Le temps qui reste

Date de parution 28/03/2019

Mot de l’éditeur :

À quoi rêve-t-on quand on a quatorze ans dans un bourg ouvrier de Toscane? Pour Sauro, la réponse a l’allure d’un dieu du rock en boa blanc découvert au début de l’été 1985. Avec le Docteur, Momo et le Trifo, ils vont chanter comme David Bowie et monter «le meilleur groupe de la région». Qu’importe si personne ne sait jouer, s’il faut répéter dans la chambre froide d’un ancien abattoir. Bientôt, rien d’autre ne compte que leur premier concert pour impressionner la belle Bea Tempesti… Vingt ans plus tard, Sauro, qui a coupé les ponts avec sa famille et avec le groupe, reçoit un appel l’informant que son père a disparu. De retour sur les lieux de son enfance, dans l’ombre suffocante de la NovaLago, la centrale géothermique qui étouffe toujours hommes et paysages, Sauro affronte enfin les démons de cet été tragique où sa vie a basculé.

Un suspense brûlant, une construction remarquable pour un premier roman poignant sur l’envers du «miracle italien», la force de l’amitié et le poison de la trahison.

À propos

«La force de ce roman se voit dès le premier chapitre. J’ai eu le sentiment d’une vraie révélation, c’est-à-dire de me retrouver face à l’un de ces talents nécessaires.» Sandro Veronesi

Biographie de l’auteur :

Marco Amerighi, né à Pise en 1982, est enseignant et traducteur de l’espagnol. Il vit aujourd’hui à Milan. Le temps qui reste (Liana Levi, mars 2019) a remporté en Italie le Prix Bagutta du premier roman 2019.

Notre avis :

Sauro, Momo, le Doctor et le Trifo vivent à Badiascarna, (bourg imaginaire situé en Toscane) ils sont l’archétype de la vie des adolescents : tourmentés, amoureux, effervescents selon les moments. Ces jeunes décident de fonder un groupe de post-punk, peu importe ce que cela signifie, car ils ne le savent même pas, rien d’étonnant à 14 ans mais un soir, un soir qui finira par changer le destin de tout le monde, le Trifo disparaît mystérieusement et rien ne sera plus jamais comme avant. Sauro sera chassé par son père; un père qui semble de temps en temps être un autre. Un père qui disparaît, qui fait des discours farfelus, comme si son cerveau se bloquait parfois, un homme qui a du se plier à une silencieuse retraite anticipée.

Histoires de garçons et de parents, d’amour et de musique, de colère, de douleur, de maladie et de mort. Histoires de rancune dans un pays où l’on préfère le secret sur la présence de l’amiante dans la centrale géothermique qui emploie une grande partie des habitants de la petite ville.

Nous ne rencontrons pas les belles vallées ou les villes d’art de la magnifique Toscane mais la partie de la région qui exploite la géothermie et qui évoque plutôt  un paysage dantesque.

Marco Amerighi entrelace le passé avec le présent et le fait avec un extrême naturel. 

L’année 1985 où tout commence, n’est jamais vraiment “passée “ et est « éternellement présente », une sorte de refrain, de fil conducteur de tout le livre. Comme si cette Italie, ce beau pays était incapable de changer et d’avancer positivement.

L’auteur gère habilement les sauts dans temps et ramène Sauro, vingt ans plus tard, à Badiascarna mais le protagoniste du récit, lui,  est profondément transformé. Marco Amerighi cherche le sens et le mystère du temps, qui nous échappe ou se fixe sur les douleurs de l’humanité comme les fibres d’amiante qui se cristallisent dans les poumons. 

Un récit fort, à mi-chemin entre le roman de formation et la dénonciation sociale. L’auteur décrit sans crier, raconte sans tout dévoiler, il ne cherche jamais la compassion du lecteur mais le conduit à réfléchir.

Ce roman se lit rapidement et on en raffole, comme dans un jeu d’arcade des années 1980 pas possible de s’arrêter avant la fin.

❤️❤️❤️❤️❤️

Liana Levi 

Marco Amerighi
Extrait
Extrait
Extrait
Extrait
L’idole David Bowie
Carte de l’amiante en Toscane
Géothermie en Toscane
Ape

Les désaccordés

Mot de l’éditeur :

Ray Morris est un journaliste free-lance au physique banal, un Londonien de classe moyenne légèrement paranoïaque entouré d’amis choisis et fidèles et d’une femme très enceinte, Garthene. Ray est le genre d’homme à n’avoir jamais vraiment trompé sa femme. Il n’a jamais reçu de coup de poing au visage. Il n’a jamais participé à une émeute, ni été recherché dans tout le pays, ni arrêté par la police, ni haï sur Internet par le monde entier. Du moins pas avant l’été 2011, où les rues de Londres et son mariage partent en flammes. Ray ne le sait pas encore, mais il va bientôt découvrir qu’il possède un véritable talent pour le pire. 

Les désaccordés pourrait être un roman sur le passage à l’âge adulte, si le protagoniste n’avait pas déjà trente-trois ans. Au fil d’une série de catastrophes aussi risibles qu’affligeantes, cet antihéros pince-sans-rire à tendance misanthrope verra progressivement l’harmonie de son couple se briser et ses relations sociales sonner de plus en plus faux. Avec une vague idée de ce que doit être un adulte accompli, et un sens de l’humour discutable comme unique recours à la solitude, au désespoir et à l’angoisse de la parentalité, il fera de son mieux pour être presque à la hauteur. 

Avec un mordant et une précision redoutables, Joe Dunthorne sonde les tourments dérisoires ou tragiques d’une nouvelle génération perdue. Pour notre plus grand plaisir.

Biographie de l’auteur :

Joe Dunthorne est né en 1982 à Swansea (pays de Galles) et vit actuellement à Londres. Il est notamment l’auteur de Submarine, adapté au cinéma en 2010 par Richard Ayoade. Les désaccordés est son troisième roman.

Notre avis :

Les désaccordés est un livre dont la légèreté est seulement une strate de l’œuvre, nous y trouvons des passages divertissants qui m’ont fait bien sourire mais aussi des moments plus sombres et profonds.

Dunthorne a cette capacité surprenante de nous faire passer d’une tirade amusante à une tournure tout à fait différente à laquelle nous ne nous attendions pas. 

Un roman avec un bon mélange de pathos et de rires donc.

Le livre parle de la et à la génération actuelle dont la vie d’adulte indépendant commence beaucoup plus tard avec une plus longue période en mode post-universitaire avec fêtes, consommation d’alcool et drogues, le tout accompagné d’un emploi précaire.

Le synopsis est intéressant et original : Ray, Garthene et leurs amis mènent une vie de «jeunes trentenaires» britanniques ordinaires mais l’explosion de violence en 2011 et la descente aux enfers de notre personnage principal changent le cours d’une vie qui paraissait tracée avec la naissance d’un bébé et un achat immobilier.

Londres, joue un rôle important dans cette histoire avec ses rues, ses émeutes, ses maisons hors de prix, ses pubs, c’est la ville où tout commence, tout bascule et tout se termine.

Les désaccordés est le troisième roman de Dunthorne (son premier, Submarine, publié en 2008, a été adapté par Richard Ayoade pour devenir un film avec le même titre qui fut bien reçu par la critique et que j’ai adoré). Ce récit pourrait bien être la base pour un nouveau scénario cinématographique.

Une lecture très agréable, pour l’intrigue et pour le style.

L’écriture est fluide, plaisante, agrémentée     par l’humour British que l’auteur a attribué à Ray.

Le rythme de la narration et rapide et efficace.

Pour ma part cet ouvrage m’a apporté beaucoup de plaisir et j’espère que pour vous la découverte de ce livre sera aussi l’occasion de passer un bon moment de lecture.

❤️❤️❤️❤️❤️

Gallimard

Joe Dunthorne
Extrait
Extrait
Émeutes à Londres en 2011
Émeutes à Londres en 2011
Submarine le livre
Submarine le film

La troisième Hemingway

Mot de l’éditeur :

Fin 1936. La jeune romancière Martha Gellhorn a vingt-sept ans mais déjà une solide réputation de globe-trotteuse. De neuf ans son aîné, Ernest Hemingway est en passe de devenir le monstre sacré de la littérature américaine. Elle est célibataire mais connaît les hommes, il en est à son deuxième mariage. Entre eux, la complicité est d’abord intellectuelle. Mais la guerre a le pouvoir d’attiser les passions… Du New York bohème à l’Espagne ravagée par le franquisme, les amis deviennent amants. Et les voilà repartis sur les routes, entre l’Amérique, l’Europe et Cuba. Seulement, au gré de leurs allées et venues dans un monde à feu et à sang et d’une rivalité littéraire qui ne cesse de croître, les deux époux ne tarderont pas à goûter aux fruits amers de la vie conjugale…

Avec son talent inégalé pour mêler la fiction à la vraie vie, Paula McLain brosse un nouveau portrait de femme libre, prête à tout pour s’arracher à son sort de simple « épouse de » et devenir l’une des plus exceptionnelles journalistes de guerre de notre siècle.

Biographie de l’auteur :

Avant d’obtenir, à l’âge de trente ans, en 1996, un diplôme en poésie à l’université du Michigan, la Californienne Paula McLain a été infirmière, livreuse de pizzas, ouvrière, barmaid. Depuis, elle a publié plusieurs romans couronnés de succès à l’international, dont Madame Hemingway et l’Aviatrice.

Notre avis :

Mosaïque issue de l’histoire réelle de Martha Gellhorn et de imagination de l’auteur, ce roman est palpitant.

Notre héroïne m’a fait penser à Alexandra David-Néel pour son envie de découvrir et de décrire le monde, l’une une parisienne à Lhassa première occidentale dans la ville tibétaine, l’autre première et seule femme américaine en Normandie pour le débarquement. Les deux frappées par la maladie du voyage et du témoignage.

Tout au long de ce livre, nous sommes entraînés dans une aventure humaine extraordinaire faite de rencontres d’hommes et de femmes, les célébrités de l’entourage d’Hemingway et les souffrants de l’Europe en guerre.

Les passages dédiés aux voyages de Marty comme correspondante de guerre sont aussi remarquables que prenants. C’est la partie de ce roman que je préfère.

Hemingway, l’idole, se transforme pour la jeune journaliste et écrivaine en complice, grand amour, mari et antagoniste au fil des pages.

Réussie et intéressante également la description de la vie à Cuba, on s’imagine à la piscine ou avec les chats dans le jardin.

Ce récit vif et intense est un régal !

❤️❤️❤️❤️❤️

Éditions Presses de la Cité 

Paula McLain
Extrait
Extrait
Biopic

Mémoires de dame Pelote, chatte de messire Montaigne

Mot de l’éditeur :

Lorsque Montaigne écrit : « Quand je me joue à ma chatte, qui sçait si elle passe son temps de moi plus que je fais d’elle. » Françoise Armengaud part de ces quelques lignes pour dresser un portrait de Montaigne par sa chatte et dans le dernier chapitre Montaigne as a cat à la manière anglo-saxonne.

Extrait :

Me voilà bien honorée et flattée. Mais plus que la philosophie des poutres, j’aime la sagesse de mon maître, qui est son art de vivre. Parfois je me demande s’il ne m’a pas tout simplement copiée ! En tout cas, comme lui, j’ai toujours pensé que la plus expresse marque de la sagesse, c’est une esjouissance constante, et je suis ravie lorsqu’il ajoute que son état est comme des choses au-dessus de la Lune, toujours serein. N’est-ce pas marque de grande intelligence que de passer le temps quand il est mauvais et incommode, et quand il est bon, de ne le vouloir point passer, le retâter et s’y tenir ? Pas plus tard qu’hier, il me faisait encore la leçon et m’enjoignait ainsi, me répétant la sentence peinte sur poutre : Pelote, accepte en bonne part les choses au visage et au goût qu’elles se présentent à toi du jour à la journée, le demeurant est hors de ta connaissance. Regarde-moi, Pelote : Mon métier et mon art, c’est vivre. Écoute-moi, Pelote ! Les humains sont de grands fous : Il a passé sa vie en oisiveté, disons-nous, je n’ai rien fait aujourd’hui… Quoi ? N’avez-vous pas vécu ? C’est non seulement la fondamentale, mais la plus illustre de vos occupations. Je réplique in petto : Mais oui, mon cher Montaigne, je suis bien d’accord ! Et tu sais bien que les chats ne sont pas des fous ! Lorsque je l’entends proclamer : Je n’ai affaire qu’à moi, je me considère sans cesse, je me contrerolle, je me goûte, je me roule en moi-même, et autres propos de même farine, moi  chatte Pelote, je me dis que vraiment mon maître est pétri de félinité. Je l’ai déjà mainte fois noté. Plus passent les années, plus j’en suis persuadée. Je dirai même que c’est l’humain le plus chat que j’aie jamais connu. Pour sûr, il a été chat dans une vie antérieure et sans doute le redeviendra-t-il dans une vie future. Il a toujours su prendre le temps de vivre, de jouir de soi et du moment présent et à bon escient. Comme s’il avait pour devise de ne se point précipiter pour rien. Ne s’avancer qu’avec prudence, mais si l’on s’avance, le faire avec détermination. J’ai aimé particulièrement ce passage des Essais où il écrit : Quand je danse, je danse ; quand je dors je dors. Quand je me promène seul dans un beau jardin ou un beau verger, si parfois je pense à des choses lointaines, je ramène vite mes pensées à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. N’en faisons-nous point autant, nous autres

Biographie de l’auteur :

Philosophie animaliste, Françoise Armengaud a une œuvre importante et singulière consacrée à cette question qui apparaît de plus en plus cruciale, elle a publié, entre autres, préfacée par Elisabeth de Fontenay, Lire l’éternité dans l’œil des chats ou De l’émerveillement causé par les bêtes, en 2016 aux Belles Lettres. Essais 2002 Lignes de partage. Littérature/Poésie/Philosophie, Éditions Kimé. 2007 La pragmatique, Éditions des PUF. 2011 Réflexions sur la condition faite aux animaux, Éditions Kimé. 2015 Requiem pour les bêtes meurtries, essai sur la poésie animalière engagée, Éditions Kimé. 2016 Lire l’éternité dans l’œil des chats ou De l’émerveillement causé par les bêtes, préface d’Élisabeth de Fontenay, Éditions Les Belles Lettres. Livres pour les enfants 2005 Bêtes de longue mémoire – Images de Martine Bourre, Éditions du Rocher. 2013 Le rhinocéros de Wittgenstein – Images de Annabelle Buxton, Éditions des Petits Platons. Traductions (de l’anglais) 2010 Articles et poèmes d’Adrienne Rich, dans Adrienne Rich, La contrainte à l’hétéro-sexualité et autres essais, Éditions Mamamelis, Genève. 2011 Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles – Images de Laura Nillni, Éditions Philomèle.

Notre avis :

Dame Pelote nous invite chez Michel de Montaigne, grand précurseur de la libération animale.

Pelote est un chat de Bibliothèque, elle vit avec son humain dans l’univers de lettres et de la philosophie en particulier.

La lecture de cet ouvrage, écrite par une amoureuse des animaux, est délicieuse.

Je connaissais l’auteure ayant lu Le rhinocéros de Wittgenstein qui m’avait fort plu mais ce récit félin suscite encore plus mon enthousiasme et émerveillement.

Un livre d’une centaine de pages que vous lirez d’une traite, il vous captivera et fera sourire.

Style fluide et agréable on pourrait même dire « au poil ». Les pages sont ornées par des délicates illustrations de l’auteure pour cette plaisante édition.

Quelles ravissantes créatures nos compagnons les chats. Si vous envisagez l’adoption d’un petit félin, sachez que les prénoms de l’année 2019 doivent commencer par la lettre « P », une petite Pelote pourrait donc partager votre vie.

Je vous recommande cette lecture.

❤️❤️❤️❤️❤️

La Bibliothèque

Extrait
Françoise Armengaud
messire Montaigne
Armoiries de messire Montaigne
Chats

Baiser féroce

Parution le 04/04/2019

Mot de l’éditeur :

Après les événements tragiques qui clôturent Piranhas, Nicolas, dit Maharaja, a juré de se venger. Il ne reculera devant rien pour conquérir Naples, enterrer les vieux parrains et être couronné roi. Entouré de son baby-gang, Nicolas n’a jamais semblé aussi proche de son rêve. Le coût du sang est élevé et la course au pouvoir infinie ; les alliances ne durent qu’aussi longtemps que l’argent coule à flots. Désormais craints et respectés, Nicolas et ses frères brûlent leur vie par les deux bouts, au risque de sacrifier ceux qu’ils aiment le plus. Pourtant, ils devront apprendre à perdurer. Après le succès de Piranhas, Roberto Saviano parachève son immersion dans l’univers criminel napolitain par une apothéose digne des plus grands films de gangsters. Grâce à une narration toujours aussi percutante, il nous plonge dans un monde brutal que l’on peut voir comme le reflet de notre société actuelle. C’est bouleversé par la force du récit et des personnages que l’on referme ce roman palpitant.

Biographie de l’auteur :

Roberto Saviano est né à Naples en 1979. Ecrivain, journaliste, essayiste, il est notamment l’auteur de Gomorra : Dans l’empire de la camorra (Éditions Gallimard, 2007) d’Extra pure : Voyage dans l’économie de la cocaïne (Éditions Gallimard, 2014) et de Piranhas (Éditions Gallimard 2018). En raison de l’immense succès dans son pays et à l’étranger de Gomorra, il est victime de menaces de mort et vit, depuis 2006, sous protection policière permanente, il a été fortement soutenu par Umberto Eco.

Notre avis :

Dans une parfaite continuité narrative avec le précédent roman de Salviano (Piranhas), les protagonistes de Baiser féroce sont toujours les mêmes, juste grandis de quelques mois et encore assoiffés de pouvoir.

Les ruelles dangereuses de Forcella sont le théâtre d’un récit sanglant, le réalisme est poussé à l’extrême par l’utilisation d’une écriture pénétrante et d’un langage cru et glaçant. Il y a peut-être un peu de l’héritage de Giovanni Verga dans la manière de décrire les scènes du quotidien de cette jeunesse violente et abandonnée. Des gars qui, pour voir leur talent reconnu, préfèrent agir illégalement, la vente de cocaïne devient le moyen le plus rapide de gagner une place au soleil.

Les protagonistes se heurtent, s’unissent pour rompre ces alliances après, s’entretuent, ne font confiance à personne et, lorsqu’ils le font, ils se trompent, un tourbillon qui les plonge au cœur de l’enfer.

Dans Baiser féroce, Saviano s’interroge particulièrement sur le rôle des parents des jeunes criminels, et des mères en particulier. Le livre décrit des femmes qui n’acceptent pas la vie hors la loi de leurs enfants et cherchent de l’aide se tournant vers l’État, mais aussi des mères qui, au contraire, éduquent leur progéniture au besoin d’un succès à obtenir coûte que coûte et à la recherche de l’argent facile.

Le roman est, comme toutes les œuvres de Roberto Salviano, dur et frappe fort grâce à son authenticité, même s’il s’agit d’une fiction ce qui est décrit est bien le quotidien pour une partie de napolitains. Si l’un des buts de cet ouvrage est de faire connaître pour comprendre, d’esquisser cette société de jeunes qui vivent leur vie en brûlant tout à leur passage, la mission est brillamment accomplie.

C’est un livre engageant que je conseille sans hésiter après avoir lu Piranhas.

❤️❤️❤️❤️❤️

Gallimard

Roberto Salviano
Extrait
Extrait
Piranhas
Gomorra
La série
Pièce jouée à Paris en 2011
Le film
Forcella
Article du Le Monde

L’École des soignantes

Mot de l’éditeur :

«Le Centre hospitalier holistique de Tourmens est un hôpital public. On y reçoit et on y soigne tout le monde, sans discrimination et avec bienveillance. Mais les préjugés envers son approche féministe et inclusive des soins et de l’enseignement sont tenaces. 

Depuis sa création, en 2024, les hommes qui s’enrôlent à l’École des soignantes du CHHT n’ont jamais été nombreux : l’année où j’ai commencé ma formation, j’étais l’un des rares inscrits. J’espère que nous ne serons pas les derniers. 

Je m’appelle Hannah Mitzvah. Aujourd’hui, 12 janvier 2039, je commence ma résidence. L’officiante de l’unité à laquelle je suis affecté se nomme Jean (« Djinn ») Atwood. C’est une figure légendaire de la santé des femmes. 

Je me demande ce qu’elle fait chez les folles.»

Biographie de l’auteur :

Martin Winckler, pseudonyme de Marc Zaffran, né le 22 février 1955 à Alger, est un médecin militant féministe français connu comme romancier et essayiste. Évoquant souvent la situation du système médical français, il est également critique de séries télévisées et traducteur. Il vit aujourd’hui à Montréal.

Notre avis :

Un roman qui émerveille, les histoires peuvent changer le monde, je veux y croire, j’aime imaginer que ce récit soit une graine qui, une fois plantée, fasse semer une autre façon de penser, un passerelle vers l’autre et vers des lieux des gestes qui accompagnent.

La manière dont l’auteur pénètre l’esprit des femmes et arrive à parler du sexe opposé est stupéfiante, pertinente et profonde.

Nous sommes en 2039, les personnages anciens et nouveaux travaillent dans le Centre Hospitalier publique que nous rêverions d’avoir mais tout n’est pas résolu : les lobbies pharmaceutiques subsistent encore et sans subventions externes pas de thérapies adaptées juste le minimum.

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu Chœur des Femmes, précédent ouvrage de notre écrivain, pour découvrir et apprécier pleinement le nouveau roman de Winckler toutefois, vous en aurez peut-être envie de connaître l’évolution de Jean Atwood sagace personnage qui vous invitera dans son univers.

Dans nôtre réel de 2019 nous n’avons pas la société «Star Trek» où la fédération a éradiqué la pauvreté et tout le monde peut être aidé. Nous avons la société «Retour vers le futur» où Biff/Trump est vraiment devenu Président des États-Unis et a supprimé la « Obamacare ».

Chez nous dans la vielle Europe, en France malgré, une protection plus importante, les faibles, celles et ceux qui sortent de l’ordinaire ont de plus en plus de difficultés à trouver une place accessible et adaptée dans le système qui devrait pourtant les soulager.

Ce récit est un manifeste qui délie la parole des femmes, une déclaration pour des soins qui soient relations et non seulement actions.

Un roman qui est un enchantement.

L’École des soignantes, mérite plus que la note  habituelle de cinq cœurs comme appréciation maximale, ergo elle en obtient six.

❤️❤️❤️❤️❤️(❤️)

Collection Fiction, P.O.L

Martin Winckler
Extrait
Extrait
Extrait
Louise Michel

Beverly Crusher médecin (Star Trek) 😉
Olivia de Lamberterie dans le Elle sur « L’École des soignantes »

Paroles d’Évangile

Mot de l’éditeur :

Les papes font des bulles, Brigitte Fontaine aussi.

« Messieurs-dames, prenez place si vous en trouvez.
Cet ouvrage de dame est consacré à l’intronisation des nouveaux temps modernes, de la nouvelle condition humaine, à la vie entre la naissance et la mort, à l’autre également, aux tics cliniques programmés plouc-chics, à l’éthique, au fantôme des idéologies antiques, au fric et à ses envoûtements, bref toutes ces sortes de choses auxquelles on ne comprend rien. Cet ouvrage est donc consacré à rien.
Il est brodé à la main par une michetonneuse planétaire jamais devenue adulte, par une vulgaire lumpen SDF, une femme de lettres bretonne fière de l’être.
On l’appelle Bridinette mais en vrai elle s’appelle Brigitte et c’est une créature vénale appartenant à la Mafia des trafiquants de Vérité ; mais comme il n’y en a pas, elle n’a pas un rond.
Cet ouvrage n’est pas un manifeste terroriste. »

Biographie de l’auteur : 

Brigitte Fontaine, femme de lettres bretonne. Née juste avant le début de la Deuxième Guerre mondiale, à Morlaix. Femme libre. Chanteuse, comédienne, écrivain, dramaturge et parolière française, dixit le net. Pas net pour autant.

Notre avis :

Magnifique livre écrit par une femme extraordinaire qui touche à beaucoup de domaines tous traités avec charme et passion.

L’auteure manie les mots avec finesse et subtilité. Une imagination débordante avec des touches de philosophie.

Artiste atypique et inclassable, Brigitte Fontaine présente des œuvres musicales et littéraires depuis les années 60. Comme Pierre Dac, l’auteure nous propose des textes qui créent l’absurde, le complètement loufoque à partir du réel : extravagants mais jamais insensés, ironiques, satiriques et toujours provocateurs.

Les paroles de l’écrivaine nous font valser avec virtuosité.

La lecture de ce livre est savoureuse et salutaire, oui salutaire car elle nous élève vers un horizon hors du commun. Pénétrons dans l’irrévérencieux et intelligent monde de Madame Fontaine.

❤️❤️❤️❤️❤️

Éditions Le Tripode

Disque de Brigitte Fontaine
Brigitte Fontaine
Pierre Dac

Le vol de la Joconde

Mot de l’éditeur :

L’histoire est connue et l’affaire insolite. Un matin d’été de l’année 1911 à Paris, un vol est déclaré au Louvre  : celui du portrait de La Joconde. Tandis que la police ratisse la capitale pour retrouver le coupable, un certain Géry Pieret, voleur et fanfaron, déclare dans Paris-journal être l’auteur du crime et ne pas en être à son premier. Il aurait aussi volé au même musée d’autres œuvres, dont deux têtes ibériques datant du Vème siècle avant Jésus Christ, qu’il aurait revendu à un peintre parisien. Or si l’audacieux ne donne pas de nom, quiconque sait que Pieret fut un temps le secrétaire de Guillaume Apollinaire pourra déduire que le dit peintre n’est autre que Pablo Picasso. Voilà le peintre mouillé, alerté par son ami poète, et le décor planté. Le roman peut commencer.

Imaginez à présent Guillaume Apollinaire et Pablo Picasso en cavale dans Paris, une valise en carton à la main, passant de lieu en lieu pour essayer de se débarrasser des deux têtes qui inspirèrent les célèbres Demoiselles d’Avignon et qui manquèrent de les envoyer en prison, ou pire, de les faire expulser de France. Après avoir renoncé à les jeter sous le pont Mirabeau, et déclamé quelques vers, ils se rendent chez Le Douanier Rousseau, trop occupé à jouer à cache-cache avec un lion pour que lui soient confiés les trésors. Les deux compères repartent vers La Rotonde. Et nous voilà avec eux embarqués dans une balade imaginaire à travers Paris, où l’on croise tour à tour Utrillo, Max Jacob, Soutine, Modigliani, Marie Laurencin ou Chagall, où l’on rend visite à Matisse, Jarry ou Gertrude Stein, et ainsi quatre jours durant. Avant l’arrestation finale. De la Rotonde au Vésinet, en passant par Montmartre et le fameux Bateau-Lavoir, on suit Dan Franck, véritable personnage du roman, narrateur omniscient et tout puissant qui fait fi de la chronologie avérée pour mêler les anecdotes, brouiller les repères chronologiques et nous faire traverser les vies du poète et du peintre en même temps que la capitale. Un régal. 

Biographie de l’auteur :

Dan Franck a publié une trentaine d’ouvrages et écrit une vingtaine de scénarios de films. On lui doit notamment La Séparation (1991, Prix Renaudot), les huit volumes des Aventures de Boro, reporter-photographe, en collaboration avec Jean Vautrin, Le temps des bohèmes (2015) et Scénario (2018). 

Notre avis :

L’histoire qui est à la base du roman est vraie, le lecteur le sait, beaucoup d’ouvrages ont été écrits sur le sujet et un film a été réalisé en 1966.

La chronique pure des événements paraît déjà assez rocambolesque en ce qui concerne Apollinaire et Picasso, ils n’ont pas volé la Joconde mais… leur complicité s’est bien exprimée, pour ainsi dire, avec les têtes ibériques subtilisées au Louvre.

Ce récit est effervescent et imaginatif, il est question, en parallèle avec l’exposition des faits, d’une « histoire des liens » entre les nombreux artistes qui ont érigé Paris comme capitale de leur savoir-faire.

Les talents sont là, les bouleversements historiques qui vont suivre aussi, l’auteur joue avec les époques comme un peintre avec sa palette de couleurs pour nous donner le tableau le plus en adéquation avec ce qu’il veut nous transmettre.

Un livre où chaque page compte, notre écrivain nous transporte chez les cambrioleurs de musée les plus célèbres de l’Histoire de l’Art qui nous font vivre, grâce à la plume de Dan Franck, leur pérégrination parisienne de quelques jours, une balade avec une lourde charge à porter, au sens propre et figuré.

Quelle immersion dans ce repaire d’anarchistes qu’est Montmartre au début du siècle dernier où peintres et poètes trouvent un terrain commun à leur expression et rébellion .

Roman intéressant, très agréable à lire que je conseille d’avoir dans sa bibliothèque.

❤️❤️❤️❤️

Grasset 

Extrait
Extrait
Picasso
Apollinare
Article de l’époque
Vol de la Joconde
Le film
Les demoiselles d’Avignon
Alcools
Dan Franck

En attendant le jour

Mot de l’éditeur :

Reléguée au quart de nuit du commissariat d’Hollywood, l’inspectrice Renée Ballard se lance dans des enquêtes qu’elle n’a pas le droit de mener à leur terme. Le règlement l’oblige en effet à les confier aux inspecteurs de jour dès la fin de son service. Mais, une nuit, elle tombe sur deux affaires qu’elle refuse d’abandonner: le tabassage d’un prostitué laissé pour mort dans un parking, et le meurtre d’une jeune femme lors d’une fusillade dans un night-club. En violation de toutes les règles et contre les désirs mêmes de son coéquipier, elle décide de travailler les deux dossiers de jour tout en honorant ses quarts de nuit. L’épuisement la gagne, ses démons la rattrapent et la hiérarchie s’acharne, mais Renée Ballard n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.

Biographie de l’auteur :

Auteur de plus de 30 romans dont Créance de sang, Le Poète, La Défense Lincoln, Ceux qui tombent et Jusqu’à l’impensable, Michael Connelly est traduit en trente-neuf langues et a vendu près de 65 millions de livres dans le monde. Ses romans ont été adaptés au cinéma et la saison 5 de la série Bosch est déjà en préparation pour la télévision.

Notre avis :

Nouvelle héroïne mais même style percutant et rythme sans faille.

Renée Ballard est un personnage complexe, une femme qui a choisi de mener sa carrière sans compromis. Nous découvrons une enquêtrice douée avec une grande perspicacité et l’envie d’aller plus loin. Elle a besoin, et en trouve le moyen, de « continuer » des enquêtes qui seraient normalement confiées à ses collègues des départements diurnes.

Notre inspectrice travaille au quart de nuit de 23 heures à 7 heures, elle est censée, avec son équipier, instruire les dossiers récolter, les preuves et être en support.

Les règles prônées par le LAPD ne prévoient pas le suivi des investigations par les inspecteurs qui opèrent au crépuscule.

Au cours d’une nuit bien chargée, Renée participe aux interventions sur trois affaires, un cambriolage et arnaque à la carte de crédit, un passage à tabac qui tue presque Ramona Ramone, une prostituée en pleine mutation sexuelle, et une fusillade qui tue trois hommes, un videur et une serveuse au Dancers Club. Sa décision de s’occuper de ces dossiers se révèlera tout sauf anodine, pour sa carrière et pour sa vie. Ballard veut aller au but des investigations, avant tout pour les victimes qui méritent toute l’attention de la police même si elles apparaissent marginales pour l’enquête ou pour les standards de la société.

La vie de l’inspectrice est chaotique, ce qui facilite la tâche à ses détracteurs qui voudraient « la remettre à sa place ». Elle montrera à toutes et à tous ses capacités de détective, ses méthodes peux orthodoxes, border line parfois, vont la conduire à la vérité.

Chaque page nous tient sur le fil du rasoir, les rebondissements et changements de perspective sont constants. Petit clin d’œil de l’auteur à un autre de ses inspecteurs, il cite la série télévisée Bosch inspirée par son immense personnage Hieronymus/Harry Bosch.

Final extrêmement tendu et tout à fait inattendu, brillamment écrit.
Fortement recommandé aux lecteurs qui aiment les romans policiers et les thrillers !

Calmann-Lévy

❤️❤️❤️❤️❤️

Michael Connelly
Extrait
Extrait
Los Angeles
LAPD
Série Bosch

Soldats de la parole

Mot de l’éditeur :

« La plume est plus forte que l’épée. » Nous aimerions le croire, mais est-ce bien vrai ? Quel est le poids de la parole face aux armes ? C’est la question que pose Frank Westerman. Pour tenter d’y répondre, il entraîne le lecteur dans des situations très variées, comme dans un road movie, avec du suspense et non sans une pointe d’humour.

Enfant, Frank Westerman a été témoin, dans la petite ville où il habitait, de la prise d’otages d’un train par des Moluquois. Il nous fait revivre de façon poignante les différentes actions des rebelles moluquois et les longues et patientes négociations qui les accompagnent. Plus tard, comme correspondant, il a assisté aux représailles russes face à la terreur tchétchène. Il compare différentes approches : la méthode douce, dite « approche hollandaise », qui consiste à négocier, à gagner du temps pour tenter de convaincre les terroristes de renoncer à leur action et pour éviter à tout prix la violence et la méthode dure, celle de Poutine, contre les Tchétchènes par exemple, lors de la prise d’otages au théâtre de Moscou, qui a fait 128 morts, et de l’école de Beslan – 331 morts dont 150 enfants.

Frank Westerman prend un café avec un ex-preneur d’otages qui se confie longuement à lui. Il assiste avec le personnel navigant de la KLM à un stage d’entraînement comprenant une simulation de prise d’otages, puis à un stage pour apprendre à gérer la violence au personnel de différents corps de métiers régulièrement exposés à des situations critiques. À Paris, Frank Westerman assiste à une biennale rassemblant les experts du monde entier en matière de terrorisme. Les informations apportées sur l’évolution du terrorisme par Guy Olivier Faure, professeur en négociation internationale, permettent au lecteur de se forger une opinion sur l’évolution du terrorisme et sur les réponses possibles.

Dans cet essai, Frank Westerman, sans donner de réponse catégorique, invite le lecteur à réfléchir avec lui sur le terrorisme et sur la façon de l’affronter.

Biographie de l’auteur :

Né en 1964 à Emmen aux Pays-Bas, Frank Westerman est ingénieur agronome de formation. Dans les années 1990, il effectua de nombreux voyages en tant que journaliste à travers l’Afrique, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est. En 1992, il part comme reporter couvrir le conflit en ex-Yougoslavie pour le quotidien néerlandais De Volksbrant. Il fut notamment l’un des seuls journalistes à réussir à pénétrer à Srebrenica lors du massacre de 1995. De cette expérience, il tire son premier roman : The Bridge over the Tara (1994). Entre 1997 et 2002, il fut correspondant à Moscou. Depuis 2002, Frank Westerman se consacre pleinement à l’écriture à Amsterdam, où il vit. Depuis, Frank Westerman a accumulé les marques de reconnaissance : Les ingénieurs de l’âme a reçu de nombreuses récompenses aux Pays-Bas et a été traduit en neuf langues. El Negro et moi, a reçu la Goldene Eule, l’équivalent du prix Goncourt pour les Pays-Bas et la Belgique. Ararat a figuré sur les dernières sélections du prestigieux prix AKO aux Pays-Bas. (Christian Bourgois Editeur)

Notre avis :

L’essai de Frank Westerman couvre une large période d’enquête basée sur différents types d’actions armées et d’actes terroristes, nous découvrons « la méthode hollandaise », cette volonté d’une issue sans violence ou au moins avec le moins d’agissements brutales possibles.

La terre natale de l’auteur est très présente dans la première partie du livre avec la découverte du village d’Ossendrecht 2, utilisé comme espace d’entraînement pour la police et les futurs médiateurs. 

L’auteur pour écrire ce livre a pris le chemin de l’immersion complète fréquentant les lieux qui lui permettront de  mieux comprendre la naissance et l’évolution du rôle de négociateur et l’évolution du terrorisme. 

En décembre 1975 au Pays Bas, a lieu une double prise d’otage par des réfugiés Moluquois au consulat général d’Indonésie qui fait un mort et la  prise en otage d’un train — la première du genre — dure treize jours. Le bilan sera de trois morts. La reconstruction de cette dernière action est minutieuse et permet aussi de connaître l’histoire des Moluquois.

Après le déclin de la Compagnie de Indes Orientale Hollandaise, nombre de Moluquois intégrèrent les rangs de l’armée Néerlandaise.  Ce ne fut pas sans conséquence après l’indépendance de l’Indonésie dans les années 50 quand ils tentèrent de créer une république autonome violemment combattue par l’Indonésie, alors qu’ils étaient abandonnés par les Hollandais. Une importante communauté Moluquoise Chrétienne s’enfuit aux Pays-Bas où leur situation est assez comparable à celle des Harkis en France. 

Quelle récit basé sur la rencontre avec Abé Sahetapy, le terroriste qui se faisait appeler Carlos dans la prise d’otage du train de 1975 et qui, après avoir purgé sa peine, devint poète et exemple de déradicalisation , sa vie mériterait un livre qui lui soit dédié.

Le voyage se poursuit avec l’analyse des attentas de Moscou en 2002 suivi nos tout récents actes accablants perpétrés à Paris en 2015 on y voit la difficulté de négocier avec des terroristes qui ont déjà décidé que mourir est plus qu’une option.

L’écrivain nous entraine dans son investigation grâce à sa solidité journalistique mais également grâce à sa plume et sa façon brillante de nous décrire son incursion dans le monde de la parole contre la violence.

Je terminerai par une citation qui se trouve dans Les annales du Disque-Monde, tome 2  Le huitième sortilège de Terry Pratchett :

« Ainsi Quimby périt-il sous les coups d’un poète mécontent au cours d’une expérience menée dans l’enceinte du palais pour prouver la justesse controversée du proverbe : « La plume est plus forte que l’épée », lequel proverbe on rectifia en sa mémoire par l’ajout de la phrase : « Seulement si l’épée est très courte et la plume très pointue »».

L’usage de la contrainte et d’interventions armées est bien évidemment parfois nécessaire et inévitable néanmoins, les émissaires de la parole, les porteurs du dialogue restent une force dont nous avons besoin.

Je crois à la supériorité du verbe, du savoir et de la tolérance sur toute forme de violence, À Paris où l’imagination fut brièvement au pouvoir en 1968, comme le dit l’auteur l’espérance d’un monde de dialogue reste présente.

Livre intéressant qui permet une réflexion importante sans jamais donner de leçons, 335 pages qui se lisent avec plaisir, je le conseille vivement.

Christian Bourgois

❤️❤️❤️❤️❤️

Frank Westerman
Extrait

Merci à Babelio et aux éditions Christian Bourgois pour cette découverte !