Les Saules – Mathilde Beaussault – Éditions Le Seuil

Dans « Les Saules », Mathilde Beaussault nous plonge au cœur d’un paysage sombre et énigmatique, où la frontière entre réalité et imaginaire s’effrite lentement sous le poids des silences ciselés par des années de non-dits et de regards détournés. Dès les premières pages, nous voilà envoûtés par une prose à la fois crue et poétique qui explore la fragilité des relations humaines.

L’histoire s’articule autour de Marguerite, une enfant que tout le monde sous-estime, au point de la croire simple d’esprit, alors qu’elle cache un monde intérieur d’une richesse insoupçonnée. Le meurtre brutal de Marie, adolescente aussi mystérieuse qu’attendrissante, révèle des fissures profondes dans la communauté et pose les fondations d’un drame puissant et captivant. L’autrice maîtrise l’art de suggérer plus que de dire, laissant le non-dit tisser sa toile au même titre que les saules pleureurs enveloppent de leur ombre protectrice le cours de la rivière.

Dans « Les Saules », le choix de l’arbre éponyme n’est pas anodin et semble symboliser le chagrin et la mélancolie, offrant un refuge à Marguerite. Ces arbres, avec leurs branches tombantes, incarnent l’isolement tout en protégeant, témoignant des drames cachés de la communauté. Leur présence illustre la dualité entre douleur et espoir.

À travers un récit tout aussi poignant qu’implacable, l’autrice dépeint avec finesse les tensions rurales et les rivalités qui empoisonnent tant de vies au quotidien. Elle éclaire ces relations nouées de rancœurs anciennes et d’un amour parfois brutal, tout en donnant voix à des personnages émouvants, souvent meurtris mais jamais résignés.

Une première œuvre saisissante qui révèle un talent brut, à découvrir absolument pour sa capacité à interroger et toucher au-delà des apparences.

L’autrice est l’une des invités de La Grande Librairie Vagabonde le 30 mai 2025.

Barbès Blues : Une histoire populaire de l’immigration maghrébine – Hajer Ben Boubaker, Éditions Le Seuil

Quand j’étais touriste à Paris, je restais parfois dans le XVIIIe, deux mois, pas loin de Barbès et je me disais à cet arrêt de métro que Paris était la plus belle ville du monde, quand je partais, j’avais un coup de blues à chaque fois.

L’histoire de ce quartier résonne des luttes et des mélodies, ce livre est un témoignage intense sur la richesse et l’endurance de l’immigration maghrébine en France.

Dans « Barbès Blues », Hajer Ben Boubaker nous convie à un voyage immersif à travers les ruelles et l’âme de Barbès, cet épicentre culturel et social qui a vu naître tant de combats et de créations artistiques, avec une sensibilité narrative qui capture l’essence même de l’expérience immigrée.

La plume de Ben Boubaker, dans toute sa précision journalistique, évoque les récits puissants d’hommes et de femmes qui, face à l’adversité, ont su transformer la laideur imposée en un tableau riche de couleurs humaines. À travers des anecdotes captivantes et un hommage sincère à la musique maghrébine qui rythme ce quartier, l’autrice nous dévoile un espace où la résistance n’est pas seulement un acte de survie, mais une véritable célébration de l’identité.

Entre nostalgie et modernité, « Barbès Blues » réconcilie passé et présent, ressuscitant une histoire collective qui transcende les frontières, tel un hommage à une communauté qui a joué un rôle central dans l’histoire sociale de la France. 

Ce livre incite à écouter les échos du passé pour mieux comprendre les enjeux actuels et futurs, un ouvrage dont les pages sonnent comme autant de mélodies de la diversité culturelle.

Pour ceux qui s’intéressent aux récits de vies entrecroisées par-delà les mers, ce livre est un impératif. Impossible de le refermer sans être touché par cette fresque historique et humaine.

L’Heure des prédateurs : une danse macabre dans l’arène du pouvoir moderne – Giuliano da Empoli chez Gallimard

Giuliano da Empoli je l’ai rencontré quand j’avais 14 ans et lui à peine quelques-uns uns de plus.

On s’engageait en politique en Italie.

« L’heure des prédateurs », le titre vibre déjà comme un présage, une cloche funèbre annonçant le grand bal des dominants. Giuliano da Empoli, en fin observateur du paysage géopolitique contemporain, nous entraîne dans une spirale haletante où la réalité dépasse souvent la fiction. Fidèle à son style incisif et visuel, il narre ce basculement avec l’acuité d’un scribe aztèque : par des images saisissantes plutôt que par de longs discours.

De New York à Riyad, en passant par les coulisses feutrées de l’ONU et l’opulence du Ritz-Carlton, ce récit trace les contours puissants et inquiétants d’un monde en pleine mutation. L’auteur, tel Machiavel moderne, décortique les dynamiques souterraines où autocrates, magnats de la tech et intelligences artificielles se partagent l’arène planétaire. Sa prose, à la fois glaçante et vibrante, redonne voix à un Machiavel contemporain, scrutant les opportunités et dangers d’un nouvel ordre mondial.

Les pages de ce livre sont agrémentées d’anecdotes presque irréelles par leur intensité, mais pourtant bien ancrées dans la vérité de notre époque. Da Empoli excelle à transformer le chaos complexe du géopolitique en un conte épique, sombre et lumineux, éminemment nécessaire pour saisir les forces qui, déjà, modèlent notre futur. En somme, un livre incontournable pour quiconque cherche à comprendre le rythme effréné des changements actuels.

Avec Bibliothèques Sans Frontières / 2025

J’ai passé une journée avec une partie de l’équipe de Bibliothèques Sans Frontières.

Je vous partage nos échanges et mon ressenti.

Il faut que je vous dise que rencontrer des inconnus et leur parler d’une cause qui compte pour moi m’a fait énormément de bien.

Bibliothèques Sans Frontières œuvre à réduire les inégalités en facilitant l’accès à l’information et à l’éducation. Partout dans le monde, elle crée des espaces culturels et éducatifs innovants, apportant livres et ressources là où ils manquent le plus, et construisant un avenir où chacun a la chance de lire, apprendre et s’épanouir.

Jusqu’au 11 mai partout en France vous pouvez donner une nouvelle vie à vos livres et une meilleure à celles et ceux qui liront les livres mis à disposition par BDF grâce à vous ! 

La liste des points de collecte est sur le site de BSF.

Merci beaucoup ! 

PS vous pouvez aussi faire un don ou faire un achat solidaire, tout est dit dans les site de BSF.

Au Zimmer avec Camille Kouchner / Immortels / Seuil

Camille Kouchner est une écrivaine sensible et une observatrice incisive, 

Avec son premier roman elle devient, pour moi, une figure incontournable du paysage littéraire contemporain. 

J’ai eu envie de la rencontrer, voici le résultat, en partage avec @french.press.usa sur Instagram.

L’Entretien complet de 30 minutes, que vous verrez, ici est vraiment intéressant.

La premier livre de Camille Kouchner , « La Familia grande » est un cri, une rupture du silence, un acte nécessaire. En conjuguant le personnel à l’universel, Camille met en lumière les ombres de notre société et pousse chacun à réfléchir sur les mécanismes de pouvoir et de silence. On pouvait déjà voir la qualité de son écriture qui se révèle pleinement dans Immortels.

Immortels est un roman bouleversant de beauté et aussi un texte inspirant.

Réflexion sociale qui met en marche le cerveau et magnifique histoire sur l’amour qui fait vibrer les cœurs

Les Hauts de Hurlevent, traverse le roman et le rend comme celui d’Emily Brontë Immortel, pour l’intensité des sentiments et de la violence sociale q’il décrit.

Camille Kouchner est une femme, une personne vraiment admirable, je pense que ses mots et sa poésie m’accompagnent longtemps.

Immortels

@camille_kouchner sur Instagram

Paru chez Le Seuil

Nous sommes au café Zimmer lieu où je pourrais passer des journées entières.

Armures, Stéphanie Hochet, Éditions Rivages : Un Toit de Fer dans un Monde de Vent

Dans un siècle troublé, embrasé par la guerre de Cent Ans, Stéphanie Hochet nous invite à enfiler « Armures », un récit où l’héroïsme et la fragilité cohabitent sous la même étoffe. En réinventant la figure emblématique de Jeanne d’Arc, l’autrice nous confronte à une modernité chaotique, entre échos du passé et réflexions incisives sur l’identité féminine.

Page 20 sa Jeanne dit « je suis fille et je sais que ma parole est sans valeur ».

Le ton est donné.

Jeanne, figure historique portée par une foi indéfectible, s’élance sur les champs de bataille vêtue en guerrière, mais derrière cette armure de fer se cache une âme en proie aux doutes. C’est cette dualité que Stéphanie Hochet exploite avec habileté, oscillant entre le mythe et la réalité des émotions humaines. 

Au fil des pages, l’autrice parvient à rendre son héroïne accessible et terriblement humaine, incitant le lecteur à s’interroger sur les sacrifices et les combats qui façonnent notre existence.

L’originalité de « Armures » réside également dans son approche de Gilles de Rais, le compagnon ombreux de cette épopée. Dans le sillage de la bravoure, l’autrice trace les contours d’un personnage aux facettes multiples, mêlant le sublime au sordide, où l’ombre du mal s’invite à la table des triomphes. Ainsi, Stephanie Hochet n’hésite pas à dépeindre le cœur du Moyen Âge dans toute sa complexité, entre batailles glorifiées et horreurs inexorables.

Le roman est porté par un style percutant.

Les incertitudes de Jeanne résonnent avec les luttes contemporaines des femmes, militants chaque jour pour leur place dans un monde encore largement dominé par les hommes. Par un savant mélange de mystère médiéval et d’autofiction, le livre rend hommage à celles qui, à l’instar de Jeanne, défient les normes et s’érigent en figures de résistance.

« Armures » est une exploration des combats intérieurs, des luttes extérieures et des armures que nous endossons pour protéger nos rêves, tout en dévoilant la fragilité de l’humanité. 

À ne pas manquer ! 

L’autrice est le 23/04/2025 à @lagrandelibrairie 

Immortels, Camille Kouchner, Le Seuil  

Un roman merveilleux et inoubliable.

Avec « Immortels », Camille Kouchner s’aventure sur des territoires émotionnels riches et complexes, mêlant intimité et universel.

Son livre est intense et fascinant.

J’ai envie de garder des extraits à côté de moi, comme des poésies à lire pour traverser la vie.

Camille Kouchner parvient parler de la merveille qui est l’Amour dans toutes ses facettes, sans classements ou distinctions.

Au cœur de cette narration, l’absence constitue une pulsation fondamentale. La protagoniste, K., confrontée au vide laissé par la perte, entame un parcours de reconstruction où les souvenirs et les liens du passé viennent s’entrechoquer et questionner la notion d’identité. Ce cheminement rappelle la relation tumultueuse entre Catherine et Heathcliff dans le chef-d’œuvre d’Emily Brontë,  où les personnages sont enfermés dans un ballet de passions dévorantes et de luttes internes et sociales.

Emily Brontë, est immortelle dans les pages écrites par Camille K. , présente par petites touches dans tout le roman et c’est magnifique.

Comme dans « Les Hauts de Hurlevent », où les protagonistes se débattent avec leurs instinctives aspirations et leurs déchirements, Camille Kouchner explore la dynamique unique entre frère et sœur entre Ben et K. 

Tout les unis, le monde, la société les séparent. les personnages s’élèvent, à l’image des âmes tourmentées que l’on trouve au sein des landes anglaises.

Avec un style fluide et poétique, la romancière aborde des thèmes tels que amitié comme amour éternel et le genre, un plaidoyer pour un monde où la solidarité devient un rempart contre la désolation traverse le roman.

Pour moi c’est un coup de foudre et de cœur, au delà du prévisible.

La présence de ce fil conducteur qui est l’œuvre d’Emily me fascine mais c’est la capacité à évoquer les désillusions et les défis d’aujourd’hui qui m’a conquise 

« Immortels » est roman brillant sur les liens familiaux et les luttes personnelles et collectives.

J’ai conversé avec Camille et vous pourrez en voir le résultat ici, sur mon blog et sur French Press USA jeudi 24 avril.

Je suis fan / (I’m a fan) de SHEENA PATEL / Gallimard

Trad. de l’anglais par Marie Darrieussecq Collection Du monde entier Gallimard

Un jour, il y a fort longtemps, une personne qui a beaucoup compté pour la moi adolescente, m’a vaccinée pour la vie contre l’attitude des fans.

C’était Umberto Éco. Une conversation entourée de livres dans son immense bibliothèque, une conversation qui a probablement changé ma vie.

Alors, ce titre m’attirée et j’ai d’abord lu le livre en anglais : « I’m a fan », en me répondant secrètement « I’m not a fan, never in my life ».

Cette première lecture me permet d’apprécier la superbe traduction de Marie Darrieussecq.

Je suis une fan et à cause de ça, je peux être coupée au montage. — Sheena Patel. «Je suis fan» Epreuves Gallimard, 2025-, p. 18

Tout est dit.

Dans ce premier roman fulgurant, Sheena Patel nous plonge dans le dédale vertigineux de l’obsession amoureuse à l’ère des réseaux sociaux. À travers une narration affûtée telle la lame d’un couteau.

La jeune héroïne, dévorée par la jalousie envers une rivale virtuelle, nous entraîne derrière l’écran où se trame une vie aussi factice que séduisante à ses yeux..

Le récit, porté par une voix espiègle et tourmentée, dissèque avec précision le désir féminin et l’illusion des images filtrées du quotidien. C’est une exploration fascinante de la mécanique du cœur et du chaos moderne, où chaque clic sur Instagram devient une injonction à la comparaison destructrice. 

L’autrice capte avec justesse le besoin désespéré de valider notre existence. Sa critique sociale est aussi brillante et sans concessions.

Je suis fan est une lecture addictive et perturbante juste ce qu’il faut, un hommage cynique aux amours idéalisées, Une fresque contemporaine inoubliable qui, comme souvent chez les nouveaux talents, pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.

J’ai adoré ce livre.

Pour avoir un autre avis positif, vous pouvez lire l’excellente critique de Clementine Goldszal que j’apprécie particulièrement c’est sur Elle.

Un cri dans l’océan, Benoît d’Halluin, Éditions XO

Dans son dernier roman, Benoît d’Halluin déploie une fresque poignante de l’humanité en mer, où chaque onde semble chuchoter les souffrances d’un monde oublié – celui des esclaves des océans. « Un cri dans l’océan » est une quête entre la Thaïlande et Paris ; c’est une odyssée intérieure qui interroge la nature même de la liberté, de l’amitié, et des liens qui unissent les âmes par-delà les marées.

Au cœur de ce récit, Arun, un homme d’origine cambodgienne, incarne à lui seul la dualité des mers : à la fois refuge et piège. Son enlèvement sur un bateau de pêche souligne une réalité glaçante, celle de l’esclavage moderne, souterraines et invisibles aux yeux du monde. L’auteur ne se contente pas de nous narrer la chute d’Arun dans cet enfer aquatique ; il nous plonge dans les abysses des émotions, nous révélant les complexités de l’amour masculin face à la brutalité du destin. Les lignes entre l’espoir et la désespoir s’entrelacent avec une sensibilité rare, offrant une représentation queer à la fois audacieuse et touchante des relations humaines.

L’écriture de d’Halluin est charnelle et lyrique, entre douceur et violence qui capte l’âme du lecteur. 

En Thriller et témoignage, ce texte est un double coup de cœur.

Le récit nous entraîne dans les profondeurs de son univers, où chaque personnage, loin d’être un simple pion, est une note qui compose une harmonie haletante. Olivier, le compagnon en quête, quitte son monde et devient le miroir de notre propre humanité, nous rappelant que l’amour véritable ne connaît pas de frontières, ni de conditions.

Ce roman est un cri d’alarme, mais aussi une ode vibrante aux océans, qui nous dit que derrière chaque vague se trouve une histoire, souvent terrifiante, mais toujours essentielle. 

Benoit D’Halluin nous force à voir, à sentir et, finalement, à agir. 

L’épilogue, déchirant mais porteur d’espoir, nous laisse avec une question cruciale : que sommes-nous prêts à sacrifier pour préserver ceux qui ont été réduits au silence ? 

Ce roman est Un voyage littéraire aussi saisissant qu’urgent, « Un cri dans l’océan » se révèle être un phare éclairant les ténèbres de notre époque. 

Un voyage tragique et magnifique là où l’amour scrute les profondeurs des abîmes humains et marins

À lire sans tarder 

Frankenstein et autres récits de terreur et d’anticipation : Mary Shelley, Éditions Bouquins

La récente publication de Frankenstein et autres récits de terreur et d’anticipation chez Bouquins nous plonge dans l’univers audacieux, tout aussi gothique que moderne de Mary Shelley , une autrice dont le génie émergent s’impose avec clarté même dans un contexte victorien où les femmes doivent souvent s’inscrire sous des pseudonymes pour faire entendre leur voix, elle choisira ses initiales et n’utilisera pas son nom Godwin, que son père lui avait interdit. 

À travers son œuvre phare, elle invente le roman d’horreur moderne ; elle fournit aussi une réflexion aiguisée sur les tensions entre créateur et création, humanité et monstruosité.

Née d’un défi nocturne autour du lac Léman, le récit de Victor Frankenstein et de sa créature s’articule autour d’un questionnement intemporel : que signifie vraiment être humain ? À seulement dix-huit ans, M.W.S. réussit à transcender les conventions pour insuffler une anticipative et effroyable vision, donnant une voix à la douleur de l’errance et aux fracas intérieurs qui résonnent encore dans notre société contemporaine.

Mary Shelley est une autrice fondamentale pour moi et retrouver dans cette anthologie de textes méconnus mais que j’aime particulièrement, comme Mathilda,  qui explore les souffrances d’une âme en quête d’identité dans un monde hostile et patriarcal, renforçant ainsi l’héritage de son illustre mère, Mary Wollstonecraft  (d’où le W. dans les initiales de l’écrivaine) pionnière du féminisme. Chaque mot dépasse l’époque, peignant les affres d’une existence où le choix et la soumission s’entrelacent tragiquement. 

Le choix des nouvelles, dont certaines sont traduites pour la première fois, personnellement j’avais lu Des fantômes et Mauvais Œil en anglais, et d’ une riche introduction par François Rivière, démontrent une volonté de rendre ces récits accessibles tout en honorant l’esprit indocile et insoumis de leur autrice. La collection Bouquins, nous offre ici des textes intemporelles et profondément pertinentes.

L’œuvre littéraire que Mary Shelley nous laisse, questionne notre humanité et notre  jugement de la différence.