Paranoïa La folie qui fait l’histoire

Luigi Zoja a écrit un livre ambitieux et très prenant qui ne laissera pas le lecteur indifférent.

L’auteur essaye d’articuler une théorie psychologique en parcourant notre histoire sous le signe de la paranoïa ; il trace une phénoménologie détaillée de l’esprit paranoïaque qui agit comme une grille dans laquelle les événements et personnages historiques des différentes époques (de la conquête des Amériques, l’histoire des États-Unis, les nationalismes du XIXe siècle, les deux guerres mondiales, Hitler, Staline, la tension entre les superpuissances, jusqu’à la scène mondiale de nos jours) se placent.

Le pont entre l’esprit et l’histoire est garanti par la nature particulière de la paranoïa qui s’installe dans l’individu et grandi une fois qu’elle a mis ses racines. Elle devient facilement une infection collective…

Deux couples de personnages mythologiques et littéraires ouvrent et ferment le livre : Athéna et Ajax, Iago et Otello. Ce choix veut montrer que la paranoïa, à son origine est toujours une voix qui atteint un individu, seul, dans un espace clos (la tente d’Ajax, le palais d’Otello) et le met sur la voie du délire.

Ce livre bien écrit et bien traduit, avec une introduction écrite spécifiquuement pour la version française, merite toute notre attention.

❤️❤️❤️❤️❤️

Les Belles Lettres

L’archipel du chien

Philippe Claudel dans son dernier roman propose au lecteur une parabole bien sombre sur le drame des migrants.

Une île peu peuplée, tout le monde se connaît, tout le monde joue son rôle mais les vagues transportent un jour de septembre les cadavres de trois hommes noirs sur la plage.

Jean-Jacques Goldman chantait dans sa chanson Peurs :

“Ici c’est comme ça

C’est chacun pour soi

La vie, les rumeurs

Peurs contre peurs”

Dans cette île c’est bien “peur contre peur”.

Le Maire et le Docteur décident de ne pas communiquer aux autorités que trois migrants ont échoué sur l’île ayant la crainte que l’installation de thermes qui est en projet ne se réalise pas à cause de la mauvaise publicité.

Les notables autochtones, y compris le Curé, se plient à la volonté du Maire et consentent à ce terrible camouflage, le seul réticent est l’Instituteur qui n’est pas natif de l’archipel, pour le faire taire une conspiration odieuse est mise en place.

C’est une descente aux enfers, une démonstration de la noirceur possible chez nos congénères.

Claudel ne nomme pas les personages, il les identifié par leur métier ou fonction : Le Maire, Le Curé… la voix off qui narre l’histoire en fait des archétypes de mesquinerie et baisses humaine.

L’écriture de ce livre est fluide et permet une lecture agréable.

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Stock

“L’Entre-Deux-Mai” La crise d’ou nous venons 1968-1981


Je remercie ALMA Éditeur pour la mise à disposition de cette ouvrage.

Grâce à cet essai nous plongeons très vite dans celle qui est l’écriture d’une véritable et minutieuse histoire culturelle de la période qui. comme l’indique le sous-titre, va de 1968 à 1981.

Publié pour la première fois en 1983, l’édition actuelle est enrichie par une longue préface de l’auteur qui situe son oeuvre dans le présent avec la justesse et le savoir faire qui lui sont propres.

Je pense que la perception de ce livre peut changer avec l’âge du lecteur ou de la lectrice.
Personnellement je suis née à la fin de la période explorée et ça a été un plaisir de passer en revue tant d’éléments si proches dans les implication qui sont présentes de nos jours et pourtant si lointains chronologiquement.

La construction des Tours et du quartier de Front de Seine à Paris date de 1974, nous dit l’auteur, mais tout le quartier est bien là et nombreuses ont été les discussions récentes sur cette partie de la ville.
Pour une personne plus âgée que moi ce livre ravivera des souvenirs, pour un lecteur plus jeune que moi, il sera probablement vécu davantage comme un livre d’histoire uniquement.
Un ouvrage donc peut-être à lire en famille, justement pour voir le regard des différentes générations.
L’étude de Pascal Ory permet aussi plusieurs niveaux de lecture selon les connaissances spécifiques en historie, il peut séduire un complet déboutant qui ne manquera pas de trouver des pistes à approfondir.

Mon avis après lecture est en tout cas très favorable.
J’ai apprécié ce voyage qui revisite une période non négligeable de notre histoire en utilisant un prisme différent, j’ai aimé l’enquête détaillée et la capacité de dépasser le « tout est politique » issu de mai 68 avec une véritable quête de « tout est culturel » qui pourrait être un slogan pour l’essai de Pascal Ory.

Je proposerai la lecture de « L’Entre-Deux-Mai » sans hésitations.
À la fin de l’ouvrage on retrouve les mots qui ont été rajoutés au dictionnaire entre 1968 et 1981, cela m’a bien fait sourire.
Extra-terrestre est arrivé dans nos dictionnaires en 1980… parfait pour accueillir la sortie en 1982 de E.T. l’extra-terrestre réalisé par Steven Spielberg.

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ALMA Éditeur

Les chemins de la haine

Notre avis:

Les chemins de la haine d’Eva Dolan est un excellent roman policier anglais, avec des personnages attachants, une intrigue bien ficelée et rythmée.

La romancière remplit son livre de rebondissements et sait garder le lecteur en tension constante, difficile page après page de deviner ce qui va se passer ensuite, et comment tout est lié.

L’histoire commence avec la découverte d’un corps calciné dans l’abri de jardin d’une famille anglaise de la petite ville de Peterborough, au nord-est de Londres.

L’inspecteur Zigic et son adjointe, le sergent Ferreira sont chargés de l’enquête.

La victime est identifiée, l’homme brûlé vifs est un travailleur immigré, Jaan Stepulov, estonien en situation irrégulière.

Nos enquêteurs se rendent rapidement compte que l’affaire est plus compliquée qu’elle ne semble à première vue.

Au fur et à mesure que l’enquête avance ils côtoient les préjugés et les difficultés du quotidien des immigrés et des autochtones.

La vision d’un enfer Dantesque moderne se dresse vite à mes yeux.

« Laissez toute espérance, vous qui entrez » me parait approprié… car l’angoisse à pris le pas sur la solidarité.

Cette dénonciation sociale prend une place centrale dans le récit et nous découvrons que ce livre est aussi un roman sur l’immigration.

Eva Dolan utilise la narration d’un crime dans une ville, dans un microcosme pour en faire le symbole d’une situation globale que nous ne devons plus ignorer.

Peur de l’autre, exploitation, indifférence, tout est décrit avec sensibilité et grande finesse en évitant habilement le piège des lieux communs, je trouve qu’elle a un ton très juste dans sa manière d’écrire.

« Lupus est homo homini, non homo, quom qualis sit non novit » « Quand on ne le connaît pas, l’homme est un loup pour l’homme » La formule de Plaute (Comédie des Ânes 195 av J-C) , signifie que l’homme prend pour un loup l’homme qu’il ne connait pas. 

L’attitude que nous voyons de nos jours est bien la conséquence de la peur de tout ce qui est différent : Souffler sur ce type d’inquietude uni à l’échec des politiques libérales menées dans le Royaume-Uni depuis bien longtemps conduit à  l’esclavagisme moderne mis en exergue par l’auteure.

L’aspect social a joué un rôle important pour moi dans cette lecture qui ne se contente pas d’être un bon polars. 

Cette excursion à la découverte d’une frange de la société anglaise me rappelle la série de la BBC « Happy Valley » que je vous conseille aussi. 

Donc avoir dans le même livre un polar accompagné d’une vrai recherche sociologique sur les migrations, (sujet plus que d’actualité) est à mon avis une raison en plus pour faire un tour en librairie et revenir avec ce roman que je place sans difficulté dans la catégorie “incontournables”.

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Liana Levi

Le secret de Platon

Mot de l’Éditeur:

« Tout l’Atlantide est en rapport avec la philosophie, c’est le professeur Loeve qui me l’a révélé lors de notre voyage d’études en Grèce, juste avant de disparaître »

Après que son professeur s’est volatilisé dans la baie de Santorin, là où selon Platon se serait engloutie l’île de l’Atlantide, Étienne, un jeune homme que tourmentent des problèmes existentiels, part à sa recherche avec deux autres étudiants : Cali, un dilettante curieux aux tendances conspirationnistes, et Phalène, 

De la Crète à l’Italie en passant par la France jusqu’à une grotte au-dessus d’Athènes, ils vont être confrontés à la réalité des mythes et aux mystères de ces civilisations évoluées, brutalement rayées de l’Histoire par des séismes diluviens. Et quand ils découvriront les raisons de la fuite de leur professeur, peut-être lèveront-ils le voile sur l’énigme de l’Atlantide…

Notre avis:

Gilles Vervisch, notre écrivain, est professeur agrégé de philosophie et son roman est un beau compte philosophique de 400 pages qui se dévorent facilement, il est, parmi d’autres ouvrages, auteur de “Star Wars, la philo contre-attaque” que j’avais beaucoup aimé.

L’histoire se construit d’abord autour du mythe de l’Atlantide relaté par Platon dans le Timée et le Critias et d’un voyage d’études qui en découle et a comme but et thème l’approfondissement des aspects historiques et philosophiques du mythe de l’Atlantide.

Le voyage est encadré par deux professeurs, Henri Castille, spécialiste de l’archéologie grecque, et l’énigmatique Eugène Loeve, vieil érudit, éminent expert de la philosophie grecque.

Vervisch nous fait connaître chaque personnage en profondeur et toutes les idées philosophiques que l’auteur veut véhiculer sont glissées finement. Phalène est sans doute mon personnage préféré et son évolution au fil des pages est étonnante.

Nous allons accompagner Etienne et ses amis Cali et Phalène dans une enquête à la recherche de leur mentor disparu, une recherche passionnante, aux traits mystiques, qui se déroulera de la Crète à Athènes, mais aussi en France et en Italie. Un vrai voyage et un tour dans la philosophie antique, l’alchimie réussi très bien.

L’histoire est riche et pleine de pistes, rebondissements et chemins inattendus.

Aux prises avec une secte xénophobe et fasciste ce livre est, en filigrane, une subtile dénonciation des théories du complot.

À lire à tout âge!

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Michel Lafon

Mary Shelley : Au-delà de Frankenstein

Cathy Bernheim

Traductrice-adaptatrice de documents, biographies et autobiographies, Cathy Bernheim a notamment traduit l’Autobiographie d’Angela Davis (Albin Michel, 1975) et L’Épopée d’une anarchiste d’Emma Goldman (avec Annette Lévy-Willard, Hachette, 1979 et Complexe, 1986).

Elle a participé à la rédaction et l’adaptation de nombreux ouvrages collectifs, dont : Le livre de l’oppression des femmes (Belfond, 1972), Les femmes s’entêtent (Gallimard, coll. Idées, 1975) et Notre corps, nous-mêmes (Albin Michel, 1978).

Elle a participé à la création de la rubrique du « Sexisme ordinaire », créée avec Simone de Beauvoir pour les Temps Modernes entre 1974 et 1981, dont un recueil est paru à mi-parcours : Le Sexisme ordinaire (Seuil, 1978).

Cathy Bernheim est l’auteur de Perturbation, ma soeur (Seuil, 1983), où elle relate les deux premières années du Mouvement de libération des femmes (MLF), pour lequel elle s’est notamment retrouvée parmi les neuf rigolotes qui ont déployé une banderole « à la femme inconnue du soldat inconnu » sous l’Arc de Triomphe, le 26 août 1970, en guise d’acte de naissance de leur mouvement.

On lui doit aussi une version « au féminin » de Frankenstein : Cobaye Baby (La Manufacture, 1987) ainsi que la biographie de l’auteur de Frankenstein : Mary Shelley (La Manufacture, coll. Qui êtes-vous?, 1987) et Mary Shelley –La jeune fille et le monstre (Le Félin, 1997). Des biographies de Valentine Hugo (Presses de la Renaissance, 1989) et Picabia (Le Félin, 1995). Et des romans pour la jeunesse parus dans la collection Page Blanche de Gallimard, puis à l’École des Loisirs.

Elle a récemment publié un essai sur l’enfance intitulé Dors, ange amer (Seuil, 2005) et travaille actuellement sur la biographie d’un de ses ancêtres.

Prochain ouvrage à paraître : Mary Shelley. Au-delà de Frankenstein (Éditions du Félin, 21 juin 2018).

Notre avis :

Mary Shelley : Au-delà de Frankenstein est un texte qui sort de l’ordinaire, une biographie certes et tellement bien écrite qui se lit comme un roman, mais aussi un essai sur une époque, celle de Mary qui se transforme en traité sur notre époque et en véritable étude sur la psychologie de l’homme au fil des siècles.

Il s’agit d’un livre matriochkas, (poupées russes) chaque fois que j’ai essayé de le définir j’ai trouvé un autre angle possible.

Érudit tout en étant accessible l’ouvrage de Cathy Bernheim est une merveille.

Une première partie plus axée biographie vous plongera dans la vie de Mary Shelley en donnant les clés des événements qui ont conduit à la genèse du livre qui fête cette année les 200 ans de sa première publication. J’ai aussi trouvé remarquable l’analyse de Frankenstein faite par l’auteure.

Dulcis in fundo, après quelques lignes déjà présentes dans le livre sur la IA, les derniers chapitres abordent les thématiques de l’homme nouveau, de l’intelligence artificielle et du transhumanisme de façon magistrale.

La lecture de Frankenstein est dans les bibliographies de plusieurs cours de philosophie sur le transhumanisme et le livre de Bernheim pourrait être un complément précieux.

Je vous conseille aussi une très belle pièce de théâtre « Mademoiselle Frankenstein » que j’espère sera de nouveau en scène prochainement.

En attendant lisez et relisez Frankenstein et courrez acheter Mary Shelley : Au-delà de Frankenstein, vous allez l’adorer.

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Éditions du félin 

Madame Einstein

Madame Einstein est un roman que j’ai aimé tout de suite: style narratif impeccable et personnages qui laissent leur empreinte. Il ne faut que quelques lignes pour se retrouver immergée dans l’atmosphère de l’epoque, quand il était presque impensable que les femmes soient admises à l’université, un environnement qui avait toujours été réservé aux hommes.

Mileva Marić, jeune et intelligente Slave, est admise à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich et commence à partir de là une vie différente et inattendue.

Le début n’est pas facile, surtout parce que Mileva est déterminée à obtenir son diplôme et à approfondir ses études dans sa grande passion: la physique. Dans sa vie, il n’y a pas de place pour les amis ou, pire, pour l’amour. Malgré sa grande ambition Mileva est encore une jeune femme et il sera inévitable qu’elle s’implique avec les gens autour d’elle. En particulier, la protagoniste sera fascinée par un collègue de l’université, tel M. Einstein, reconnaissable à ses cheveux désordonnés et à son regard toujours attentif, souvent amusé. Einstein est le seul à considérer Mileva, lentement la relation entre eux grandit et change, devenant une histoire d’amour belle et intense .

L’auteure a su rendre justice à la femme qui a contribué à faire d’Einstein le mythe que nous connaissons tous. 

Vraiment appréciable l’importance que Marie Benedict a su attribuer au rôle des femmes dans la société de la fin du XIXe / début du XXe siècle: le cadre historique, politique et social de l’époque, tout est décrit de manière très précise et documentée.

Livre promu donc avec 5 étoiles.

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Presse de La Cité

Le livre des monstres

Le livre des monstres est finalement traduit en français, nous pouvions lire La Synagogue des iconoclastes du même auteur (disponible chez Gallimard) mais pas ce petit ouvrage.

L’arbre vengeur à mis fin à cette injustice publiant un bijou littéraire de beauté rare et amère né dans le climat d’expérimentation narrative qui caractérise une certaine frange de la littérature italienne des années soixante-dix. Publié en Italie en novembre 1978, la même année de la mort de son auteur, le livre se présente comme une collection de courts textes dans lesquels des personnages aux noms improbables – Erbo Meglio, Ugo Panda et Olimpiero Fraglie, pour n’en citer que quelques uns – prennent corps et vie, regardant fixement dans l’esprit du lecteur comme un diagramme d’images, d’idées déformées qui pourtant décrivent si bien la condition humaine.

J’adore la couverture avec un petit miroir qui fait réfléchir…

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L’ARBRE VENGEUR

 

La bataille du rail

 

Trente-six écrivains proposent un texte sur le rail pour les cheminots en grève de la SNCF : les droits d’auteur seront versés aux caisses de grève.

Le dessin de couverture de « La bataille du rail» est de Jacques Tardi, tandis que le dessinateur Mako a donné à Don Quichotte les 20 illustrations qui ponctuent les pages de cette belle édition.

Ce livre est un ouvrage de très grande qualité, les auteurs, si différents, vous feront découvrir des courtes histoires très agréables à lire.

Personnellement j’ai eu un coup de cœur pour les textes d’Annie Ernaux, Lola Lafond et Grégoire Polet.

J’ai, comme toujours apprécié la plume de François Morel et sa lettre à son père est très touchante.

Je n’ai pas pu m’empêcher de sourire avec le «voyage » en 2050 dans le train « Orange-Pizza Hut » proposé par Guillaume Meurice.

Histoires personnelles, fictions, un recueil hétéroclite qui vous passionnera!

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Éditions Don Quichotte

Leonor Fini grâce et profondeur

 

Leanor Fini était une grande artiste surréaliste que je voudrais voir plus connue et reconnue.

Ses œuvres, d’une élégance extraordinaire, présentent des éléments oniriques, des symboles et des éléments plus réalistes toujours exprimés dans un language artistic personnel.

Nous pouvons y retrouver la même vision du  « temps arrêté » si chère à Giorgio De Chirico ou les couleurs et traits de Klimt.

Le Sphinx et les chats jouent des rôles importants dans ses peintures, ainsi que le thème du «double». Elle a vécu avec beaucoup de chats; jusqu’à un total de 23 en même temps.

    

On a dit d’elle qu’elle était la seule artiste à peindre des «femmes sans excuses». Beaucoup de ses peintures présentent des femmes fortes dans des situations cérémonielles ou provocatrices. Les hommes sont souvent décrits comme des figures flexibles sous la protection des femmes.

Née d’un père argentin et d’une mère italienne le 30 août 1907 à Buenos Aires et décédée le 8 janvier 1996 à Paris. Madame Fini a eu une vie compliquée pendant son enfance.

Qand Leonor avait un an, sa mère quitta son mari en Argentine et, emmenant sa fille avec elle, déménagea à Trieste. Pour empêcher Leanor d’être kidnappée, sa mère l’a habillée pendant plusieurs années comme un garçon. Mélancolique et sensible, Leanor ne pouvait que chercher une forme d’évasion de sa cage et, grâce à la peinture, à 17 ans elle était à Milan, en tant que portraitiste. Plus tard elle s’installera à Paris –c’était 1931-1932– pour pouvoir vivre de son Art, en développant son propre langage en toute liberté, dans la ville qui, à cette époque, était la capitale mondiale de l’art. Être en France lui a permis de rencontrer, entre autres, Paul Eluard, Max Ernst, Georges Bataille, Henri Cartier-Bresson, Picasso, Christian Dior, André Pieyre de Mandiargues et Salvador Dalí. Elle a traversé l’Europe en voiture avec de Mandiargues et Cartier-Bresson. Pendant ce voyage, elle a été photographiée nue dans une piscine par Cartier-Bresson – cette image aurait été vendue pour 305 000 $ en 2007 -.

Elle adorait se faire photographier.

Notre artiste a peint des portraits de Jean Genet, d’Anna Magnani, de Jacques Audiberti, d’Alida Valli, de Schlumberger et de Suzanne Flon ainsi que de nombreuses autres célébrités et riches visiteurs de Paris. Elle a conçu la bouteille «Shocking», des costumes et des décors pour le théâtre, le ballet et l’opéra, ainsi que des habits pour le cinéma.

Elle était aussi une excellente illustratrice. Ses graphismes les plus connus sont probablement ceux dessinés pour Histoire d’O mais passionnée de littérature et de poésie, Leonor illustra plus d’une cinquantaine d’ouvrages, dont les œuvres de Charles Baudelaire, qu’elle admirait profondément, celles de Paul Verlaine, de Gérard de Nerval et d’Edgar Allan Poe.

J’ai développé une profonde admiration pour cette artiste éclectique et sagace.

Sa peinture et son œuvre littéraire ont une dimension fortement philosophique.

En 1970, Leonor Fini a écrit trois romans, « Moumour, conte pour enfants velus » «Rogomelec » et « L’Oneiropompe ».

J’ai lu les deux premiers et je suis conquise.

Ses récits sont tout autant surréalistes et délicieux que sa peinture.

Je vous conseille de lire ses livres que, je suis sûre, sauront vous enchanter.

À propos de Rogomelec:

“Leonor Fini bat les cartes de l’imaginaire et les couleurs de son jeu – tragique – dérision, beauté, monstruosité, ont les mêmes valeurs. Ce monastère est-il un sanatorium ? À quel dieu ces moines sont-ils voués ? À quoi sert le régime des curistes qui semblent échappés d’un vieux film muet ? Le récit suit les règles précises du rêve qui brasse le résidu hétéroclite de la mémoire. Et si, du désordre somptueux de la Fête surgissent les figures du Roi et du Pendu, si elles prennent place dans une scène que nous croyons reconnaître, il n’y a là d’autre symbole que la reconnaissance du rôle privilégié du rituel.”

Pour voir une partie de ses œuvres:

Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris

Portrait de jeune femme (Monique Beaumont) 1950 ; Portrait d’enfant, 1935

Centre Georges Pompidou

Femme travestie, circa 1932

Musée de Grenoble

Mandoliniste, 1933

Musée de l’Hospice Saint-Roch, Issoudun, France

Salle permanente – Reconstitution du Salon de l’appartement de Leonor Fini, rue de La Vrillière à Paris

Tate Modern, Londres

Petit sphinx ermite, 1948

Peggy Guggenheim Collection, Venise, Italie

La Bergère des sphinx, 1941

Musée d’Art et d’Histoire, Genève, Suisse

Nue (Jeune fille au bas) 1941; Nu (Nico Papatakis) 1941

Museo d’Arte Moderna Revoltella, Trieste, Italie

Portrait de jeune homme déguisé en mendiant (portrait d’André Pieyre de Mandiargues) 1935

Miyazaki Prefectural Art Museum, Miyazaki, Japon

Les deux crânes, 1950

Musée d’Art Moderne, Bruxelles, Belgique

Galleria Nazionale d’Arte Moderna e Contemporanea, Rome, Italie

Théâtre national de l’Opéra, Paris

Costumes pour Tannhaüser, 1963

Art Institute of Chicago, Chicago, Illinois

The Sphinx (gouache) 1970

The Lost Needle (collage de Joseph Cornell avec dessin et photographie de Leonor Fini) circa 1947

Galleria Nazionale d’Arte Moderna, Museo Mario Praz, Rome

Sphinx, circa 1950

Galleria d’Arte Moderna e Contemporanea, Palazzo Massari, Ferrara, Italie

Portrait d’Achille Funi

http://www.leonor-fini.com/fr/