Service après-mort – Wojcik Christophe – Éditions Héloïse d’Ormesson

Un livre mortellement drôle qui aborde un sujet grave : la mort et plus précisément l’accompagnement du défunt et de sa famille.

Lui est un rédacteur politique, un collaborateur politique. Un métier qui a été le mien, varié et palpitant, mais pas toujours. Lui, c’est Antoine,  fatiguée d’un travail dont il a fait le tour, se découvre un singulier talent dans l’écriture d’éloges funèbres. Dans ma vie j’en ai écrit 2, 4 si les commémorations comptent, j’aurais pu me reconvertir en : l’Écrivain-Conseil. la personne qui rédige un texte adapté, comme des discours pour les mariage, les échange des consentements, des poèmes , et évidemment des éloges funèbres, et condoléances..

Antoine décide, dans le roman, de dédier son talent,  à la rédaction d’oraisons et hommages post mortem.

Un vrais SAV de la mort, en auto entrepreneur, affilié à une compagnie de pompes funèbres.

La mort ne souffre pas des haut et de bas du marché. Pas de crises pour la faucheuse, 

Le travail du neo-consultant bénéficie donc d’une activité frénétique. Il bénéficie de la frénésie des familles après un décès, celle qui aura son moment final dans l’enterrement, la crémation ou  toute cérémonie laïque ou religieuse. Celle qui est le point de départ du vrai deuil, du manque avéré de l’être perdu.

C’est autour d’un mort que Antoine rencontre et s’attache à Mélina, une énigmatique infirmière qui travaille dans un service de soins palliatifs.

Deux solitudes se rencontrent. Elle gère l’avant et lui l’après mort. 

Tout paraît bien se passer dans le monde des vivants mais tous les chemins mènent à la mort.

C’est avec beaucoup de « sense of humour » que l’auteur aborde les sujets de la fin de vie accompagnée ou imposée.

En dire plus serait faire du tort à un texte que je vous conseille de lire.

Un livre qui se lit rapidement et avec envie de découvrir la fin, inattendue et pourtant logique.

À lire absolument ! 

Un monde à refaire, Claire Deya, Éditions de l’observatoire 

Le titre m’interpelle, je ne connais pas l’autrice, la curiosité, comme souvent, mène à la lecture.

Il s’agit d’un premier roman et mon premier constat est qu’elle écrit bien cette autrice, je suis l’intrigue avec intérêt.

Le monde à refaire, carrément à reconstruire, est celui de l’après guerre. Nous sommes en 1945, les blessures n’ont même pas commencé à cicatriser et la guerre est présente dans les esprits et dans les lieux, eux aussi fissurés et saignants.

Nous sommes à Nice et nos personnages sont les héros méconnus d’une étape fondamentale pour rebâtir: les démineurs qui travaillent pour déminer les plages de Nice. La Côte d’Azur était en effet remplie de mines allemandes placées dans le sable des plages.

Les mines sont encore aujourd’hui un fléau qui est une cause mondiale. Les mines tuent au hasard, le premier venu.

Le travail de démineur était en 1945, particulièrement ingrat et dangereux. Les prisonniers allemands en oubliant les conventions internationales, sont utilisés comme démineurs « involontaires ».

De ce roman, j’aime le fond historique et l’habile construction de la psychologie des personnages. Nous retrouvons les forces et les faiblesses de l’humain, de l’humanité.

Vincent, démineur volontaire – lui – cherche un fil à suivre pour retrouver un chemin qui le mènerait jusqu’à Arianne, son amour, une resistante disparue sans traces évidentes.

Dès les premières pages, on est emporté dans cette double histoire, personnelle et sociale, une fois qu’on est dedans, on ne peut plus s’arrêter de lire.

Un superbe bouquin par une autrice à suivre, que demander de plus ?

D’après nature – Renaud Auguste-Dormeuil – Naima, livres et films d’artistes

Un texte bilingue, français-anglais, écrit en rouge sur fond jaune, se fait une place dans un livre où les images puissantes transmettent directement les émotions et génèrent l’agitation de nos voix intérieures

Nous sommes les interprètes des ombres et des lumières que l’artiste dévoile dans ses photographies. Une série d’images historiques de bâtiments et de monuments, retouchées par Renaud Auguste-Dormeuil.

Un bel ouvrage sensible et fort.

Né en 1968 à Neuilly-sur-Seine, Renaud Auguste-Dormeuil vit et travaille à Paris. 

Son histoire nous dis que :

« Une grande partie de son travail concerne les technologies de la communication, comme réflexion critique sur leurs usages. Visibilité / invisibilité, luminosité / obscurité, mémoire/oubli, ce que l’on sait / ce que l’on croit savoir… Ni document d’archive, ni photographie au sens strict du terme, ni même pure modélisation scientifique, ses œuvres possèdent le charme ambigu de ce qui échappe à la définition, dépassant, à chaque tentative de qualification de leur statut, le cadre trop étroit dans lequel on voudrait les inscrire. Si les premières préoccupations de l’artiste étaient essentiellement tournées vers les nouvelles cartographies, son œuvre a ensuite pris un tour plus métaphorique et performatif. »

Je trouve que les choix de donner une nouvelle vie à une photo, à une image en jouant avec le réel et les possibles, se transforme en un moyen de communication hybride. Un voyage dans le temps, rendu possible par chaque monument rehaussé qui prend littéralement feu.

J’aime beaucoup, tout simplement.

Les formes et les mots qui composent cette belle édition Naima me transportent dans les lieux que l’artiste redessine. Je suis conquise. 

Les Stigmates de la gloire – 
De Johannes Colin et Victoria Corda – A la folie Théâtre

Quand l’histoire d’une star en fin de carrière croise celle d’une adolescente qui se rêve célèbre.

Dialogues soutenus et émotions bien dosées font de cette pièce un excellent moment de théâtre.

L’une se fane l’autre commence à peine à s’épanouir, à s’exprimer.

Nous suivons les états d’âme d’une star de la pop sur le déclin. Une carrière en perte de vitesse, l’âge et la fatigue font le reste.

Comédiennes et comédiens de de haut niveau pour une pièce forte et parfois brutale sur le Star System. Le public se voit vite entrainé dans cette pièce du monde d’aujourd’hui, reflet de notre société pleine de contradictions et de violence.
Rire ou pleurer ? Parfois c’est un dilemme.

Un bon moment que j’invite à découvrir !

Street Art en Puzzle avec Jigsaw’s Art Puzzles @jigsaw_art_puzzles

Mes anniversaires sont toujours liées au Street art et grâce à #C215 j’ai découvert, cette année, Jigsaw’s Art Puzzles, qui propose des collaborations artistiques uniques pour créer des puzzles signés et numérotés, écolo et très bien présentés.

J’adore la variété du catalogue 

Nous avons commencé aujourd’hui avec les bords et nous sommes très concentrés, pour le moment moi je trie et mon mari place, mais nous allons alterner ! 

J’ai hâte de poser la dernière pièce, mais un puzzle est surtout concentration et persévérance. 

Un entraînement ludique pour nos petits neurones qui se terminera en œuvre d’art numérotée. 

L’artiste de mon puzzle n* 1 est KogaOne.

KogaOne est un peintre multi-supports et multi-techniques originaire de Metz.

Un passionné de l’altération.

 ”Observateur attentif de ses contemporains et de leurs natures contradictoires, il explore le paradoxe, la gêne, crées lorsque le familier est déformé ou fracturé par les influences extérieures.

Il dénature une scène de vie, déplace ou déforme des fragments, ou encore conjugue et oppose le photo-réalisme à une peinture plus brute et expressionniste.

Entre réalisme et abstraction„.

L’artiste me fait penser au Réalisme fantastique de Italo Calvino en littérature.

Cette création reproduite en puzzle, est la parfaite illustration du travail de KogaOne, qui s’amuse à jouer avec les contrastes de formes, de couleurs et de matières. Commande artistique de la Ville de Nancy.

Les puzzles uniques, avec un design, une qualité d’exception, je l’atteste.

Pour chaque puzzle nous trouverons:

* Une boite avec reproduction de l’œuvre 
* les pièces du puzzle
* Un sachet coton
* Un modèle du puzzle
* Une biographie de l’artiste
* Un certificat d’authenticité signé par l’artiste

Je vous parlerai la semaine prochaine des avancées et du nouveau Street Art puzzle que je commencerai ( il est déjà dans les photos).

Happy ! 

#streetart #streetartist #puzzle #puzlesart #kogaone #chasseurdestreetart #artpourtous

Mercy Street – Jennifer Haigh Totem-Gallmeister 

Le titre, lieu du commencement du roman, est le nom donné par les habitants de Boston à une clinique, principalement d’analyses et de dépistages de tout ce qui peut l’être, comme par exemple une grossesse malvenue.

Situé donc à Boston à l’hiver et au printemps 2015, « Mercy Street » offre un portrait complexe des nombreuses façons dont une femme prend la décision de poursuivre ou d’interrompre sa grossesse, tout en saisissant parfaitement le tumulte politique et culturel plus large qui a précédé l’élection présidentielle de 2016 et sa campagne électorale. Pour ce faire, Mme Haigh relate des événements cruciaux dans la vie de personnes des deux côtés de la question « avortement ». Il s’agit d’un roman qui semble créé avec une grande finesse.

Les quatre personnages principaux ne sont pas des dirigeants nationaux ni même des personnes qui détiennent une fraction de ce pouvoir. Juste des acteurs de la vie quotidienne.

Des manifestants, des bénévoles, des femmes et des professionnels de santé.

Claudia travaille à Mercy Street, où elle gère la hotline. À 43 ans, Claudia est plus heureuse dans les relations avec des hommes qui veulent autant d’espace qu’elle. Élevée dans une ville difficile du Maine par une mère célibataire (comme « beaucoup de gens pauvres, elle avait été élevée par une adolescente »), elle voit souvent sa mère parmi les clients plus jeunes, les filles enceintes « à moitié instruites, sans ressources ».

Anthony et Victor sont des fantassins maladroits et menaçants en marge du mouvement anti-avortement. Timmy est un dealer d’herbe dont la vie se croise avec celle des autres de manière de plus en plus surprenante. Dans « Mercy Street » l’autrice a créé un monde qui tourne autour d’un axe d’événements aléatoires mais néanmoins conséquents, un roman de petits moments qui ne semblent significatifs que plus tard, au fil des pages.

Claudia dessine un portrait sans pitié de la société américaine qui abandonne ses pauvres, même les blancs.

Claudia et une belle héroïne militante et à conscience de l’ignorance et de la misère que ce monde ne s’efforce même pas d’atténuer.

Ce Totem est un coup de cœur pour moi bien écrit et captivant je le conseille à toutes et tous

Aquariums – J. D. Kurtness  – Depaysage

L’autrice est une brillante voix québécoise avec une ascendance Inuit par son père. Écriture que même les plus exigeants des critiques ne peuvent que louer. La maison d’édition a fait le judicieux choix de garder la forme québécoise de ce texte. Je le perçois dans la musique des mots, dans leur dance. Aucune difficulté de lecture à signaler, dans l’hexagone nous pouvons tout saisi,  juste pour quelques mots je remercie mon prof de français qui est québécois. Je me rêve bilingue, je comprends toute la partition de cette musique verbale.

Aquariums est un roman polyphonique d’exception, formidable.

Nous avons plusieurs POV. Une baleine bicentenaire parage quelques instants sa vie marine avec nous.

La mer berceau de l’homme est harmonieusement à l’honneur, théâtre de la vie de notre protagoniste aujourd’hui.

Nous rencontrons Émeraude, biologiste marine en mission d’étude dans l’antarctique, elle et ses compagnons découvrirons que le monde des Hommes et des Femmes est en train de mourir, décimé par une maladie qu’il est incapable de guérir aussi rapidement que la propagation de ce fléau.

La biologie du vivant devient philosophie et les paroles des ancêtres et celle de sa propre vie se ressemblent dans ce texte pour témoigner et transmettre. 

J’aime le fond de l’histoire, on dirait un Jules Verne post apocalyptique et sur la forme de roman chorale à plusieurs voix.

Quelque chose d’universel se met en place comme une mise en garde sur des événements qui pourraient un jour, être réels.

Les miracles des abysses marins contés comme un espoir à bercer.

J’ai une véritable fascination pour ce roman puissant et délicat.

Je vous le propose et je vous incite à le lire !

Écrits fantômes, lettres de suicides (1700-1948)/Vincent Platini/Éditions Verticales 

Lecture certainement insolite: Vincent Platini, chercheur et enseignant, propose un recueil de lettres de suicide. Pour chaque lettre notre imagination est stimulée par le contexte, le type de lettre et les suites données à l’acte.

Cette anthologie contient de courts mots et des missives plus longues, pour expliquer, pour s’expliquer. Les lettres couvrent une large période historique, certaines précédents la dépénalisation du suicide en 1791 et nous découvrons aussi une partie du procès au suicidé et son éventuelle condamnation.

On faisait bien des procès aux cochons donc pas de surprises pour les suicidés.

Dante les relègue dans le deuxième giron du septième cercle où sont punis les violents envers eux-mêmes. 

Dans la forêt des suicidés:

« Nul vert feuillage, mais de couleur obscure, nul rameau droit, mais noueux et tordu, nul fruit n’avait, mais pointes à venin ».

Enfer, chant XIII, 4-6

La forêt est illustrée par, parmi d’autres, Botticelli, William Blake, Salvador Dali.

Le suicide, tabou moral est traité comme une action tout aussi exécrable que le meurtre. Il s’agit d’un meurtre sur soi.

Nous découvrons dans ce livre, une mine d’informations, accompagnées par les analyses de Platini des documents d’époque, comme un « Album de suicides de M. Revers » un cahier d’un médecin carcéral, qui décrit plusieurs suicides, note la manière et le moyen, l’arme éventuelle, employée pour se ôter la vie. De nombreux dessins complètent le document.

Si le code pénale a changé la religion catholique reste immuable, le suicide empêche les sacrements et prive de sépulture. Les lettres parfois ne traitent pas de religion mais Dieu reste en arrière plan. Napoléonien conçoit le suicide comme une désertion, mais cela n’empêche pas les militaires et les forces de l’ordre de se donner la mort, avec une attitude martiale certes, mais le résultat reste un suicide.

L’auteur esquisse aussi l’acte politique de se supprimer. C’est à ce moment que milles pensées surgissent en moi. Je songe aux passionnés qui pensaient laisser une trace que le temps a fini par effacer, je me tourne aussi au morts d’amour et de douleurs pour un monde trop difficile. 

Cette chronique me fait méditer sur le destin des inconnus, des Poètes, des Philosophes, des artistes et âmes trop sensibles pour continuer à vivre. Pour un petit instant et grâce à ce livre il ne seront plus oubliés ni considérés comme déserteurs ni jugés.

Extraordinaire travail de recherche et compilation, un grand Bravo ! à l’auteur.

Tant de nuances de pluie – Asha Lemmie-HarperCollins Collection au gré du monde

Dans ce livre de la belle collection romans étrangers de HarperCollins, « Au gré du monde » on se laisse porter avec délectation au gré de l’histoire, dans l’épopée d’une famille de la noblesse impériale japonaise de l’après seconde guerre mondiale.

J’ai eu l’impression de lire cent romans en un, d’être au Japon avec la petite-grande protagoniste. Nori Kamiza, elle n’a que 8 ans quand nous la rencontrons, au moment où sa maman l’abandonne à l’entrée d’une grande maison de Kyoto. La demeure appartient à sa riche, noble et malhonnête famille. La famille de sa mère, car son père décédé, était un militaire afro-américain. Fille de l’amour mais illégitime, une honte à cacher, une irrégularité à corriger. Ses grands-parents lui infligent une vie de recluse dans leur grenier et toute sorte de tentatives douloureuses et absurdes pour blanchir sa peau, entre autres d’atroces bains de javel pour blanchir sa peau.

J’ai eu, pour un instant, une pensée à Michael Jackson mais aussi à une jeune aide-soignante qui voulait les restes d’une crème à la cortisone « car elle fait la peau toute blanche ».

Quel drame de voir surgir partout et toujours la peur de la différence. 

Nori cumule mauvaise couleur de peau et inexistence juridique. Née hors mariage elle vivra des situations difficiles qui participeront à façonner son caractère. 

La rencontre avec son ainé, un demi-frère taciturne mais amical, semble lui ouvrir les portes de la maison, la sortir de sa terne routine.

Sa découverte du jardin et de la pluie est émouvante. Son univers se colore et les deux jeunes partageront l’amour pour la musique.

Son demi-frère, Akira est un jeune homme brillant et vertueux violoniste qui vient rejoindre le domaine familial au moment du décès de son père. Légitime Akira est l’héritier, le maître.

Tout est histoire de maître et esclave, dévoile l’autrice, déjà dans les premières pages. 

La grand-mère, matriarche sans scrupules, n’acceptant pas que Nori puisse « respirer » fera tout pour aspirer l’air autour d’elle.

Je ne peux pas vous raconter plus de détails, tout se trouve, exprimé de manière exquise dans les pages de ce roman, j’ai plusieurs fois retenu le souffle pendant ma lecture, Je suis passée par toutes les émotions possibles. Chaleur et froid sont dosés avec minutie et attention.

Je voulais, je devais arriver à la fin du livre. Un fois ce fait accompli j’ai ressenti une certaine nostalgie pour Nori.

Cette fille, oubliée dans un grenier puis réanimé par l’amour est  devenue une femme qui décide d’allier tradition et renouveau, tradition et bienveillance, elle donne envie de la suivre encore, et encore, sans fin. 

Un livre enthousiasmant et palpitant: grand coup de cœur pour moi.

Le Serpent – Claire North – Bélial

Un roman où « Assassin’s creed » rencontre Machiavel dans la Venise du 17éme siècle.

Dur de survivre pour une femme qui se veut maitre de son avenir dans cette époque, l’héroïne devra user de son intelligence pour accéder au petit cercle de ceux qui jouent les destinées du monde.

Complots, doutes, enquêtes se succèdent dans ce premier tome de «la maison des jeux ».

L’apparition d’un tarot, antique marotte, bien employé dans l’intrigue me fit particulièrement sourire.

On éprouve un grand plaisir a se balader dans la cité des doges et l’autrice respecte bien l’esprit du lieu à cette période historique où la Sérénissime était le carrefour de toutes les cultures.

A lire pour découvrir une plume enchanteresse.