fermée pendant vingt ans, puis rouverte par un homme en 1976. Un piano figé, une commode au marbre ébréché, des photos dont un visage a été arraché. Laurent Mauvignier arpente l’ombre, creuse l’absence, écoute le souffle des générations qui se sont succédées dans ce lieu-corps, ce lieu-temps.

Je suis très attaché à la pierre, aux lieux du passé qui sont témoins de 1000 histoires et de l’Histoire.

Dans cette vaste fresque familiale, les femmes tiennent la main : Marguerite, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci. Silences, effacements, guerres mondiales, vie rurale du XXᵉ siècle. Le récit adopte une posture horizontale : pas de héros flamboyant, mais une polyphonie d’existences ordinaires, toutes marquées par l’empreinte de l’Histoire.

Et ce qu’il ramène : ce n’est pas seulement une histoire oubliée, mais le bruit des corps, la poussière des objets, le cri muet d’une photo découpée. L’écriture de Mauvignier se fait archéologue : chaque meuble, chaque souvenir est charnel, chaque silence retentit. Il ne livre pas un roman « historique » mais un roman « habité ».

Ce livre est exigeant, dense, généreux. Il exige du temps, de l’attention, mais il vous donne en retour un calme furieux, une quiétude rugueuse, un vertige lent. On ressort de cette maison un peu habité par l’histoire des autres, par la nôtre.

En résumé : si vous cherchez une lecture qui vous parle de ce qu’on tait, de ce qu’on ne voit pas, de ce que la littérature permet de réveiller, lisez ce livre. Avec la conviction que chaque silence est un commencement.

Assassines / Zeran / Robert Laffont

Et si on parlait d’Assassines ?

J’ai passé un très agréable moment chez Robert Laffont pour parler d’Assassines et de Propre, mais aussi du travail de Claire Do Sērro, Directrice éditoriale littérature étrangère, et de Zoé Bihl, Cheffe de projet marketing aux Éditions Robert Laffont.

Alia Trabucco Zerán est une immense découverte pour moi, découverte rendue possible, grâce à ma chère Faïza Zerouala, qui présentera Assassines avec moi lors du Book Club d’Augustin Trapenard, en live sur son compte Instagram le 9 novembre à 18h00.

Quand mes amis me recommandent un livre, j’ai tendance à le lire très vite. Ce fut le cas pour Propre et pour Assassines — écrit avant, mais qui m’a tout autant conquise.

Dans Assassines : quatre femmes, quatre crimes, quatre silences. Et une écrivaine pour les réveiller.

Alia Trabucco Zerán exhume les histoires de Corina, Rosa, Carolina et Teresa : quatre Chiliennes effacées de la mémoire collective pour une seule raison — elles ont tué.

Des crimes bien réels, mais surtout un constat brutal : quand une femme transgresse, la société préfère la qualifier de « folle » ou d’« hystérique » plutôt que de chercher à la comprendre.

L’autrice, brillante romancière et essayiste née à Santiago, signe ici un texte à la fois politique et poétique. Elle y mêle archives, réflexion féministe et une écriture tendue comme un fil prêt à rompre.

Ce n’est pas un livre sur le sang : c’est un livre sur le silence. Un geste de réparation, une révolte littéraire.

Pasolini, assassiné pour ses idées il y a 50 ans

Jeunesse et influences

Pier Paolo Pasolini (1922-1975) : Poète, cinéaste, intellectuel. Sa jeunesse a été marquée par un amour de la littérature et une fascination pour les marginaux. Il vécu sa jeunesse dans une Italie Fasciste.

Œuvres littéraires

La poésie et les romans de Pasolini ont exploré des sujets tabous avec une honnêteté brute. ‘Ragazzi di Vita’ (1955) et ‘Una vita violenta’ (1959) ont dépeint les dures réalités de la Rome d’après-guerre, Théorème, roman et film (ils sont différents) est pour moi le livre sur la complexité de le bourgeoisie et ses contradictions. 

 Vision cinématographique

Ses films ont défié la morale conventionnelle et ont exploré des thèmes controversés avec une esthétique provocatrice. Des œuvres comme ‘Accattone’ (1961) et ‘Salò’ (1975) ont suscité à la fois admiration et controverse.

Les corps et les visages sont centraux dans son œuvre.

Engagement et politique

Pasolini était un intellectuel engagé, critiquant ouvertement la société bourgeoise et le consumérisme. Ses opinions politiques radicales en ont fait une cible.

Il fut communiste (PCI) il interrogea le marxisme et admira Gramsci autant que moi.

Assassinat et héritage

Pasolini a été brutalement assassiné la nuit entre le 1er et le 2 novembre 1975. Sa mort reste sans vrais coupables, mais plusieurs pistes existent et il s’agit bien d’un assasinat pour ses idées, son œuvre continue d’inspirer et de provoquer. Sa voix reste un phare  : regarder les périphéries, écouter les voix qu’on efface, faire de l’art un geste politique et nécessaire.

Son œuvre est nécessaire pour penser notre monde.

Deux livres à lire en photo dans cet article. 

Le grand chant – Pier Paolo Pasolini / Hervé Joubert-Laurencin / Macula / au Zimmer

J’ai interviewé Hervé Joubert-Laurencin, au Zimmer à Paris, nous avons parlé de Pier Paolo Pasolini

Pier Paolo Pasolini, ce poète irrévérencieux et libre, cinéaste-passeur, polémiste sans concession, critique littéraire brillant est important pour moi. 

Tué dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 à Ostie, il y a cinquante ans aujourd’hui : un assassinat qui n’a jamais simplement fermé une vie, mais allumé une interrogation persistante sur la haine que suscite la parole libre.

Ses films, Accattone, Mamma Roma, Théorème, Salò…, sont des claques et des caresses : une esthétique qui prend parti pour les corps pauvres, pour les langues populaires, tout en bouleversant nos certitudes morales. Ses écrits fouillent la métamorphose consumériste des sociétés, dénoncent la standardisation des désirs et la disparition des différences culturelles. 

Pasolini ne plaide jamais pour la consolation : il dérange, provoque, instruit par la douleur et la beauté.

Aujourd’hui, sa modernité nous frappe encore. Il anticipait la tyrannie des médias, la fabrique du conformisme, la façon dont les normes annihilent la dissidence. Que son assassinat reste entouré d’ombres ne change rien à l’essentiel : il fut, aux yeux d’un certain conformisme, le bouc émissaire d’une époque trop pressée d’effacer ce qui dérange. Son œuvre nous oblige à reconnaître les invisibles, à interroger nos complicités et à refuser la facilité du silence.

Revenir sur Pasolini, c’est accepter d’être dérangé, par la crudité, par la tendresse, par l’exigence d’une parole qui ne cède ni au spectacle ni à la complaisance. 

À cinquante ans, sa voix reste un aiguillon : regarder les périphéries, écouter les voix qu’on efface, faire de l’art un geste politique et nécessaire.

J’en n’ai pas été d’accord sur toutes ses prises de position, mais quelle intelligence et lucidité à chaque fois.

Umberto Eco avait vécu un échange par journaux interposés, très vif avec Pasolini, mais ça n’a pas altéré son admiration, ça ne l’a pas empêché de me dire : « nous l’avons laissé seul » en prenant un verre à Bologne il y a fort longtemps.

Le temps passé en mon envie de relire et vous inviter à lire Pasolini augment jour après jour.

Les Fantômes de l’île de Peleliu / Bruno Cabanes / Le Seuil

J’ai rencontré Bruno Cabanes, pour French Press,  dans un café parisien, Le Zimmer pour parler de son livre : Les Fantômes de l’île de Peleliu

Bruno Cabanes, historien reconnu (Yale, Ohio State) et voyageur sensible, signe un récit qui réveille une île effacée par le temps et la violence. Quatre voyages entre 2017 et 2024, archives fouillées et témoignages de survivants donnent à ce livre une épaisseur à la fois savante et viscérale. Peleliu, scène d’une bataille atroce en 1944, devient palimpseste : colonisations, travailleurs forcés, pilleurs d’art, naturalistes et soldats s’y superposent. Cabanes mêle érudition et prose poétique, il déconstruit le mythe de la « bonne guerre », évoque le désastre écologique, et fait entendre les cris d’oiseaux et les échos des grottes où gisent encore les traces de la guerre.

Court, précis et dense, ce récit est une méditation sur la mémoire, la violence coloniale et la survivance du paysage. Un livre qui fait ressentir autant qu’il explique et, qui s’impose déjà comme un ouvrage essentiel sur le Pacifique.

Culture insurgé, bell hooks, Payot. « Résister à l’hégémonie culturelle, décoloniser nos imaginaires »

Culture insurgé,  belle hooks, Payot. « Résister à l’hégémonie culturelle, décoloniser nos imaginaires »

Elle choisit un nom en minuscule, volonté de rester au second plan derrière ses écrits et ses idées

La culture est champ de bataille, miroir déformant, usine d’assignations. Et l’autrice, avec l’acuité d’une intellectuelle nourrie à la fois des théories féministes noires et d’une colère lucide, ausculte ces formes populaires pour en déloger les violences discrètes : le white gaze, le backlash antiféministe, la marchandisation des corps transgressifs, la dégradation des femmes dans le rap gangsta, ou encore la manière dont les œuvres d’artistes non-blancs se voient souvent neutralisées par la réception dominante.

bell hooks ne s’en tient pas à dénoncer ; elle propose un chemin en trois mots : montrer, combattre, changer, qui rappelle que la critique politique se doit d’être performative : voir les mécanismes, les combattre ensemble, imaginer d’autres récits. Ses analyses de figures aussi diverses que, Ice Cube, Jean-Michel Basquiat, Madonna, Spike Lee ou de films comme La Couleur pourpre ou Boyz n the Hood et d’autres, ne sont jamais gratuites : elles composent une histoire parallèle, celle des imaginaires racialisés et genrés, où les luttes pour la reconnaissance questionnent notre rapport au beau, au populaire, au désirable.

Quelques mots sur le contexte éditorial et intellectuel : Payot publie ici un ouvrage qui rejoint la série des textes-clefs du féminisme critique et antiraciste récemment remis en circulation, à un moment où la question de la décolonisation des imaginaires est devenue urgente dans les débats publics. La préface de Fania Noël tisse un pont entre la temporalité des combats de bell hooks et la génération actuelle des penseur·se·s décolonial·e·s, rappelant que penser culturellement, ce n’est jamais neutre : c’est une responsabilité.

Si l’on devait résumer l’effet de lecture : un sentiment d’urgence apaisé : urgence parce que les mécanismes décrits sont omniprésents et profonds ; apaisement parce que l’autrice offre des outils conceptuels et moraux pour riposter. Sa posture n’est jamais misérabiliste ; elle est exigeante, tendre parfois, implacable souvent. Elle refuse la fatalité et invite à la remodélisation des imaginaires : remettre au centre les voix niées, ausculter les alliances de pouvoir, repenser les formes artistiques comme espaces de libération et de conflit.

Pour un lecteur de la pop contemporaine, de l’histoire des représentations ou du militantisme culturel, Culture insurgée est une lecture nécessaire, salutaire même. Ce livre rappelle que la culture est un terrain de lutte où se jouent nos manières d’aimer, de nous penser et d’habiter le monde.

Comme en amour, Alice Ferney, Actes Sud. Une ode subtile à l’amitié qui défie le temps et les passions

Comme en amour, Alice Ferney, Actes Sud. Une ode subtile à l’amitié qui défie le temps et les passions

Alice Ferney a, à mon avis, une manière d’écrire qui ressemble à une lumière tamisée : elle n’éblouit pas, elle révèle. Dans Comme en amour, son dernier roman chez Actes Sud, l’autrice reprend ce qu’elle sait faire de mieux, détailler les mouvements intimes des âmes, et en fait le théâtre discret d’une interrogation simple et dévorante : comment naît l’amitié entre un homme et une femme, et jusqu’où peut-elle tenir face aux désirs, aux choix, aux trahisons possibles ?

Alice Ferney construit son livre comme une conversation, non pas une succession de phrases, mais un va-et-vient, un balancement de confidences, de silences et de contradictions. Marianne, styliste franche et ancrée, et Cyril, chroniqueur caustique et plus caché et énigmatiques , se rencontrent dans l’espace feutré d’une interview. Instantanément, la connivence. Instantanément, l’illusion d’une évidence : la parole suffit à créer un monde partagé. Et puis, chapitre après chapitre, quarante brefs mouvements, comme autant de respirations, la relation se précise, se trouble, s’éprouve. L’écriture, légère et incisive, épouse ce rythme dialogué. On lit comme on écoute, attentif à chaque inflexion, à chaque omission.

On retrouvera chez AliceFerney, vingt-cinq ans après La Conversation amoureuse, la même foi dans la capacité de la parole à bâtir des existences. Mais ici l’enjeu change : il s’agit moins d’un amour immédiat que d’un compagnonnage. L’autrice explore avec tendresse et cruauté les zones grises : tolérance aux opinions, acceptation des défauts, place des élans amoureux, frontières du secours et de l’ingérence.

Le roman séduit par sa maîtrise du détail et par sa capacité à humaniser ses personnages sans les sanctifier.

En refermant l’ouvrage, on conserve la sensation d’avoir assisté à une mise à nu délicate : la tendresse pour ses personnages et la lucidité pour leurs contradictions.

Première sélection 2025 du Prix Hors Concours 

Bonjour David Hury, Comment habillez-vous vos personnages ? 

LE LIVRE

Paris, août 1945. La guerre n’est pas terminée pour tout le monde. Andrée, une Normande mariée à un décorateur juif, espère son retour d’Auschwitz. Reviendra-t-il ? Qui l’a dénoncé ? Comment a-t-elle arraché leurs enfants du camp de Drancy ?

L’AUTEUR

Né en 1973, David Hury est installé à Paris, avec un pied en Normandie et le cœur à Beyrouth. Photographe, romancier et journaliste, il travaille d’où ça lui chante. Correspondant pour différents médias dans la capitale libanaise pendant dix-huit ans, il a publié plusieurs romans.

LA MAISON D’ÉDITION

Riveneuve est une maison d’édition née à Marseille en 2001 avant de devenir parisienne. Ouverte sur le monde, elle édite un peu moins d’une vingtaine de livres par an, en sciences humaines, littérature, beaux livres et BD, ainsi qu’une collection de poche emblématique sur papier kraft « Pépites ».

Couple, splendeurs et misères de la vie à deux — Nora Hamzawi — Le Seuil 

 Merci Nora de m’avoir éloignée un instant du réel en me plongeant dans le réel des autres couples !

Dans ce roman-photo la confidence se fait sketch, et le quotidien devient scène.

Nora Hamzawi, depuis ses premières apparitions radiophoniques et scéniques a cette façon singulière de vous attraper par la manche pour vous murmurer les petites catastrophes du cœur. Son recueil Couple, splendeurs et misères de la vie à deux, publié au Seuil, ouvre soixante fenêtres sur l’intimité conjugale où l’on rit, où l’on grimace, où l’on se reconnaît.

Nora Hamzawi campe un personnage terriblement attachant : une femme qui aime, doute, s’énerve pour une dinde mal rôtie, qui fantasme et se remet en question en une phrase. Chaque saynète fonctionne comme un sketch radiophonique — rythme précis, chute cinglante, et ce sens du détail qui transforme l’anodin en émotion. L’humour naît de la mise à nu : on rit de nos failles pour mieux les apprivoiser.

Le livre déroule des scènes familières, comme une belle‑mère envahissante, et les transforme en petites tragédies domestiques où la tendresse n’exclut jamais l’ironie. La plume est sèche et vive, travaillée pour l’effet immédiat ; elle vise la reconnaissance. On rit parce qu’on se reconnaît, et l’émotion surgit dans la précision du portrait.

Nora Hamzawi, comédienne et chroniqueuse née au début des années 1980, a tracé un parcours entre stand‑up, radio et télévision. Elle appartient à cette génération d’auteurs‑interprètes qui font de l’observation intime un matériau politique et poétique. 

Josiane Balasko est tout simplement formidable, Augustin Trapenard à toujours un livre à la main et c’est vraiment drôle de voir dans  un milieu artistique pluriel et engagé, ça explique en partie son ton hybride, à la fois populaire et finement travaillé.

Ce recueil est une collection de miroirs : il renvoie l’image d’une société où l’amour durable est une négociation quotidienne, faite de renoncements, de rires et d’efforts. La brièveté des scènes offre la même sensation qu’un zapping complice sur une station aimée : on revient, on s’attache, on repart. Et malgré la drôlerie, subsiste une mélancolie discrète, l’idée que l’amour exige de réinventer sans cesse la proximité.

Couple, splendeurs et misères de la vie à deux est une lecture qui console : elle fait rire, parfois grimacer, mais surtout rappelle que nos ridicules partagés valent mieux que le silence.

Interview de Camille Bordenet  autrice de Sous leurs pas les années, Robert Laffont. Un retour aux lieux où s’écrivent nos silences.

Sous leurs pas les années est un récit où la géographie intime et la mémoire s’emmêlent, où deux femmes se scrutent à la lumière froide d’un Valfroid autant réel que symbolique. Camille Bordenet signe une entrée en scène littéraire s’inscrivant dans une lignée d’auteurs et autrices  qui explorent la France périphérique avec empathie et acuité. On sent chez elle une formation attentive au récit choral et à la chronique sociale, la phrase en exergue est de Marie-Hélène Lafon autrice que j’aime et qui compte pour Camille Bordenet.

L’histoire et celle de qui Constance revient de Paris, où sa voix a trouvé l’écho clinique des plateaux télévisés ; elle ramène avec elle l’élégance austère d’une vie publique et l’appréhension douce-amère du retour. Jess, qui n’a jamais quitté le bourg, incarne la permanence des lieux, cette fidélité rude aux hameaux, aux chemins boueux, aux salles des fêtes qui battent au rythme des saisons électorales. Leur amitié, forgée à l’adolescence, devient l’objet d’un examen attentif : que reste-t-il d’un lien quand les chemins divergent ? Peut-on reconnaître l’autre après tant d’années passées à se réinventer, ou à n’être personne d’autre que soi ?

Constance paye le prix d’un départ, Jess celui d’un enracinement qui pèse.

La prose de Camille Bordenet fait le pari du détail (non pas pour accumuler, mais pour sculpter).

Les descriptions du Valfroid sont à la fois sensorielles et métaphoriques : la brume n’est jamais décor, elle est état, complice et obstacle. L’autrice scrute les gestes minuscules (un café partagé, une porte qui grince, un banc au bord d’un chemin) et en tire la dramaturgie d’une relation qui vacille.

On lit dans ce livre une attention marquée pour la France périphérique, ses solidarités, ses inquiétudes, ses aspirations enfouies.

Aucune caricature ici : ses personnages font preuve d’une ambivalence humaine, ni tout à fait victimes ni entièrement coupables.

Quant à la langue, elle joue sur un registre élégant, parfois lapidaire, souvent suggestif. 

On remarque comme dans Les Hauts de Hurlevent, la condition sociale des personnages  grâce au registre linguistique employé : langue régionale ou standardisée.

La structure du roman, pensée comme une remontée dans le temps et un examen des pas, épouse le thème même du titre : sous leurs pas, les années ont laissé des traces.

Un livre qui invite à se perdre dans les brumes du Valfroid et à écouter, sous les pas, la musique fragile des années.