Désirer la violence / Chloé Thibaud / Les Insolentes / Ce que nos fictions déposent en nous

Je repense souvent à ces images qui m’ont façonné. 

À un passé où « c’était permis »

Une main qui saisit une autre, un regard qui insiste trop longtemps, un corps féminin qui cède parce que c’est comme ça . 

On appelait ça aussi l’amour. 

On appelait ça la passion.

Et puis on a fini par comprendre.

Chloé Thibaud ne dénonce pas. Elle observe. Elle décortique ces récits qui nous ont fait grandir, ces films, ces séries, ces chansons qui, sans qu’on s’en rende compte, ont cousu leurs scénarios à notre quotidien. Elle montre comment la fiction, par ses gestes, par ses silences, façonne nos désirs, nos attentes, nos tolérances. Comment elle nous a appris, subtilement, à trouver séduisant ce qui nous abîme.

C’est un livre d’analyse, oui, mais c’est surtout un livre de regard. Un regard qui vacille parfois, tant il touche à ce que nous avons de plus intime. Parce qu’il n’y a pas de distance entre nos écrans et nos vies : la culture pop ne nous divertit pas, elle nous éduque. Elle infiltre nos façons d’aimer, de nous taire, de pardonner.

Lire ce livre, c’est accepter de rouvrir ses cicatrices culturelles. De comprendre que le plaisir n’excuse pas tout et que nos émotions les plus sincères peuvent aussi être le fruit d’un conditionnement. C’est un texte courageux, d’une intelligence calme, porté par une écriture précise, pudique, presque amoureuse de ce qu’elle interroge.

Un livre et aussi une déclaration d’amour à la lucidité. Une invitation à désirer autrement.

Je l’ai refermé avec cette sensation étrange d’avoir perdu quelques illusions, mais gagné en lucidité. Celle que nos récits ne sont jamais neutres. Qu’ils sont politiques, profondément. Et que choisir ce que l’on regarde, c’est déjà une façon de résister.

Leonor Fini / Laurence Benaïm / Gallimard

Edouard Leroy ( @endudlettres sur Instagram ) et moi, nous sommes rencontrés grâce à French Press et pour ce media, nous vous racontons l’amour pour un livre et une artiste.

Leonor Fini : Une femme qui peignait sa liberté..

Laurence Benaïm ne signe pas une simple biographie : elle fait revivre une femme qui refusait les cases, les dogmes, les maîtres. Leonor Fini, la surréaliste indocile, la magicienne des métamorphoses, surgit ici comme une héroïne d’opéra, mi-chat, mi-déesse, toujours souveraine.

Laurence Benaïm, plume précise et sensuelle, vient de la mode et du monde : elle sait décrire un pli de tissu comme un éclat d’âme. Sous sa main, chaque tableau devient miroir, chaque anecdote un bijou, chaque silence un cri d’indépendance. On entend le bruissement des fêtes, le parfum des ateliers, la rage douce d’une femme qui, bien avant les autres, choisit de s’inventer elle-même.

Ce livre est un hommage vibrant, un acte d’amour, un manifeste de beauté. On le referme ébloui, persuadé qu’il existe encore des artistes qui ne vieillissent jamais – parce qu’elles ont peint la liberté.

Entretien sur La France du crime / Pierrat / Éditions Christine Bonneton

J’ai interviewé dans son cabinet qui est aussi un splendide musée, Emmanuel Pierrat 

Pour parler de son dernier livre et de notre rapport aux livres.

Avocat, écrivain, collectionneur, président de prix littéraires, comme le Prix Sade  – Emmanuel Pierrata une façon singulière de traverser les mots comme on traverse une salle d’audience pour une plaidoirie important.

Je le connais depuis des nombreuses années et je le lis toujours avec intérêt et surprise renouvelée.

Toujours du côté de la liberté, il défend les artistes, les auteurs tout comme les causes oubliées, avec une curiosité insatiable et une élégance rare.

Dans son plus récent, jusqu’au prochain, livre La France du crime (Éditions Christine Bonneton), il signe un texte fascinant, à mi-chemin entre l’enquête, l’essai et le récit.

Une traversée du pays par ses ombres, ses affaires, ses secrets.

Derrière chaque crime, un visage, une époque, une vérité sur la France, sur l’humanité.

Ici, le fait divers devient miroir de la société.

Le dossier judiciaire, un morceau de littérature.

Et sous la plume d’Emmanuel Pierrat, le mal n’est jamais banal : il raconte ce que nous sommes, ce que nous taisons, ce que nous redoutons.

Un livre d’histoire et de regard.

Un livre d’humanité.

Nos années  Boomerang (Augustin Trapenard – Flammarion), La trajectoire du souvenir.

1 656 fois bonjour. À 9 heures. Presque tous les matins, pendant huit ans, du 25 août 2014 au 1er juillet 2022.

Dans ce livre dont les droits d’auteur seront reversés à l’association Bibliothèques sans Frontières – Augustin Trapenard est le parrain – on se perd à rêver de nos années Boomerang.

Neuf heures. Un “bonjour” et la voix d’Augustin Trapenard, qui accueille sans forcer, sans posture, comme on ouvre la porte d’une maison où tout le monde est invité.

C’était Boomerang. Et pendant huit ans, cette voix-là a offert un refuge à la parole des artistes.

Ça a accompagné mes jours joyeux et pour sa dernière année mon séjour à l’hôpital.

Chaque matin sur France Inter, l’émission suspendait le temps. Augustin Trapenard plus que recevoir : il rencontrait. Dans le studio, pas d’interview calibrée, pas de chronomètre. Juste le désir sincère d’écouter, d’entrer dans la création par le cœur, par la fragilité, par ce qu’on tait d’habitude.

Un écrivain parlait du silence, une actrice de la peur, un musicien de l’enfance. À chaque fois, une conversation qui ressemblait à un poème en prose – celui de la vie, de l’art, du doute.

Augustin Trapenard avait sa façon de poser les questions avec intérêt, avec chaleur. Il citait un vers, glissait un souvenir, allumait une émotion. Ce n’était jamais de la promotion. C’était de la présence.

Une présence rare, qui disait la culture autrement

Boomerang fut aussi une déclaration d’amour à la radio, à son intimité, à sa puissance discrète.

Chaque émission tenait de la confidence. Et dans ce moment d’écoute suspendue, quelque chose se passait.

Le retour du lancer  : Le 1er juillet 2022, Augustin Trapenard a salué ses auditeurs une dernière fois.

Juste avec ce “bonjour” prononcé comme un adieu, avec cette pudeur qui lui appartient.

Depuis, Boomerang continue de vivre dans les archives et les podcasts, comme une constellation de voix, et, à travers elles, la trace d’une époque où la culture se faisait encore conversation.

Ce n’était pas une émission sur la culture.

C’était la culture comme lien, comme geste, comme respiration.

Un livre à lire, feuilleter et à offrir.

Une question me traverse : Que disent les années Boomerang d’aujourd’hui et de hier ? 

Je vous laisse lire, écouter et répondre.

La Maison vide / Laurent Mauvignier / Éditions de Minuit

Entrez dans une énigme familiale.

Osez ouvrir la porte. Derrière, une maison fermée pendant vingt ans, puis rouverte par un homme en 1976. Un piano figé, une commode au marbre ébréché, des photos dont un visage a été arraché. Laurent Mauvignier arpente l’ombre, creuse l’absence, écoute le souffle des générations qui se sont succédées dans ce lieu-corps, ce lieu-temps.

Je suis très attaché à la pierre, aux lieux du passé qui sont témoins de 1000 histoires et de l’Histoire.

Dans cette vaste fresque familiale, les femmes tiennent la main : Marguerite, sa mère Marie-Ernestine, la mère de celle-ci. Silences, effacements, guerres mondiales, vie rurale du XXᵉ siècle. Le récit adopte une posture horizontale : pas de héros flamboyant, mais une polyphonie d’existences ordinaires, toutes marquées par l’empreinte de l’Histoire.

Et ce qu’il ramène : ce n’est pas seulement une histoire oubliée, mais le bruit des corps, la poussière des objets, le cri muet d’une photo découpée. L’écriture de Mauvignier se fait archéologue : chaque meuble, chaque souvenir est charnel, chaque silence retentit. Il ne livre pas un roman « historique » mais un roman « habité ».

Ce livre est exigeant, dense, généreux. Il exige du temps, de l’attention, mais il vous donne en retour un calme furieux, une quiétude rugueuse, un vertige lent. On ressort de cette maison un peu habité par l’histoire des autres, par la nôtre.

En résumé : si vous cherchez une lecture qui vous parle de ce qu’on tait, de ce qu’on ne voit pas, de ce que la littérature permet de réveiller, lisez ce livre. Avec la conviction que chaque silence est un commencement.

LA TRILOGIE DE COPENHAGUE / BOURGOIS / TOVE DITLEVSEN

« Une fille ne peut pas devenir poète. »
C’est sur cette phrase au tranchant de couperet que s’ouvre La Trilogie de Copenhague, récit d’une vie qui traverse d’abord les rêveries de l’enfance dans les années 1920, puis les espoirs contrariés de la jeunesse, avant de plonger dans cet abîme qu’est la dépendance.

Trois livres : Enfance, Jeunesse et Dépendance, mais un seul mouvement, tendu, fragile, porté par un être en quête de sa place dans un monde qui la refuse.
Tove Ditlevsen raconte son désir précoce d’écrire comme une vocation absolue. Autour d’elle, pourtant, les murs se referment : pauvreté du quartier ouvrier, indifférence d’un père brisé, méfiance d’une mère hostile. Son écriture est celle de son milieu : une langue forgée dans la pauvreté des foyers ouvriers danois, sans artifices littéraires. Elle respire cette claustration comme un feu qu’il faut protéger du vent, une arme contre l’effacement. Loin d’un récit de formation idéalisé, voici la chronique d’une persévérance, d’un entêtement sans éclat héroïque, faite de doutes et de poèmes moqués.
Puis vient la jeunesse, avec son cortège d’attentes et de désillusions : mariages précoces, promesses d’émancipation avortées, difficulté à faire entendre sa voix de femme, d’autrice et de poétesse dans une société qui la réduit au domestique. Ce qui frappe, c’est la franchise avec laquelle Tove Ditlevsen déjoue les illusions romantiques. Son écriture nue, sans pathos, transforme douleur et désenchantement en vérité brute.
Enfin survient la dépendance, la partie la plus sombre et douloureuse du triptyque. L’autrice met à nu l’aliénation des corps et des esprits, l’emprise des médicaments et des opiacés, la descente infernale, inéluctable. Mais jamais elle ne se réduit à une posture victimaire : elle expose, documente, confronte. L’addiction n’est pas un cliché littéraire. L’écriture, sobre et précise, devient l’unique rempart face à cette dépossession radicale, écrite de l’intérieur. Comme si seule la langue pouvait retenir un reste de soi, sauver quelques éclats de lucidité.

Tout se joue ici entre silence et aveu : silence de la société qui condamne les femmes au mutisme, silence des proches incapables de comprendre, et celui, plus intime, qu’il faut briser. Tove Ditlevsen ne cherche pas à sublimer sa douleur ni sa fragilité : elle en fait une matière brute. Son style, d’une simplicité tranchante, sans aucun superflu, touche d’autant plus qu’il ne cherche jamais à séduire.
La Trilogie de Copenhague, publiée quelques années avant le suicide de Tove Ditlevsen, est un récit d’une honnêteté radicale. Mémoire d’une vie blessée mais jamais soumise, voix de femme qui persiste contre le déterminisme, elle résonne comme une archive intime et pourtant universelle. Madame Tove Ditlevsen : oui, vous aviez raison, une fille peut devenir poète. Vous l’êtes, par vos mots, par votre talent, par ce génie qui a transformé votre vie en œuvre immortelle. —

Edouard Leroy


TRADUIT DU DANOIS PAR CHRISTINE BERLIOZ ET LAILA FLINK THULLESEN
OCTOBRE 2025,

Assassines / Zeran / Robert Laffont

Et si on parlait d’Assassines ?

J’ai passé un très agréable moment chez Robert Laffont pour parler d’Assassines et de Propre, mais aussi du travail de Claire Do Sērro, Directrice éditoriale littérature étrangère, et de Zoé Bihl, Cheffe de projet marketing aux Éditions Robert Laffont.

Alia Trabucco Zerán est une immense découverte pour moi, découverte rendue possible, grâce à ma chère Faïza Zerouala, qui présentera Assassines avec moi lors du Book Club d’Augustin Trapenard, en live sur son compte Instagram le 9 novembre à 18h00.

Quand mes amis me recommandent un livre, j’ai tendance à le lire très vite. Ce fut le cas pour Propre et pour Assassines — écrit avant, mais qui m’a tout autant conquise.

Dans Assassines : quatre femmes, quatre crimes, quatre silences. Et une écrivaine pour les réveiller.

Alia Trabucco Zerán exhume les histoires de Corina, Rosa, Carolina et Teresa : quatre Chiliennes effacées de la mémoire collective pour une seule raison — elles ont tué.

Des crimes bien réels, mais surtout un constat brutal : quand une femme transgresse, la société préfère la qualifier de « folle » ou d’« hystérique » plutôt que de chercher à la comprendre.

L’autrice, brillante romancière et essayiste née à Santiago, signe ici un texte à la fois politique et poétique. Elle y mêle archives, réflexion féministe et une écriture tendue comme un fil prêt à rompre.

Ce n’est pas un livre sur le sang : c’est un livre sur le silence. Un geste de réparation, une révolte littéraire.

Pasolini, assassiné pour ses idées il y a 50 ans

Jeunesse et influences

Pier Paolo Pasolini (1922-1975) : Poète, cinéaste, intellectuel. Sa jeunesse a été marquée par un amour de la littérature et une fascination pour les marginaux. Il vécu sa jeunesse dans une Italie Fasciste.

Œuvres littéraires

La poésie et les romans de Pasolini ont exploré des sujets tabous avec une honnêteté brute. ‘Ragazzi di Vita’ (1955) et ‘Una vita violenta’ (1959) ont dépeint les dures réalités de la Rome d’après-guerre, Théorème, roman et film (ils sont différents) est pour moi le livre sur la complexité de le bourgeoisie et ses contradictions. 

 Vision cinématographique

Ses films ont défié la morale conventionnelle et ont exploré des thèmes controversés avec une esthétique provocatrice. Des œuvres comme ‘Accattone’ (1961) et ‘Salò’ (1975) ont suscité à la fois admiration et controverse.

Les corps et les visages sont centraux dans son œuvre.

Engagement et politique

Pasolini était un intellectuel engagé, critiquant ouvertement la société bourgeoise et le consumérisme. Ses opinions politiques radicales en ont fait une cible.

Il fut communiste (PCI) il interrogea le marxisme et admira Gramsci autant que moi.

Assassinat et héritage

Pasolini a été brutalement assassiné la nuit entre le 1er et le 2 novembre 1975. Sa mort reste sans vrais coupables, mais plusieurs pistes existent et il s’agit bien d’un assasinat pour ses idées, son œuvre continue d’inspirer et de provoquer. Sa voix reste un phare  : regarder les périphéries, écouter les voix qu’on efface, faire de l’art un geste politique et nécessaire.

Son œuvre est nécessaire pour penser notre monde.

Deux livres à lire en photo dans cet article. 

Le grand chant – Pier Paolo Pasolini / Hervé Joubert-Laurencin / Macula / au Zimmer

J’ai interviewé Hervé Joubert-Laurencin, au Zimmer à Paris, nous avons parlé de Pier Paolo Pasolini

Pier Paolo Pasolini, ce poète irrévérencieux et libre, cinéaste-passeur, polémiste sans concession, critique littéraire brillant est important pour moi. 

Tué dans la nuit du 1er au 2 novembre 1975 à Ostie, il y a cinquante ans aujourd’hui : un assassinat qui n’a jamais simplement fermé une vie, mais allumé une interrogation persistante sur la haine que suscite la parole libre.

Ses films, Accattone, Mamma Roma, Théorème, Salò…, sont des claques et des caresses : une esthétique qui prend parti pour les corps pauvres, pour les langues populaires, tout en bouleversant nos certitudes morales. Ses écrits fouillent la métamorphose consumériste des sociétés, dénoncent la standardisation des désirs et la disparition des différences culturelles. 

Pasolini ne plaide jamais pour la consolation : il dérange, provoque, instruit par la douleur et la beauté.

Aujourd’hui, sa modernité nous frappe encore. Il anticipait la tyrannie des médias, la fabrique du conformisme, la façon dont les normes annihilent la dissidence. Que son assassinat reste entouré d’ombres ne change rien à l’essentiel : il fut, aux yeux d’un certain conformisme, le bouc émissaire d’une époque trop pressée d’effacer ce qui dérange. Son œuvre nous oblige à reconnaître les invisibles, à interroger nos complicités et à refuser la facilité du silence.

Revenir sur Pasolini, c’est accepter d’être dérangé, par la crudité, par la tendresse, par l’exigence d’une parole qui ne cède ni au spectacle ni à la complaisance. 

À cinquante ans, sa voix reste un aiguillon : regarder les périphéries, écouter les voix qu’on efface, faire de l’art un geste politique et nécessaire.

J’en n’ai pas été d’accord sur toutes ses prises de position, mais quelle intelligence et lucidité à chaque fois.

Umberto Eco avait vécu un échange par journaux interposés, très vif avec Pasolini, mais ça n’a pas altéré son admiration, ça ne l’a pas empêché de me dire : « nous l’avons laissé seul » en prenant un verre à Bologne il y a fort longtemps.

Le temps passé en mon envie de relire et vous inviter à lire Pasolini augment jour après jour.

Les Fantômes de l’île de Peleliu / Bruno Cabanes / Le Seuil

J’ai rencontré Bruno Cabanes, pour French Press,  dans un café parisien, Le Zimmer pour parler de son livre : Les Fantômes de l’île de Peleliu

Bruno Cabanes, historien reconnu (Yale, Ohio State) et voyageur sensible, signe un récit qui réveille une île effacée par le temps et la violence. Quatre voyages entre 2017 et 2024, archives fouillées et témoignages de survivants donnent à ce livre une épaisseur à la fois savante et viscérale. Peleliu, scène d’une bataille atroce en 1944, devient palimpseste : colonisations, travailleurs forcés, pilleurs d’art, naturalistes et soldats s’y superposent. Cabanes mêle érudition et prose poétique, il déconstruit le mythe de la « bonne guerre », évoque le désastre écologique, et fait entendre les cris d’oiseaux et les échos des grottes où gisent encore les traces de la guerre.

Court, précis et dense, ce récit est une méditation sur la mémoire, la violence coloniale et la survivance du paysage. Un livre qui fait ressentir autant qu’il explique et, qui s’impose déjà comme un ouvrage essentiel sur le Pacifique.