Le portrait de mariage / Maggie O’Farrell / Éditions 1018

Maggie O’Farrell est une autrice passionnante qui sait jouer avec l’expectative de ses lectrices et lecteurs. Après avoir publié « Hamnet », sur le fils unique de William Shakespeare, ce récit raconte la vie de la fille de Cosme Ier de Médicis, grand-duc de Toscane. 

« Lucrezia » est née dans la légendaire famille italienne en 1545. L’une de ses sœurs était censée épouser Alphonse II d’Este, le futur duc de Ferrare, mais elle est décédée avant la cérémonie. Comme une édition Renaissance du « Bachelor », Lucrèce a pris sa place.

Aux yeux de la cour, elle n’a qu’un devoir : fournir l’héritier qui assurera l’avenir de la dynastie Ferraraise. D’ici là, malgré tout son rang et sa noblesse, l’avenir de la nouvelle duchesse est entièrement en jeu.

Lucrèce a un esprit libre et l’autrice dessine un portrait de femme forte, emprisonnée dans les conventions de son époque.

Le livre avance avec l’histoire du vrai portrait qui a figé l’image de la jeune duchesse.

L’autrice prend beaucoup de libertés avec l’histoire présumée réelle mais après tout c’est un roman sur fond historique.

Héroïne et époque passionnantes,  sont des sujets parfaits pour l’écriture descriptive de l’autrice qui fait ressortir toutes les odeurs, sensations, textures, couleurs, images du paysage et des personnes qui entourent les protagonistes, les détails sont  si saisissants que nous avons l’impression d’être là, témoins de la solitude et de la peur grandissante de cette jeune femme.

Audrey Diwan (L’Evénement, Emmanuelle) devrait adapter au cinéma ce roman si visuel.

Je vous conseille ce roman de l’autrice britannique.

DU VERRE ENTRE LES DOIGTS / ALIX LERASLE / Castor Astral (librairie le 22 août) 

Lieu de refuge par excellence, théâtre d’indicibles tragédies aussi, la Maison est parfois un personnage à part entière dans la littérature, attention je ne parle pas d’une simple maison hantée ou dans la prairie, trop facile, mais d’une présence, d’un protagoniste en plus qui fait vibrer les lecteurs.

Je pense à : La Chute de la maison Usher , Rebecca, Wuthering Heights

La maison indigène de Claro. Et tant d’autres récits et huis clos qui me sont venus à l’esprit en lisant Alix Lerasle dans sa longue poésie, lyrique dans le fond et dans la forme.

Née en 1998, Alix Lerasle, poétesse, a obtenu le prix de la Vocation pour son recueil Faut-il des murs pour faire une maison ?  Du verre entre les doigts est son premier roman.

Le roman se présente comme une poésie, mieux, des poésies qui nous racontent toutes une histoire, qui se dessine comme dans une mosaïque composée par des vers.

Le tableau qui apparaît après quelques pages porte le visage du chagrin, Il y a la Mère, il y avait un père et des Enfants qui souffrent, en avançant dans la lecture j’ai commencé à décoder les indices et les mots et décrypter les actes qui cachent ou montrent la douleur de toutes et de tous.

La narratrice nous parle d’elle et des autres, elle prête une voix silencieuse à Nati, le plus jeune enfant, le seul qui a un prénom tout de suite défini. C’est puisque il est unique dans sa différence cognitive, peut-être.

Il ne faut surtout pas que je vous dévoile davantage du fonctionnement de cette Maison blessée ou de la manière dont les « vers de ce roman» deviennent addictifs.

Cette romancière est une excellente poétesse.

Ses paroles fluides représentent des instants de vie qui forment un récit avec un charme fou et une rare, délicate-crudité d’expression.

Une lecture belle et attachante pour moi ! 

J’aime. J’aimerais déjà le relire.

Occasion à ne pas manquer :

La rencontre animée par Nicolas Herbeaux avec Alix Lerasle le 23 septembre 2024 à 19:00 à la Maison de la Poésie.

Jours de sang / Sue Rainsford / Aux forges de Vulcain

Sue Rainsford est une romancière et critique d’art irlandaise.
Son premier roman, Jusque dans la terre, très apprécié par la critique et publié en France par le même éditeur est un énorme coup de cœur, inclassable, un peu conte folklorique, un peu tragédie grecque, ce livre est inventif et surprenant.

L’attente pour Jours de sang fut pour moi immense !

Dans son nouveau texte l’autrice irlandaise propose une phénoménale dystopie qui sert à mieux rendre évidents les mécanismes qui règlent l’emprise et à faire émerger la domination par les idées reçues.

L’histoire est celle de Anna et Adam, deux jumeaux qui vivent dans un lieu abandonné dans un paysage instable où ils se préparent à la fin du monde qu’ils croient imminente. Adam veille le jour, Anna la nuit. Ils se réunissent à l’aube et au crépuscule, cela m’a fait penser aux scènes du film Ladyhawke pourtant dans une tout autre situation.
Les protagonistes sont seuls à l’exception de l’ancien chef de la commune, Koan
On se sent désolé et isolé, dans les décors dominés par le vide, il y a une sensation d’horreur folklorique, qui ne s’arrête jamais et les jumeaux ont été abandonnés aux croyances et à la peur de tout contact.
Même dans cette non-société, l’écrivaine sait créer une logique, l’histoire est captivante, si finement décrite que chaque décision prise a du sens, selon les données connues.

Maternité, abandon, pouvoir entre de mauvaises mains. Ce sont tous des thèmes clés qui se déploient dans un monde où quelque chose d’étrange arrive à la population.
C’est un mélange grisant.
Sue Rainsford revient à l’écriture avec un sujet de réalisme de l’imaginaire convaincant et dérangeant, elle utilise un langage brutal et éloquent à la fois, c’est de la Poésie pour moi.
Je ne pouvais pas détourner le regard des mots de l’histoire, des formules de l’intrigue.
Ce récit ne ressemblant à rien d’autre, peut être lu à plusieurs niveaux, car si ce n’est pas tout, beaucoup de choses sont symboles.
j’ai adoré ce livre !
Tellement viscéral ! Tellement énigmatique.

Je suis restée sans voix lorsque j’ai tourné la dernière page.

Je ne saurais trop recommander Jours de Sang, car je suis sûre que vous ne pouvez que l’aimer.

Book Club : Souviens toi des abeilles / Zineb Mekouar / Gallimard

Bonjour le Book Club,

Je t’écris pour te parler de Zineb Mekouar qui a un formidable talent de conteuse.

Son précédent roman « La Poule et son cumin » est le gagnant du prix des lecteurs Points (révélation : étant dans le jury, j’ai voté pour son livre !).

Zineb Mekouar, avec sa poésie en prose, accompagne les lectrices et les lecteurs dans un Maroc différent des plages touristiques. Nous lisons l’histoire d’un jeune garçon, Anir et de son village à la terre couleur, ocre.
La famille d’Anir est composée par sa mère qui a un secret et des comportements atypiques, son père parti travailler à la ville et de son Grand Père, mentor et dépositaire de connaissances ancestrales.
Les protagonistes sont attachants et par moments bouleversants.
Le texte est saisissant et la soif d’en savoir plus ne vous quittera pas, tout se révèle fragment après fragment dans ce conte qui parle de famille, des racines et évidemment de la Terre et de l’importance d’en préserver l’équilibre.
Le plus ancien rucher collectif du monde, qui se trouve sur un flanc de montagne du Haut Atlas, dans le village d’Inzerki, existe vraiment.
Il est menacé par le réchauffement climatique.
Les abeilles diminuent et le rucher se vide, au grand damne des habitants. L’absence de bourdonnent est synonyme de mort, de désastre écologique.

L’une des grandes forces de Zineb Mekouar est d’écrire une histoire universelle, de ce petit village attachant, lieu où grandissent des sentiments et des perceptions qui mènent à une réflexion globale, sans frontières.
Ce récit magistral réussi un prodige, offrir une vision intime et typiquement marocaine et pourtant collective.
Des thématiques importantes qui deviennent emblématiques, dévoilées avec amour et force.
L’écriture est directe, expressive et mélodieuse.

Cette lecture magnifique et mon coup de cœur de l’été, de l’automne, de l’hiver et du printemps
Je veux le partager avec toi cher Book Club.
Voici donc ma carte postale pour toi : Pensées du Maroc with Love !

La belle-mère de Blanche Neige / Slac / Collection Mythes au féminin , Éditions Reconnaissance

Si une Maison d’Edition parle de: « Réinventer l’expérience de lecture en alliant plaisir de lire, (re)découverte de lieux iconiques et la Reconnaissance comme ligne éditoriale.», mon envie de lire ses livres est immédiate.

Reconnaissance est une nouvelle maison d’édition, engagée et indépendante.

Reconnaissance (n.f.) : sentiment de gratitude envers quelqu’un. Action de reconnaître quelqu’un ou quelque chose.

Première lecture découverte,  par hasard sur Instagram: La Belle-Mère de Blanche-Neige est une lecture réussie particulièrement aimée.

J’admire ce petit et brillant texte et,  je n’ai pas succombé aux arguments des Frères Grimm, ici procureurs qui font un étalage éloquent des charges. 

Le mythe dans cet ouvrage n’est pas seulement réadapté, il est analysé et déstructuré pour en saisir les contradictions et les équivoques possibles.

Je me range du côté des co-détenues de la Belle-Mère ! Pour savoir pourquoi il ne vous reste qu’à lire vite le livre ! 

L’autrice pluri romancière, psychologue et psychothérapeute écrit de manière très agréable à lire et sait montrer les côtés obscures du mythe, utilisés pour expliquer l’archétype qu’il représente.

Une lecture plaine de lucidité et lumière, avec une intrigue originale et bien menée.

Ça correspond en tout point au projet de l’éditeur. 10 sur 10 sans hésiter pour l’écrivaine et pour les Éditions Reconnaissance.

Je vais vite lire Iseult de Sophie Adriansen, également dans la Collection Mythes au féminin.

Je suis aussi très curieuse de découvrir les futurs titres et les autrices à venir ! 

Je suis une véritable admiratrice de la conception de littérature qui porte cette jeune maison d’édition !

Je vous conseille avec tout mon cœur et mon âme La Belle-Mère de Blanche-Neige (c’est pour faire un peu conte de fée) ! 

Les Portes / Gauz / Le nouvel Attila

Gauz, je l’ai connu avec Debout-Payé (Le Nouvel Attila, 2014) et je l’ai vraiment apprécié avec Black Manoo (Le Nouvel Attila, 2020).

Aujourd’hui Gauz, qui n’a pas vécu directement la grande occupation de l’église Saint-Bernard, à Paris, qui a eu lieu à l’été 1996, racconte cette lutte dans Les Portes, le dernier volet de sa « trilogie des papiers ».

Le sujet m’intéresse et j’ai l’impression de ressentir les portes qui se ferment, comme des frontières.

Les portes nous protègent et nous enferment, le titre me conduit déjà à m’interroger sur les portes que j’ai rencontré, fermé ou ouvert dans ma vie. Elles sont nombreuses ces Portes.

Gauz, a dit chez France Cultuture  : « La lutte consiste à récupérer les mots et combattre par les symboles ». C’est vrai il faudrait déjà commencer à faire ça et ne pas nous enfermer et nous laisser enfermer derrière les frontières qui sont nos Portes.

L’auteur a également écrit : « Tout mène à des portes qui conduisent à des portes qui dirigent vers des portes qui s’ouvrent sur des portes qui guident à des portes… tout ! C’est cela qui fait de nous une espèce en migration perpétuelle. »

Je partage ce point de vue. 

Mais parlons de l’histoire du livre :

Paris, été 1996. Un cortège d’Africains cherche un refuge d’où défendre ses droits. Lorsque Madjiguène Cissé, leur porte-parole sénégalaise leur fait franchir les portes de l’église Saint-Bernard de la Goutte d’Or, la lutte peut commencer. 

Gauz nous racconte depuis l’intérieur, avec des mots poignants, l’occupation et la grève de la faim, qui va finalement attirer l’attention de tout un pays et faire parler des sans-papiers. 

Ce récit est une immersion dans la richesse des diversités.

Gauz fait entendre dans ce texte la voix d’une mosaïque de citoyens confiants dans les promesses de la France et soutenus par des célébrités, des religieux et des français et des françaises comme nous.

Moi à ce moment là je me trouvais à Rome et j’admirais la France, ma France, j’étais à l’époque une adolescente engagée et certaine que Liberté, Égalité Fraternité étaient un credo et pas seulement une devise.

Malgré le soutien de l’opinion publique, les réfugiés de l’église parisienne seront délogés manu militari.

Loin loin loin tout c’est si loin ça mais les portes sont toujours là ! Et la brutalité augmente.

Bravo à Gauz de le rappeler et de nous raconter le point de vue que nous n’avons pas su et ne voulons pas écouter.

Un livre qui secoue et passionne  à lire absolument car c’est un bon remède à l’indifférence ! 

« Je hais les indifférents » Antonio Gramsci.

Dans le noir, je peux être à toi / Salla Simukka / Actes Sud Jeunesse

Si vous voulez proposer à des ados une lecture YA qui sort du lot, je vous conseille un livre de Salla Simukka, tous les ingrédients comme la romance et les personnages attachants sont là pour séduire les Young Lecteurs.

L’autrice est née en juin 1981 à Tampere, Finlande. Après des études de philologie nordique, de finnois et de lettres à l’université de Turku, elle devient traductrice et écrivaine de romans pour la jeunesse. En 2013, deux de ses titres remportent le prestigieux Topelius Prize.

Rares sont les livres jeunesse qui peuvent surprendre par leur contenu, cette  belle et forte histoire sur l’amour entre deux filles et les douleurs de la vie, qui ne sont pas toujours visibles de l’extérieur le fait, elle peut surprendre.

Elle m’a surprise.

Les livres « tournés » à  2 points de vue sont un concept intéressant. Il est possible ainsi, de faire ressortir différemment les émotions de façon plus multiforme.

Je me demande si il ne faudrait pas recommencer dans l’autre sens de lecture une fois terminé le livre à deux voix.

Le langage est fluide et accessible, c’est comme lire un journal intime bien écrit qui nous livre une réflexion sur l’identité et l’orientation sexuelle, ou du moins sur son questionnement. Nous suivons l’histoire de Varpu et Saga deux adolescentes que tout oppose et tout attire.

Le récit contient probablement, les scènes de sexe, adaptées à un jeune public,  les plus joliment écrites que j’ai jamais lues. L’accent est mis sur la charge émotionnelle des protagonistes.

La fin du livre dépend quelque peu de votre propre interprétation et du « côté de lecture» que vous privilégierez.

Le lecteur est prié de réfléchir à la suite des histoires des 2 adolescentes finnoises.

N’ayez pas peur, on peut lire ces récits à moins ou à plus de 18 ans, il reste intéressants.

Je le conseillerais à partir de 14/15 ans.

Autoportrait d’une autre / Élise Turcotte / Éditions Alto 

Littérature québécoise, aujourd’hui Élise Turcotte fait vivre avec ses mots une écrivaine sur les traces d’une tante, au destin extraordinaire, disparue tragiquement il y a longtemps .

Denise Brousseau mena apparemment une vie bohème au Québec en France et au Mexique.

Ce livre est un récit sur la découverte de l’autre, les rencontres, les décisions de la vie surtout de la mémoire. 

La mémoire des personnes et des lieux.

L’interrogation que l’autrice nous mène à avoir est forte et bouleversante. 

Les souvenirs et les impacts des êtres qui nous touchent sont sous estimés et pourtant ils existent bien dans une partie de la mémoire qui a parfois besoin d’en savoir plus.

La narratrice souhaite faire revivre sa tante grâce à ses souvenirs et ceux des autres, ce fantôme la hante, elle a besoin de tout savoir pour le faire reposer en paix.

Une belle  et captivante écriture dessine le portrait de l’autre qui se découvre être un autoportrait composé par des morceaux choisis.

Un livre écrit avec passion que je vous conseille absolument.  

Journal du marais / Paule-Marie Duquesnoy (Auteur) Stéphanie Schouvey (illustrateur) / Klincksieck

Écrit pendant la période de la pandémie de Coronavirus, je dirais « Post hoc, ergo propter hoc « , ce livre est une plongeante promenade littéraire dans la nature.

Les belles illustrations de Stéphanie Schouvey accompagnent les mots et rendent cette expérience de lecture tellement plus agréable !

Les couleurs donnent forme aux sensations.

J’étais déjà conquise par cette collection de lectures qui me font du bien et qui me rapprochent de la nature ! et celle-ci confirme ma nouvelle « Book-addiction » pour De Natura Rerum.

Chaque contemplation est poétique et porteuse de la joie que la beauté de notre planète émane dans une feuille ou une petite créature.

Chaque page est enveloppante et les histoires sensibles se mêlent à des méditations, comme des sentiments personnelles, parfois universels.

Une lecture passionnante que je conseille dans cette période tout particulièrement et après aussi.

L’homme des Mille Détours / Agnès Martin-Lugand / Michel Lafon

Ce livre était sorti pour la rentrée littéraire 2023.

Les analyses de vies d’hommes et de femmes de l’autrice me plaisent et je suis le parcours de la romancière et psychologue clinicienne.

Ce texte provoque des émotions et secoue sans brusquer, parle d’une famille brisée, en la regardant avec le prisme de la reconstruction personnelle.

Géographiquement, nous voyageons de La Réunion à St Malò, mais les protagonistes voyagent pour définir leurs chemins personnels, à l’absence et la présence de l’autre.

Les personnages inquiets et abîmés, nous proposent une Odyssée sentimentale et humaine intéressante.

Erin et ses enfants, Ivan et Gary, parlent des milles voies et facettes de l’Amour, qui dirige l’histoire.

À lire avant de tomber dans la prochaine rentrée littéraire !