Je vais vous parler en 5 minutes de 2 livres d’Alia Trabucco Zerán.

Cette autrice me passionne, je dois la découverte de Propre à Faïza qui a aussi parlé d’Assassines avec moi et les autres au book club #bookemissaires.

Merci à elle et aussi à son éditeur Robert Laffont que je prie d’écouter ma critique en entier car à la fin j’ai un « Message in a Bottle » à délivrer.

Merci aussi à la superbe traductrice Anne Plantagenet

Bonne écoute !

Assassines.

Des femmes qu’on a trop longtemps tues. Une langue qui tranche, un regard qui brûle. C’est violent, nécessaire, magnifique.

#bookstagram #lecture #féminisme #Chili

Propre.

Un roman qui gratte sous la peau.

L’autrice fouille la honte, la saleté, la mémoire. C’est cru, intime, bouleversant.

#bookstagram #littérature #coupdecoeur #augustintrapenardstyle

Renard 8 – George Saunders – Chelsea CARDINAL illustratrice – Actes Sud

Comme Twain, George Saunders manie la satire avec une tendresse féroce. Tous deux racontent l’Amérique depuis ses marges : l’un avec des enfants qui fuient le monde des adultes, l’autre avec un renard qui tente d’y survivre. Chez Twain comme chez Saunders, l’humour devient une arme douce, la naïveté un masque pour la lucidité. Le Mississippi a changé de décor, mais le fleuve de la bêtise humaine coule toujours.

Un renard qui apprend à parler “Umin”, la langue des humains, juste en les écoutant lire des histoires derrière une fenêtre. C’est de là que tout part : d’un geste d’écoute, d’un émerveillement. Renard 8, lui, ne veut pas chasser, il veut comprendre. Il découvre le pouvoir des mots, la beauté du récit, pendant que les hommes, eux, détruisent sa forêt pour y bâtir un centre commercial. La fable est simple, presque enfantine. Mais derrière la voix maladroite de ce renard, se cache toute la tendresse et toute la cruauté du monde.

George Saunders écrit comme on console : avec une douceur qui déchire. Son texte, minuscule et immense à la fois, dit l’injustice du progrès, la solitude du vivant, la grâce des mots qu’on balbutie quand tout s’effondre. On rit parfois, on s’émeut souvent, on se demande surtout comment un animal fictif peut sembler plus humain que nous.

Chelsea CARDINAL illustre cette histoire à merveille.

On sort de ces 64 pages un peu étourdi, un peu honteux, mais le cœur plus clair. Parce qu’à force d’écouter un renard parler, on finit peut-être par redevenir humain.

Première sélection 2025 du Prix Hors Concours : La petite annonce – Les éditions Lilys

Bonjour Caroline Allan, Comment habillez-vous vos personnages ?

LE LIVRE

Henri Devilliers, octogénaire paisible et bruxellois, oscille entre la douce torpeur d’une routine télévisuelle et l’écho discret des visites de son fils, Jean. Lorsque ce dernier projette de l’exiler en maison de retraite, Henri se dresse, prêt à défier le tumulte pour préserver sa liberté.

L’AUTEUR

Diplômée en philologie romane, Caroline Allan est enseignante à Bruxelles. Elle s’intéresse à de nombreux sujets de société, notamment la place accordée aux aînés dans le monde actuel, thématique sérieuse traitée à travers le prisme de l’humour. La Petite annonce est son premier roman pour adultes.

LA MAISON D’ÉDITION

Depuis 2014, les éditions Lilys ouvrent des espaces littéraires où se déploient la créativité, l’engagement, avec un regard porté sur les enjeux socioculturels. Elles publient des ouvrages francophones ancrés dans la réalité, en Belgique et à l’étranger, et bousculent les frontières de la lecture.

Désirer la violence / Chloé Thibaud / Les Insolentes / Ce que nos fictions déposent en nous

Je repense souvent à ces images qui m’ont façonné. 

À un passé où « c’était permis »

Une main qui saisit une autre, un regard qui insiste trop longtemps, un corps féminin qui cède parce que c’est comme ça . 

On appelait ça aussi l’amour. 

On appelait ça la passion.

Et puis on a fini par comprendre.

Chloé Thibaud ne dénonce pas. Elle observe. Elle décortique ces récits qui nous ont fait grandir, ces films, ces séries, ces chansons qui, sans qu’on s’en rende compte, ont cousu leurs scénarios à notre quotidien. Elle montre comment la fiction, par ses gestes, par ses silences, façonne nos désirs, nos attentes, nos tolérances. Comment elle nous a appris, subtilement, à trouver séduisant ce qui nous abîme.

C’est un livre d’analyse, oui, mais c’est surtout un livre de regard. Un regard qui vacille parfois, tant il touche à ce que nous avons de plus intime. Parce qu’il n’y a pas de distance entre nos écrans et nos vies : la culture pop ne nous divertit pas, elle nous éduque. Elle infiltre nos façons d’aimer, de nous taire, de pardonner.

Lire ce livre, c’est accepter de rouvrir ses cicatrices culturelles. De comprendre que le plaisir n’excuse pas tout et que nos émotions les plus sincères peuvent aussi être le fruit d’un conditionnement. C’est un texte courageux, d’une intelligence calme, porté par une écriture précise, pudique, presque amoureuse de ce qu’elle interroge.

Un livre et aussi une déclaration d’amour à la lucidité. Une invitation à désirer autrement.

Je l’ai refermé avec cette sensation étrange d’avoir perdu quelques illusions, mais gagné en lucidité. Celle que nos récits ne sont jamais neutres. Qu’ils sont politiques, profondément. Et que choisir ce que l’on regarde, c’est déjà une façon de résister.

Leonor Fini / Laurence Benaïm / Gallimard

Edouard Leroy ( @endudlettres sur Instagram ) et moi, nous sommes rencontrés grâce à French Press et pour ce media, nous vous racontons l’amour pour un livre et une artiste.

Leonor Fini : Une femme qui peignait sa liberté..

Laurence Benaïm ne signe pas une simple biographie : elle fait revivre une femme qui refusait les cases, les dogmes, les maîtres. Leonor Fini, la surréaliste indocile, la magicienne des métamorphoses, surgit ici comme une héroïne d’opéra, mi-chat, mi-déesse, toujours souveraine.

Laurence Benaïm, plume précise et sensuelle, vient de la mode et du monde : elle sait décrire un pli de tissu comme un éclat d’âme. Sous sa main, chaque tableau devient miroir, chaque anecdote un bijou, chaque silence un cri d’indépendance. On entend le bruissement des fêtes, le parfum des ateliers, la rage douce d’une femme qui, bien avant les autres, choisit de s’inventer elle-même.

Ce livre est un hommage vibrant, un acte d’amour, un manifeste de beauté. On le referme ébloui, persuadé qu’il existe encore des artistes qui ne vieillissent jamais – parce qu’elles ont peint la liberté.

Entretien sur La France du crime / Pierrat / Éditions Christine Bonneton

J’ai interviewé dans son cabinet qui est aussi un splendide musée, Emmanuel Pierrat 

Pour parler de son dernier livre et de notre rapport aux livres.

Avocat, écrivain, collectionneur, président de prix littéraires, comme le Prix Sade  – Emmanuel Pierrata une façon singulière de traverser les mots comme on traverse une salle d’audience pour une plaidoirie important.

Je le connais depuis des nombreuses années et je le lis toujours avec intérêt et surprise renouvelée.

Toujours du côté de la liberté, il défend les artistes, les auteurs tout comme les causes oubliées, avec une curiosité insatiable et une élégance rare.

Dans son plus récent, jusqu’au prochain, livre La France du crime (Éditions Christine Bonneton), il signe un texte fascinant, à mi-chemin entre l’enquête, l’essai et le récit.

Une traversée du pays par ses ombres, ses affaires, ses secrets.

Derrière chaque crime, un visage, une époque, une vérité sur la France, sur l’humanité.

Ici, le fait divers devient miroir de la société.

Le dossier judiciaire, un morceau de littérature.

Et sous la plume d’Emmanuel Pierrat, le mal n’est jamais banal : il raconte ce que nous sommes, ce que nous taisons, ce que nous redoutons.

Un livre d’histoire et de regard.

Un livre d’humanité.

Nos années  Boomerang (Augustin Trapenard – Flammarion), La trajectoire du souvenir.

1 656 fois bonjour. À 9 heures. Presque tous les matins, pendant huit ans, du 25 août 2014 au 1er juillet 2022.

Dans ce livre dont les droits d’auteur seront reversés à l’association Bibliothèques sans Frontières – Augustin Trapenard est le parrain – on se perd à rêver de nos années Boomerang.

Neuf heures. Un “bonjour” et la voix d’Augustin Trapenard, qui accueille sans forcer, sans posture, comme on ouvre la porte d’une maison où tout le monde est invité.

C’était Boomerang. Et pendant huit ans, cette voix-là a offert un refuge à la parole des artistes.

Ça a accompagné mes jours joyeux et pour sa dernière année mon séjour à l’hôpital.

Chaque matin sur France Inter, l’émission suspendait le temps. Augustin Trapenard plus que recevoir : il rencontrait. Dans le studio, pas d’interview calibrée, pas de chronomètre. Juste le désir sincère d’écouter, d’entrer dans la création par le cœur, par la fragilité, par ce qu’on tait d’habitude.

Un écrivain parlait du silence, une actrice de la peur, un musicien de l’enfance. À chaque fois, une conversation qui ressemblait à un poème en prose – celui de la vie, de l’art, du doute.

Augustin Trapenard avait sa façon de poser les questions avec intérêt, avec chaleur. Il citait un vers, glissait un souvenir, allumait une émotion. Ce n’était jamais de la promotion. C’était de la présence.

Une présence rare, qui disait la culture autrement

Boomerang fut aussi une déclaration d’amour à la radio, à son intimité, à sa puissance discrète.

Chaque émission tenait de la confidence. Et dans ce moment d’écoute suspendue, quelque chose se passait.

Le retour du lancer  : Le 1er juillet 2022, Augustin Trapenard a salué ses auditeurs une dernière fois.

Juste avec ce “bonjour” prononcé comme un adieu, avec cette pudeur qui lui appartient.

Depuis, Boomerang continue de vivre dans les archives et les podcasts, comme une constellation de voix, et, à travers elles, la trace d’une époque où la culture se faisait encore conversation.

Ce n’était pas une émission sur la culture.

C’était la culture comme lien, comme geste, comme respiration.

Un livre à lire, feuilleter et à offrir.

Une question me traverse : Que disent les années Boomerang d’aujourd’hui et de hier ? 

Je vous laisse lire, écouter et répondre.

La Maison vide / Laurent Mauvignier / Éditions de Minuit

Entrez dans une énigme familiale.

Osez ouvrir la porte. Derrière, une maison fermée pendant vingt ans, puis rouverte par un homme en 1976. Un piano figé, une commode au marbre ébréché, des photos dont un visage a été arraché. Laurent Mauvignier arpente l’ombre, creuse l’absence, écoute le souffle des générations qui se sont succédées dans ce lieu-corps, ce lieu-temps.

Je suis très attaché à la pierre, aux lieux du passé qui sont témoins de 1000 histoires et de l’Histoire.

Dans cette vaste fresque familiale, les femmes tiennent la main : Marguerite, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci. Silences, effacements, guerres mondiales, vie rurale du XXᵉ siècle. Le récit adopte une posture horizontale : pas de héros flamboyant, mais une polyphonie d’existences ordinaires, toutes marquées par l’empreinte de l’Histoire.

Et ce qu’il ramène : ce n’est pas seulement une histoire oubliée, mais le bruit des corps, la poussière des objets, le cri muet d’une photo découpée. L’écriture de Mauvignier se fait archéologue : chaque meuble, chaque souvenir est charnel, chaque silence retentit. Il ne livre pas un roman « historique » mais un roman « habité ».

Ce livre est exigeant, dense, généreux. Il exige du temps, de l’attention, mais il vous donne en retour un calme furieux, une quiétude rugueuse, un vertige lent. On ressort de cette maison un peu habité par l’histoire des autres, par la nôtre.

En résumé : si vous cherchez une lecture qui vous parle de ce qu’on tait, de ce qu’on ne voit pas, de ce que la littérature permet de réveiller, lisez ce livre. Avec la conviction que chaque silence est un commencement.

Assassines / Zeran / Robert Laffont

Et si on parlait d’Assassines ?

J’ai passé un très agréable moment chez Robert Laffont pour parler d’Assassines et de Propre, mais aussi du travail de Claire Do Sērro, Directrice éditoriale littérature étrangère, et de Zoé Bihl, Cheffe de projet marketing aux Éditions Robert Laffont.

Alia Trabucco Zerán est une immense découverte pour moi, découverte rendue possible, grâce à ma chère Faïza Zerouala, qui présentera Assassines avec moi lors du Book Club d’Augustin Trapenard, en live sur son compte Instagram le 9 novembre à 18h00.

Quand mes amis me recommandent un livre, j’ai tendance à le lire très vite. Ce fut le cas pour Propre et pour Assassines — écrit avant, mais qui m’a tout autant conquise.

Dans Assassines : quatre femmes, quatre crimes, quatre silences. Et une écrivaine pour les réveiller.

Alia Trabucco Zerán exhume les histoires de Corina, Rosa, Carolina et Teresa : quatre Chiliennes effacées de la mémoire collective pour une seule raison — elles ont tué.

Des crimes bien réels, mais surtout un constat brutal : quand une femme transgresse, la société préfère la qualifier de « folle » ou d’« hystérique » plutôt que de chercher à la comprendre.

L’autrice, brillante romancière et essayiste née à Santiago, signe ici un texte à la fois politique et poétique. Elle y mêle archives, réflexion féministe et une écriture tendue comme un fil prêt à rompre.

Ce n’est pas un livre sur le sang : c’est un livre sur le silence. Un geste de réparation, une révolte littéraire.

Pasolini, assassiné pour ses idées il y a 50 ans

Jeunesse et influences

Pier Paolo Pasolini (1922-1975) : Poète, cinéaste, intellectuel. Sa jeunesse a été marquée par un amour de la littérature et une fascination pour les marginaux. Il vécu sa jeunesse dans une Italie Fasciste.

Œuvres littéraires

La poésie et les romans de Pasolini ont exploré des sujets tabous avec une honnêteté brute. ‘Ragazzi di Vita’ (1955) et ‘Una vita violenta’ (1959) ont dépeint les dures réalités de la Rome d’après-guerre, Théorème, roman et film (ils sont différents) est pour moi le livre sur la complexité de le bourgeoisie et ses contradictions. 

 Vision cinématographique

Ses films ont défié la morale conventionnelle et ont exploré des thèmes controversés avec une esthétique provocatrice. Des œuvres comme ‘Accattone’ (1961) et ‘Salò’ (1975) ont suscité à la fois admiration et controverse.

Les corps et les visages sont centraux dans son œuvre.

Engagement et politique

Pasolini était un intellectuel engagé, critiquant ouvertement la société bourgeoise et le consumérisme. Ses opinions politiques radicales en ont fait une cible.

Il fut communiste (PCI) il interrogea le marxisme et admira Gramsci autant que moi.

Assassinat et héritage

Pasolini a été brutalement assassiné la nuit entre le 1er et le 2 novembre 1975. Sa mort reste sans vrais coupables, mais plusieurs pistes existent et il s’agit bien d’un assasinat pour ses idées, son œuvre continue d’inspirer et de provoquer. Sa voix reste un phare  : regarder les périphéries, écouter les voix qu’on efface, faire de l’art un geste politique et nécessaire.

Son œuvre est nécessaire pour penser notre monde.

Deux livres à lire en photo dans cet article.