L’insoumission en héritage : Pierre Bourdieu, d’Édouard Louis, PUF — Un appel à la curiosité 

Dans le monde dingue qui nous entoure, Édouard Louis convoque des personnalités allant d’Annie Ernaux à Pierre Bergounieux ou Didier Eribon pour s’exprimer sur l’œuvre de Pierre Bourdieu, immense sociologue français. Sa pensée résonne avec une force inouïe.

Ce livre raconte comment Bourdieu est devenu une boussole pour déchiffrer les dynamiques complexes qui régissent notre quotidien. 

Bourdieu, qui est aussi ma boussole, a magistralement analysé les mécanismes de la domination sociale et les structures de pouvoir.

La première phrase écrite par Édouard Louis dans son texte à propos de la perception de la politique dans son cercle familial est juste l’opposée de la mienne, qui percevait la politique comme le moyen de changer le monde, de l’améliorer pour toutes et tous. Je ne suis pas née avec le même sentiment de domination.

Je ne suis pas née dans la même classe sociale mais je l’ai vite constaté autour de moi. Un amour pour la justice et l’engagement est né.

L’héritage intellectuel de Bourdieu ne se limite pas à un cadre théorique : il éveille à l’émancipation, 

à une nécessité de questionner et de remettre en cause les normes établies.

 Les voix qui se rassemblent dans cet ouvrage sont autant de témoins de son influence sur des domaines allant de la sociologie à la littérature, en passant par l’art et la philosophie.

Ce qui frappe, c’est l’incitation à faire vivre ses idées au-delà du rayon d’action habituel de la sociologie. Bourdieu a tracé le chemin, mais c’est à nous de l’emprunter, armés d’une curiosité aiguisée et d’un esprit critique.

Remettre en question notre réalité devient alors non seulement une option, mais une obligation morale. La rébellion, selon les auteurs réunis ici, est une attitude vitale, une forme de résistance dans un monde aveuglé par la conformité.

À travers cette lecture, je vous invite à redécouvrir l’œuvre de Bourdieu et à embrasser l’engagement pour une société plus juste et harmonieuse. Merci, Édouard Louis, pour cette piqûre de rappel !

L’Éden à l’aube chez  @editionselyzad de @karim.kattan 

Hier le Book Club Book Émissaire a parlé d l’un livre : L’Éden à l’aube proposé par Faiza et Florent , quelle joie de terminer un dimanche ainsi, en compagnie de leurs mots et de ceux de Karim Kattan, qui nous livre un roman-saga baroque où l’amour s’affronte aux tempêtes d’un Orient foudroyé. Deux âmes, Gabriel et Isaac, arpentent les labyrinthes de Jérusalem, tissés de contes et de rêves, défiant le sable et les frontières pour retrouver un Éden perdu.

Le précédent roman de l’auteur est l’une de mes premières chroniques littéraires, j’ai eu un coup de foudre pour sa maison d’édition et j’admire son éditrice.

J’ai adoré la plume éblouissante de Karim Kattan, la Palestine insaisissable se révèle dans toute sa splendeur, à la fois tangible et onirique. De la légèreté amoureuse à la gravité des checkpoints, son récit est un chant de liberté où l’humain se redessine à chaque pas, chaque baiser volé au crépuscule.

En ce deuxième roman, la magie du verbe rejoint la puissance du cœur. 

Dans Les Milles  et Une Nuits que Isaac propose à Gabriel les pages deviennent des ailes et les mots des paysages. 

Je suis allée en Palestine et je n’oublierai jamais cette terre qui est dans mon cœur pour toujours.

J’ai un peu eu l’impression d’y être encore dans les pages de ce chef-d’œuvre de sensibilité et de profondeur ! 

À travers l’ironie mordante et la poésie délicate, Kattan élève son écriture et perce les ténèbres, c’est peut-être la seule manière de faire comprendre la Palestine hors de ses territoires.

Ses territoires blessés.. 

Raconter la vie et la mort, l’amour et la haine, le pouvoir et le devoir sucer pour avoir des droits.

C’est comme ça dirait le ciel de Palestine.

Merci mille fois à Karim Kattan de m’avoir fait vibrer avec ses  mots magnifiques.

Lucienne Deschamps chante Anne Sylvestre / Connétable – Paris

Découvrez la magie d’un moment musical avec « Lucienne Deschamps chante Anne Sylvestre ». Ce récital intime propose une belle rétrospective des chansons d’Anne Sylvestre, sublimées par la voix chaleureuse de Lucienne, accompagné de son excellent guitariste, Jean-Philippe Winter. 

Lucienne Deschamps, artiste aux multiples talents, nous offre une interprétation touchante, pleine de nuances et de tendresse. Elle remet en lumière les mots d’une grande dame de la chanson française, dont les messages résonnent avec une lucidité rare. Chaque note, chaque mot, nous plongent dans un univers où l’émotion et l’intellect s’entrelacent.

Venez partager ces instants précieux au Connétable à Paris. Ce spectacle est une invitation à redécouvrir une œuvre souvent méconnue et à savourer l’authenticité d’un hommage vibrant.

Giovanni Falcone / Roberto Saviano / Gallimard

Falcone est mon histoire, celle d’une jeune personne qui a entendu le monde s’arrêter un moment. Ma mère, Giovanna, oui même prénom italien a pleuré, elle a dit : « lo hanno lasciato solo ». Ils l’ont laissé·e seul·e. Moi, tout·e jeune, je me disais « ils » ou « nous » ? 

L’idée d’un roman sur Falcone m’a un peu troublé·e. Oui, on peut, on doit même écrire sur tout, mais comment faire interagir fiction et réalité si terrible et si proche, si connue. J’ai déjà lu des essais sur Falcone, sur Borsellino et sur l’Antimafia.

Saviano écrit bien et est dans son élément, donc lire ce livre vous ravira.

Des chapitres courts, aux titres marquants, et la puissance de l’histoire participent la force de la lecture.

Saviano sait écrire le mal, il l’analyse, le décortique, l’explique, le montre. 

À nous de terminer la lecture de ses œuvres en ayant compris que les écrire pourrait encore aujourd’hui lui coûter la vie. 

Intellectuel·le engagé·e est un métier solitaire et cruellement nécessaire. 

À Paris, au MK2 ou dans les entretiens que Roberto Saviano a donnés à la radio, la presse écrite et à La Grande Librairie, je l’ai senti toujours courageux mais avec un sentiment de déception, une pointe de pessimisme de la raison. 

J’ai envie de croire que l’accueil médiatique et même sur les blogs et les réseaux puisse lui dire : mission accomplie. On va ouvrir les yeux. 

On va être vigilant·e·s. 

Roberto Saviano réussit le pari. Son Falcone est un récit sincère et documenté sur les faits, enrichi d’une touche qui le fait lire comme un roman, comme le roman qu’il devient, rendant les personnages plus vrais encore.

Nous n’allons pas laisser seules ceux et celles qui résistent !

Però sappilo Roberto, vorrei che tu non scrivessi solo di criminalità organizzata, della Camorra e delle Mafie. Ho amato tanto il tuo precedente libro « Crie-le ! » Vorrei ancora che tu descrivessi altre cose del mondo come lo sai fare tu… Non è una delusione sul tuo Falcone che è più vero che mai ! ma è una voglia, un espoir, une envie.

Que peut Littérature quand elle ne peut ? – Patrick Chamoiseau – Le Seuil : Redécouvrir la puissance des mots face à l’oppression

Dans son dernier ouvrage, Que peut Littérature quand elle ne peut ? Patrick Chamoiseau, voix essentielle de la littérature francophone, nous entraîne dans une réflexion poignante sur les oppressions qui gangrènent notre monde. Il évoque avec une sensibilité poignante les luttes de peuples souvent oubliés, tels que les Palestiniens, les Ouïghours ou les Haïtiens, nous incitant à reconnaître et entendre leurs souffrances.

Chamoiseau nous rappelle que, même lorsque la littérature semble désarmée face à l’indifférence et au désespoir, elle possède le pouvoir d’éveiller les consciences. Les mots, loin d’être de simples outils, deviennent des armes contre l’oubli et des vecteurs d’empathie. L’auteur revisite ainsi notre relation à la littérature, la présentant comme un espace de résistance, un lieu où se conjuguent mémoire collective et espoir.

J’ai pensé à la pièce : Dans la mesure de l’impossible de Tiago Rodrigues qui développe le concept de Possibilité versus Impossible comme d’Humain versus Inhumain.

J’ai pensé fort fort à Bibliothèques sans Frontières qui apporte les livres, et des moyens d’émancipation par la culture là où la dignité humaine se fait rare.

Ce livre est une invitation forte à réévaluer notre rôle en tant que lecteurs et citoyens. En mettant en lumière ces souffrances autour de nous, Chamoiseau nous pousse à redécouvrir la force des récits qui transcendent les douleurs du monde. Loin d’être un simple divertissement, la littérature devient un moyen de transformer notre regard sur la réalité.

Patrick Chamoiseau, avec son écriture prenante  et engagée, nous rappelle que Adorno a raison et que c’est impossible de faire comme si rien n’était. Ce texte résonne comme un appel à l’action, une célébration de la force des mots capable de changer les destins. 

À la littérature comme moyen d’émancipation et de résistance j’y crois aussi, de toutes mes forces.

L’écriture qui guérit : Traumatismes de guerre et littérature, Nayla Chidiac, editions Odile Jacob

Dans ce poignant essai, Nayla Chidiac explore l’empreinte indélébile que la guerre laisse sur l’esprit humain et comment l’écriture peut devenir une voie de guérison. En s’intéressant aux récits de guerre, elle interroge la puissance cathartique des mots. La plume se présente alors comme un refuge, un espace où l’on peut donner forme à l’informe, transformer la souffrance en récit et le traumatisme en témoignage.

J’ai ressenti ce même besoin d’écrire dans la guerre personnelle, pendentif 18 mois en rééducation à l hopital. J’ai passé 24 mois à l’hôpital mais évidemment, tétraplégie au réveil, je n’ai pas pu écrire immédiatement..,

Alternant entre réflexions personnelles et portraits d’écrivain·es, Nayla Chidiac nous invite à réfléchir sur notre rapport à la littérature en temps de crise. Elle démontre que chaque histoire, chaque mot peut contribuer à panser nos blessures intérieures, et que se plonger dans la lecture peut aider à traverser les tempêtes émotionnelles. Avec une sensibilité manifeste, l’autrice nous pousse à redécouvrir des œuvres essentielles qui éclairent nos chemins dans ces périodes sombres.

Un ouvrage qui cherche à comprendre comment les mots peuvent apaiser les mes maux  du cœur et de l’esprit.

Qui est Emily pour moi :

Emily Brontë est une figure marquante dans ma vie, symbole d’une passion littéraire qui a commencé très tôt. À l’âge de 12 ans, j’ai découvert son chef-d’œuvre, « Wuthering Heights » (en français, « Les Hauts de Hurlevent »), un roman qui m’a emportée par sa profondeur émotionnelle et ses paysages tourmentés. Publié en 1847 sous le pseudonyme croisé « Ellis Bell », Emily a choisi ce nom pour masquer son identité de femme écrivaine dans un monde littéraire dominé par les hommes. Ce pseudonyme croisé était partagé avec sa sœur Charlotte Brontë, qui a également publié sous le nom de « Currer Bell ».

Cette pratique de recourir à des pseudonymes n’était pas unique aux sœurs Brontë. Mary Shelley, quant à elle, a publié son célèbre roman « Frankenstein » en 1818 sans pseudonyme, mais face aux critiques, elle a souvent utilisé ses initiales, « M.W.S. », pour réduire l’impact de son genre sur sa réception. Son œuvre révolutionnaire a également dû faire face à des préjugés en raison de son identité de femme.

Mon admiration pour Emily s’est également nourrie de sa poésie, souvent moins connue mais tout aussi puissante. Ses poèmes, publiés à l’origine dans un recueil avec ceux de ses sœurs, révèlent une sensibilité unique et une maîtrise des mots qui m’ont profondément touchée.

Cette quête de compréhension et d’appréciation d’Emily Brontë s’est concrétisée lors de mes visites au Brontë Parsonage Museum à Haworth, en Angleterre. J’ai été fascinée par ses dessins méconnus, qui sont conservés dans le musée et montrent une autre facette de son talent artistique et de sa sensibilité. Marcher dans les pas de cette écrivaine extraordinaire, parcourir les salles imprégnées de son histoire, a renforcé mon attachement et mon admiration pour elle. Enfin, sa sensibilité profonde pour la nature et tous ses êtres transparaît dans son écriture, où elle célèbre la beauté sauvage des paysages et la complexité des émotions humaines, résonnant en moi d’une manière profonde et durable. 

Notez bien la date du 16 mars 2025, car à 18h00 on parlera de Les Hauts de Hurlevent sur le compte d’ @atrapenard sur Instagram.

Échappée hallucinée au cœur du Mexique avec « Queer » de William S. Burroughs, nouvelle édition chez Christian BOURGOIS

Bienvenue dans l’univers décalé et hypnotique de William S. Burroughs avec Queer, récit âpre et incisif où la prose devient voyage spirituel. Le Mexique se transforme en cauchemar éclatant, un décor où réalité et fiction s’entremêlent au gré des déambulations de Lee, l’alter ego de l’auteur. Ce personnage fantomatique, hanté par ses propres démons et une passion obsédante pour Allerton, s’engage dans une quête désespérée.

Burroughs, figure emblématique de la Beat Generation, marie autobiographie et fiction, livrant ainsi l’une de ses plus poignantes confessions littéraires. Son vécu d’excès, de drogues, et de marginalisation donne vie à une œuvre où l’écriture sert d’exutoire à un mal-être profond.

La récente adaptation cinématographique, dirigée par le talentueux Luca Guadagnino, offre une dimension inédite à ce chef-d’œuvre. Avec Daniel Craig incarnant un Lee torturé, entouré de Drew Starkey et Jason Schwartzman, le film gagne une ampleur visuelle captivante. Guadagnino évoque l’urgence émotionnelle et la quête de sens, plaçant les spectateurs au cœur d’une atmosphère envoûtante et inquiétante.

L’adaptation souligne la quête personnelle de Burroughs, écrivain torturé dont la vie fut marquée par des excès scandaleux et des moments de profonde lucidité. Un génie tourmenté, fragile, dont le talent ne peut cependant excuser toutes les turpitudes.

(Je précise je parle de « l’accident » qui a provoqué le décès de sa femme) 

Pour les amoureux de la littérature cherchant à comprendre les recoins les plus obscurs de l’âme humaine, Queer et son adaptation offrent une fenêtre fascinante sur les combats intérieurs et les quêtes impossibles.

Tout le monde aime Clara : L’éblouissant dernier roman de David Foenkinos, édité chez Gallimard

Un récit captivant qui nous confronte à la profondeur des liens familiaux et les déconvenues de la vie.

David Foenkinos, toujours aussi envoûtant, nous offre avec Tout le monde aime Clara un roman qui nous invite à explorer la complexité de l’amour familial et les mystères d’un quotidien qui bascule. À travers le personnage d’Alexis Koskas, un conseiller financier confronté au coma de sa fille Clara, l’auteur plonge le lecteur dans une spirale d’émotions où chaque mot résonne avec une légèreté qui n’enlève rien à la profondeur des thématiques abordées.

Parler de coma, lire d’un coma n’est jamais facile après mon coma pour moi, Après un long coma, le passage par quelques instants de mort, la vie retrouvée, est nouvelle.

Je ne sais que trop bien comment les épreuves peuvent redéfinir les relations, redessiner les vies. Mais c’est Clara, cette petite fille devenue une jeune femme dotée de pouvoirs de voyance, qui représente le cœur vibrant du récit. Sa capacité à toucher ceux qui l’entourent évoque une notion de transformation qui transcende le simple drame.

Ce qui fascine chez Foenkinos, c’est sa manière unique de tisser des réflexions sur la vie, la mort, le destin et la rédemption avec une écriture empreinte de douceur. Son style, à la fois accessible et poétique, permet une immersion immédiate dans cette histoire lumineuse, où les mots révèlent les subtilités des émotions humaines. Le personnage d’Éric Ruprez, l’écrivain des Éditions de Minuit, ajoute une dimension poignante au récit, symbolisant les luttes internes que chacun·e peut connaître face à la perte et à la recherche de sens.

Tout le monde aime Clara n’est pas un récit sur la souffrance ; c’est plutôt une plongée dans la beauté des relations, une célébration du pouvoir des mots et un hommage aux liens qui nous unissent. La lumière qui émane de Clara transcende la page et rappelle à chacun de nous la force de l’espoir et de la renaissance.

Je vous invite à lire ce récit sur les cas et les chaos de la vie.

La Matinale de Nolwenn Le Blevennec chez Gallimard

Lorsque la rupture amoureuse se conjugue à l’ironie mordante du déclin cathodique, Nolwenn Le Blevennec nous plonge dans une odyssée intime et sociétale déjantée. À travers Léonore de Karadec, présentateurice phare mêlé-e à la spirale dévastatrice de relations et de choix erronés, l’auteur-ice fait vibrer la corde sensible de nos existences contemporaines, souvent égarées entre désir et désillusion.

J’ai toujours éprouvé beaucoup d’admiration pour celles et ceux qui se lèvent très tôt, tout métier confondu et j’ai même dit à un journaliste, qui anime la belle matinale  de France Culture le Samedi matin, comment faisait-il pour être en forme ? et pour lui c’est 1 jour par semaine !!!

Par solidarité le samedi matin j’essaie d’écouter le  direct mais parfois je cède au podcast ! 

Chaque page de « La Matinale » interroge : comment s’épanouir dans un monde qui désenchante ? Comment se réinventer quand tout semble s’effondrer ? Nolwenn Le Blevennec capture avec finesse ces réflexions universelles, transcendant le récit personnel pour toucher nos émotions communes. Un texte brillant, à la fois pudique et insatiablement pertinent.

Le déclin et l’analyse d’une journaliste qui parle avec ses psy et décrit comment elle en est arrivée là est drôle et amer.

J’ai aimé l’histoire, l’ambiance et l’enquête dans les profondeurs des motifs de nos actions !